Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)

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L.Hubs
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Dim 26 Oct - 18:41

Naïf qu'il était, Snori fut une fois encore surpris que son cousin se permette d'attaquer alors que le combat était interrompu, mais il se remit vite de cette petite mesquinerie et demeura en position défensive. Il ne cherchait pour l'heure qu'à parer les attaques de son adversaire tout en analysant ses propres qualités défensives. Ainsi, de temps à autres, lorsque le choc des lames avait suffisamment éloigné le katana, l'oranien envoyait son épée avec retenue, observant les aptitudes d'anticipation et de contre-offensive de Seth. Tout cela n'allait pas. Il avait un certain talent mais se battait comme l'aurait fait un artiste de théâtre, misant sur le spectaculaire en dépit de l'efficacité. Un bretteur peu expérimenté se serait laissé avoir, mais un guerrier ayant fait face à de véritables adeptes ne pouvait perdre. Il allait le lui prouver. Alors que le jeune garçon entamait un assaut particulièrement puissant, Snori décida le parer avec tout autant d'énergie. Ne se contentant pas de bloquer la lame, il la repoussa avec force. La résonance de l'acier confronté à une matière plus solide pouvait causer d’atroces douleurs sur toute la longueur des bras si on ne savait à quel moment adoucir sa poigne. Seth perdit l'équilibre et tituba sur quelques pas latéraux, ce qui constitua pour Snori une occasion de répondre à Bëorielle, qu'il écoutait d'une oreille.

-C'est bien beau tout ça, mais Oloren n'est pas Llednar...

Il interrompit sa phrase pur reprendre la joute avec son cousin qui ne déméritait pas et tentait réellement de faire preuve d'adaptabilité. Force était de reconnaître qu'il l'avait mal jugé, et qu'il était tout à fait capable de se défendre. C'était également pour le roi déchu une satisfaction que de constater l'amoindrissement modéré de son ancien niveau. Il n'était pas aussi doué que lorsqu'il avait vaincu Iyoh dans le château des serpents de la nuit, mais sentait qu'il pourrait revenir à ce niveau avec un peu d'entraînement. Or il avait un parfait partenaire à présent ! Repoussant de nouveau un coup d'estoc, il termina sa phrase.

-Je doute qu'elle puisse me retrouver comme ça, en claquant des doigts !

La sueur commençait à perler sur son front. Ça, il le savait, c'était son principal défaut. Il n'avait jamais été un grand sportif, ne s'avérait guère de grande taille et n'avait pas un corps particulièrement sculpté. Sa condition physique globale laissait à désirer par rapport à d'autres combattants plus robustes. Pour la première fois, il se surprit à se dire qu'il n'avait plus vingt ans. La fatigue en venir ne présageant rien de bon quant à l'issue de cette joute amicale si celle-ci venait à s'éterniser, Snori décida de tenter d'y mettre fin. Alors qu'il se contentait de défendre depuis toute à l'heure, il changea de rythme et fit tournoyer sa lame alternativement sur ses deux flancs, de plus en plus rapidement, en changeant fur et à mesure la cadence à laquelle il alternait et les angles pris par ces courbes. Il reprochait intérieurement à Seth de jouer sur la théâtralisation  toute à l'heure, et c'était désormais exactement ce qu'il faisait ! La première étape de cette technique suffisait à déstabiliser nombre d'adversaires, craintifs de se faire couper en morceaux lorsqu'ils oseraient approcher. La patience était la clé. Lorsqu'on ne savait où attaquer, on avait tendance à prendre des décisions peu sagaces. Lorsque Seth attaqua, Snori stoppa son épée, l'agrippa à deux mains, et lui fit prendre un axe horizontal rappelant ceux des battes. Les lames s'entrechoquèrent violemment et, profitant de son élan, l'aîné asséna un coup au plexus de son camarade avec le pommeau de son arme.

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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 27 Oct - 12:02

- Oloren n'est pas Llednar, certes, mais tu vois, si il y a bien une personne dans ce monde capable mieux que lui de traquer quelqu'un, c'est bien Arawn. Or, Arawn ne quitte presque jamais Oloren. Le seul risque est qu'il veuille rester auprès de Kellue, et à moins d'un tragique incident, après s'être fait rembarrer une énième fois, il préférera rester auprès du petit flocon. Enfin ... J'imagine ?

Elle haussa les épaules sur ces mots. Si elle avait pu sourire, elle l'aurait fait : elle était bien, ici. Pas de gardes pour garder un oeil sur elle à tout moment, pas de grand-père à qui obéir, pas de belle-soeur à aider pour la petite, pas de folle dingue à surveiller ... Pour la première fois depuis cinq ans, elle se sentait libre. Beörielle ferma ensuite les yeux, puis s'appuya un peu plus sur son dos. Ses cheveux étaient bien plus longs que ceux d'Oloren, et ainsi volant aux vents, sans passer sur le somptueux visage de l'aînée, elle donnait un spectacle digne de la naissance d'un ange.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Mer 29 Oct - 19:52

L'attaque de Snori fut fulgurante. N'ayant que le temps d'interrompre son assaut, Seth recula de quelques pas. Ce qui ne fut malheureusement pas suffisant pour fuir l'étreinte de son cousin, qui finit par un coup violent qui le mit à terre. Ayant du mal à respirer, le jeune homme resta quelques instants étendu sur le sol avant de se relever douloureusement en s'appuyant sur son épée. Il était encore bien loin d'avoir le niveau de son cousin mais à force d'entrainement, il parviendrait à le vaincre, il en était convaincu. Se tournant vers la nouvelle arrivante il déclara avec mauvaise humeur :

- ça ne te dérangerais pas de ne pas parler pendant un duel? ça m'a déconcentré.

Se reprenant quelques secondes après, il admit au vainqueur :

- Bien joué Snori! Il faudrait que tu m'apprennes deux trois trucs, histoire que je puisse rester le meilleur épéiste de Naïlka!

Ce mensonge éhonté était presque un trait d'humour pour Seth, bien conscient que l'ancien roi d'Oran ne l'avait pas cru, dès le départ!
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Mer 29 Oct - 20:12

D'abord indignée, se rappelant de son passé en tant qu'Ombre, Beörielle ressentit une légère honte, qui vient lui travailler un peu plus l'esprit après coup.

- Désolée ...

Elle l'avait prononcé avec sincérité, malgré tout elle ne pouvait s'empêcher de penser que c'était Snori qu'elle déconcentrait le plus. De toute évidence, même si elle avait gardé le silence, Seth aurait été écrasé comme il venait de l'être, voire même pire encore.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Mer 29 Oct - 20:55

Snori, jusqu'à lors relativement souriant, aurait presque pu apprécier l'ambiance qui régnait sur leur petite embarcation. Ce duel lui rappelait de bons souvenirs, et la sœur d'Oloren s'avérait beaucoup plus sympathique que l'on aurait pu le croire. Toutefois, le trentenaire redevint sérieux. Il s'était peut-être fait à l'idée qu'il ne serait pas seul pour ce voyage, mais il ne partait pas en vacances pour autant. Lorsqu'il aurait rejoint son amie, il savait pertinemment à quel genre d'activités ils allaient s'adonner ensemble. Même s'ils n'étaient pas ceux responsables de la mort de William, traquer ces monstres soit-disant repentis lui permettrait de se calmer les nerfs, de se souvenir de ce qu'il en était des rudiments de ce monde : tuer ou être tué. Il allait l'aider à accomplir sa vengeance, puis elle l'aiderait à accomplir la sienne. L'ancien roi donna une tape solennelle sur l'épaule de son cousin, exprimant sa satisfaction quant à sa performance par un hochement de tête, puis retourna à la barre. À force de la négliger, ils avaient fini par dévier de leur cap. Sans se retourner, il s'adressa au frère d'Anya.

-Je t'ai mal jugé, Seth. Tu t'en sors plutôt bien, et je vais faire ce que je peux pour te faire devenir meilleur. Mais n'oublie pas que je suis loin, très loin d'être le professeur le plus compétent qui soit.

Lui-même avait longtemps cru être au sommet de l'art de l'épée, avant de tomber sur des adversaires ayant une véritable maîtrise de leurs lames. Melody l'avait dans un premier temps surprise, puis c'était Iyoh qui l'avait définitivement fait redescendre sur terre. Bartiméus avait souvent montré par la suite qu'il pouvait approcher son niveau, et Erlyn le surpassait de loin. Aujourd'hui, Llednar s'avérait au moins aussi doué qu'il l'était à la fin de l'expédition, et Esmezia atteignait des niveaux qu'il ne pouvait même pas espérer effleurer. Et encore, tout ce monde ne concernait que les épéistes ! Les styles de combats efficaces étaient multiples, et ceux employant ces autres disciplines pouvaient aisément venir à bout d'un utilisateur de lames. N'aurait-ce été que cette Bëorielle. Tout, de son regard à sa démarche, laissait à penser qu'elle s'avérait redoutable, avec sa hallebarde. Il était en tout cas grand temps d'exposer l'itinéraire à ses deux camarades. Trois, se dit-il, en entendant un cri de Lev. Snori s'assura qu'ils voguaient vers la bonne direction, le temps clair laissant peu de doute, et étala à même le sol encore sec du pont une carte du monde qu'il avait prise au palais avant de le quitter.

-Nous allons débarquer à Eszial, puis nous irons plein Ouest. Ici, il y a une clairière, ou ton frère nous a rencontré la première fois, fit-il à Bëorielle. Nous rejoindrons ensuite Wuhm et traverserons les monts pourpres. Il y a une battisse servant de refuge aux voyageurs à mi-chemins du sentier, nous l'utiliserons pour passer la nuit. Nous n'aurons plus qu'à traverser ce plateau, à traverser la Harte, et nous arriverons à Gotor. Je vais y rejoindre Habeth Folia, et l'aider à trouver l'Ombre qui a tué son maître.

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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Mer 29 Oct - 22:27

- Oh. Combien de chances ai-je de me faire dérouiller si elle apprend que j'en fus une ?

Lorsque son frère et Bartiméus l'avaient capturée, elle avait fini par coopérer, et ainsi donner divers renseignements à l'Oran, en plus de devoir décliner toute son identité, Snori devait probablement savoir tout cela. La zone d'ombre vis à vis de Beörielle se situait au niveau de ses relations familiales. Quels que soient ses objectifs, elles semblait avoir toujours agi de façon irrationnelles jusqu'à ce qu'elle se mette à aider ceux qui furent ses ennemis.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Sam 1 Nov - 21:50

Snori grimaça lorsque Bëorielle fit la remarque qu'il aurait voulu ne pas entendre. Il savait évidemment qu'elle avait jadis fait partie des Ombres, même si les raisons de son appartenance à ce groupe demeuraient étranges. Erlyn avait passé une majeure partie de sa vie à Luuwr, Oloren vivait en Oran, comment en ce cas avait-elle pu se trouver à Naïlika au moment des faits ? Plus encore, il était surprenant qu'un clan tel que celui des Ehlkaÿd ait laissé l'une de leurs filles entre les griffes acérées de Gladys Engels. Lui ne l'avait rencontré qu'une seule fois mais en avait longuement entendu parler, notamment par Oswald Schimp, qui avait eu l'occasion de côtoyer cette femme durant sa tendre enfance, et qui avait bien connu son père. De ce qu'il leur en avait dit, elle était alors une enfant agréable, intelligente et rieuse, qui montrait un certain leadership et une volonté de se faire obéir, mais rien qui n’excédait la mégalomanie infantile. Une fillette normale, en somme, à ceci prêt qu'elle possédait un artefact. Belwur avait certainement joué un rôle dans sa transformation malheureuse. Quoiqu'il en soit, il vaudrait mieux éviter de mentionner les antécédents de Bëorielle devant Habeth. L'issue d'une confrontation, si tant est qu'elle puisse avoir lieu, n'était guère encline à pencher en faveur de la luuwrienne. Pourtant Snori le savait, elle n'hésiterait pas à sortir les crocs un seul instant. Ils allaient devoir calmer le jeu une fois sur place, ou se séparer de la jeune femme qui les accompagnait avant d'atteindre Gotor. Mais ils en étaient encore loin.

Ils arrivèrent à Eszial par temps de pluie. Snori alla à la rencontre du frère de l'homme à qui il avait loué son embarcation. Étant donné que le propriétaire ne les avait accompagné et qu'il s'agissait d'un aller simple, ils s'étaient arrangés ainsi. Si le petit village côtier faisait office de point de rendez-vous, il n'était en revanche pas très accueillant. Aucune âme ne semblait désormais l'habiter, si bien qu'ils ne croisèrent personne avant d'entrer dans l'auberge la plus proche. Ils apprirent que c'était dans cet établissement même qu'avait eu lieu ce fameux massacre dont tout Valato avait entendu parler, quelques semaines auparavant. Depuis, on fuyait la bourgade, et impossible de blâmer les déserteurs. Dans un havre de paix tel qu'Hovo, un bain de sang tel que celui-ci ne passait pas inaperçu et laissait une trace indélébile dans les esprits. L'auberge avait cela dit ouvert de nouveau, afin d'accueillir les voyageurs. Du fait de son changement d'apparence, ses cheveux étant coupés courts et sa barbe laissée au naturel depuis quelques jours, on ne reconnut pas Snori, ce qui lui convint parfaitement. Il souhaitait voyager anonymement. Les trois compères passèrent la nuit ici et repartirent le lendemain sans demander leur reste. On leur proposa d'acheter des chevaux, mais ils prirent la décision de continuer à pied.

La semaine suivante fut parmi les plus remplies de la vie de l'ancien monarque. Et pour une fois, ce plein n'était pas constitué uniquement de vide. Leur itinéraire les fit effectivement passer dans cette fameuse clairière où Snori tint à s'arrêter un instant pour se remémorer de ce qu'ils avaient vécu jusqu'à ce point, cinq ans auparavant. Il y avait eu la formation de leur groupe, bien sûr. Melody qu'il avait rencontré la première fois à ce conseil, et qu'il avait aussitôt apprécié. Il semblerait qu'ils soient désormais en froid, par sa faute. Étaient ensuite arrivés Llednar et Inès, ou plutôt Laly. Probablement les deux membres les plus secrets de cette expédition. Avec le recul, le choix de cette jeune inconnue aux motivations obscures pour les aider à trouver puis porter l'artefact le plus puissant de tous avait été risible, mais il était des plus insouciant à l'époque et ne se souciait guère du bon sens pour peu que tout cela convienne à son petit plaisir. La décision de conserver avec eux Esmezia et Oloren en était d'ailleurs la preuve la pus flagrante. Emporter deux adolescentes inexpérimentées risquer leurs vies pour une guerre dont l'une n'était même pas concernée, c'était de la folie. Pourtant ils l'avaient fait. Fushy les avait accompagné sur le navire. Excentrique, marginal, fidèle à lui-même. Bien loin de ce sombre manipulateur qu'il avait découvert récemment. Irwan était là également, et les avait accompagné tout du long...c'était grâce à lui que Geralt avait fini par se joindre à eux, trahissant les Ombres pour leur cause. Malgré son intention première de leur nuire, il s'était révélé un précieux allié. Il y avait également eu Alix, bien entendu, et Jin. Pour clore le tableau, Bartiméus, qui les observait avec bienveillance et sans doute plus d'affection qu'il ne ne laissait paraître. Mais avant d'être confrontés aux premières difficultés, ils ne s'étaient pas rendu compte de l'importance de ce périple. C'était ici, en ce lieu, que les choses avaient commencé à évoluer.

Erlyn était une véritable légende à l'époque. Beaucoup l'accusaient de divers crimes, et personne ne savait s'il était encore en vie. Ceux qui le supposaient ne pouvaient quant à eux prédire de quoi son quotidien était fait, quelles étaient ses préoccupations, ou encore ses objectifs ; car une chose semblait certaine : l'homme aux cinq titres ne pouvait disparaître ainsi. En le croisant lui, Snori se rendit compte de l'importance qu'avait leur quête, et commença à la considérer avec plus de sérieux. Mais il n'était qu'un jeune prince orgueilleux et ne pensait pas devoir accorder de crédit à cet inconnu venant imposé sur eux sa majesté. Pourtant il leur avait sauvé la mise un nombre incalculable de fois, les gardant en vie dans des situations où ils auraient du périr. Son pouvoir unique et plus encore sa capacité à les faire rebondir, à les galvaniser, avait joué un grand rôle dans leur victoire finale. Dressé sur l'herbe blanchie par les premières neiges de novembre, Snori observait l'horizon depuis ce lieu, se remémorant le visage de celui qui avait un jour été son ami. Il avait porté son corps, l'avait placé sur ce bûcher où il les avait physiquement quitté. Cette pensée le fit se retourner pour dévisager discrètement Bëorielle. C'était en tentant de tuer son frère qu'elle avait été capturée. Pourquoi lui en avait-elle voulu au point de tenter de mettre fin à ses jours ? La question le trottait depuis un bout de temps, mais il ne se permettrait pas de la poser. Chaque famille avait ses secrets qu'elle seule pouvait comprendre. Mains fourrées dans les poches de son manteau claquant au vent, Snori continua sa marche, faisant signe à ses compagnons de le suivre. Les souvenirs que ce lieu faisaient remonter le rendaient nostalgique, or il ne pouvait se permettre de rester figé dans le temps. Seul son avenir proche comptait.

Leur marche continua ainsi dans une ambiance relativement chaleureuse, bien que le silence demeure leur principal compagnon. Ils ne croisèrent que quelques voyageurs égarés sur les routes hovoïtes, ainsi que des marchands qui les saluèrent brièvement avant de continuer leur chemin, peu confiants envers les étrangers depuis les récents incidents. Lors des pauses qu'ils s'accordaient, les cousins se prêtaient à quelques exercices ensemble, se faisant souvent face. Snori commençait à retrouver ses marques tandis qu'il notait les progrès effectués par Seth. Il n'osa guère demander à la sœur d'Oloren de se joindre à eux, craignant une réponse négative de la part de cette femme qu'il ne connaissait que très peu et qui ne laissait guère transparaître ses émotions. Deux jours après la clairière, ce furent à Wuhm qu'ils mirent les pieds. Ils purent profiter d'un lit confortable pour passer la nuit, et entendirent parler d'un groupe de bandits semant le trouble dans les environs, probablement des déserteurs naïlikan de la dernière guerre s'étant reconvertis. En temps normal, Snori aurait envoyé Llednar et ses hommes se charger de ces scélérats, néanmoins il n'y accorda ce jour-ci que peu d'attention et décréta qu’affin de les éviter, ils emprunteraient le sentier des monts pourpres, comme le prévoyait son plan initial. En son sommet, ils trouvèrent le logis où ils avaient pour la première fois rencontrés Ilawen et Adel, mais ne s'y arrêtèrent pas, fort de leur avance. Ce fut dans une grotte, à même le sol et avec leurs seuls sacs pour oreillers qu'ils s'endormirent. Leur prochaine étape fut celle d'un espace calciné, jadis rongé par des flammes éternelles. Là où le dragon-chiroptère avait craché son feu délétère, la végétation ne repoussait pas. C'était en ce lieu que leur groupe s'était séparé. Irwan avait eu la présence d'esprit de confier Alix à Ilawen, qui était retournée à Rednow. Le maître-savoir et ses compagnons avaient alors rencontré Habeth tandis que le prince se dirigeait vers Gotor. C'était désormais là-bas qu'ils allaient la retrouver, d'ici trois jours, en filant plein Ouest.

Le soleil était presque à son zénith lorsqu'ils arrivèrent devant les murs de la cité fortifiée, après deux semaines de voyage. Le temps ne leur était guère clément, affichant un ciel morne et nuageux, sombre, indiquant par son allure qu'un déluge pouvait s'abattre sur eux à tout instant. Mais il n'en était et n'en serait rien. Aujourd'hui était une journée morte. Nul volatile ne virevoltait dans les cieux ou n'entamait de chant, nul éclat de voix ne résonnait dans les rues pourtant animées. Une journée qui résumait bien la morosité ambiante de Gotor. Elle n'avait pas toujours été la seconde cité de Naïlika, demeurant longtemps un fort militaire réputé imprenable. Son infrastructure en témoignait d'ailleurs, les quartiers étant divisés par de hautes murailles et l'allure géométrique de ses pâtés de maisons exprimant la rigidité effective avec laquelle l'ensemble avait été pensé. Habeth lui avait parlé, dans ses lettres, de la demeure où elle résidait en cette période de l'année. La troisième sur la droite d'une auberge qu'un passant indiqua à Snori une fois qu'il lui eut demandé. Ce n'était pas l'un des coins les plus reluisants de la ville, et on y croisant d'ailleurs régulièrement des maisons abandonnées, mais l'effet avait sans doute été voulu par la jeune femme qui était activement recherché par l'armée luuwrienne pour désertion et par les troupes naïlikanes pour divers troubles à l'ordre public. Snori avança jusqu'à l'habitation supposée de sa correspondante, l'examina un instant, puis s'en retourna vers ses compagnons, prenant un air grave. Il avait longuement réfléchi et supposait que cette proposition était la plus sage à faire. Après tout, leurs activités risquaient de changer du tout au tout, et il ne pouvait se permettre de les impliquer sans qu'ils soient pleinement conscients de ce qui les attendait.

-Je vous suis reconnaissant de m'avoir accompagné jusque là, et maintenant, je pense qu'il faudrait que nous nous séparions. Seth. Je sais que tu as tout aussi envie que moi de te venger, mais...tu es quelqu'un d'important, ici. Tu fais partie de la famille royale. Je ne veux pas que mes actions te causent du tort.


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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Dim 2 Nov - 1:40

Au courant de toute l'histoire qu'avait vécu Oloren et son grand frère, Beörielle reconnut chaque endroits déjà visités même si elle n'était jamais passée par ces endroits auparavant. N'ayant pas la capacité physique de sourire, elle se contenta de suivre le pas sur un ton léger, essayant de se faire un maximum discrète. l'idée de gêner lui posait réellement problème, pourtant elle ne voulait pas se séparer d'eux. Cette peur d'être mise à l'écart se manifesta plus vive lorsque Snori la dévisagea. Jusqu'à ce moment ...

- Euh, tu sais, j'ai pas spécialement envie qu'on se sépare, moi, vis à vis d'actions qui nous causerait du tort, je vois pas comment je pourrais m'enfoncer plus que ça, et puis j'ai toujours pas retrouvé ma petite sœur ...
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Dim 2 Nov - 19:22

Seth scruta son cousin, dubitatif. Ils venaient de traverser tout Valato ensemble, s’entraînant comme jamais, passant par des lieux mythiques qui avaient fait le renom de Snori lors de la quête de Nigfol. Le jeune homme avait en plus trouvé un maître d'escrime qui lui permettrait de progresser comme jamais.

- Je dois reconnaitre que je suis assez d'accord avec Beörielle, pour une fois. Pourquoi nous séparer alors que nous avons fais autant de chemin ensemble! De plus, tu sembles surestimer un peu l'importance que peut avoir un prince dans une capitale cosmopolite! Les enjeux de notre mission sont bien plus importants que tout ce que je pourrais effectuer à la cour Naïlikanne. Je ne te lâche pas, Snori. Tu auras besoin du plus grand duelliste de Valato, si tu veux mener ta quête à bien!

Seth plaça sa main sur l'épaule de son cousin, lui faisant bien signifier qu'il ne se débarrasserait pas aussi facilement de lui.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Dim 2 Nov - 20:26

La réponse de ses camarades n'étonna guère Snori, qui avait presque espéré qu'il en soit ainsi. Eux qu'il n'avait que très peu voire jamais côtoyé auparavant étaient devenus à ses yeux des compagnons de route inestimables. Se séparer d'eux maintenant l'aurait plongé dans une solitude qui, bien que bénéfique à sa colère vengeresse, n'aurait pu qu'avoir un impact négatif sur sa sauté mentale au long terme. Il ressentait une certaine reconnaissance envers leur fidélité, mais s'abstint d'en faire un discours élogieux. Acquiescent simplement, il retourna à la porte de la demeure sinistre, assombrie et rendue plus menaçante encore par l'étroitesse de la rue, et y frappa du poing. Le son provoqué par l'impact résonna à l'intérieur, si bien que n'importe qui aurait entendu ce son. On ne vint pourtant pas leur ouvrir. N'y avait-il donc personne ? Snori se risqua à frapper une seconde fois puis, fort de son impatience, agrippa la poignée et la fit tourner. À sa grande surprise, elle ne lui opposa aucune résistance et laissa se créer un entrebâillement dans lequel l'ancien roi, après un temps d'hésitation et un regard surpris vers ses amis, s'engouffra. Il dut alors plisser les yeux pour ne serait-ce qu’apercevoir quoi que ce soit. La lumière ne filtrait pas à travers les fenêtres condamnées. Ils se trouvaient dans une pièce étendue, presque intégralement vide si ce n'était les deux canapés usés placés face à face près de la cheminée dont l'état indiquait qu'elle n'avait pas servi depuis des lustres. Les rares ustensiles de cuisine et le trépied négligemment déposé près d'un tas de braises clamaient en revanche une activité récente, mais l'épéiste n'eut pas le temps de faire l'inventaire des caractéristiques de l'endroit avec approfondissement. L'escalier de bois situé directement à la droite de l'entrée s'était mis à grincer. Quand Snori pivota pour comprendre la cause de cette nuisance sonore, il se retrouva nez à nez avec la pointe d'une flèche.

-Euh...Habeth ?

L'arc se détendit aussitôt et se baissa, révélant les tresses rousses de son amie qui poussa un soupir de soulagement. Dans l'obscurité et avec cette nouvelle apparence, elle n'avait pas reconnu le sang-bleu. Et avec tous ces soldats naïlikans qui étaient à ses trousses, ainsi que ceux qui étaient prêts à tout pour remporter la prime mise sur sa tête, il valait mieux être prudente. La désertrice rangea la flèche dans le carquois qu'elle avait en hâte attaché à sa hanche, et sauta au cou de son ami, qu'elle étreignit avec force en se passant volontiers de son consentement. Cela faisait quatre ans qu'elle avait quitté Luuwr et qu'elle vivait seule, au jour le jour, se dissimulant de tous et avec pour seul moteur la soif de justice qui l'habitait. Qu'elle ait aimé un jour Snori n'arrangeait pas la chose, mais avant tout, le simple fait de revoir enfin un visage amical la soulageait grandement. Rapidement, elle reprit contenance et relâcha celui qu'elle pensait encore roi, lui adressant un sourire à la fois radieux et railleur.

-Désolée, j'ai eu comme un sursaut d'affection.

Snori ne put s’empêcher d'être heureux de la retrouver tel qu'il la connaissait : droite et juste, sans pour autant refouler ses émotions. Elle avait les qualités de Melody sans ses défauts.

-Tu t'excuses pour ça mais pas pour cet arc, tendu vers mon crâne ?

-Fais pas ta chochotte, fit-elle en le frappant à l'épaule. T'es accompagné ? Eh, restez pas sur le pallier, vous avez l'air débiles.

L'épéiste s'écarta pour laisser entrer ses compagnons et referma la porte derrière eux, afin de limiter l'intrusion des courants froids et pour se faire discrets. Il se doutait bien que le dernier des souhaits de son amie était de se faire remarquer. Ceci étant dit, elle n'avait jamais rencontré ces deux-là, aussi fit-il les présentations tandis que la maîtresse des lieux allumait une lanterne qui leur permit de discerner leurs visages respectifs. Ce fut l'occasion pour Snori de constater que les traits de son ancienne camarade s'étaient durcis. Elle conservait une certaine grâce, mais semblait moins se soucier de son maintien. Le teint de sa peau ou encore l'état de ses cheveux en témoignaient à eux seuls. Ce n'était plus cette jeune femme forte et fragile qu'il connaissait autrefois.

-Habeth, voici Bëorielle, la sœur d'Oloren et Erlyn. Quant au robuste gaillard, c'est mon cousin, Seth Lyssil. Seth, Bëo, je vous présente Habeth Folia. Vous savez sans doute déjà qui elle est.

Le surnom qu'avait donné Snori à la hallebardière était venu de lui même après quelques jours de voyage. Quant à Habeth, même s'il leur avait évidemment dit qu'il comptait la rejoindre, il ne leur avait jamais parlé d'elle. Tout ce qu'ils devaient en savoir venait probablement des récits de la quête de l'expédition. La marcheuse les observa tour à tour, quelque peu indifférente à leur identité. Si Snori leur faisait assez confiance pour les avoir emmené avec lui, alors elle en faisait également des alliés.

-Contente de vous avoir. On est jamais trop de quatre pour chasser de l'Ombre ! Oh, désolée pour la mort de William, Snori. J'ai pas eu la chance de le rencontrer, mais on m'en a dit que du bien, et je parle pas que de toi. Mais montez dans tous les cas, on va pas rester ici à se les cailler.

Tous trois suivirent leur hôte qui avait emménage sa véritable résidence à l'étage. L'endroit était effectivement beaucoup plus chaleureux. Un feu crépitait dans l'âtre, où des coussins avaient été répartis afin que chacun puisse s'asseoir autour de celui-ci. Armes et vêtements étaient éparpillés un peu partout dans la pièce, Habeth n'ayant aucunement eu les moyens de prédire l'arrivée imminente de ses invités, sans quoi elle aurait remis un peu d'ordre. Il y avait un grand bureau installé face au mur, où des piles de parchemins s'entassaient, ainsi qu'une multitude de livres. Une guitare se maintenait via une imposante armoire où étaient exposées diverses fioles et ustensiles, tandis qu'une flûte et une harpe se tenaient sur une table basse. Enfin, dans un coin plus sombre, un très large lit aux couvertures épaisses incitait au repos confortable. Le tableau, complété par les épaisses pierres isolantes sur lesquelles dansaient les ombres du foyer crépitant, avait presque de quoi faire rêver. En dépit de son apparence rustique, le lieu était des plus accueillants et reflétait parfaitement la minutie de celle l'ayant emménagé. Habeth leur fit signe qu'ils pouvaient faire comme chez eux.

-Je vous sers quelque chose ? Que vous soyez à l'aise avant qu'on y aille, parce que vous êtes prévenus : moi, je ne paresse pas !

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Jaleniel
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 3 Nov - 1:09

- C'est un plaisir de te rencontrer, enfin, si je peux te tutoyer, euh, merci de nous accueillir, je ne peux pas sourire mais je suis contente d'être là ... Pardon ...

Beö baissa la tête en rougissant un peu, elle s'était emballée. En fait, Habeth était quelqu'un qui l'avait toujours intimidée, lorsqu'on lui parlait d'elle, aussi la rencontrer réellement la mettait mal à l'aise au possible, sans parler de son passé, qui ne risquait pas d'améliorer leurs relations.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 3 Nov - 16:45

Entrant dans l'antre de la tueuse d'Ombres, Seth fut tout autant surpris du comportement de la dite Habeth que de la manière dont elle avait aménagée sa maison. Malgré que la jeune femme ait très clairement menacée Snori avec son arc, mais pour lui adresser une accolade quelques secondes plus tard. De plus, le frère de la reine s'attendait à voir une personne plus âgée et plus sombre, un miroir de ce qu'était Bëorielle, animé uniquement par la rage de tuer. Il n'en était rien, il avait affaire à une jeune rousse pleine de répartie. Loin de lui déplaire, cela bouleversait tout de même sa vision des traqueurs d'Ombres.

La maison, quant à elle, était toute aussi décalée que sa propriétaire. Une petite salle en bazar, agrémentée d'un feu chaleureux et de quelques instruments de musiques. Seth les regarda d'un air appréciateur. La jeune femme était probablement une autodidacte.

Refusant poliment, il sourit à l'archère. Avoir une compagnonne de route comme celle ci serait sans doute un plaisir!
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 3 Nov - 17:29

Habeth haussa les sourcils en écoutant les quelques mots prononcés par la fameuse sœur de la petite Oloren. Elle se s'était pas attendue à que cette femme d'allure impressionnante soit aussi réservée, mais cela valait toujours mieux que l'impertinence et l'impulsivité de sa cadette. Du moins dans leur cas précis. L'archère alla rajouter une bouche au feu avant de s'installer sur les coussins, apportant avec elle une théière bouillante et quatre tasses. Une fois ceux qui en désiraient servis, elle devint soudainement sérieuse. Sourire était dans sa nature, cela dit elle se doutait que si Snori avait fini par la retrouver, ce n'était pas pour échanger quelques vieux souvenirs ni même par simple courtoisie. Ils avaient une affaire à régler. Le visage éclairé par les flammes, elle s'adressa à ses trois alliés imprévus sur un ton grave.

-J'ai retrouvé la trace d'une Ombre, à l'Ouest. Je comptais aller lui rendre une petite visite sous peu.

-Comment tu as fait ? demanda Snori. Ces types étaient particulièrement redoutables, autant pour attaquer que pour se cacher.

Par réflexe, l'ancien roi lança un regard qu'il tenta de faire le plus discret possible à Bëorielle. Sans qu'ils n'aient eu à mettre de mots dessus, un accord s'était scellé quant à la révélation de son ancienne identité. Habeth n'avait aucun intérêt à savoir qu'elle faisait partie de ce groupe dont elle chassait les membres sans relâche. La question faisait quant à elle sens, et la désertrice entreprit de leur résumer ses investigations. Elle s'était dans un premier temps rendue à Naïlika sans réel but, jusqu'à qu'elle rencontre par hasard l'un des anciens larbins de Gladys. Il avait accepté de collaborer de bon cœur, lui révélant quelques informations utiles, dont la plus précieuse avait été le lieu du dernier repère en date des Ombres, celui-là même où Iyoh avait dissout leur groupe. Là-bas, elle avait retrouvé plusieurs documents lui ayant permis de continuer ses recherches, lesquelles la menèrent à Hovo. Rendue dans une ancienne bibliothèque abandonnée et emménagée afin qu'un groupe conséquent puisse y vivre, elle avait alors pu affiner ses connaissances sur le sujet. Elle avait compris ce qu'avaient vécus ses ennemis au cours des mois passés auprès d'Athis, ainsi que leurs nouvelles motivations, et également leur souffrance. Ils avaient connu mille peines, et pourtant elle ne pouvait leur pardonner. Une liste de noms fut son point de départ. Par la suite, elle avait tenté de les localiser et avait procédé par élimination. Son maître était jadis à la tête des unités archères de l'armée luuwrienne. Il était réputé si efficace que ses apprentis pouvaient à eux seuls défaire des vagues d'ennemis avant qu'ils ne les atteignent. L'homme n'était évidemment pas à la hauteur de sa légende, mais demeurait l'instructeur le plus talentueux que le Sud ait connu. Étant jugé dangereux pour la contre-attaque naïlikane, Gladys avait fait de lui une cible prioritaire et il avait été l'un des premiers à mourir lors de la guerre. De ce qu'elle en avait compris, les Ombres s'étaient divisés en quatuor. Selon toute vraisemblance, il n'en restait que deux dont les membres pouvaient être possiblement responsables de cet assassinat cruel et lâche. Plus qu'un maître, c'était la seule personne ayant vu en elle plus que de la simple chair à canon qu'ils lui avaient ôté. C'était un ami proche, un père. Elle avait aujourd'hui défini le lieu d'habitation de Julion Gadaro, l'un des huit derniers suspects potentiel. Ce n'était qu'à deux heures de marche de Gotor. Elle obtiendrait des réponses, enfin. Son récit étant fait dans les grandes lignes, elle avala d'une traite le contenu de sa tasse.

-L'idéal, c'est de partir quand le ville dort. Il faudra être en forme, ces salauds se laissent pas faire. Alors il faudra se coucher tôt être à plein régime vers minuit, parce qu'on aura de la marche ! Enfin...je vous dit tout ça mais...vous êtes bien là pour me filer un coup de main, pas vrai ?

Snori acquiesça. Il y avait longuement réfléchi, et finalement, venir en aide à son amie lui semblait le meilleur moyen de soit passer à autre chose, soit galvaniser son désir de vengeance. Il aurait avec elle un avant-goût de ce qu'était cette quête violente et aviserait par la suite, mais une chose était certaine : plus il se tenait loin de Nora, mieux il se portait. Du moins pour l'heure. Il se demandait comment allaient les choses, là bas ; si son peuple avait bien pris la montée au pouvoir de Kesron. C'était un homme apprécié, dont le caractère et le savoir-faire n'étaient pas sans rappeler Kunz. Bien sûr, il ne portait pas un nom prestigieux, mais les oraniens l'avaient selon toute vraisemblance bien accueilli. Et puis il y avait l'expédition de Rednow. Avait-elle réussi à atteindre son objectif ? Son premier objectif avait été la forêt de Reydoran. Au meilleur des cas, si elle y avait trouvé l'artefact et s'en était retournée à la cité des eaux aussitôt, elle en aurait eu pour une dizaine de jours. Mais cela aurait impliqué qu'ils soient déjà rentré, et il il était donc étonnant qu'ils n'en aient entendu parler en cours de route. Ça n'avait du être aussi simple qu'il n'y paraissait, comme toujours. L'épéiste se faisait un brin de souci pour les amis qu'il avait là-bas, mais ne se permit de leur accorder trop de temps de pensée. Ils avaient à faire dans le temps présent. Habeth et lui discutèrent beaucoup durant les heures qui suivirent, parlant principalement de leurs anciens camarades dont elle demandait abondement des nouvelles. L'ironie de la situation fit sourire le trentenaire, qui abdiqua bien vite. Ce fut donc un cas par cas, auquel Bëorielle et Seth furent invités à participer lorsqu'il s'agissait de personnes de leur connaissance. Le jeune prince naïlikan put lui décrire Edward, qu'elle n'avait pas eu la chance de rencontrer, elle qui avait rejoint les rangs de l'armée aussitôt Nigfol retrouvée. Les exploits d'Esmezia lui étaient parvenus jusqu'aux oreilles, et elle avait également entendu de vagues rumeurs sur le compte de Bartiméus. C'était d'ailleurs lui qui lui avait donné l'envie, sans le vouloir, de s'essayer à la musique. Un passe-temps des plus agréables, au même titre que tant de formes d'art qu'elle affectionnait. La nuit tomba très vite, et la fatigue vint avec elle, aisément justifiable pour les trois voyageurs qui ne s'étaient accordé que très peu de repos. Habeth décréta que Bëorielle pouvait partager son lit et que les garçons dormiraient par terre, installés comme ils le pouvaient entre des piles de coussins et sous d'épaisses couvertures. Au final, avec la proximité du feu, ils bénéficiaient d'un certain confort. Ce fut leur hôte qui vint les réveiller lorsqu'elle jaugea l’horaire propice. Du bout des doigts, elle pinça la joue du sang-bleu et la tira sans ménagement. Snori se redressa vivement, heurtant au passage le nez de l'archère.

-Bordel, grommela-t-elle en se frottant les nasaux, t'es con...ça fait mal !

-Et c'est toi qui te plaint...moi qui mettais la douceur parmi tes qualités.

-Ouais, bah t'es mon compagnon d'arme, pas mon petit neveu de six ans.

-J'ignorais que tu avais un neveu, s'étonna-t-il.

-C'était juste un exemple ! Bon, arrête de bavasser et bouges-toi. Prenez vos armes.

La violence n'était pas obligatoire, mais la présence d'équipements aidait à l'intimidation. Et puis on n'était jamais trop prudent. La jeune femme alla s'équiper de fourrures et enfila d'épaisses bottes, puis plaça son carquois et son arc dans son dos avant de passer deux lames courtes à sa ceinture, qu'elle dissimula rapidement sous des pans de ses vêtements. Elle rabattit ensuite une capuche sur son visage, et se tourna vers les deux personnes qu'elle ne connaissait que depuis la veille.

-Vous n'êtes pas obligés de venir, hein. Si ça vous chante, restez là.

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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 3 Nov - 19:14

Durant toute la discussion, Beörielle n'avait dit aucun mot : bien qu'elle fut invitée à parler de ses connaissances, celles-ci se résumant aux ombres, mieux valait garder le silence, quant à Erlyn, elle le haïssait, aussi avait-elle préféré ne rien dire à ce sujet non plus. Lorsqu'on lui indiqua qu'aucune obligation ne la retenait, elle fit tournoyer deux fois son hallebarde avant de l'écraser sur ses épaules, passant les poignets par dessus, l'air déterminée.

- Je vous suis, moi.

D'une part, rester dans une cabande aussi miteuse alors que Seth allait probablement choisir de suivre le mouvement, et donc rester seule, ne l'enchantait guère, d'une autre part, elle avait comme le sentiment qu'elle pouvait se faire des amis de ces trois personnes, or, Beörielle n'avait connu que des soit disant frère d'armes, qu'elle aurait tué de sang froid pour des raisons absolument quelconques, peu lui importait. Qui plus est, le sentiment que ces trois-là auraient besoin d'elle commençait à la travailler.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 3 Nov - 21:07

Habeth les invita à sortir discrètement, puis referma la porte derrière eux. Si le centre-ville et les portes principales de Gotor étaient éclairées, la plupart des quartiers sombraient dans l'obscurité une fois la nuit tombée. L'auberge d'à côté, piteuse d'apparence, ne comptait que quelques rares clients calfeutrés à l'intérieur qui ne pourraient en aucun cas les voir sortir, c'était donc parfait. Ils commencèrent par se glisse à travers les rues désertes, puis firent un petit détour pour éviter le temple des adeptes de Dana, lieu de culte parmi les plus fréquentés de la ville, quant bien même Reingleff demeurait plus populaire que sa concurrente à Naïlika. En vérité, les textes religieux étaient multiples et convergeaient vers le déni d'une quelconque opposition entre ces deux déités. Il était dit qu'elles avaient bâti ce monde ensemble, mais qu'elles ne furent pas d'accord sur la façon de le diriger. Reingleff voulait que les hommes soient justes, tandis que Dana les pensait généreux et altruistes. Deux modes de pensées qui avaient au final pour commune ambition d'apporter l'ordre, la paix, le bonheur. Deux revers d'une même pièce. Pourtant les guerres de religion avaient bien existé, futiles et insensées. Aujourd'hui, si les fervents du Dieu juste étaient plus nombreux, on les entendait bien moins que l'ordre des adeptes, en pleine expansion depuis la fin de la guerre. Ils venaient en aide aux démunis, pacifiaient des zones dangereuses, chassaient les créatures ; en somme, agissaient activement pour faire le bien et se faire reconnaître. Parfois considéré comme une secte, quelque peu crainte du fait de l'armement de certains de ses hommes, il avait été surveillé de près puis encadré par les autorités locales, avec lesquelles il avait désormais un accord et pouvait continuer d'agir tant que ses affaires n'empiétaient pas sur celles du royaume, de quelque façon que ce soit. Ainsi, guérisseurs et volontaires se succédaient nuit et jour au temple, où les fidèles s’agglutinaient également, le tout créant un effet de masse et une activité constante. L'on pouvait voir d'un mauvais œil ce retour en force du culte, mais il fallait lui reconnaître d'indéniables vertus fédératrices et pacificatrices. Or tout cela était bien beau, mais Habeth ne voulait pas que l'un de ces zélotes vienne les interrompre. Elle guida ses amis jusqu'à une brèche dans les murs, que les ouvriers s'évertuaient à réparer mais qui était laissée sans surveillance ou presque de nuit. Il fallait dire que le royaume était en paix, ce qui expliquait ce manque de vigilance. Ce fut donc sans le moindre souci qu'ils purent s'extirper des murs de Gotor.

Les deux heures de marche se firent dans un silence quasi total. Snori observait Habeth, qui se situait en tête, et s'étonnait de l'étrange mélange de grâce et de bestialité avec laquelle elle se mouvait. Elle avait changé, et il ne parvenait pas à déterminer si cela lui plaisait où l'effrayait. Pour l'heure, seule leur détermination commune comptait. Ils empruntèrent des sentiers où ils ne croisèrent personne. L'avancée dans l'obscurité totale fut quelque peu chaotique les premiers temps, puis leurs yeux s'y habituèrent et ils purent finalement éviter les divers branchages et caillasses venant entraver leur progression. La route vers leur destination montait principalement, expliquant le pourquoi de leur sommeil précédent. Leurs mollets commençaient à tirer lorsqu'ils aperçurent enfin le petit village. Il y avait ça et là des champs étendus, où le bétail broutait, béat. C'était à s'en demander si ces animaux en venaient à dormir ou cessaient de se nourrir. Après les prés et étables, c'étaient quelques chaumières qui se dressaient sur ce petit plateau, espacées les unes des autres. En tout et pour tout, l'on pouvait compter au grand maximum une dizaine d'habitations. Impossible de parler de village en ce cas, mais de hameau tout au plus. Qu'une Ombre se soit dissimulée ici n'avait rien d'étonnant : personne ne viendrait la déranger ou lui rappeler son lourd passé ici. Un son attira l'attention de Snori alors qu'ils s'apprêtait à suivre ses camarades ; probablement une brindille brisé sous le pas d'un animal. Les pas s'éloignèrent lorsqu'il se retourna, venant étayer son hypothèse. Le gibier s'était probablement enfui lorsqu'il s'était su repéré, pas de quoi s'inquiéter comme il venait de le faire. Habeth continua de les guider, avançant jusqu'à l'entrée du village, se courbant de plus en plus lorsqu'elle marchait afin de ne produire qu'une nuisance sonore moindre. Ils n'avaient que peu de risques de se faire repérer, mais mieux valait jouer la carte de la prudence face à une proie telle que celle-ci. De l'index, elle désigna l'une des chaumières, relativement étroite et s'élevant sur deux étages, juxtaposée à ce qui semblait être une grange dont l'odeur laissait à penser qu'elle servait à stocker le foin pour l'hiver imminent. Julion Gadaro vivait ici, et dans quelques instants, il allait faire face à ses vieux démons. L'archère ôta sa capuche et fila jusqu'à la porte, rasant les murs. Elle tenta de l'ouvrir discrètement puis, constatant qu'elle était verrouillée, sortit trois crochets différents de l'une de ses poches intérieures. Elle finit par en choisir un, et fit sauter le verrou en une demi-minute.

C'était désormais le moment de vérité. À son grand désarroi, la porte grinça, aussi décida-t-elle de ne pas faire durer ce désagrément et de l'ouvrir d'un coup sec. Un son brusque mais vif avait moins de chance d'éveiller des dormeurs qu'une nuisance continue. Le sol, rustique, était constitué d'une pierre qui n'aurait pas le désavantage des parquets craquants ; ils entrèrent dont et se hâtèrent de refermer, les courants s'engouffrant pouvant causer un véritable boucan. Visiblement, le rez-de-chausse n'était constituée que d'une pièce servant à la fois de cuisine, de salle à manger et de salon. Une petite pièce était séparée du reste mais ne pouvait, au vu de l'architecture du bâtiment, ne contenir que des latrines. C'était vers l'étage qu'il fallait se tourner. Habeth prit son arc à la main et plaça une flèche sur la corde, prête à toute éventualité. C'est alors qu'un ronflement retentit, la faisant discrètement soupirer. Au moins, sa cible dormait bel et bien, et elle savait désormais où chercher. Sans plus hésiter, elle monta les marches quatre à quatre tandis que Snori restait près de la porte, au cas où il se passait quelque chose. La guerrière rousse tendit l'oreille vers une porte fermée d'où un second ronflement émana, confirmant qu'il s'agissait de la chambre à coucher. Sans ménagement, elle y pénétra et alla se placer devant le lit, où se trouvaient un homme et une femme. Elle pointa la flèche vers la femme, puis cria.

-Julion Gadaro !!

Le susnommé s'éveilla en sursaut en même temps que sa dulcinée, qui eut un hoquet de terreur en découvrant l'arme qui le menaçait. Cet ancien combattant devait avoir une trentaine d'années. Il portait les cheveux longs, et se laissait pousser le bouc et la moustache. Une alliance, placée autour de son annulaire, témoignait de son mariage. En un instant, il examina la situation et se redressa, prenant une position assise et plaçant les mains en évidence, tout en fixant l'inconnue qui venait les déranger droit dans les yeux.

-Qu'est-ce que vous voulez ?

-Trouver quelqu'un, répondit-elle, froide comme la mort. Et vous allez sans doute pouvoir m'aider.

Julion savait que son passé finirait par le rattraper. Il s'y était préparé. Mais il ne voulait aucunement que ses proches ne soient impliqués là-dedans. La haine luisait dans les yeux de cette fille. Une haine qu'il pouvait reconnaître entre mille, qui avait été son quotidien autrefois. Elle était aussi perdue que lui et ses homologues l'avaient été par le passé et il se devait de lui venir en aide. Pivotant légèrement, il plaça ses jambes hors du lit et commença à se lever. Habeth recula tout en gardant sa corde tendue.

-Je vais tout vous dire, mais baissez cet...

-Je ne baisses rien du tout. Descendez, on va s'installer en bas.

-Très bien. C'est même parfait. Je passe devant alors?

-Allez-y.

Gardant son sang-froid, l'homme descendit les marches et croisa les trois compère de l'archère, qu'il examina rapidement. C'étaient tout trois des combattants, plus ou moins expérimentés, mais qui savaient ce qu'ils faisaient. Snori alla allumer l'une des lampes à huile de la pièce tandis qu'Habeth descendait à son tour les escaliers, suivant la femme qu'elle menaçait toujours et qui gardait la tête haute et la bouche fermée. La stupeur s'installa alors sur le visage de Julion lorsqu'il put enfin, à la lumière, reconnaître le visage de Bëorielle. Quelque chose lui échappait, mais sa présence n'était pas de si mauvaise augure. Quelles que soient les motivations de la rousse à tresses, elle était donc assez ouverte d'esprit pour avoir à ses côtés l'une de ses anciennes camarades. Il pouvait encore la raisonner.

-Asseyez-vous, aboya la désertrice.

L’ordre le tira de ses pensées et il s'exécuta, prenant place près de la table, y plaçant ses mains afin de ne pas représenter la moindre menace. Il fallait leur faire comprendre qu'il ne comptait pas résister de quelque façon que ce soit et qu'il était même prêt à leur porter assistance. Habeth fit signe à sa femme de s'installer à ses côtés et se tourna vers Julion.

-Je veux savoir qui a tué Fredrick Lunbjorn. Je sais que c'est une Ombre. Et je veux un nom !

Lunbjorn. Julion s'en souvenait parfaitement. La mission ne lui avait pas été confiée, ni à lui ni à un membre de l'équipe dont il faisait partie, mais il avait entendu l'un de ses camarades se vanter d'avoir tué le plus grand archer de Valato. Gladys en personne lui avait témoigné sa reconnaissance pour cette mission menée à bien. Et cette jeune femme, accompagnée de la sœur d'Oloren, se pouvait-il qu'elle soit Habeth Folia ? On disait qu'elle chassait les leurs depuis des années, Julion en avait désormais confirmation et savait quelles étaient ses motivations. Dans ce cas, se pouvait-il que le petit homme blond soit le roi de l'Oran, Snori Pendragon ? C'était plus que probable, compte tenu du fait qu'ils voyageaient avec cette redoutable Ehlkaÿd. Eh bien, si on lui avait dit qu'il rencontrerait un jour leur pire ennemi, accompagné d'une de ses anciennes alliées. Mais cette vie était loin derrière lui à présent. Pour autant, que faire ? Il ne pouvait pas mentir délibérément. Pas avec cette flèche, prête à s'enfoncer dans la chair de son épouse. Mais vendre un ami, un repenti ? Un homme qui comme lui avait souffert et avait finalement retrouvé la paix ? Impossible.

-Répondez moi !!

-Oui, oui...l'homme qui a tué Fredrick Lunbjorn se nomme Hector. Hector Surlin. Mais je vous conjure de réfléchir à ce que vous allez faire. Bëorielle peut en témoigner, Hector n'a jamais été quelqu'un de mauvais, comme nombre d'entre nous, il était...

-Comment ça, Bëorielle peut en témoigner ? le coupa-t-elle.

Julion observa tour à tour les deux femmes, nageant momentanément dans l'incompréhension, avant d'en arriver à la seule conclusion valable. Il regrettait d'en avoir trop dit, mais impossible de faire marche arrière à présent.

-Elle n'est en rien différente d'Hector ou moi. Navré de devoir le révéler ainsi, Bëorielle. Elle était une Ombre, elle aussi.

Un sourire railleur s'installa momentanément sur le visage d'Habeth. Comme si ce grossier mensonge allait pouvoir l'embrouiller de quelque façon que ce soit. C'était tout bonnement ridicule. Si cette femme était une Ombre, jamais Snori ne l'aurait emmenée avec lui, et plus encore, il n'aurait pas gardé cela secret. Mais le doute vint s'immiscer dans son esprit lorsqu'elle vit la mine déconfite de son ami. On lui avait menti. À qui diable pouvait-elle faire confiance sur cette terre ? Reculant de quelques pas pour se séparer du reste du groupe, elle tendit son arc vers eux tandis que la colère reprenait le dessus. Snori tenta de s'avancer vers elle, gêné.

-Euh...écoute, on a cru bon de...
-De me mentir ? Bien ! Julion ! Où est-ce qu'il habites, cet Hector ?

-Ici même. On a quitté les Ombres ensemble, après la mort de Gladys. Mais par pitié, réfléchissez. Nous sommes les premier à regretter tout ce que nous avons fait, à maudire ceux qui se sont servis de nous.

-Assez !! Des paroles ne changeront rien, et vous méritez tous la corde ! Emmènes moi chez ton ami, tout de suite ! Snori, garde donc sa femme à l'œil !

Quelques minutes auparavant, Snori aurait été prêt à la suivre jusqu'au bout. Elle faisait preuve d'une violence à laquelle il s'était préparé et qu'il comprenait mieux que quiconque, lui aussi ayant subi de sentiment d'injustice. Pour autant, il commençait à douter. Blesser ceux qui nous avaient blessés était aisé, mais était-ce la bonne voie ? Julion se redressa, attristé et déterminé.

-Non, mademoiselle. Je refuse de vous guider jusqu'à lui. Hector est un homme de bien, avec une famille à sa charge. Les horreurs qu'il fut forcé à faire par le passé n'enlèvent rien au fait qu'il est désormais responsable des siens. Il a tué Fredrick Lunbjorn, mais ç'aurait pu être n'importe lequel d'entre nous.

La rage flagrante devint presque palpable dans les yeux d'Habeth, qui en un instant détendit son arc et fit fuser son poing vers le visage de Julion, lequel évita le coup sans problème. Une deuxième tentative fut tout aussi aisément déjouée et la jeune femme, agacée, dégaina ses deux lames. Elle en pointa une vers Julion, puis la seconde vers Bëorielle.

-N'importe lequel, hein ?! Alors je vous tuerai tous ! Je vous tuerai dans votre sommeil, je vous égorgerai comme du bétail, lâchement ! Je vous ferai comprendre la terreur que vous avez fait régner ! Si ce n'était que mon maître...combien d'innocents vous avez massacré?! Quelle quantité de sang est-ce que vous avez fait couler à Neims, ce jour-là ?!

-Je comprends votre colère, mais...

-Non ! Non, vous ne comprenez pas !

Jusqu'à lors calme, Julion haussa la voix à son tour. Il détestait ces débats où le seul moyen de se faire entendre était de crier plus fort que son opposant, mais si cela pouvait lui permettre d’empêcher cette jeune femme de sombrer dans des eaux dangereuses, cela en valait la peine.

-Si, je le comprends ! Gladys nous a enlevé tout ce à quoi on tenait. Tout ! Je l'ai haïe, des années durant...

-Et vous avez été vengés ! Gladys Engels est morte ! Hector est encore en vie et vous ne vous mettrez pas sur ma route !

-Ne me forcez pas à m'y mettre, jeune femme. Croyez bien que j'aurais déjà pu vous tuer mais je ne veux pas le faire, et je ne le ferai pas.

Les bras d'Habeth s'étaient mis à trembler. Elle comprenait que la situation lui échappait, ou plutôt qu'elle lui avait toujours échappé. Elle savait bien que la vengeance ne lui apporterait aucune satisfaction et que ses actes la condamnaient à passer le restant de ses jours à se dissimuler si elle ne voulait pas croupir dans une cellule, mais la pente sur laquelle elle s'était engagée ne pouvait plus être remontée. Quitte à s’autodétruire, autant aller jusqu'au bout du processus, elle qui n'avait plus rien à perdre. Julion la jaugeait, sentant qu'elle était particulièrement dangereuse. Lors d'un moment de flottement où elle lança vivement un regard dans son dos pour connaître la position de ses compagnons, il prit la fuite en sautant à travers une fenêtre qui s'était ouverte d'elle-même à son passage. Ainsi, c'était un forceur. Très bien. Cela ne le sauverait pas ! Sans réfléchir, l'archère partit à sa poursuite. Tous deux s'engagèrent à travers les rues du village, et il apparut bien vite que Julion ne pouvait la distance. Il n'avait jamais été très rapide alors qu'elle faisait preuve d'une certaine vivacité. Dans son état, ils seraient forcés de se faire face sous peu, et il ne pourrait alors assurer sa sécurité. À la chaumière, Snori, dépité, scrutait du regard ses camarades. Il n'avait anticipé tout cela et se sentait perdu. La raison lui criait de partir à la poursuite d'Habeth, pourtant le cœur n'y était pas. Il n'avait pas le courage d'affronter une vérité évidente : le fantôme de William le hantait, et la quête qu'il s'imposait n'était qu'une chimère.

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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 3 Nov - 21:55

Beörielle soupira. Elle aussi avait anticipé cette réaction, elle n'en voulu pas à Julion de l'avoir dévoilée, après tout, Habeth aurait finit par l'apprendre, elle aurait seulement aimé se montrer digne de confiance avant cela. Peu importait à présent. Elle disparût simplement sous les yeux de Seth et Snori, traversant le temps à grande vitesse, ce qui lui permit de rattraper le fuyard et la chasseuse. Ayant grâce à ses formidables dons pu préparer son coup, elle s'arrêta enfin un peu avant la vengeresse, et frappa droit dans le ventre de celle-ci. Avec sa propre vitesse, elle serait probablement assommée, et cela leur donnerait au moins le temps de réfléchir ...
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Mar 4 Nov - 20:05

Habeth encaissa l'attaque venue de nulle part et se tordit de douleur quelques secondes tout en reculant. Voilà que l'Ombre que Snori avait emmené avec lui se retournait contre elle. Très bien ! Elle ne pensait pas devoir lui faire face si rapidement, mais cela lui convenait. Maintenant qu'elle savait que l'assassin de son maître était dans ce petit village, elle n'aurait besoin de personne pour l'y guider. Sa dernière chasse pouvait commencer. Abasourdi dans la demeure de Julion, Snori avait constaté le départ fulgurant de Bëorielle et avait cherché les yeux de Seth, puis de la femme de cet homme qu'ils étaient venu agresser. Finalement, c'était l'évidence même : cette violence ne mènerait à rien. Il se gratta nerveusement le crâne en serrant les dents, puis partit à son tour à la poursuite du fuyard, sans mot dire. Personne n'allait mourir aujourd'hui. Il eut vite fait des les rattraper, compte tenu du fait qu'ils s'étaient stoppés sur ce qui semblait être le place centrale. Le boucan qu'ils provoquaient avait éveillé les riverains, qui se penchaient aux fenêtres ou descendaient même, s'interrogeant sur ce qu'il se passait en se doutant que cela avait à voir avec l'ancien criminel qu'ils avaient accueilli parmi eux, sciemment. Habeth commençait à perdre son sang froid, dirigeant ses lames vers ses deux possibles adversaires à tour de rôle, lançant des regards emplis de haine et de confusion à l'ensemble des spectateurs de cette scène. Elle avait perdu d'avance. Jamais elle ne pourrait vaincre deux Ombres, pourtant elle ne voulait pas s'arrêter ici ! Elle ne voulait pas abandonner et croupir en prison, pas si prêt du but. Plus que tout, elle avait envie de crier sa colère mais ne parvenait à mettre des mots dessus. Lorsque Snori tenta de s'approcher, elle se retourna vivement vers lui, lame à la main.

-Ne me touches pas ! Personne ne me touche ! Personne ne s'approche...où...est...Hector ?!

Un homme de grande taille, filiforme, aux cheveux châtains et aux yeux noisette, s'avança alors avant d'être stoppé par Julion, qui plaqua une main sur son torse, tentant de le dissuader d'avancer plus. L'homme la repoussa et alla se place à un mètre d'Habeth, l'air grave, non pas sans avoir auparavant dévisagé Bëorielle, étonné qu'il était de la voir en ce lieu.

-C'est moi. Et vous êtes ?

La désertrice se figea. Enfin. Enfin, il se tenait face à elle. Ne lui restait plus qu'à bouger le bras, à abattre cet acier acéré sur la chair de sa nuque. C'en serait vite fini. Sa vengeance...littéralement à portée de main ! Mais elle voulait en savoir plus. Elle voulait entendre parler ce monstre, l'entendre se justifier. Mieux, l'entendre l'implorer à genoux avant qu'elle ne mette fin à ses jours. Elle voulait le voir souffrir, le voir pleurer, le voir regretter. Elle voulait lui faire en un instant tout le mal qu'il lui avait fait en six ans.

-Je suis l'une des élèves de Fredrick Lunbjorn, cracha-t-elle. Vous vous souvenez de Fredrick Lunbjorn ?!

-Oui. Je m'en souviens. Je l'ai tué.

Julion eut pour idée d'intervenir face à la franchise et la froideur de son ami, mais celui-ci tendit une main ouverte vers lui, le dissuadant d'avancer. Il ne voulait pas être protégé par qui que ce soit, et ne voulait pas faire une énième pirouette. La vérité ne devait pas devenir un accablement que l'on dissimulait avec honte. Elle était immuable, inscrite en lettres de sang. Autant y faire face. Hector s'avança plus encore, jusqu'à être tout proche d'Habeth.

-J'ai tué Fredrick Lunbjorn, répéta-t-il. Si tu comptes me le faire payer en m'ôtant la vie, sache que ce serait une monumentale erreur. Mais je ne t'en empêcherai pas.

Sur ces mots, il se mit à genoux, sans détourner le regard. Aucune crainte n'était lisible sur son visage, et la droiture dont il faisait preuve attestait de sa sérénité. Habeth l'observa longuement, incertaine, puis plaça ses deux épées de chaque côté de son cou, en croix, prête à le décapiter sur place, devant ses amis et sa famille. Des lourdes gouttes du sueur perlaient sur son front. Jamais elle n'avait ôté la vie sans y être forcée. Quoique l'on ai pu dire sur elle, les seules Ombres qu'elle avait tué s'étaient débattus, l'avaient forcé à avoir recours à la violence. Pour la première fois, le cas de figure était différent. Cet homme était prêt à lui offrir sa vie sur un plateau. Il avait conscience de ses crimes et souhaitait les payer. Son courage, alimenté par la fureur, se réfractait. Elle devait le tuer, maintenant, d'un coup sec. Ce ne serait pas compliqué, ce serait même particulièrement aisé et rapide, puis tout serait fini. Mais ses bras tremblaient, et elle ne parvenait pas à esquisser le mouvement.

-Et qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?!

Habeth sursauta. La voix qui venait de s'élever était indéniablement féminine, et juvénile. Sur l'instant, elle ne lui évoqua qu'une sensation familière, et elle dut y mettre un visage avant de pouvoir l'identifier. Elle reconnut aussitôt l'adolescente, enroulée dans un long manteau aux reflets violacés et l'interpella, réprobatrice.

-Tu m'as encore suivie !

L'adolescente s'avança encore jusqu'à rejoindre les deux personnes au centre du cercle nouvelle formé, et ce fut l'occasion pour Snori de l'examiner. Elle portait la tenue typique des adeptes de l'ordre de Dana, et portait à sa ceinture un fourreau dans lequel était rangé une épée large et relativement courte. Étonnant qu'une si jeune religieuse – il ne lui donnait pas plus de quinze ans – soit ainsi armée. Il avait en tout cas eu bon instinct toute à l'heure : ils étaient effectivement suivis. Peut-être aurait-il alors du en faire part à ses compagnon, mais au vu de la tournure des événements, plus rien n'était à prévoir. Son identité demeurait un mystère, quoiqu'il en fut. La voix emplie de colère mais aussi d'empathie, elle s'approcha d'avantage et Habeth, perdue, tendit la pointe de l'une de ses deux armes vers elle. La religieuse vint y placer son cou avant de reprendre la parole.

-Tu comptes me tuer moi aussi ? Tout ce que tu fais ne rime à rien !

-Tais-toi ! Et va-t-en !

-Non ! Je ne vais pas laisser un innocent mourir ! Et je ne vais pas te laisser gâcher ce qu'il te reste d'humanité ! Tu penses vraiment que ça va t'aider ?

-Ose me dire que tu ne tuerai pas celle qui a tué ton frère si tu en avais l'occasion ! Regardes-moi dans les yeux et ose me l'affirmer !

Hector, spectateur impassible de sa propre mise à mort, s'adressa à la nouvelle arrivante sans se détourner de son bourreau improvisé.

-J'apprécie votre intervention jeune fille, mais laissez la faire.

Pour toute réponse, la religieuse vint le pousser sans ménagement, le forçant à reculer et prenant Habeth au dépourvu. Puis elle tira sa lame et se plaça en face de l'archère rousse. Sa posture n'avait rien de celle d'une combattante, mais elle ne manquait certainement pas de détermination.

-Tu veux le tuer ? Alors tues-moi d'abord !


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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Mar 4 Nov - 22:23

- J'aimerais bien que personne ne meurt aujourd'hui, s'il vous plaît. Beaucoup trop de gens meurs en ce moment, alors que nous sommes sensés être en paix. Vous savez, Habeth, nous n'avons souvent pas vraiment voulu ôter la vie de certaines personnes. Moi la première n'ait voulue la mort que d'une seule, et ce n'est pas moi qui lui ai prise. Nous n'avons fait qu'obéir aux ordres, de la même façon que n'importe quel soldat. A présent que nous sommes libres, nous aimerions vivre vraiment. S'il vous plaît.

Les sourcils un peu relevés, Beörielle espérait réellement que ses mots puissent toucher la chasseuse. Elle en doutait fortement, malgré cela, et ce surtout par rapport au fait que sa véritable nature avait été découverte suite aux dénonciations d'une ombre, justement, et aussi parce qu'elle venait de mettre un sérieux coups au ventre d'Habeth. Gagner la confiance de celle-ci semblait définitivement compromis, chose qui dérangeait réellement la femme aux cheveux blancs. Ne sachant trop comment son interlocutrice allait réagir, bien qu'elle ne prenne pas de pose, elle était déjà prête à réagir.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Jeu 6 Nov - 18:21

Non. Elle ne pouvait croire Bëorielle. Pas après ces mensonges, et plus encore, pas après tout ce qu'elle avait découvert sur les Ombres durant ses investigations. Ils étaient forts, nombreux, et s'étaient laissé manipuler par une seule femme. Pas même une femme ; une simple enfant à l'époque ! À tout moment ils auraient pu se libérer de son joug, mais ils ne l'avaient jamais fait, préférant lui obéir aveuglément. Ils étaient tout aussi fautifs que celle qui leur donnait les ordres et qu'ils auraient pu occire. Car oui, la voilà, la vérité ! Les Ombres auraient pu mettre fin à cette guerre avant même qu'elle n'éclate. Ils avaient choisi, à la place, le chaos et le sang. Ils ne voulaient tuer personne ? Pourtant ils l'avaient fait ! Pas une, pas deux, des dizaines de fois chacun. Alors non, elle n'avalerait pas leur baragouin. Plutôt que de la tempérer, Bëorielle avait réussi à lui donner la force nécessaire pour franchir le pas. Haineuse, elle avança droit vers l'adolescente qui fit mine de l'attaquer, feintant grossièrement. L'archère n'eut besoin que de charger et de la repousser sur le côté pour qu'elle perde l'équilibre et lâche son arme. Plus rien ne la séparait à présent d'Hector. Ce fut alors que la main ferme de Snori agrippa son épaule. Hors d'elle et incapable de maîtriser ses gestes, elle tenta de lui asséner un coup d'estoc que le sang-bleu esquiva sans peine. Cette fois c'en était trop : même lui lui tournait le dos.

-Qu'est-ce que vous avez tous à la fin ? C'est une Ombre ! Une Ombre ! Pourquoi est-ce que vous vous souciez de lui, tout à coup ?

L'adolescente avait profité du moment de flottement pour ramasser sa lame en hâte et se placer de nouveau entre la chasseuse et sa proie. La guerrière rousse, encerclée, réfléchissait à un plan d'action sans qu'une option viable ne lui vienne en tête.

-Je suis désolé, Habeth, s'excusa Snori. J'étais venu t'aider, mais...

-Mais quoi ? Tu vas me faire jeter en prison et toucher la prime sur ma tête, c'est ça ?

-Oui. C'est ce que je vais faire.

Leurs regards se croisèrent une dernière fois, celui de la jeune femme ayant quelque peu perdu en assurance. Elle avait cru à des menaces en l'air, mais l'expression de son ami en disait long. Il ne bluffait pas. Et à en juger par la réactivité de Bëorielle et l'insistance de la gamine, il ne serait pas seul pour s'opposer à elle. Nul doute que Julion tenterait aussi de défendre son ami. Eh bien soit, tant pis pour eux ! Elle les tuerait eux aussi s'ils entravaient ses actions. Elle décrivit un mouvement horizontal tout en poussant un hurlement intimidant. Snori esquiva l'attaque grossière en se baissant, puis agrippa le poignet de son adversaire improvisée, le tordant jusqu'à qu'elle soit forcée de lâcher sa première épée. Rageusement, elle porta un coup de la seconde main, forçant l'ancien roi à lâcher prise, et profita de l'espace ainsi créé pour se retourner vers Hector. Si elle ne pouvait les vaincre tous, elle le tuerait au moins lui avant de se faire avoir ! Mais une fois encore, ses projets furent contrecarrés. Snori lui faucha violemment les jambes, la faisant chuter sur le sol meuble. Du pied, l'adolescente au manteau dégagea la deuxième lame, tombée à son tour. Elle était désormais désarmée, au sol, les jambes et l'estomac douloureux. Et elle ne se sentait pas la force de se relever pour affronter leurs regards condescendants, cyniques, compatissants. Elle ne voulait ni de leur mépris ni de leur pitié. Un silence s'installa et ce fut finalement elle qui le rompit, ronchonne, toujours face contre terre.

-Tu avais prévu ça depuis le début ? Tu es venu à Gotor seulement pour m'arrêter...vous vous étiez peut-être mis d'accord, tous les deux. C'est ça ?

Snori et la nouvelle arrivante comprirent qu'elle parlait d'eux, bien que l'épéiste ne comprit guère où elle voulait en venir, étant donné qu'il ne connaissait aucunement cette religieuse. Quoiqu'il en fut, elle avait tort. Il comptait réellement traquer son ennemi avec elle, l'aider à lui faire face. Pourtant cela aurait été une erreur. Il l'avait entendu dire, et comprenait désormais pour en avoir eu cet avant-goût que faire son deuil était essentiel. Les morts n'étaient pas apaisées, ne revenaient pas, et la mélancolie ne guérissait pas par la violence. Il fallait affronter son présent et s'ouvrir à l'avenir. Tant pis s'il devait la forcer à le faire. Il s'approcha de son amie pour l'aider à se redresser, mais elle le repoussa et se leva d'elle-même, époussetant ses vêtements avant de rabattre sa capuche. Elle examina tous les témoins de la scène, puis fit volte face et commença à se diriger vers l'Est. L'adolescente vint se mettre sur son chemin au bout de quelques mètres.

-Où est-ce que tu vas ?

-...je rentre à Gotor. Laissez-moi quelques jours, et j'irais me rendre toute seule. Comme une grande. C'est promis.

Lui faire confiance était difficile, mais Snori et était convaincu, Habeth n'était pas femme à mentir. Et il s'agissait sans doute de la meilleure chose à faire : lui laisser le temps de se rendre compte de ce qu'elle avait fait, seule. Leurs retrouvailles auraient été bien courtes. Tous semblaient dubitatifs, à juste titre, néanmoins ils n'avaient objectivement plus grand chose à craindre d'elle. Julion et Hector étaient en effet prévenus et sauraient se défendre si jamais elle revenait à la charge. Restait à espérer qu'elle ne le fasse pas. Snori la regarda s'éloigner sans mot dire, le cœur serré. Dommage qu'il en soit ainsi. Cet incident aura eu moins eu le mérite de lui faire prendre conscience de sa situation. Il n'avait aucune envie de se battre contre qui que ce soit, et encore moins de retourner vers les responsabilités dont il s'était acquitté. Commencer une nouvelle vie, voilà qui lui seyait. Bien sûr, il se posait toujours nombre de questions sur l'assassinat de son frère, mais savait que les réponses finiraient par arriver, tôt où tard. L'adolescente vint le tirer de ses pensées, tandis que les villageois s'étaient réunis un peu à l'écart pour assommer Julion d’interrogations.

-Merci monseigneur, lui dit-elle. Je m'évertuais à la remettre dans le droit chemin depuis des mois, et vous avez réussi en un instant.

Monseigneur ? Snori se savait populaire, mais de là à imaginer qu'on puisse le reconnaître en pleine campagne naïlikane, il y avait une marge, d'autant qu'il voyageait incognito. Les seuls à éventuellement pouvoir faire un lien entre son faciès et son identité étaient ces deux Ombres, qui avaient nécessairement vu son portrait à de nombreuses reprises à l'époque où il était l'une de leurs cibles prioritaires. Ceci étant, cette fille lui disait quelque chose. Elle avait un visage doux, aux traits joliment dessinés, et un regard empli d'intelligence et de bonté. Bien qu'elle ne sourisse pas, ses traits avaient quelque chose de joyeux, de pur, à défaut d'une féminité affichée. Snori ne parvenait néanmoins pas à faire un lien quelconque avec les membres de son cercle relationnel. Puisqu'elle l'avait reconnu mais que lui ne pouvait se la remémorer, peut-être était-elle tout simplement une citoyenne oranienne l'ayant reconnu. Tout de même, il était curieux et ne se priva pas de lui poser la question.

-On ne se serait pas déjà croisé ?

L'adolescente fit une moue, déçue, qu'elle exagéra volontairement, mais en réalité la situation l'amusait.

-Si, à trois reprises. Je suis déçue que vous ne vous en souvenez pas...mais c'est tout à fait normal. Je n'étais qu'une petite fille à l'époque.

Il lui envoya un sourire ravi. Celle-ci lui plaisait bien. Courageuse de ce qu'il en avait vu, agréable d'apparence, la voilà qui savait en outre manier les mots, bien mieux que la plupart des gens de son âge. Elle voulait raisonner en énigme, soit. Une petite fille, donc. Voilà qui ne l'aidait guère, car il avait côtoyé nombre d'enfants. Mais il disposait en outre d'un second indice : elle connaissait Habeth. Voilà qui limitait le champ de recherche à leurs amis communs, soit les seuls membres de l'expédition où les personnes qu'ils avaient rencontré durant celle-ci. Les enfants ne courraient en ce cas pas aux portes. Il y avait bien la fille adoptive d'Ilawen, mais il en était certain, elle avait les cheveux blonds. Et elle n'était pas vraiment des plus assurées. Enfin, mieux valait tenter sa chance que d'abandonner tout de suite.

-Tu ne serai pas...hum...comment s'appelait-elle, déjà ? Ton prénom commence par un A, c'est ça ?

-Exact monseigneur. Mais je ne vous aurai pas cru d'humeur à jouer aux devinettes.

-Moi non plus, à dire vrai.

Il était, en ce point, tout à fait franc. La tournure des événements l'avait quelque peu chamboulé, toutefois il s'avérait finalement que c'était pour le mieux. Sans doute tenait-il ça de son expérience en tant que monarque : il fallait être pragmatique et profiter des moments paisibles tant qu'on en avait. La reddition d'Habeth ne pouvait être qu'une bonne nouvelle.

-Bon, pour le prénom, j'ai du mal, reprit Snori. Mais tu es la fille d'Ilawen, c'est ça ?

-C'est juste, s'étonna-t-elle. J'étais persuadé que vous ne vous en souviendrez pas. Je peux vous demander ce que vous faites ici, monseigneur ?

-Tu viens de le faire ! Et je t'en prie, pas de « monseigneur ». Tu es sans doute au courant que je ne suis plus le roi de rien du tout !

De fait, même s'il trônait plus à Nora, la nom prestigieux de Snori lui accordait des terres et un titre. Il était donc officiellement un seigneur, bien que cela ne signifie plus grand chose. Alors qu'eux deux discutaient, Julion calmait les esprits, et peu à peu le village s'assoupit à nouveau. Il sembla remercier Bëorielle au nom de tous avant de retourner lui-même à sa demeure, laissant Snori et ses compagnons seuls. Et bien qu'il soit avide de continuer cette conversation, il fallait décider de ce qu'ils allaient faire, à présent. Il fit signe à ses camarades de s'approcher.

-Je te présente Bëorielle, la sœur d'Oloren, si tu te souviens d'elle. Et mon cousin, Seth.

Elle s'inclina brièvement devant Seth avant de répondre. Même si elle ne l'avait jamais vu, elle connaissait le visage de la sœur de la reine. Ce n'était pas tous les jours qu'on rencontrait un prince ! On le disait beau garçon et particulièrement habile épée à la main. Beau, il l'était, bien que quelque peu froid d'apparence. Quant à savoir s'il s'en sortait en combat, c'était une autre paire de manche...mais il ferait forcément mieux qu'elle. À sa décharge, tenter de retourner les techniques que lui avait enseignée Habeth contre elle n'avait pas été très malin.

-Et donc, ton prénom...

-Adel ! répondit-elle, confuse d'avoir oublié de le mentionner. Et donc, ma question...

Le sourire de Snori s'élargit. Oui, elle lui plaisait. Elle ne s'était pas permise de lui répondre ainsi par arrogance, mais parce qu'elle avait senti qu'elle pouvait se le permettre. Comme lui, elle possédait cette capacité à comprendre les gens, à décrypter leur gestuelle et leurs paroles pour les mettre à nu. Maintenant qu'il avait mis un nom sur son visage, il se souvenait qu'Esmezia lui avait parlé de cette jeune fille, à quelques reprises. Elle ne l'avait pas croisée lorsqu'elle était passée chez Ilawen, durant ses voyages, et avait à dire vrai tout fait pour l'éviter. L'ancien monarque n'avait pas réellement eu le temps de s'attarder sur les détails, mais il avait retenu qu'il s'agissait d'un litige entre sa disciple et le frère de l'adolescente. Quoiqu'il en soit, il pouvait se confier à elle sans retenue : elle était une amie.

-J'étais venu visiter Habeth, mais tout cela semble compromis. Alors pour dire vrai, à moins que mes amis aient une idée...je ne sais pas trop ce que je vais faire.

-Venez à Artesia ! Ilawen parle tout le temps de vous, et je suis sûre qu'Alix sera ravie de vous revoir.

Artesia n'était effectivement pas bien loin, et la proposition s'avérait alléchante. Retrouver Alix après ces cinq années risquait de lui plaire. Pourquoi pas, en somme ?

-Des objections ? demanda Snori à ses amis.

Quelle que soit la réponse, sa décision personnelle était prise. Adel, quant à elle, se maudit intérieurement de son empressement. Snori était un véritable ami de sa petite famille adoptive et un homme parmi les plus gentils et intéressant qu'elle connaisse, mais elle n'avait pas pensé aux deux autres. Ils étaient de parfaits inconnus pour elle. Accueillir le prince aurait cela dit un certain prestige qui ne pourrait que servir l'image de marque des établissements d'Ilawen, laquelle ne se priverait certainement pas de s'en vanter !


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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Jeu 6 Nov - 22:17

Beörielle venait de rassurer Julion d'une petite tape sur l'épaule lorsqu'elle fut présentée. Avoir pu revoir une ombre vivre ainsi la perturbait, et elle pouvait imaginer les troubles qu'importait une telle vie. Elle admirait ses anciens camarades, eux avaient réussi à refaire leur vie, après tant de temps, tandis qu'elle se voyait toujours surveillée par l'Oran, du moins jusqu'à maintenant. Elle n'avait pu convaincre Habeth, et cela s'était mal terminé. Elle regrettait amèrement que les choses se soient aussi mal passées, même s'ils avaient évité le pire. Elle ne put s'empêcher de penser que sa bonne foi serait très largement remis en cause après avoir ainsi agi auprès d'une "amie", Snori lui en voudrait probablement, et elle serait obligée de les quitter, lui et Seth : elle n'aurait plus sa place auprès d'eux.
Elle pris une respiration difficile lorsque l'ancien monarque parla de Seth et elle comme des amis. Ainsi, il ne lui en voulait pas ? Un sentiment étrange l'envahit, comme un grand soulagement. Elle détacha ses cheveux, sentant le rouge lui monter aux jours, et laissa sa tignasse blanche cacher cela. Elle était encore plus belle ainsi. La hallebarde sur l'épaule, elle se contenta de suivre le mouvement, tout en pensant ... "Si seulement je pouvais sourire" ... Aussitôt, le sentiment de gêne repris possession d'elle, aussi marcha-t-elle tête basse, et aussi discrète que d'habitude.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 10 Nov - 17:34

Cet enchaînement d’événements avaient pour le moins surpris Seth, qui étais resté en retrait du début à la fin de cette "chasse à l'Ombre". La métamorphose d'Habeth avait estomaqué le jeune homme. Jamais il n'avait vu la haine déformer un pourtant aussi beau visage en une telle représentation de la folie. Et la nouvelle arrivante avait agi de manière tout aussi surprenante, n'hésitant pas à s'offrir en bouclier humain face au monstre qu'était devenue la rénégate Luuwrienne, pour sauver un homme qui bien que probablement responsable de la mort d'une cinquantaine de personnes tout au moins. Pourtant, le dénommé Hector semblait bien plus humain que celle qui voulait mettre un terme à sa vie...

Même si il ne l'avait réellement vu ainsi, Seth ne voulait en aucun point ressembler à ce qu'était Habeth, aveuglée comme elle était par une rage aveugle. La vengeance ne l'aiderait pas à résoudre la mort de son cousin... Le visage de Snori semblait indiquer le même sentiment... Même si cette chasse s'était révélée terrible, elle avait au moins ouvert les yeux de Seth...

Bëorielle semblait elle aussi affectée par le soudain dénouement de la traque. Il n'avait pas du être évident de se confronter ainsi à son passé, et prendre ainsi parti pour sauver une vie... Le jeune homme n'appréciait que peu l'ancienne Ombre, mais eut soudainement un regain d'empathie pour elle. Elle n'avait pas du avoir une vie aisée... Désireux de lui montrer son réconfort sans vraiment savoir comment, alors qu'ils repartaient du village, il posa une main sur l'épaule de la jeune femme, et déclara simplement :

- Tu as bien agi, Bëorielle. Grâce à toi, une vie a été épargnée...
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   Lun 10 Nov - 19:27

Beörielle ne put empêcher un rire de sortir de sa bouche. Un rire sans sourire. Rapidement les larmes lui vinrent aux yeux, mais elle n'en laissa aucune couler le long de ses joues, préférant les sécher prématurément.

- C'est la première fois qu'on me le dit, et c'est peut-être la plus belle chose qu'on m'ait jamais annoncé. Merci...

Ces mots avaient réellement touché l'aînée, elle les ressentaient jusqu'au plus profond de son être, et ils l'emplissaient d'une douce chaleur réconfortante qu'elle n'avait jamais connu auparavant. Elle découvrait la sensation d'avoir un ami ... Mais comme toujours, son bonheur était à moitié gâché par un problème qu'elle ne pouvait résoudre ...
Si seulement elle avait pu sourire.
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MessageSujet: Re: Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)   

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Le jeu des thrônes (référence culturelle requise)
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