Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 La chute des héros

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Louis
Marchombre
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MessageSujet: La chute des héros   Sam 18 Oct - 18:20

Un silence complet s'était enfin installé dans la forteresse mortelle que s'avérait être Véonde. Nombre de héros étaient tombés en ce lieu par le passé, et aujourd'hui aurait lieu la plus terrible de toutes. La tension montait crescendo depuis la fin des affrontements. Ils n'avaient à déplorer aucune perte de valeur, même si Athis ne s'était pas attendu à ce qu'autant d'automates soient démolis. Après avoir neutralisé son némesis, le félin avait chargé Solunthes de faire poursuivre les rescapés par un dragon. Loin d'être létale, cette menace aérienne était d'avantage un encouragement aux survivants à accélérer le pas en direction de Rednow. Ils pourraient ainsi restituer sous toute sa gloire le brillant piège de l'être le plus ingénieux de Valato. Les babines d'Athis se retroussèrent en un rictus à cette pensée. Le vulgaire canidé qui lui avait tant causé de soucis était désormais porté à sa suite par trois automates, Solunthes marchant à sa droite avec la même satisfaction affichée à son visage. Émergeant des sombres catacombes, le maître des lieux indiqua par de très simples signes où leur prestigieux captif devait résider. La sécurité était une priorité. Même dans un tel état de faiblesse, il fallait s'assurer qu'Ohihir ne fasse pas d'avantage de dégâts. Pour cela, une prison de la conception d'Athis avait été élaborée, et fonctionnait à la perfection. Tandis que Solunthes partait s'assurer que la prison du loup garou était opérationnelle, les traits de la lionne se dissipèrent peu à peu, pour laisser place à ceux de l'imposant Edwig Luthness. Quelques blessures apparentes résidaient encore sur le corps de l'Ombre, mais habitué à la douleur, le porteur n'y prêta aucune attention. Nakaën le soignerait à un moment ou un autre. Sur le sol demeuraient des débris éparpillés d'automates, généralement accompagnés du sang de leurs "démanteleurs". Ses créations s'étaient bien battues. Et si elles n'avaient tué personne, elles avaient étés la force nécessaire à leur victoire. Ramassant un crane abandonné, il l'observa sous toutes les coutures. Tranché au niveau du menton, l'objet était vraisemblablement irrécupérable. Le reflet d'Edwig apparu sur le visage de l'automate. Une longue griffure ornait sa joue, entamant jusqu'à la barbe qu'il avait soigneusement entretenue, au cours de ces cinq longues années. Laissant négligemment tomber la roche sur le sol, il se dirigea vers l'entrée de la ville, ne se retournant pas lorsque la tête se brisa en une dizaine de morceaux. Son futur, bien qu'incertain, ne le préoccupait pas plus que cela. Il agissait pour une cause bien plus importante que sa propre personne...

Bientôt, il atteint la porte principale de Véonde. Ici bas se trouvait Melody Jennsen, aux prises avec nombres d'automates, tandis qu'un dragon scrutait l'agitation avec quiétude. On pouvait lui attribuer le mérite de ne jamais renoncer, même si à l'heure actuelle, ses gesticulations ressemblaient d'avantage à une lutte hystérique, qu'à la chute glorieuse d'une des héroïnes les plus connues de Valato. Certaines de ses statues avaient été conçues pour être immunisées aux pouvoirs communs en ce monde. Désarmée et impuissante face aux automates, la capitaine Luuwrienne offrait à son ravisseur un spectacle désopilant. S'approchant de la femme, fermement retenue, il la scruta de haut en bas. Couverte de bleus et de plaies, Melody avait une bien piètre apparence. Le visage pâle, elle cessa peu à peu de se débattre, bien consciente que dans son état d'épuisement, ses chances de fuite étaient nulles.

Sans esquisser un mot et une expression de neutralité totale au visage, Edwig donna ses prérogatives aux automates, qui emmenèrent la femme dans une cellule. Elle pourrirait là bas jusqu'à ce qu'Athis se soit occupé d'elle. La tension de l'Ombre continua de monter, alors qu'il se dirigeait désormais à l'endroit où devait désormais être emprisonné Ohihir. Poussant la porte grinçante du donjon, Edwig entreprit de descendre les escaliers irréguliers qui menaient à une partie aménagée des catacombes. Les sombres couloirs défilèrent devant les yeux désormais nyctalopes du porteur d'Athis. Tournant à la troisième intersection à sa droite, il poussa la grille qui le séparait de son éternel rival. La salle toute entière avait été décorée par ses propres soins. D'apparence vétuste, la vaste pièce était composée en son centre d'une énorme croix constituée intégralement d'un métal argenté. Attachée à celle ci par d'épais câbles de la même matière se trouvait Ohihir, encore inconscient. Si la transformation en seconde forme était impossible lorsque le porteur se trouvait dans les vapes, Athis, grâce à son expertise, était parvenu à "figer" l'état dans lequel son ennemi se trouvait grâce à d'importants câblages, reliés à la croix de fer. Au fond de la pièce se trouvait une imposante machine, d'où venaient les nombreux fils. Constituée de plusieurs partie, l'ingénierie semblait sans la moindre logique, pour tout autre qu'Athis. Un imposant bloc de pierre noir dans lequel résidait une unique émeraude était agrémenté d'une petite, mais solide manivelle de fer blanc. Un automate attendait non loin des instructions qui ne sauraient tarder. Une canalisation reliait le bloc à une demi-sphère faite d'un verre d'une teinte violette fluorescente. Un compte goutte avait pour but de laisser lentement décanter le liquide qui y résiderait, le laissant s'écouler par la suite à l'intérieur d'une vaste bassin étanche.

Enfin, en face du captif se trouvait un confortable siège en cuir. S'asseyant calmement dessus, Edwig scruta Ohihir, toujours en position de faiblesse. Quelques heures passèrent, interrompues seulement par l'arrivée de Solunthes. L'Ombre le chargea de récupérer la jeune Fambriel, et de l'enfermer dans une cellule éloignée de celles de Kellue et de Melody. Il aurait été triste que les trois femmes puissent se réconforter alors qu'il n'en avait pas fini avec elles.
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L.Hubs
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Sam 18 Oct - 20:01

Solunthes avait déjà chargé Iyoh d'escorter Esmezia jusqu'à la cellule qui lui avait été attribuée. Sans ménagement, il la chargea, inconsciente, sur son épaule tout en s'étonnant de ne voir aucune plaie. Ce type qui montait les dragons avait de sacrés pouvoir. Elle serait morte sans son intervention. Enfin, c'était pour le mieux : cela lui donnait l'occasion de l'affronter encore une fois à l'avenir, cette petite garce. Dire qu'elle était devenue meilleure que lui à l'épée. La frustration l'aurait poussé à prétendre que ces années d'incarcérations l'avaient ramolli, mais la vérité était toute autre, et il en avait conscience. Elle avait simplement surpassé le niveau qu'il avait autrefois. Cela ne faisait que le motiver pour lui-même avancer outre ces limites. Il l'emmena dans le donjon, au second sous-sol, dans un couloir isolé. Il n'y avait là que deux automates pour monter la garde, toutefois ils s'avéraient suffisants. Sans la moindre lubricité, il ôta l'armure de la prisonnière et la priva des quelques coutelas qu'elle avait encore, la jetant derrière les barreaux presque nue avant d'être pris d'un soupçon de pitié. Vu la température et l'humidité ambiante, elle allait finir par mourir en attrapant une maladie quelconque, ce qui aurait été idiot après avoir été sauvée in-extremis. Il lui lança une vieille couverture en pleine face, ce qui eut pour effet de la réveiller. Bien vite ramenée à la raison par le contact gelé de la pierre sur son épiderme, elle s'enroula dans le duvet et lança un regard noir à Iyoh, penché sur les barreaux d'acier, un sourire carnassier aux lèvres.

-Je t'ai tuée finalement. Mais si tu te le demandes...

-Je sais pourquoi vous m'avez gardée en vie.

-Vraiment ? J'admets que je l'ignore pour ma part.

L'hovoïte dévisagea cet homme qu'elle ne comprenait pas vraiment. Elle se souvint qu'une fois, elle avait pris sa défense, alors qu'elle et Laly étaient emprisonnées par Igole Vrag. Pour une raison ou une autre, il était venu à leur secours ce jour-ci, et avait même affronté Kellue puis Athis pour qu'elles puissent s'échapper. Puis, quelques semaines après, il avait mené l'assaut sur Rednow. Au cours de leur voyage, il les avait traqué sans relâche, allant jusqu'à envoyer un dragon-chiroptère à leur poursuite, puis il avait décidé de laisser filer Inès au moment où il aurait pu la tuer sans la moindre difficulté. Il s'opposait à eux, puis les aidait, sans logique particulière. Elle ne le comprenait pas.

-Alors quoi ? l'interpella-t-elle. Ça te plaît, qu'ils se servent de toi ?

Iyoh prit le temps de réfléchir à la question. Il n'avait pas considéré les choses sous cet angle, mais oui, Athis et Solunthes pouvaient faire de lui leur marionnette en un claquement de doigt. C'était même peut-être déjà le cas, mais après tout, cela valait-il la peine de leur résister ? On n'était jamais mieux que du côté des gagnants, or la lutte entre Valato et ses nouveaux compagnons n'avait rien d'un combat équilibré. Il se contenta de hausser les épaules puis partit sans mot dire, laissant la jeune femme seule avec les guerriers mécaniques. S’échapper était inenvisageable, et elle ne comptait pas le faire de toute manière. Elle se doutait de ce qui allait se passer à présent et n'avait qu'une préoccupation : la sécurité de ses compagnons. Pourvu qu'ils ne se soient pas laissé attraper. La marcheuse plaqua ses genoux sur son torse et passa les bras autour, tentant de se frictionner les cuisses sans grands succès. Elle détestait avoir froid, et n'était pas vraiment des plus patientes...ça allait être long. Nakaën, à l'étage supérieur, avait repris sa forme habituelle et se massait la nuque. Le coup porté par Kellue toute à l'heure était encore douloureux. Il lui faudrait quelques heures de plus pour guérir complètement à ce niveau, heureusement que les combats étaient terminés. Le jeune tailleur observa un instant Ohihir, immobilisé. L'acier mordait directement sa chair, et le dispositif ne demandait plus qu'à être activé. Ce serait la fin d'un grand artefact. C'en était presque triste. Nakaën, fort haut de taille, alla s'agenouiller près d'Edwig et approcha une main de son visage meurtri. L'aura blanchâtre typique des guérisseurs entoura ses doigts.

-Permets-tu ?

L'ancienne Ombre acquiesça, et Nakaën entreprit de refermer ses plaies, lesquelles cicatrisèrent à vive allure. Un sourire se peignit sur le visage du garçon tandis que Solunthes apparaissait derrière lui, mains dans les poches, l'air aussi neutre qu'à l'accoutumée.

-Vous savez, commença Nakaën, je suis vraiment heureux d'être ici, de faire partie de quelque chose qui me dépasse. Avant de vous rencontrer, tous les trois, je n'étais personne. Merci, Edwig, Athis. Merci, Solunthes.

-Tu ne fais pas un si mauvais porteur que je l'aurai cru, répondit simplement le dernier intéressé. Mais concentres-toi sur ce que tu fais. Nous nous réjouirons une fois qu'on en aura fini.

Edwig était fin prêt. Il n'était plus nécessaire de passer par son aval pour chaque action, il fallait que le processus démarre, maintenant. Solunthes retourna en son porteur, lequel alla poser sa main sur le haut du crâne du roi des bêtes. Ohihir s'éveilla aussitôt, faisant sursauter celui qui venait de le sortir de son inconscience et qui s'empressa de retourner près de son allié. Entrant discrètement à cet instant, Iyoh vint s'adosser à un mur non loin, curieux de voir comment allait se dérouler la petite scénette. À travers les yeux du loup-garou, Kellue observait la situation, pour le moins désastreuse, et constata qu'il lui était impossible de repasser en première forme. Ils ne pouvaient plus rien faire, et ces câbles les maintenant au sol provoquaient une douleur insoutenable. Pourtant ils s'y étaient préparés. Toute leur vie, ils avaient coopéré pour former un tandem parfait. Et ils s'étaient finalement fait vaincre. Ohihir plongea ses yeux luisants dans ceux du colosse assis face à lui.

-Que fais-je ainsi enchaîné, Athis ?

Edwig resta silencieux quelques minutes, puis affirma de sa voix profonde :

-Je suis en train de scruter mon plus magnifique adversaire, avant qu'il ne sombre dans l'oubli...

Voilà que, comme d'accoutumée, le maître des mots se plaisait à s'exprimer en énigme. Il fallait bien admettre que celle-ci avait de quoi titiller l'être hybride, qui ne se laissa pas déconcerter pour autant. Jamais il ne sombrerai dans l'oubli, lui l'éternel. Il avait œuvré pour le bien de Valato depuis sa naissance et ne comptait pas s'arrêter avant d'avoir exterminé sa plus grande menace.

-Je ne sais par quel moyen tu empêches ma gardienne de me rappeler, mais toi mieux que quiconque sait que tu ne pourras me tenir prisonnier. Je vais te vaincre comme je l'ai si souvent fait par le passé.

Edwig se rapprocha du captif, le scrutant de toute part. Face à lui, le colosse semblait être un avorton. D'une grande suffisance, il tira les poils ornant la gueule de la bête.

-Tu vas réellement me manquer. Malgré ta stupidité congénitale, tu t'es révélé être mon égal. Chose que bien peu peuvent se vanter d'être...

Le front d'Edwig se plissa, investi par une tristesse réelle et sincère. Ils se trouvaient maintenant à la croisée des chemins. Plus jamais le loup-garou ne s'opposerait à lui. Ce dernier comprit que l'intimidation ne servirait à rien, bien que son rival semblait s'en amuser. Il préféra focaliser son attention sur ces câbles le faisant souffrir. Ils étaient liés à une étrange machine dont la fonction n'était claire, d'autant qu'elle ne semblait d'apparence pas être en état de fonctionner. Mais il aurait été idiot de croire qu'Athis laissait les choses au hasard.

-Qu'est-ce que ce dispositif ? demanda Ohihir avec calme mais fermeté.

-Ceci est, en toute modestie, la plus grande création jamais vue en Valato. Cette machine a le pouvoir d'extraire l'énergie de toute créature vivante, et, si besoin est, de la réinjecter dans d'autres organismes.

Ainsi c'était ce qui l'attendait...être absorbé par son ennemi. Comptait-il se servir de ses capacités pour acquérir l'intégralité de ses connaissances ainsi que sa force physique ? Si tel était le cas, il était étrange qu'Athis aie attendu si longtemps pour s'en servir, et Ohihir doutait de toute manière que cela puisse fonctionner. Assimiler un être vivant lambda était une chose, en faire de même avec un artefact semblait surréaliste.

-Ne sous estime pas ma puissance, Athis. Tu te trompes lourdement si tu penses pouvoir me détruire par un procédé aussi risible.

-Ne m'oublies pas, vieux guerrier, fit Solunthes, étant de nouveau sorti de son pendentif. Tes verrous mentaux sont puissants, mais j'ai déjà infiltré ton esprit à deux reprises aujourd'hui.

Pour la première fois, Kellue ressentit en son compagnon un semblant de crainte. Si Athis avait réellement créé une machine qui, combinée aux capacités de son plus vieil allié, lui permettait de dérober ses pouvoirs, alors il deviendrait l'être le plus puissant de Valato, surpassant même Nigfol. Cela ne pouvait arriver. Ils n'avaient plus le choix !

-Ne pensez même pas à vous auto-détruire, Ohihir, Kellue Dovlass, commenta Solunthes. Nous nous sommes occupés de vous forcer à maintenir votre état actuel.

Avec effroi, le loup-garou constata la véracité de ces paroles. Il n'y avait qu'un moyen de détruire un artefact : le suicide. Il fallait pour cela que porteur et artefact soient d'accord pour mettre fin à leur vie, et alors l'objet ne devenait plus qu'ornement. Mais cela était impossible si la forme hybride était active.

Continuant d'exploser calmement son plan, Edwig regarda son détenu dans les yeux.

-Bien sur, les artefacts ne sont pas à proprement parler des êtres vivants. Nous tenons d'avantage de l'objet inanimé, que de la vitalité humaine. Voilà pourquoi mademoiselle Dovlass est ici présente...

Ohihir comprenait. Athis avait toujours été le plus créatif des deux, et avait su s'entourer de puissants alliés. Leur lutte durait depuis des millénaires, pour que leurs idéaux respectifs deviennent le mode de pensée dominant en Valato. Une lutte que tout deux avaient hâte de voir se terminer. Et au final, après toutes ces années de vie, ces centaines de personnes côtoyées, ces porteurs multiples, le loup-garou s'était rendu compte que la violence faisait partie du cycle de vie humain, d'autant plus depuis que les artefacts étaient apparus sur ce continent. Les différentes tribus n'avaient eu de cesse de se déchirer pour des broutilles, avant de se réunir en pays, et les conflits devinrent des guerres. Mais rien n'avait changé. Malgré la paix qu'il avait tenté d'enseigner, toute forme de vie continuait d'être vouée à détruire ce qui l'entourait. Et cela le lassait. Kellue mourrait sans doute. Les membres de l'expédition étaient sans doute morts. Et lui aussi allait mourir. Il ne pouvait plus rien faire, alors autant s'y résoudre et accepter son sort pour le rendre moins pénible.

-Va. Fais ce que tu as à faire. La victoire est tienne.

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Louis
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Sam 18 Oct - 21:13

Athis avait préparé un grand discours à asséner à son rival, mais fait extrêmement rare, il en avait oublié jusqu'au premier mot... Acquiescant face à la déclaration d'Ohihir, il s'en rapprocha et colla sa main hybride à côté de celle de son vieux compagnon.

Tu me manqueras, au cours de ces futurs millénaires... chuchota t-il honnêtement.

Le contact de sa main contre le métal froid fit frissonner Edwig. Une partie de sa force vitale semblait être puisée jusqu'à l'essence de son être. Par empathie avec son mentor, il comprit qu'Athis ressentait la même chose. Faisant un rapide signe de tête à Solunthes, il indiqua à son allié que le processus pouvait démarrer. L'automate commença aussitôt à tourner la manivelle connectée au grand bloc d'obsidienne. Le grincement désagréable de l'ingénierie mécanique se fit alors entendre dans toute la pièce, brisant les tympans de presque tous ceux qui se trouvaient dans la pièce.

Athis et Ohihir, eux, ne le perçurent même pas. Le picotement désagréable qu'ils ressentaient dès lors que leur peau était en contact avec le métal se changea en une décharge de douleur pure, brisant leurs esprit avec une méticuleuse violence. Une éternité de souffrance sembla s'installer dans le cerveau de l'Ombre. Un torrent enflammé dans lequel il se noyait inlassablement, peinant à respirer, perdant tout fil dans sa pensée désormais gouvernée par les lames qui assaillaient son esprit. Quelques secondes après que le processus ait commencé, Edwig retira sa main de la croix avec précipitation. Si il voulait s'approprier l'essence d'Ohihir, leurs énergies devaient se mêler afin que son organisme ne rejette pas la force étrangère q'uil allait bientôt assimiler. Cette expérience était probablement la chose la plus pénible qu'il ait jamais vécu. Le fait qu'Ohihir subisse de telles douleurs donna presque de la peine au porteur d'Athis.

Tremblant de tous ses membres, il retourna s'asseoir sur son siège sans demander son reste. Il doutait même d'être capable de pouvoir se relever. Le loup-garou, quant à lui, semblait se désagréger peu à peu devant ses yeux. Les poils de la bête se vaporisaient dans les airs, avant d'être aspiré par la croix. En quelques minutes, l'intégralité de la fourrure avait disparu, laissant l'artefact nu comme un nouveau né. Agité de spasmes, Ohihir semblait avoir perdu conscience. Mais il ne s'agissait là que d'une apparence. Le doyen des artefacts ressentait entièrement les effets de la machine diabolique sur son essence. Après le pelage vint le tour de la peau, qui se détacha peu à peu de son corps, laissant sa chair à nu.

Athis apparut soudain devant Edwig, chose qui n'arrivait que très exceptionnellement. Observant de ses propres yeux le triste spectacle, il regarda ensuite intensément son porteur.

Je ne t'en ai jamais parlé, mais tu sais ce qu'implique la prochaine étape de cette transformation?

Edwig détacha son regard d'Ohihir pour répondre à son mentor :

Oui. Nous ne feront plus qu'un. L'énergie d'Ohihir cimentera notre association pour toujours. Je gagnerais l'immortalité, et toi une apparence humaine...

Je suis fier de toi, Edwig Luthness. A vrai dire, tu es l'humain que j'ai attendu depuis des millénaires. Regarde le parcours que nous avons accompli tous les deux. Tu n'as pas été qu'un pantin -comme mes autres porteurs-. Non, tu as été un conseiller des plus utile, d'une intelligence hors norme. Je ne crois pas en la destinée, mais nous étions fais pour nous rencontrer. Avant que nous ne fassions plus qu'un, je tenais à ce que tu le saches.

Puis l'artefact disparu de la vue de tous, méditant sur le trajet parcouru depuis sa mystérieuse création. Un secret qu'il n'était probablement pas loin d'élucider... Pendant ce temps, les muscles d'Ohihir déjà à vif commençait à disparaître comme peau de chagrin. Il ne restait plus longtemps à vivre au vieil artefact. Un liquide d'une étrange teinte violette et argenté se déversait dans l'énorme sphère de verre, tandis que les canalisations reliant la croix aux différents appareils semblait sur le point d'exploser. Le grincement de la manivelle avait été remplacé par un sifflement désagréable, s'atténuant au fil des minutes. Edwig se leva avec difficulté. L'heure arrivait...
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Dim 19 Oct - 9:18

L'extraction avait débuté et, bien vite, Ohihir sentit la douleur l'envahir. Tout son être était en train de disparaître, emporté par un flot de souffrance. Il n'en aurait eu cure si Kellue ne ressentait pas, à travers lui, ce même feu sous sa chair. Elle ne méritait pas d'être ainsi torturée, mais il faudrait en passer par là, et avec de la chance, elle s'en sortirait vivante, bien que les allusions d'Edwig ne soient pas un bon présage. Iyoh, en retrait, observait le tout avec un certain dédain, à moins que ce ne soit de l'indifférence. Le plus actif devait être Nakaën, qui ne cessait d'aller d'un appareillage à l'autre pour s'assurer que tout se déroulait bien, et qui retournait régulièrement prodiguer des soins au siffleur. À défaut de mieux, il pouvait tenter de réduire la douleur qu'il ressentait, bien que cette anesthésie ne puisse qu'être de moindre ampleur. La grande sphère de verre commençait à s'emplir de cette matière éthérée qu'était l'essence de l'artefact, dont la chair disparaissait à vue d'œil. Bientôt, il ne resta de lui qu'une masse capillaire imposante recouvrant l'intégralité de son corps et qui, petit à petit, se rétrécit jusqu'à ne plus couvrir que son visage. Dissimulés sous cette chevelure sombre, les yeux jaunes de la bête s’illuminèrent une dernière fois, pour fixer Solunthes et Athis, avant de s'éteindre définitivement. La dernière goûte d'essence tomba dans le récipient. Immédiatement, les câbles fixés au corps de Kellue se détachèrent, et la parleuse s'écrasa au sol. Elle semblait avoir perdu un bon tiers de son poids tant sa chair était creusée, mais elle respirait encore. Qui sait, Athis lui trouverait peut-être une quelconque utilité. Dans le doute, Nakaën alla la retourner sur le dos et posa sa main au niveau de son cœur, lui donnant une tonicité suffisante pour la maintenir en vie pour l'heure. Son compagnon aviserai par la suite.

-L'extraction est terminée, Edwig, glissa Nakaën en passant près du siège sur lequel il était avachi. J’entame la purification. Solunthes ?

Sans apparaître au préalable, l'artefact prit le contrôle du corps de Nakaën, le transformant pour qu'il prenne l'apparence de sa seconde forme. Il se dirigea vers l'immense bocal, que deux automates venaient de lui apporter. L'essence d'un artefact était complexe, constituée de plusieurs composantes. Il fallait en l’occurrence faire le tri et ôter tout ce qui était de l'ordre de la personnalité, de l'identité, pour ne laisser que la mémoire, la puissance, et les caractéristiques physiques. Pour un être tel qu'Ohihir, cela s'avérait particulièrement compliqué. Solunthes fit apparaître sa matière noire et la fit prendre la forme d'une canne avec laquelle il commença à touiller. Ainsi, il pouvait utiliser ses capacités sans être en contact direct avec ce liquide qui l'aurait certainement détruit en un très bref instant. Des bulles commençaient à se former à la surface, expulsant un gaz nauséabond lorsqu'elles explosaient. C'était bon signe. Il parvenait à extraire les caractéristiques nocives. Mieux ne valait pas respirer ce qui en émanait, cela dit. Nul n'avait jamais traité ce genre de mixtures aussi était-il impossible de prévoir les risques encourus, aussi était-il plus prudent de les rendre minimes. Périr maintenant sur une petite erreur aurait été stupide. Il fallut une dizaine de minutes au guérisseur pour qu'enfin la concoction soit viable. Il fit signe aux deux automates d'aller la verser dans la bassine prévue à cet effet tandis qu'il allait examiner le corps de Kellue. Sa ceinture avait disparue. Les objets n'étaient donc pas de réceptacles, mais faisaient bel et bien partie de l'artefact. Ce meurtre leur aurait au moins appris quelque chose. Tandis que le liquide se déversait, Nakaën alla aider Edwig à se redresser. Le titan semblait en proie à une fatigue des plus compréhensibles, et souffrirait certainement plus encore lors de la seconde étape, pourtant il fallait aller jusqu'au bout. Il soutint le siffleur jusqu'au bord de la cuve dans laquelle il allait devoir s'immerger.

-Allons, mon ami. Écrivons l'histoire.

Avec précaution, Edwig plongea dans le liquide. Tandis qu'il s'y enfonçait, le volume de celui-ci diminuait, comme absorbé par le corps du siffleur. Le processus prenait un certain temps, aussi fallut-il presque un quart d'heure pour qu'il ne reste rien dans la cuve, période durant laquelle aucun mot ne fut échangé, le silence étant brisé par les seuls pas d'Iyoh que l'ennui avait gagné. Une fois que l'essence fut absorbée, les deux alliés d'Athis vinrent l'aider à se redresser pour l’emmener jusqu'au siège où il était assis quelques instants auparavant. Solunthes s'étonna de constater que ses vêtements n'étaient pas humides, et que le corps du porteur n'avait aucunement gonflé. Les propriétés des matières de ce monde ne semblaient pas s'appliquer pour les artefacts. Quoiqu'il en soit, il s'agissait à présent du moment le plus crucial. Ohihir était en Athis, mais ne fusionnait pas encore avec lui. Une sorte de mécanisme de défense naturelle empêchait les essences de se mélanger tant elles différaient ; pour ce faire, ils avaient deux solutions. La première aurait été de forcer le passage, agir à base de poisons et de drogues, pour dérégler ce système immunitaire surpuissant. Les risques auraient toutefois été bien trop élevés pour que cette optique soit viable, et c'était là qu'intervenait le maître des illusions. Jamais il ne s'y était essayé, mais il allait tenter de faire croire à l'essence d'Ohihir qu'elle était essence d'Athis. Ainsi, elle pourrait s'implanter dans son organisme de son plein gré. Un temps d'adaptation serait probablement nécessaire par la suite, mais cela fonctionnerait. Réunissant ses volutes d'ombre à l'extrémité de ses doigts tendus, Solunthes plongea directement sa main dans l'abdomen d'Edwig en entama le processus. Cela serait rapide, voire fulgurant, aussi n'avait-il pas le droit à l'erreur. Il ferma les yeux et trembla nerveusement sous la pression. Ce fut étonnamment Nakaën qui vint lui conseiller de garder son sang-froid, et ce fut lui qui s'exprima.

-Monsieur Tzumihi, s'il vous plaît.

Iyoh acquiesça sans mot dire et dégaina sa lame. Il y insuffla aussitôt l'énergie électrique suffisante à découper la plus résistantes des roches et empala tour à tour les deux automates présents dans la pièce, lesquels tombèrent sans pouvoir répliquer. Solunthes rouvrit alors les yeux et les plongea dans ceux d'Edwig, immobile. S'il en était toujours capable, ce dont on pouvait fortement douter, il l’empêchait de bouger grâce à ses pouvoirs. Puis il entama l'injection des pouvoirs d'Ohihir en ne prononçant que deux mots.

-Adieu, Athis.

L'épisode de Nora mis à part, tout s'était déroulé selon le plan de Solunthes, dont l'élément déclencheur avait été Esmezia Fambriel. Lorsqu'ils s'étaient rencontrés, il y avait aussitôt vu une personne de confiance dont il avait besoin pour enclencher cette machination. Alors qu'ils étaient tous deux plongés dans son illusion, il avait révélé à la jeune hovoïte tout ce qu'elle avait besoin de savoir et lui avait demandé de contacter Ohihir, tout en faisant en sorte qu'Athis puisse le retrouver. Ainsi, elle avait volontairement fait courir le bruit de sa découverte, puis s'était longuement entretenue avec Kellue Dovlass avant d'en parler à qui que ce soit d'autre. L'expédition à monter, le faux artefact, tout avait été prévu d'un commun accord. On ne pouvait détruire un artefact si ce n'était par la machine conçue par l'homme à la tête de félin, or celle-ci ne pouvait fonctionner sur son propre créateur, qui aurait à n'en pas douter pris toutes les mesures nécessaires. À dire vrai, sa seule erreur avait été d'accorder sa confiance à celui qui avait longtemps été son plus proche allié. Accepter de le laisser pénétrer son esprit équivalait à avaler sciemment le plus dangereux des poisons. Plutôt que d'ordonner à l'essence d'Ohihir d'accepter son hôte, il allait la rendre plus agressive. Les deux artefacts n'allaient pas fusionner. Ils allaient s'entre-dévorer. Un sourire triste se peignit sur le visage de Solunthes, qui savait pertinemment que toutes ses pensées, Athis avait pu les lire. Il mourrait au moins en sachant comment, une fois encore, il avait été vaincu par son éternel rival. Le maître des illusions activa le processus irréversible.

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Louis
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Dim 19 Oct - 14:40

Plus aucune sensation n'atteignait Athis en ce moment même. La voix de Solunthes, sa terrible trahison ne l'atteignaient pour l'instant même pas. Tout n'était en lui qu'un terrible vide, investi qu'il était lui même dans sa propre essence. Les limites corporelles de l'humain dans lequel il subsistait lui étaient perceptible, mais le reste n'était qu'un brouillard âcre dans lequel il s'enlisait inlassablement. Une énergie violette indéterminée s'imposa soudainement à lui, le dévorant par des assauts répétitifs, auxquels il ripostait chaque fois plus faiblement. Le combat semblait durer depuis une éternité. La force violette lui semblait familière. Comme si malgré ce combat effréné, un jeu de séduction s'était imposée dans leur opposition constante, cela depuis les firmaments de la création de l'univers. Tout deux étaient cloîtrées dans ce corps sombre et ne pouvaient pourtant pas y cohabiter. Une fureur avait envahi son opposant. Une colère noire et artificielle qui l'obligeait en quelque sorte à combattre cette essence d'un bleu pâle qui était la sienne. Pourtant, il lui semblait que par le passé, leur coexistence s'était faite dans la paix et la neutralité. Hélas rien n'était sur. Il ne parvenait pas à se souvenir. Cette bataille semblait durer depuis une éternité. Qui était-il, en dehors de ce fluide affaibli, résistant tant bien que mal à la mort l'envahissant?
"Athis."


Un nouvel assaut de l'énergie violette le fit tressaillir, l'empêchant de se concentrer, de réfléchir à une défense efficace. Se scindant en deux, il parvint néanmoins à esquiver une blessure qui lui aurait été fatale. Rien n'occupait ce corps si ce n'est ce bleu pâle qui le constituait et cette rage violette qui semblait désirer à tout prix son extinction. La paix n'était pourtant que son unique désir... D'une impulsion amicale, il tenta de fusionner avec son adversaire, qui le rejeta aussitôt, lui infligeant de nouvelles blessures au sein même de son être. L'Autre avait-il donc pour but unique de l'exterminer? N'y avait il pas assez de place pour eux deux en ce lieu?
"Athis."


Si il ne pouvait pas demeurer ici sans se faire sans cesse harceller, il devait trouver un moyen de s'enfuir. Inspectant chaque endroit de sa résidence en déployant de pâles tentacules alentour, il comprit qu'il ne pourrait s'évader. La base de son être était attachée à son corps parce qu'il se représentait mentalement comme un foulard. Pourquoi un tel accessoire, il n'en avait pas la moindre idée...
"Athis..."


Le morceau de tissu n'était pas physiquement présent, mais il se percevait comme tel, aussi étrange que cela lui paraisse. Des appendices violets s'enroulèrent autour de lui, éloignant ses pensées de ses préoccupations premières. La force de la constriction le fit suffoquer. Il allait bientôt céder à cette étreinte mortelle. Il lui semblait avoir vécu une vie sans le moindre sens, faite uniquement d'affrontements, de nuances de bleu et de violet, et accepta avec un calme serein la délivrance que lui offrait la fin de son existence...
"Athis!"


Il donna enfin de l'attention à cette interpellation qui ne cessait de se manifester au fond de son être. Athis... Ce mot lui rappelait une vie bien lointaine, très différente de celle qu'il subissait maintenant Et paradoxalement très similaire sur certains points. Un monde où les humains régnaient de manière éphémère alors qu'il accordait sa substance à ceux qui le méritaient.
"Athis!"


Athis! C'était donc ainsi qu'on l'appelait. Le maître de la manipulation, l'ennemi mortel d'Ohihir. Le félin calculateur et manipulateur. L'étreinte de son rival de toujours s'affaiblit, alors qu'il reprenait de par sa compréhension de lui même, une force bien plus grande. Bien sur, il ne pourrait pas prendre le dessus face à cet adversaire de toujours. Mais cette connaissance lui permettrait de résister d'avantage à ce duel interne.
"ATHIS!"


Edwig Luthness. C'était lui, l'homme qui l'avait supporté pendant cette terrible bataille. Il le percevait maintenant, dans ce champs de bataille chaotique. Loin de l'imposante masse d'essence que représentaient Ohihir ou lui même, il était plus similaire à un misérable insecte indifférent à cet affrontement. L'énergie du loup-garou semblait être totalement dénuée d'intérêt pour lui. Pourtant, si il l'avait désiré, il aurait pu l'exterminer sans la moindre difficulté
"Je te perçois, désormais, Edwig Luthness"




"Athis, si nous ne faisons rien, la force implacable d'Ohihir vas nous broyer"



"J'en suis conscient... Mais il n'y a rien que je sache ou puisse faire... Solunthes a
déclenché le chaos en lui."


"Cette énergie n'est investie que dans le désir de t'annihiler. Une fois latente, je serais
en capacité de la faire mienne!"


La proposition de son porteur impliquait sa destruction totale. Un choix qu'Athis n'était décidément pas prêt à prendre. Il semblait impossible qu'un artefact millénaire comme lui passe de l'immortalité à l'oubli ainsi...
"Pour cela, je devrais disparaître entièrement de ce corps..."


"Non! Athis, laisse moi puiser dans tes forces. Une fois ton énergie mienne, la survie
nous sera possible. Tu vivras en moi..."


L'horreur de cette déclaration fit tressaillir tout son être. S'abandonner entièrement à un être humain et mortel? Ne représenter plus qu'un héritage dans la mémoire d'un homme s'étant approprié toute son énergie? Une bien triste consolation face à l'oubli qui lui était réservé


"Nous ne ferons plus qu'un... Peut être pas dans la vision que tu avais des choses
mais nous resteront unis dans l'éternité. J'honorerais ton nom comme celui de la
créature la plus ingénieuse de tout Valato."


"Va. Et sois digne de mon héritage, mais aussi de celui de ce que fut Ohihir par le passé..."



Abandonnant enfin toute sa formidable essence à son élève le plus doué, Athis se laissa dépérir peu à peu. Alors qu'il perdait en force et en matière, l'énergie d'Edwig accapara son espace vital gagnant en volume en une vitesse impressionnante. Silencieux dans la mort, Athis rejoint le néant avec quiétude. Nul autre que l'Ombre n'aurait mérité un tel don de sa personne.

Edwig se sentit investi d'une puissance sidérante, qui jamais n'avait été faite pour un être humain. Des lumières éblouissantes le parcoururent de part en part, avec une violence qui l'aurait probablement tué si sa synergie avec le félin n'avait pas été parfaite. Tout ce qui définissait Athis dans sa personnalité, ses ambitions avait été effacé, pour empêcher Ohihir de reconnaître en Edwig ce qui demeurait du maitre des mots. Ses souvenirs, connaissances, et son pouvoir demeurèrent à la portée du porteur devenu artefact.

Lorsqu'Athis disparu, toute l'agressivité de l'essence violette cessa. Comme si les deux protagonistes avaient toujours eu besoin l'un de l'autre pour donner le meilleur d'eux même. Totalement neutre à son sujet, l'énergie vitale d'Ohihir lui restait néanmoins inaccessible. Pourtant, le colosse percevait un hameçon qui lui permettrait d'atteindre l'essence du loup garou. Un minuscule fragment d'Athis, lié à Ohihir lorsque celui ci avait annihilé. Attirant doucement cette partie de ce qui était auparavant une partie de son être vers sa propre énergie, il observa que cette dernière n'avait subi aucun rejet de la part de la force violette qui était en présence au fond de lui. Il s'agissait d'un implant parfait. Au prix d'un terrible effort, Edwig parvint à modifier sa propre énergie, afin de la rendre compatible à celle du loup garou. Enfin, d'une simple impulsion, il laissa son essence percuter violemment la composante conflictuelle placée dans son corps.

Les yeux du colosse s'ouvrirent subitement, s'affolant dans leurs globes oculaires. Il prit une inspiration qui sembla durer des heures, tandis que ses membres convulsaient avec une terrible violence. Le siège sur lequel il était assis se brisa face à de telles gesticulations frénétiques. Edwig vit ses mains se couvrir de poils rugueux et grossir de manière exponentielle, tandis que ses ongles devenaient d'énormes serres de la taille de coutelas. Parvenant à reprendre le contrôle de son corps à la dernière seconde, l'Ombre parvint à stopper la transformation. Il ne s'était jamais senti aussi fort et en pleine possession de ses moyens. L’absorption d'Ohihir, bien qu'inachevée, continuait à faire son oeuvre dans son corps. D'ici peu de temps, le pouvoir des deux rivaux ne ferait plus qu'un en lui.

Étrangement, il ne se sentait pas le moins du monde heureux par cette transformation. Une terrible solitude le saisit, alors que le colosse prit conscience qu'il était désormais seul au monde. Jamais plus Athis ne serait derrière son épaule, le guidant dans ses choix. Une bouffée de stress l'envahit, le forçant à respirer de manière saccadée. Pendant plus de cinq années, Athis avait été son maître à penser...

L'impérieuse nécessité du deuil se fit à lui. L'artefact fut le père qu'il n'avait jamais eu. L'ami le conseillant, l'instruisant. Même si intéressée, cette collaboration s'était faite pour le plus grand bien d'Edwig, et la reconnaissance qu'il avait auprès de celui ci était infinie. Pendant l'éternité qu'il lui restait à vivre, l'Ombre se jura d'honorer celui à qui il devait tant. Mais d'abord devait venir l'heure de la vengeance. La salle était désormais vide, mais le colosse prit conscience que bien peu de temps s'était écoulé depuis la trahison de l'homme de confiance d'Athis. Moins d'une dizaine de minutes probablement...

- SOLUNTHEEEEEEES! TU PAYERAS POUR TA TRAHISON!!!

La voix d'Edwig portant déjà naturellement sur les basses avait été drastiquement modifiée par l'assimilation d'Athis et Ohihir. Le son qu'émit sa bouche lors de son cri de rage fit trembler Véonde à la manière d'un séisme. Si quelque humain avait encore été dans la salle à l'heure actuelle, ses tympans ainsi que l'intégralité de sa cervelle auraient probablement explosé sous le choc. Malgré le fait que le colosse se trouve dans les catacombes, son cri avait du raisonner à des lieux à la ronde.

D'un geste rageur, Edwig frappa les instruments qui avaient permit cette transformation. Ceux furent réduits en miette comme du verre sous une enclume. Puis d'un coup d'épaule, l'Ombre brisa la porte de la salle et se dirigea vers l'entrée des catacombe. Le traître allait payer.
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Dim 19 Oct - 17:38

Pour une raison ou une autre, le plan avait échoué. Tout avait été pourtant parfaitement orchestré, du début à la fin. Athis lui avait stupidement accordé toute sa confiance alors qu'il était celui qui connaissait le mieux l'étendue de ses pouvoirs, puis l'essence d'Ohihir avait commencé à le dévorer. Mais les symptômes physiologiques du siffleur ne laissaient que peu de place au doute : les pouvoirs des deux adversaires millénaires affluaient dans son organisme. Pourquoi, comment ? Les réponses viendraient, plus tard. Il fallait profiter du temps durant lequel il devrait s'adapter à ces nouvelles aptitudes pour fuir. Le maître des illusions avait fait signe à Iyoh de prendre Kellue et de se diriger vers le dragon, à l'entrée de la ville, tandis que lui-même courait à travers les couloirs, n'hésitant pas à se déplacer d'ombre en ombre lorsqu'il en avait la possibilité afin de gagner du temps. Bien vite, il arriva devant la cellule d'Esmezia, et décida d'y entrer directement en passant sous la grille d'acier. La jeune femme lui lança un regard empli d'interrogations. Elle savait comment les choses auraient du se dérouler, et l'air affiché sur le visage de son complice ne lui disait rien qui vaille. Par mesure de chasteté, elle conserva la couverture autour de ses épaules en se relevant avec empressement.

-Athis est mort ? demanda-t-elle.

-Pas vraiment. Donnez-moi votre main.

Curieuse de nature et toujours frustrée de ne pas disposer de toutes les informations, la rouquine obtempéra pourtant sans discuter, comprenant sans en connaître la nature exacte la gravité de la situation. Elle tendit ses doigts vers Solunthes, qui s'en empara avant de les faire disparaître tout deux. Ils resurgirent hors de la prison. La guérisseur s'empressa de trancher le bras armé d'un des deux automates dont le réflexe avait été d'attaquer la prisonnière évadée. Cette dernière prit vivement l'arme tombée au sol et mit hors de combat le premier être mécanique. Aidée de son allié, elle vint à bout du second en quelques instants, mais fut une fois encore blessée par une fine entaille dessinant un trait pourpre de sa pommette gauche à sa lèvre supérieure. Solunthes y plaqua aussitôt la main, faisant se refermer la plaie qui ne laissa qu'une fine cicatrice, encore douloureuse mais bénigne. L'épéiste récupéra en hâte la partie tannée de son armure en laissant derrière elle tous les renforcements, se retrouvant équipée d'une simple tenue de cuir qui ne protégerait pas grand chose. Elle avait perdu ce précieux ouvrage et son arme favorite aujourd'hui. Il lui faudrait des semaines pour retrouver le forgeron l'ayant initialement conçue, mais cette préoccupation était mineure. Suivant le compagnon de Nakaën, elle arriva devant la cellule de Melody. L'ancienne porteuse de Belwur était éveillée mais quelque peu amochée. Un seul automate gardait l'entrée. Solunthes fit apparaître la marcheuse dans son dos, et elle n'eut plus qu'à l’empaler avant que, par un procédé similaire à celui employé pour la libérer, il ne fasse sortir la brûleuse. Esmezia la chargea sur son dos et ils repartirent aussi vite qu'ils le purent pour rejoindre Iyoh. La présence de l'ancien chef des Ombres avait de quoi attiser leur méfiance, d'autant qu'il avait bien failli tuer la disciple de Snori quelques heures auparavant, cela dit Kellue ne semblait souffrir d'aucune blessure de sa provenance. Le second dragon vint se poser derrière eux alors qu'ils arrivaient à la porte, dissuadant d'une gerbe de flammes les automates de les poursuivre.

-Grimpez, ordonna Solunthes. Il est sous mon contrôle.

Iyoh chargea Kellue tandis que l'hovoïte s'occupa de Melody, puis l'artefact grimpa en dernier, abandonnant sa seconde forme pour laisser Nakaën se reposer suite à une forte utilisation de ses pouvoirs. Il réapparut toutefois sous la forme d'avatar afin de pouvoir communiquer directement avec ceux qui avaient été ses marionnettes pendant cette altercation. Le dragon décolla bien vite, suivi par le second. Nakaën s'occupait d'apporter des soins constants à Kellue afin de la maintenir en vie. Dès qu'ils seraient arrivés à Rednow, il lui faudrait reprendre des forces et du poids, mais ce n'était pas à l'ordre du jour. La priorité était de rattraper le groupe d'Oloren afin de les informer des avancées de la situation et d’empêcher les troupes de déferler vers Véonde. Tout ceux qui s'y rendraient s'exposeraient à une mort certaine. Le deuxième reptile ailé, resté au sol quelques instants de plus pour se débarrasser des soldats de pierre, volait encore bas lorsqu'une puissant silhouette bondit, atteignant des hauteurs inenvisageables. Sans qu'il soit possible de comprendre par quel moyen cela avait été rendu possible, la bête entama une chute vertigineuse qui ne pouvait qu'envisager l'extinction de sa vie, et l'identité du meurtrier apparaissait comme une évidence. Athis avait réussi. Les questions étaient nombreuses, pendues aux lèvres d'Esmezia et probablement plus encore de Melody, mais ce fut bien l’illusionniste qui prononça les premiers mots, en s'adressant aux prisonnier qu'il avait fait libérer, une semaine plus tôt, à Nora.

-As-tu récupéré Belwur ?

-C'est fait. Comme au bon vieux temps.

-Remets le à Esmezia.

Iyoh fit la moue mais obéit, conscient qu'elle était probablement la seule à qui son supérieur actuel faisait pleinement confiance. La jeune femme le récupéra et, n'ayant de poche où le ranger, décida de l'enfiler en attendant de pouvoir le remettre aux membres du conseil. Qui serait à sa tête, à présent ? Probablement Offtaür, la plus sagace après Ohihir. Mais il ne restait que Nahaow et Nigdaoz sur qui assouvir son autorité, Belwur ne pouvant décidément pas être dompté. L'hovoïte alla ensuite passer un bras autour des hanches de la capitaine luuwrienne, l'aidant à tenir en place sur ce dragon qui, bien que rapide, n'était pas le plus stable des moyens de transports. Elle fit attention à ne pas laisser Belwur entrer en contact avec elle, se doutant qu'une réaction entre lui et un brûleur restait envisageable. De ce qu'elle en savait, il était en outre plus du côté d'Athis que de celui de Solunthes. Ce fut vers lui qu'elle se tourna.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi Athis a-t-il survécu ?

-Je n'en suis pas certain. Cela me semble même invraisemblable. Mais les faits sont là, nous avons échoué. J'en suis navré. Êtes vous prêt à m'accorder votre confiance afin que je vous assiste pour le vaincre, si cela est toujours possible ?

Aucune réponse n'eut réellement besoin d'être formulée, tous la connaissaient déjà. Il était impossible de croire un artefact dont la nature même était de tromper les gens, d'altérer leur perception et leurs souvenirs. Même s'il était actuellement dans leur camp, il n'avait pas hésité à trahir son allié historique. Solunthes en était conscient : une fois qu'ils n'auraient plus besoin de lui, ils chercheraient à le tuer. Et il s'était résigné à accepter ce sort, juste sentence pour tous les crimes qu'il avait commandité au cours de sa longue vie. Son amour pour la race humaine n'était que très récent.

-Et Kellue ? demanda Esmezia.

Nakaën se chargea de répondre, après avoir consulté une fois de plus l'état de santé de la parleuse.

-Elle va vivre. Ohihir a laissé une infime partie de sa vitalité en elle.

-Tant mieux. Elle le mérite. Quand je lui ai parlé de ton plan, elle n'a pas hésité un seul instant à mettre sa vie en jeu. Melody, je te dois quelques explications, à toi et à tous les autres. Pour aller à l'essentiel, Solunthes est notre allié depuis le début, et nous étions au courant pour le guet-apens d'Athis. Le but était de le détruire, mais...

Les mots ne suffisaient plus pour décrire leur débâcle. Ils avaient perdu Ohihir et Wahlo, pour rien. Pire encore, leur ennemi semblait avoir considérablement gagné en force. Cette bataille allait considérablement s'accélérer.

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MessageSujet: Re: La chute des héros   Mar 21 Oct - 13:18

Au loin, les deux dragons de Solunthes fuyaient, le traître ayant probablement conscience que cette bataille, il ne pourrait la gagner. La vue que lui conférait Ohihir était exceptionnelle, mais ne lui permettait malheureusement pas de savoir sur lequel des deux dragons résidait le mort en sursis qu'était Solunthes. La rage d'Edwig était à son firmament. Se laissant guider par cette pulsion de destruction brute, le colosse tomba à quatre pattes. Sa vision s'altéra, ne lui laissant entre-apercevoir qu'un ciel étoilé nuancé d'un rouge bordeaux. Son métabolisme connu un bouleversement sans précédent. Une épaisse masse de poils noirs poussa sur l'ensemble de son corps, tandis que sa taille augmentait de manière exponentielle. Bientôt, sa musculature passa du simple au triple, évoquant la physiologie d'un énorme dragon. Ses mains, agrippées aux pavés du sol de Véonde prirent la forme de gigantesques griffes, qui s'enfoncèrent longuement dans le sol, le transperçant comme du beurre. Ses pieds subirent une transformation très similaire, si ce n'est que ses membres inférieurs devinrent bien plus caleux, lui permettant une excellente adhérence au sol.

Les yeux rouges d'Edwig brillèrent d'un éclat nacré. Rien en lui n'évoquait plus en lui l'humain qu'il avait été. Des traits osseux et recouverts de poils remplaçaient désormais son visage, tandis que des crocs émergeaient de sa mâchoire. Leur diamètre évoquait celui d'un avant bras robuste.

Sans crier gare, le monstre qui venait de prendre vie fit un saut spectaculaire, arrachant avec lui une bonne partie du sol qui l'entourait. Le vent fusait sur son visage, emplissant les oreilles pointues d'Edwig d'un sifflement pour le moins désagréable. Le vol plané dura pendant plus d'une dizaine de secondes avant qu'il ne perde de l'altitude. Sa cible battait des ailes en dessous de lui, sans percevoir le danger environnant. Une colère froide envahit Edwig. Personne ne se trouvait sur ce dragon. S'abattant lourdement sur lui, l'Ombre le transperça de ses griffes avec fureur. Bien que la créature fut morte dès le choc initial, le Légataire des pouvoirs d'Athis et Ohihir s'acharna sur sa carcasse, accélérant la chute du dragon. La violence de l'atterrissage ne l'empêcha pas de continuer à lacérer la bête, jusqu'à fracturer chacun de ses os.

Puis il s'évanouit sans le moindre avertissement. Son sommeil dura près d'une journée pendant laquelle il reprit la forme que l'humanité lui connaissait. A son réveil, il comprit qu'un long chemin l'attendait avant que sa physionomie soit capable de supporter autant de pouvoir... Il lui restait encore beaucoup à apprendre. Et aujourd'hui, personne ne serait à ses côtés. Laissant couler une larme sur sa joue, il regretta de nouveau la mort de son maître. Athis serait vengé...
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Mar 21 Oct - 16:46

Le dragon avait volé incessamment afin de pouvoir faire rattraper à son maître les heures de retard que lui et ses alliés avaient pris sur les membres de l'expédition en route vers Abrial. Les rattraper avant qu'ils n'y parvienne s'avérait essentiel, car il fallait à tout prix les empêcher de demander des renforts à la capitale luuwrienne, dont les hommes auraient couru vers une mort certaine. À dos de la monture, seuls Esmezia et Solunthes échangeaient quelques paroles, les autres étant à juste titre quelque peu abasourdis par tant de nouvelles données à assimiler. Enfin, au loin, ils aperçurent les trois silhouettes de leurs amis. Llednar remarqua l'arrivée peu discrète de ce reptile géant. En terrain plat, ils allaient se faire rôtir sans pouvoir réagir. Oloren devait à tout prix s'échapper dès maintenant ! Il s'apprêtait à le lui demander, lorsque la créature se posa devant eux et que l'hovoïte en descendit d'un bond, bientôt accompagnée du maître illusionniste. Llednar dégaina une épée qu'il pointa immédiatement vers eux, ce qui ne manqua pas de faire sursauter son amie.

-Il est avec nous ! les informa-t-elle. C'est un peu long à expliquer, mais cette mission avait pour seul but de piéger Athis. J'étais au courant depuis le départ.

Pour le moins dubitatif, le chevalier s'avança en faisant signe à l'actuelle protectrice de Nahaow de rester en arrière. Les consignes ne changeaient pas : sa sécurité comptait bien plus que la leur. En ce qui concernait ce soit-disant retournement de situation, une prise de décision rapide s'imposait. Il était possible qu'Esmezia dise vrai. Lui lui faisait entièrement confiance et aurait placé sans hésiter sa vie entre ses mains. Mais si ce que l'on disait s'avérait vrai, Solunthes était tout à fait en mesure de modifier drastiquement l'opinion des gens. En complément des pouvoirs de persuasion d'Athis, c'était tout simplement un lavage de cerveau qui était à envisager. La présence à leurs côtés d'Iyoh ne faisait d'ailleurs qu'abonder dans ce sens. Llednar tira une seconde lame et lui fit nerveusement décrire un moulinet, faisant comprendre aux nouveaux arrivants qu'il allait lui falloir plus solide que ça pour s'en remettre à eux.

-Ohihir est mort, Llednar. Ça faisait partie d'un plan pour détruire Athis, mais on dirait que ça a loupé. Crois moi, je t'en prie.

Les supplications ne le convainquaient pas. Il s'avança encore un peu, prenant une position qui s'apparentait de plus en plus à une garde. Le message était des plus clair : il n'hésiterait pas à attaquer si le doute persistait. Le rôdeur remarqua au passage que son amie portait Belwur, ce qui confirmait que Solunthes était de près ou de loin responsable de son larcin à l'origine. Iyoh descendit à son tour du dragon, un sourire arrogant aux lèvres.

-Quoi ? railla-t-il. Tu comptes nous battre ? Nous trois et le dragon ?

-Si vous étiez mes ennemis, vous seriez déjà tous morts, commenta Solunthes.

Llednar serra les poings sur les manches de ses armes, puis finit par baisser les bras. Ce maudit artefact pouvait en cet instant être en train d'essayer de le manipuler pour s'infiltrer plus facilement dans leur ligne, mais l'assassin d'Irwan avait dans tous les cas raisons. S'ils le désiraient vraiment, ils les mettraient hors de combat en un rien de temps, et quand bien même Oloren puisse être rapide, elle ne pourrait pas leur échapper indéfiniment. Abrial n'était toujours pas la porte à côté.

-Je vous fais confiance seulement si vous remettez Solunthes à Zia.

Nakaën consulta du regard l'avatar de son compagnon et la jeune femme, qui eux-même s'étaient consultés et semblaient enclin à accepter ce compromis. Esmezia récupéra le pendentif qu'elle passa à son cou, non pas sans se faire la réflexion qu'à se rythme là, elle allait commencer à faire collection. Satisfait, Llednar rangea ses armes lorsque Iyoh se mit en marche, se dirigeant plein Ouest. L'hovoïte alla le rattraper.
-Eh, on peut savoir où tu vas ?

-Loin d'Abrial, loin de Rednow, loin de Véonde. Loin de Luuwr, en somme.

-On ne va pas te laisser filer.

Cette fois-ci, l'ancien chef des ombres éclata d'un rire cynique dont il eut quelque difficulté à sortir. Une fois cela fait, il se retourna légèrement pour fixer, du coin de l'œil, les membres de l'expédition apparemment unanimes pour le garder avec eux. Que cherchaient-ils donc ? À se venger pour ce qu'il leur avait fait ? Aujourd'hui, il avait choisi le camp de Soluthes plutôt que celui d'Athis. Son choix, et le sien seul, faisait qu'ils étaient encore en vie à cet instant. Voilà qui méritait sans doute un petit répit. Mais leur exposer ses bonnes actions ne suffirait certainement pas à les convaincre, et il ne tenait de toute manière pas à se donner une image d'homme repenti qu'il n'était pas. Les menaces fonctionnaient toujours bien mieux.

-Essayez de m'en empêcher, fit-il, carnassier.

En s'y mettant tous, ils l'auraient vaincu. Pourtant, qui oserait l'attaquer ? Il avait déjà tué un porteur d'artefact aujourd'hui, et n'avait loupé l'une de leurs meilleurs combattantes que de peu. S'il l'avait voulu, il les aurait massacré, à Véonde. Mais Solunthes avait insisté pour qu'il n'y ai plus de dommages collatéraux, comme à Nora. Alors voilà ! Il ne pouvait rester auprès d'un être lui interdisant d'ôter la vie, et risquait la sienne en retournant chez ses anciens ennemis. Autant tracer sa propre route pour l'heure, en restant loin de tous ces conflits. Il adressa un bref signe de la main aux membres de l'expédition et commença à courir vers les étendues boisées, là où personne ne pourrait le retrouver. Llednar le regarda partir, quelque peu frustré, se forçant à rester indifférent face à sa fuite. Il y avait bien plus important. À la demande de Nakaën, il vint aider Melody, puis Kellue à descendre de leur monture. Si la première semblait en relative bonne santé, l'état de la seconde s'avérait déplorable. Il s'empressa de les questionner à ce sujet et ce fut le tailleur qui, tout en procurant quelques soins à la brûleuse, s'occupa de faire un bilan des événements.

-Solunthes a demandé à Athis de ne tuer personne. Il lui a fait croire qu'il pourrait s'en servir à l'avenir mais je peux vous l'assurer, cela ne fait pas partie de ses pouvoirs.

-Et ce dragon, alors ? répondit le jeune homme, dubitatif.

-Malgré ce qu'on peut croire, ces créatures sont stupides. Contrôler un dragon est aussi facile que de contrôler une belette...enfin. Athis a créé une machine permettant de détruire les artefacts et d'en extraire l'essence, mais il avait besoin de Solunthes pour finaliser le processus. Via Esmezia, il s'est mis d'accord avec Ohihir pour que celui-ci se sacrifie afin de détruire Athis de l'intérieur. C'était le seul moyen pour s'en débarrasser définitivement. Mais il semblerait que l'échec soit total. Il faut que nous allions à Abrial pour prévenir la cité et déposer nos blessés s'ils ne sont plus en mesure de nous suivre, puis filer à Rednow prévenir ce qu'il reste du conseil.

Qu'il s'agisse du ton, du rythme, ou même des mots qu'il employait, tout clamait que le contact avec son artefact avait profondément changé Nakaën. Ce n'était plus le jeune garçon malhabile qu'Esmezia connaissait dans son enfance. Kellue, qui avait vaguement entendu ce qu'il se racontait, émergeait petit à petit de son sommeil. Elle se sentait incroyablement faible, avait l'impression que ses jambes ne pouvaient plus supporter le poids de son propre corps, ce qui s'avéra exact : elle dut lourdement se rattraper à la nuque du dragon pour ne pas s'écrouler. Au prix de lourds efforts, elle leva la main pour la placer dans son champ visuel et la fixa, tremblante. Ses muscles se crispèrent tandis qu'un vide profond envahissait son âme. Elle s'était attendue à cette disparition, et savoir qu'elle eut lieu pour un échec la mettait hors d'elle. Ohihir avait disparu. Définitivement. Lui, son ami, qu'elle connaissait depuis sa toute jeunesse. Un tuteur, un professeur sévère et attentionné, une figure paternelle. Il avait accepté de se sacrifier en plaçant toute sa confiance en Solunthes. Si elle l'avait pu, elle aurait agrippé son porteur et l'aurait frappé de toutes ses forces. Mais elle n'y parvenait pas.

-Remettons nous en route, proposa discrètement Nakaën.

Il leur fallut acquiescer, faute de temps. Le dragon, épuisé et instable sans Solunthes, fut invité à reprendre sa liberté et disparut bientôt dans les cieux clairs. Llednar proposa de charger Kellue et Melody sur les loups d'Arawn, puis ils se mirent en marche dans un silence guttural. Nakaën marchait en tête, surveillé de près par Llednar, tandis qu'Esemzia, quelque peu embarrassée, finit par s'adresser à ses camarades.

-Je suis navrée de m'être servi de vous, nous n'avions pas vraiment le choix...Melody ? Peut-être que tu souhaites le récupérer ?

Joignant le geste à la parole, elle lui désigna le gant de Belwur, encore à sa main droite.

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MessageSujet: Re: La chute des héros   Mar 21 Oct - 17:59

Zia était vivante. C'est tout ce qui traversait l'esprit d'Oloren lorsqu'elle entendit sa voix. Ses yeux encores embués et humides se trouvaient écarquillés comme jamais, elle resta sans voix pendant un moment.

Une fois l’altercation terminée, Arawn reprit sa forme de loup-garou pour porter lui-même Kellue. Compte tenu de son état, il considérait que si un loup avait un moment d'inattention, elle pourrait tomber. Il accepta que Melody monte sur l'un d'eux, cependant, elle semblait moins épuisée, bien que blessée, mais il ne doutait pas qu'elle saurait faire montre de réflexe au cas où.
Malgré que les choses semblent se calmer, se fut le coeur lourd que l'animaliste transporta celle qu'il estimait au delà de sa maîtresse. Ohihir était un père pour tous les loups-garous capable de conserver leur civilité. Il ressentait un vide comparable à celui de l'ancienne porteuse, aussi ne dit-il rien, durant le voyage. Il considérait que souffrir en silence était un privilège, dont il ne la priverait pas. Il se contenterait d'être le plus confortable possible ... Ses petits jeux avec la parleuse avaient assez duré, à présent, il sentait le besoin d'être présent pour elle, réellement présent, et non pas juste une personne étrange un peu agaçante... Peut-être un jour saurait-il se faire bien voir, puisqu'il savait à présent ce qu'il ressentait, il serait plus simple de le partager.

Oloren, quant à elle, attrapa Zia, la faisant monter sur Myzraël. Elle l'enlaça et ne la lâcha plus ... Elle ne desserra pas son étreinte jusqu'à un petit murmure.

- Ne me fais plus jamais un coup pareil. Tu m'a brisé le coeur, lâcha-t-elle, les joues toujours humides.
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Mer 22 Oct - 15:03

Le voyage en dragon s'était révélé épuisant pour Melody. Si grâce à Belwur, il lui était déjà arrivé de voler, elle avait aujourd'hui un sentiment de perte de contrôle, et le vertige la dominait, si bien qu'elle se demandait si elle n'allait pas vomir... A peu près remise de ses blessures physiques, la jeune femme souffrait d'un tout autre mal. Aujourd'hui, elle s'était rendu compte du peu de confiance qu'on lui accordait, et de l'inutilité à laquelle elle avait fais preuve lors du combat de Véonde. L'intrigue de Zia l'avait énormément blessée, même si elle avait conscience au fond d'elle que c'était pour le bien de la mission. Qui avait été un échec retentissant, soit dit en passant. Si on lui avait confié le but de cette expédition, jamais elle n'aurait agi ainsi. Walho était mort. L'humble majordome, porteur de Nahaow était passé de la vie à la mort... Pour rien! Tandis que le dragon perdait de l'altitude et effectuait un virage pour se poser au sol, Melody eut un soulèvement au coeur. Snori avait entièrement raison, en vérité. La marionette qu'elle était ressortait d'une mission suicide commanditée par un de leurs ennemis afin de neutraliser un autre ennemi commun. Ce Solunthes était une vipère prête à se retourner contre eux dès que l'occasion se présenterait et même si Esmezia semblait lui donner une confiance absolu, Melody ne ferait plus preuve de la même naïveté. Suivre des ordres ne serait plus une de ses préocupations, la capitaine de l'armée Luuwrienne se le jura. Dès son retour, elle évoquerait son mécontentement de la manière la plus explicite qui soit, puis partirais loin. Très loin.

Enfin atterris, ils rejoignèrent Oloren, Llednar et Arawn qui étaient parvenu à s'enfuir au dernier moment. Ceux-ci avaient l'air en assez bon état. Le rôdeur montra à Solunthes la méfiance qu'il méritait, même si il se rangea malheureusement bien vite du côté de Zia. Pour autant, récupérer l'artefact était une excellente idée. Soudain, la jeune marcheuse se tourna vers Melody, lui tendant Belwur comme étant son dû. La dernière personne l'ayant possédé avait connu un destin pour le moins funeste... Pourtant, lorsqu'elle vit l'éclat blanc de l'artefact, le besoin pressant de récupérer sa possession se manifesta. Comme si, au fin fond de son mal-être, Belwur serait le plus grand des réconforts.

La magie de l'instant fut perdu lorsqu'Oloren se précipita sur son amie, les larmes aux yeux. Melody éprouva une grande rage envers celle qui venait d'interrompre sa réunion avec l'artefact. Si elle n'avait pas été dans un tel état de faiblesse, la capitaine l'aurait probablement saisie par les épaules pour la projeter au loin. Elle n'en fit rien pourtant, restant immobile et insensible devant cette accolade ridicule. Melody aurait presque pu être jalouse d'une telle amitié si Belwur ne l'appelait pas aussi fortement... Lorsque cette scène "émouvante" fut enfin terminée, la jeune femme saisit son bien le plus précieux sans le moindre mot, le visage apathique.

"Tu m'avais manqué ma chérie" susurra Belwur dans ses pensées. "Avec nous deux réunis, Valato n'a qu'à bien se tenir".
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Mer 22 Oct - 16:10

Esmezia laissa volontiers l'artefact à son ancienne porteuse. Le bon sens aurait pourtant voulu qu'elle le garde, du fait de l'influence néfaste que pouvait avoir ce démon sur les personnes qu'il côtoyait de trop près. Seulement, deux raisons la poussaient à faire ce choix. Premièrement car elle s'en voulait quelque peu d'avoir abusé de la confiance de ses camarades et qu'instaurer un climat plus paisible lui semblait essentiel, et surtout car Belwur la dérangeait profondément. Elle était incapable de se l'expliquer, pourtant le contact avec ce fichu gant lui laissait une drôle d'impression, l’oppressait. Se débarrasser d'une chose aussi lugubre n'allait pas pour lui déplaire. Son attention était de toute manière focalisée sur ses autres compagnons de route, Oloren plus particulièrement. Elle pleurait beaucoup, ces deniers temps. Peut-être que ces retrouvailles avec ses anciens amis ne lui avaient pas fait que du bien. Peut-être restait-elle bloquée sur cette aventure qu'ils avaient vécu tous ensemble et ne parvenait pas à passer à autre chose. L'hovoïte l'appréciait, mais il apparaissait que l'affection qu'elles se portaient mutuellement n'était pas d'échelle comparable, et cela lui faisait de la peine de devoir, à un moment ou un autre, le lui faire comprendre. Elles auraient besoin de parler, une fois à Abrial, et surtout de la mettre en sécurité. Sa vie avait suffisamment été mise en danger ainsi, elle qui n'avait rien à voir avec ce conflit. En sentant son amie sangloter dans dos, en la sentant serrer les bras autour de sa taille, elle se mordit les lèvres. Toutes ces années et la confiance qu'on plaçait en elle, couplées à ses responsabilités toujours grandissantes et plus récemment encore son statut d'émissaire de Solunthes, l'avaient transformé et une personne aux drôles de valeurs morales. Où était donc passé cette époque où elle aurait affronté le monde pour le bonheur de ses seuls amis ? Désormais, c'était une vision globale de la chose qu'elle prenait en compte. Elle faisait ce qui était le mieux pour le plus grand nombre. Une véritable militaire. Ou pire, une véritable politicienne. Tentant de mettre dans ce geste une douceur qui fut finalement fermeté ; elle agrippa sur sa hanche la main d'Oloren. Sa présence lui faisait du bien. Elle lui rappelait qu'il y avait autre chose que ce conflit en ce monde. Après tout, Valato était paisible, quelques événements notables mis à part. Pour la plupart des gens, absolument rien ne venait troubler le quotidien. Le désir profond de prendre quelques semaines, voire quelques mois pour se reposer, l'envahit. Elle en avait assez de se battre. Pourtant il fallait pousser encore l'effort un peu plus loin. Vaincre Athis une bonne fois pour toute, aider Solunthes à gagner la confiance du conseil. Car une chose était certaine : il représentait leur seul espoir de vaincre celui qui avait prit le dessus sur Ohihir, le plus ancien et le plus sage des êtres de ce continent.

Grâce aux loups, il ne leur fallut qu'une nuit et une journée supplémentaire pour parvenir jusqu'à la capitale de Luuwr. Située à l'épicentre d'une véritable nébuleuses d'exploitations agricoles, proche des mines et des forêts, elle était d'une dimension simplement titanesque. Ceux qui ne l'avaient jamais visité découvrirent une ville fortifiée par de hautes murailles grises, dont les portes dépassaient de loin la taille des plus hautes habitations de Nora, et s'avéraient plus épaisses que trois hommes mis les uns derrière les autres. Des hommes de fort gabarit. À moins de venir par les cieux ou de pouvoir tout bonnement se téléporter, il semblait impossible de pénétrer ces murs en tant qu'ennemi. Même si les grimpeurs y avaient commencé leur ascension, ils auraient été transpercés de flèches avant d'atteindre le tiers de leur destination. Des archers faisaient en effet des rondes incessantes, ne laissant aucun angle mort et ayant une visibilité parfaite. Pas étonnant que jamais au cours de l'histoire la grande forteresse du Sud n'aie été prise. Elle n'avait en rien la beauté de Rednow mais était en tout point plus impressionnante, à la fois effrayante et rassurante. À côté d'elle, Neims faisait office de hameau. Lorsque les officiers vinrent à leur rencontre, ils reconnurent Melody et parlementèrent avec Llednar, tout deux des figures connues des armées alliées. Ils purent entrer dans les plus brefs délais, et une unité médicale vint emmener Kellue, qui n'avait pas dit mot, ne bronchant même pas lorsque Arawn la portait. Il lui fallait du temps et du repos pour se remettre de ce qu'elle avait vécu, là bas. Le président luuwrien étant rentrée de la seconde ville du pays la veille, une rencontre fut programmée pour l'après-midi, afin de laisser quelques instants aux aventuriers pour se remettre sur pied. Si l'urgence était réelle, ce court repos fut bienvenu. Esmezia en profita pour se débarbouiller dans la suite qu'on leur avait momentanément accordée, laissant presque avec négligence traîner son pendentif sur une commode. Elle tira une moue amère devant le miroir. Solunthes avait parfaitement soigné ses blessures, pourtant elle conserverait à n'en pas douter deux cicatrices. Celle au visage, fine, ne la dérangeait pas tant que ça. Elle lui donnait un petit côté guerrier qui lui plaisait presque. La seconde en revanche, était affreuse. Située entre ses côtes et son nombril, elle était telle que la chair ne semblait pas repousser sur une zone large d'un bon centimètre. Elle ne passait pas ses journées le ventre à l'air, mais tout de même. Llednar, hors de la salle d'eau dans laquelle il était déjà passé, ne lâchait pas Nakaën des yeux. Le jeune guérisseur soupira lourdement.

-Penses-tu vraiment que je vais trahir votre confiance, maintenant ?

-Rien à voir avec ce que je pense, répondit le chef des traqueurs du tac au tac.

Ce fut un nouveau soupir de la part de Nakaën, puis Esmezia réapparût et enfila de nouveau, sous le regard insistant de Llednar, Solunthes. Il était grand temps d'aller voir le président. L'homme en question les attendait patiemment dans son bureau, encore abasourdi par la nouvelle qui était tombée la veille. Lui, roi de l'Oran ? Cela tenait de l'absurde. Comment était-il censé allier ses deux fonctions ? Déclarer la dissolution de la monarchie afin de rattacher le pays de l'Ouest au sien aurait été évidemment simple, mais la clause stipulait qu'Alderon Fushy devait demeurer maître-savoir de Nora. Or sans roi, il n'y avait de maître-savoir ! Il ne pouvait sciemment assassiner ce vieillard, dont l'existence le dérangeait tant, bien que cela soit tentant. Quelqu'un aurait fini par l'apprendre de toute manière, et il était déjà suffisamment empêtré dans les sales affaires. Lorsque le groupe de l'expédition pénétra dans la pièce, la première chose que Kesron nota fut l'absence de ses deux membres les plus important, à savoir Kellue et Wahlo. Lorsqu'on entreprit, principalement via Esmezia, de lui faire un bilan des événements, il fut déconfit. Si au départ il posait des questions à chaque fin de phrase, bientôt il se tut pour écouter attentivement chaque détail ainsi narré. Peu à peu, il gagnait en sérieux, et, dans son élégant costume, le regard sévère et les cheveux parfaitement plaqués vers l'arrière, il paraissait soudainement redoutablement intelligent. Ses citoyens, malgré les apparences, ne l'avaient pas élu pour rien. Talir n'avait jamais été un grand orateur, ni un homme des plus charismatiques. Mais il savait écouter, réfléchir, agir, et le tout très rapidement. On lui reprochait parfois d'être trop centré sur Luuwr et d’empêcher certaines actions alliées d'aboutir, mais c'était également ce patriotisme qu'on admirait chez lui. C'était également cela qui allait le mener à commettre des erreurs. Le plus grand ennemi de l'humanité s'était dissimulé dans son pays, y avait commis des atrocités, et il allait payer pour cela. On ne piétinait pas l'honneur de Luuwr sans en subir les conséquences. Une fois le récit terminé, ce fut à son chef des armées, présent également, qu'il s'adressa en premier.

-Envoyer le premier bataillon à Véonde sur le champ, général.

Cela devait nécessairement parler à Melody. Le premier bataillon était l'arme ultime du Sud, un corps d'armée constitué uniquement des soldats les plus aguerris, les plus compétents. Tous, à de rarissimes exceptions près, disposaient d'un pouvoir qu'ils maîtrisaient avec aisance. Leur talent n'était en rien comparable à celui des Ombres, dont la vie entière avait été vouée au combat, mais ils demeuraient les soldats les plus compétents du continent. C'était ce puissant bataillon qui avait formé Melody et en avait fait une femme si douée, si bien qu'elle avait reçu Belwur. Le général en question lança un regard à cette dernière et afficha un large sourire avant de quitter la pièce. Grand, le crâne rasé et la barbe grisonnante taillée en pointe, il était particulièrement large d'épaule et avait un regard meurtrier, de ceux des hommes capables de réaliser avec un insolent brio les pires atrocités pour obtenir la victoire.

-Avec plaisir, monsieur.

Nakaën se redressa aussitôt l'ordre acquiescé, avec une vivacité qu'on ne lui connaissait pas.

-Vous envoyez ces hommes vers une mort certaine, monsieur. Si les prévisions de Solunthes sont exactes, Athis possède à présent une puissance comparable à celle dont disposait Nigfol.

Kesron se leva à son tour, asseyant son autorité malgré le fait que son interlocuteur le dépasse d'une bonne tête. Les dents serrées, il cracha :

-L'avis d'un traître tout autant coupable que celui qu'il a trahi ne m'intéresse guère, jeune homme. Son sort sera fixé à Rednow.

Puis ce fut Esmezia qui vint plaquer ses mains sur le large bureau avec force, et exposa son point de vue avec un volume sonore plus élevé que ce à quoi elle s'attendait. Une certaine amertume mêlée à de la colère déformait son visage. Elle en avait assez de ces inconscients qui agissaient par fierté sans prendre le temps de faire la part des choses.

-Nakaën a raison ! Et Solunthes est notre allié, nous avons besoin de lui ! Président, si vous attaquez Véonde, vous n'allez faire que provoquer Athis !

-Assez ! tonna Kesron. Je ne vais pas rester les bras croisés pendant qu'une machination dont nous n'avons idée est en train de s'ourdir. Mon armée est la plus compétente au monde, et elle écrasera cet adversaire ! Vous rejoindrez Rednow et le conseil pendant que nous nous occuperons de ce problème. Nous avons trop longtemps fais confiance à une bande de gamins inexpérimentés. Laissez nous faire, à présent. Qu'on leur prépare des chevaux. Ils partent à l'aube.

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MessageSujet: Re: La chute des héros   Mer 22 Oct - 20:50

- Une armée entière réduite à néant par deux hommes : leur maître, et leur ennemi. Laisse tomber Zia, je doute qu'il comprenne un jour, mieux vous nous préparer, nous, et être prêts.

Oloren s'était faite plus douce, tant durant l'allé qu'une fois arrivée. Elle n'élevait pas la voix, offrait un sourire simple à tout le monde et tâchait de ne pas faire de gestes brusques. Quand bien même, elle conservait sa petit habitude à bien pendre sa langue face à des politiques, en particulier quand elle savait avoir raison, mais ça, le président s'en rendrait compte à ses dépens, pour le moment, tout ce qui lui importait, c'était que ses proches étaient vivants. Elle regretta cependant que Iyoh s'en soit allé, étrangement, elle aurait voulu s'entretenir avec l'ancien chef des ombres ... Sur un sujet en particulier.

- Et puis, j'ai l'impression qu'on a pas fini d'en chier, tu sais, ça cause toujours dans ma tête.

Arawn quant à lui, restait auprès de Kellue, ainsi que ses deux loups. Comme à son habitude, il ne disait aucun mot, non pas parce qu'il trouvait du confort à l'habitude d'être muet, mais parce qu'il ne voulait surtout pas incommoder l'ancienne porteuse, et puis, sa gorge était serrée. Il aurait eu du mal à ne dire ne serait-ce que quatre mots. Ces quatre mots symboliques ... Quatre mots qui faisaient naître une boule au ventre de l'animaliste, car ils n'étaient plus véridiques à présent. Kellue ne sentait plus le loup. Le parleur ne pourrait aisément s'en remettre, mais il serait patient. Conservant son regard d'acier pour toute autre personne que celle sur laquelle il veillait, il accordait à cette dernière un regard que personne d'autre n'avait encore pu observer. Un regard simple, naturel. Nu. Comme s'il s'offrait, entier, à la parleuse. Il pensa qu'il y avait peu de chance qu'elle le remarque, mais il s'en moquait, même si son amour se voyait être à sens unique, le vide causé par la perte d'Ohihir se verrait comblé par se sentiment de complétude que la vue que Dovlass lui offrait.
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 9:24

Kesron écouta sans broncher les dires insolents de la jeune sœur d'Erlyn le démon, puis fouilla quelques instants parmi les paperasses de son bureau, l'air concentré. Enfin, il trouva l'une des nombreuses copies faites du document récemment arrivé, puis le déposa devant les yeux des membres de l'expédition à la suite d'un grand geste théâtral. Les feuilles claquèrent au contact du bois tandis que les yeux du président se figèrent, froids et acérés, dans ceux d'Oloren.

-En tant que citoyenne de l'Oran, vous devriez montrer plus de respect à votre roi, jeune fille, dit-il avant de continuer à l'adresse de tous. Vous pouvez disposer de la suite jusqu'à demain. Rendez-vous à la quatrième porte à l'aube, votre escorte vous y attendra.

Sans attendre de réaction voire de réponse à ses ordres, il quitta son propre bureau en réajustant son costume, les laissant quelque peu pantois. Esmezia, la plus proche du bureau, s'empara du parchemin pour s'empresser de mettre la situation au clair. Elle commença à le lire à haute voix.

-Par mes qualités de souverain de l'Oran et gardien de son intégrité, moi, Snori Pendragon, premier du nom...en vertu de mon droit de naissance...atteste de ma passation de pouvoir ! Alderon Fushy demeure et demeurera jusqu'à sa mort maître-savoir du palais royal de Nora...et c'est Kesron qui prend la succession ?!

Elle avait beau lire et relire chaque mot, vérifier chaque trait, rien ne permettait de remettre en cause la légitimité de la chose. Cette signature était bel et bien celle de son mentor, aucun doute possible là-dessus. Elle n'arrivait pas à y croire. Il avait du se passer quelque chose de grave là-bas pour qu'il abandonne ainsi son peuple aux mains du leader sudiste, qu'il n'avait jamais réellement apprécié. Un complot était toutefois inenvisageable : apprécié comme il l'était, Snori aurait toujours eu le peuple derrière lui pour la soutenir et renforcer sa légitimité. C'était dommageable, mais l'hypothèse du simple coup de tête prenait du terrain. D'un autre côté, ce serait peut-être l'occasion pour lui de changer d'air et de profiter de sa vie, mais les relations diplomatiques internationales allaient en prendre un sacré coup. Et puis adieu les escales au palais lorsqu'elle cherchait une chambre où loger...Llednar s'empara du document à son tour, comme s'il ne voulait pas y croire. Pour lui, la situation était plus compliquée. Les traqueurs formaient un groupe qui travaillait exclusivement pour le roi malgré son statut militaire. Avec Kesron, nul doute qu'on l'écarterait de ses hommes au moindre écart.

Kellue, plus bas dans la ville, recevait des soins incessants de la part des guérisseurs locaux. On la forçait également à manger, beaucoup plus qu'elle n'en avait l'habitude, afin que son organisme puisse continuer de créer de l'énergie. Pour autant, les médecins étaient formels : même avec un rythme soutenu, il lui faudrait au moins trois semaines avant d'être sur pied ; et ils entendaient par là retrouver la moitié de sa forme physique d'antan. La combattante qu'elle était en prenait un sacré coup sur le moral. Mais la rage qui l'habitait l'empêchait de baisser les bras. Elle voulait continuer cette bataille, aider les siens à mettre Athis sur la touche une bonne fois pour toute. Ohihir avait déjà essayé par le passé, et avait très vite eu l'idée de le jeter à la mer. Mis en application, ce stratagème avait apporté un semblant de sérénité sur Valato durant quelques mois. Puis son éternel rival était réapparu dans son sanctuaire, à un endroit différent. Les artefacts étaient liés à Valato, d'une manière ou d'une autre. On ne pouvait simplement les en écarter, il fallait les détruire de façon irrémédiable afin de les vaincre. Or il semblerait qu'Athis ait trouvé un procédé efficace pour ce faire, et c'était de cela qu'il fallait se servir afin de mettre fin à ses agissements. Solunthes pouvait les aider à faire fonctionner cette machine s'il en récupérait les plans et les restes, mais il faudrait l'aider à combattre leur ennemi plus puissant que jamais. Cette force, elle la possédait toujours. Ohihir, ayant prévu son décès, avait laissé en elle quelques fragments de son âme, infimes afin que ce corps humain puissent les supporter, mais suffisants pour faire la différence entre un guerrier lambda et un être particulièrement puissant. Ce pouvoir, elle ne savait encore le maîtriser et aurait besoin de guérir dans un premier temps avant de s'y essayer, mais surtout, il lui faudrait quelqu'un pour le lui enseigner. Allongée sur son lit, elle se redressa lentement en se tenant le crâne, ayant senti la présence du parleur à ses côtés.

-Arawn, je vais avoir grandement besoin de vous. La pleine lune tombe dans quatre jours.

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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 12:28

Oloren ricana lorsque Kesron lui annonça sont devoir de respect envers son roi. Décidément, cet homme ne comprenait rien à rien ... Elle fut la seule à sourire lorsqu'elle apprit l'abdiquation de Snori.

- Moi, j'm'en tape, les Ehlkaÿd ont jamais vraiment été citoyen de quelque pays qu'il soit, même le grand-père n'est fidèle qu'à une seule famille. Vous voyez, ça à un avantage d'être bête, moi j'vois déjà le bon côté : On va pouvoir revoir Sno' quotidiennement !!

Elle alla s'appuyer contre un mur, les bras croisés. Les autres pouvaient dire ce qu'ils voulaient, elle n'avait pas complètement tort, le fait était que elle et sa famille pouvaient se permettre de n'en avoir pas grand chose à faire, un privilège rare, privilège dont jouissait également le jeune Pendragon, à présent.

Besoin de lui ? Arawn haussa les sourcils. Il n'aurait jamais pensé qu'elle lui dirait ça un jour. Il se releva pour se porter à son chevet, allant naturellement lui prendre la main, en s'asseyant sur une chaise proche du lit, il décida finalement de la poser à coté ... Rien que ses cheveux avaient eu le dont de l'agacer, il saurait être patient et gagner sa confiance. Sa voix de baryton s'éleva ... Mais pas pour quatre mots.

- Tutoie-moi. La meute est une famille. Le vide que tu ressens au travers de la perte du Père, tu la ressentira toujours, elle ne s'en ira probablement jamais, tu ne pourras pas le combler, et ce qui ne fonctionne plus ne pourra pas non plus être remplacé, ni remis en marche. Cependant, en tant que parleuse, tu peux progresser. En quatre jours, tu n'atteindra pas mon niveau. Pas même quatre années, de la même façon que depuis cinq ans que nous nous connaissons, mon pouvoir est toujours plus exercé que le tien, sans vanterie, je ne fait qu'exposer les faits. Il existe deux méthodes. La régulière, ce qui veut dire utiliser tous les jours tes compétences, ce qui s'avère extrêmement long.

Il planta alors son merveilleux regard vert dans celui de Kellue.

- La seconde méthode ... N'est pas un choix fait à la légère. Je peux t'offrir mon sang. Ce qui veut dire que tu deviendrait une louve. Je sais que tu y est compatible car la meute t'accepte, et parce qu'il reste probablement en toi des fragments de pouvoirs du Père. Malgré cela, il faut savoir que devenir lycanthrope signifie changer à jamais sa vision du monde tel qu'il est, savoir maîtriser ses pulsions pour ne pas tuer des gens les nuits de pleine lune, et accepter le fait que pour être nourri, manger un agneau entier est un stricte minimum. Le plus difficile restant la transformation : Si ça te semble facile, il faut que tu aies en tête qu'un véritable loup-garou se brise tous les os de son corps lorsqu'il se change, afin que ceux-ci soient "reforgés" de façon canine. Le rythme sanguin s'accélère aussi. Être un vrai lycanthrope reste cependant un cadeau ... Si tu te voyait comme je te vois ...

Il fronça les sourcils alors, durant cette dernière phrase, il se sentait avoir un peu trop souris ... Il s'éclaircit la voix avant de continuer.

- Quelque soit l'option que tu choisisse, saches que je serait auprès de toi pour t'aider, si tu l'acceptes. Je veillerais sur toi mieux qu'aucun autre, je donnerais ma vie pour la tienne. Je pourrais t'apprendre à maîtriser cette force qui sommeil en chaque parleur et que si peu, contrairement à toi, ont le potentiel pour la maîtriser. Tu ne sera plus jamais aussi forte que tu l'était avec Ohihir, mais vous étiez deux. En revanche, tu sera plus forte que n'importe quel être vivant seul sur ce monde, dragons exceptés ...

Arawn soupira, s'appuyant contre le dossier de sa chaise, il avait laissé sa sincérité guider ses mots, et avait le sentiment de s'être emballé.

- Je parle d'habitude bien peu, mais j'ai déjà l'impression d'en avoir trop dit.

Souriant, un peu penaud, à Kellue, il haussa les épaules. La situation était un peu étrange.
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 13:00

Un ricanement silencieux émergea de la gorge de Melody. Le brouillard opaque dans lequel son esprit se trouvait se dégagea quelques instants. Ainsi Snori avait abandonné son poste pour effectuer sa vengeance. Quelle stupidité. Le meurtre de son frère était sans le moindre doute une intrigue politique, et plutôt que d'aller enquêter sur le lieu même de sa mort en toute légitimité avec son statut de roi, il préférait tout abandonner à Kesron, qui bien que compétent, était très loin d'avoir la carrure d'un souverain d'Oran. Sa colère envers Snori n'en fut que décuplé. Cet homme n'avait donc aucun respect envers ses sujets, tout autant qu'envers ses amis. Les répercussions de cette affaire sur tout Valato seraient impressionnantes, mais la jeune capitaine n'en avait cure. Les intrigues politiques n'étaient plus son problème. Un désir soudain d'immiter l'ancien roi d'Oran la prit. Abandonner l'armée, avec Belwur à ses côtés. Recouvrer une libertée perdue depuis sa naissance. Quelle idée plaisante! Néanmoins, de nouveau détentrice de l'artefact des brûleurs, elle ne pouvait s'éclipser ainsi, personne ne la laisserait agir. Snori était remplaçable. Le duo Belwur/Melody ne l'était certainement pas aux yeux des dirigeants. Pour autant, avec la seconde forme du démon, personne ne pourrait jamais la rattraper si elle décidait de partir. Elle ne se sentait néanmoins pas encore de force pour invoquer autant de pouvoir. Melody attendrait donc que son heure vienne. Pour le moment, elle suivrait donc seulement la petite troupe, sans mot dire...
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 13:16

Pour la première fois, Kellue écouta avec une réelle attention ce que lui disait le parleur, sans se soucier ni même remarquer qu'il lui avait agrippé la main. Au cours de ses nombreuses années passées avec Ohihir, elle en avait nécessairement appris plus sur ce qu'étaient les loup-garous. Des êtres capables d'atteindre une forme lupine particulièrement redoutable, mais également incroyablement instable. Il fallait une volonté hors du commun pour pouvoir contrôler ce pouvoir, et le fait était que malgré les apparences, Arawn devait être un homme particulièrement sagace pour l'utiliser avec un tel brio. Ces deux options, elle en avait déjà entendu parler, bien qu'elle n'aie eu que de vagues échos de ce long apprentissage. La solution du sang semblait tentante, ceci étant, elle ne s'avérait pas nécessaire et serait potentiellement la source d'ennuis par la suite en cas de rejet. Les fragments de l'essence d'Ohihir, incompatibles avec les métamorphes, pourrait agir comme un puissant anticorps. Son nouveau pouvoir devait venir d'elle. L'artefact n'avait probablement pas fait les choses à moitié, faisant en sorte qu'elle soit prédisposée à utiliser ces transformations plus vite que les autres parleurs. Et elle ne comptait pas perdre son temps. Si les autres prenaient un an, elle prendrait une semaine. Dès qu'elle pourrait mettre un pied devant l'autre, elle commencerait. Mais ce qu'Arawn ne semblait pas avoir tout à fait compris, c'était qu'elle n'avait pas besoin de devenir un loup-garou : elle en était déjà une. Le vieux guerrier avait placé en elle les germe d'un pouvoir qui ne devait simplement pas prendre le dessus sur sa personnalité, et c'était en cela que la nécessité d'en apprendre le plus possible avant la pleine lune était absolue. Si elle se transformait à son insu dans quatre jour, ses amis seraient forcés de l'abattre. Kellue se redressa plus encore, parvenant à se tenir dressée sans s'appuyer sur le dossier de son lit de fortune. Le médecin le plus proche la dévisagea, quelque peu surpris, pour ne pas dire franchement effaré.

-Vous ne devriez pas être en mesure de quitter la position allongée...et je vous recommande de la maintenir pour le moment, madame.

La parleuse grimaça sous la douleur causée par l'effort inapproprié, et repoussa les cheveux humides qui lui collaient à la peau. Elle était en nage, ce qui s'avérait d'autant plus significatif compte tenu de son état de quasi-déshydratation. Mais il était hors de question qu'elle reste ici. Le regard qu'elle lança au guérisseur eut pour mérite de satisfaire ce dernier, dans une certaine mesure ; les patients avaient besoin de volonté pour améliorer leur état, et celle-ci n'en manquait guère.

-Si je reste allongée, dans quatre jours je suis morte, affirma-t-elle. Arawn. Tu n'en as pas dit assez. Il m'en faut plus. Beaucoup, beaucoup plus.

Esmezia, dans le bureau du nouveau roi-président, aurait aimé pouvoir acquiescer à la remarque d'Oloren tant elle appréciait Snori, pour tout ce qu'il était. Mais en l’occurrence, cette nouvelle ne signifiait certainement pas qu'il allait se rapprocher d'eux. Jamais, ô grand jamais, il n'aurait abandonné son peuple dans une optique aussi égoïste. Ce n'était pas son genre. Lui qui se souciait constamment des autres, du bonheur des gens, de la paix. Il n'avait pas pu sciemment laisser le pouvoir à un homme aussi abrupt que Kesron sans qu'un événement déclencheur majeur n'ait eu lieu. Soucieuse, elle froissa le parchemin pour se calmer les nerfs, lança négligemment la boule derrière son épaule, et se dirigea vers la sortie de cette pièce dans laquelle elle n'avait aucune intention de s'éterniser.

-Retournons dans cette suite, fit-elle.

Nakaën la suivit en premier et s'avança pour lui emboîter le pas, eux deux se retrouvant quelque peu en avant par rapport au reste du groupe. Ils entamèrent aussitôt la conversation, discutant de ce qui les attendait à Rednow. Car si ce qu'il se passait à Nora avait une certaine importance, le jugement à venir de Solunthes pourrait être d'autant plus décisif. Il leur fallait commencer à préparer les arguments pour la cause de leur allié, dont ils auraient besoin s'ils voulaient vaincre Athis et ses nouveaux dons. Et quitte à essayer de convaincre tout un auditoire hostile, autant commencer par retrouver une certaine homogénéité au sein de leur groupe. Lorsqu'ils furent tous les cinq arrivés à destination, Nakaën leur demanda s'ils voulaient bien s'installer sur les banquettes du salon, disposées en carré autour d'une table basse sur laquelle Esmezia déposa délicatement Solunthes. Ce fut le guérisseur qui prit la parole, pendant que Llednar finissait de s'assurer que personne ici ne les épiait. Il n'aimait pas l'idée d'être dans une cité de prétendus alliés qui n'hésitaient pas à leur imposer leur volonté alors que c'étaient eux et eux seuls qui avaient risqué leur vie pour sauver les leurs, mais plus encore ne faisait aucunement confiance en Kesron. Son attention se focalisa toutefois rapidement sur ce que disait le jeune hovoïte.

-J'aimerais savoir si vous nous faites confiance, à moi et Solunthes. Maintenant que notre premier plan à échouer, il nous faudra des amis influents pour faire face à ce qui nous attend...et j'aimerai vous compter dans le lot.

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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 13:36

Cette remarque de la part de Nakaën valu un regard dédaigneux de la part de Melody. Cet homme était tout autant une vipère que son maître. Jamais la jeune capitaine ne lui accorderait la moindre once de confiance. D'ailleurs, à partir de maintenant, elle n'en accorderait qu'à elle même. Snori avait montré son vrai visage en déversant sur elle les immondices qu'il pensait. Zia s'était révélée une menteuse éhontée, ne l'informant même pas de leur plan. Ses amis militaires ne se posaient aucune question, tant qu'ils suivaient les ordres. Raëllve était morte... Serrant les poings, la jeune femme détourna son regard du porteur de Solunthes. C'est à ce moment là que Belwur apparut, assit à côté de sa porteuse, les jambes croisées et un sourire moqueur aux lèvres.

- Je te donne mon entière confiance, de mon côté déclara t-il d'une voix grinçante. Après tout, les faits montrent bien que tu as tout fait pour détruire Athis! Comptes sur moi pour proclamer ton innocence au conseil!
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 13:46

Arawn comprit la situation après que Kellue ai révélé son destin vis à vis de la pleine lune. A la fois empli de joie et terrifié à l'idée qu'il puisse arriver malheur à sa belle, il se releva, et pris sa forme lupine, comme si de rien n'était.

- Ta volonté doit être inébranlable, si tu veux devenir une louve accomplie. Il est dit que même les plus grands manipulateurs ne peuvent contraindre un lycan, de même qu'un parleur ne peut contrôler un loup des sommets, tels que ceux qui me suivent. Je n'ai jamais été leur maître, mais leur frère. Tu devra apprendre à être leur soeur. Nous avons à disposition un atout dont je n'ai pas eu la chance de profiter : Solunthes. Je pense qu'il peut mettre ta volonté à l'épreuve, ce qui nous permettra de t'entraîner à résister aux pulsions naturelles dans quatre jours. Il faudra aussi manger pour cinq. Un lycan doit toujours veiller à ses besoin naturels, c'est une priorité : si un lycan s'avère trop civilisé, ses pouvoirs peuvent s'affaiblir. S'il s'avère trop bestial, il perd le contrôle. Chaque jour qui passe, je me donne une occasion d'être un animal, c'est pourquoi rare sont les lycans qui m'égalent.

Il commença les cent pas, tout en continuant son explication.

- Lors de ta première transformation, dans quatre jours, tu auras faim. Très faim. Tu voudra probablement bouffer tout ce qui te passe devant l'oeil. Il faudra te focaliser sur les provisions que je t'apporterait en prévision de cela. Le soucis, c'est que tu aura soif de sang, aussi. C'est pourquoi les provisions seront vivantes. L'élan de sauvagerie est inévitable, la première fois. Il faudra cependant que tu focalise toute ta volonté pour faire montre de respect envers les bêtes mortes, une fois cet élan passé. Cela fait partie du rituel. Tu l'apprendra en temps voulu, dans la vie d'un lycan, tout est question de rituel. Au travers des yeux d'un loup, une fourmi peut avoir plus de valeur qu'un homme. Et un homme plus de valeur qu'un loup. Un loup plus de valeur qu'une truite, et ainsi de suite. Tous méritent le respect. Respect que tu dois démontrer via un rituel, simple, rapide, presque insignifiant, mais qui a une importance capitale, ce sont les croyances de notre peuple.

Il sourit de tous ses crocs, l'air nostalgique.

- Normalement, ce sont des valeurs que l'on apprend de père en fils, comme mon père, le chef de meute Ikran, me les as apprises. Aux yeux des nôtres, cela signifie aussi que tu fera partie de ma famille. Il y a aussi une chose à savoir : être un véritable lycan sans respecter ces contraintes ethniques, c'est insulter les esprits ... Et les esprits font payer cher le manque de respect. Si cela peut te sembler flou, je puis t'assurer que tu ne veux pas savoir ce que cela implique.

Sur ces mots, il tira un peu sa chemise, dévoilant trois cicatrices gigantesques, même pour un lycan, partant du haut de sa clavicule jusqu'au nombril. Fils de chef de meute, tout prince qu'il était, Arawn se dévoilait devant Kellue tout aussi vulnérable qu'un autre.

Oloren haussa les sourcils à la demande de Nakaën, puis soupira à l'apparition de Belwur.

- Si Belwur te fait confiance, alors moi, non. Salut !

Elle fila s'appuyer contre le mur le plus proche de la première fenêtre à proximité.
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 14:12

Esmezia trouva dommage qu'Oloren ne se range pas dans leur camp, pensa à tenter de l'en convaincre, puis s'en dissuada elle même. Elle n'avait pas envie de se lancer dans de grandes envolées qui auraient pu terminer en dispute pour tenter de la raisonner, têtue comme elle était ; en outre, son avis n'aurait qu'un impact moindre au conseil, si tant est qu'il en ait simplement un. Melody et Llednar étaient beaucoup plus importants. Eux avaient une place de choix dans l'armée, avaient souvent travaillé avec les dirigeants des pays voisins, étaient reconnus pour leur professionnalisme. La capitaine luuwrienne peut être plus encore. Son temps d'exposition à Belwur faisait qu'il lui était plus difficile d'être sujette aux illusions de Solunthes, aussi pourrait-on lui accorder tout le crédit qui lui était du. Toutefois elle restait muette, terrée dans son apathie pour des raisons qui échappaient à l'hovoïte. Leur amie avait pourtant vu des combats, avait été blessée plusieurs fois, bien plus gravement que cela, et savait faire la part des choses mieux que quiconque. Elle n'était pas non plus du genre à garder les choses pour elle lorsque quelque chose ne lui plaisait pas, et ça, Esmezia en avait été la première victime lorsque sa présence fut découverte sur la navire de Snori. Ils semblaient au moins avoir l'aval de Belwur. À moins que ce ne soient que des railleries. Il visait cependant juste, et Nakaën fut forcé de lui répondre.

-Solunthes ne cherche aucunement à être innocenté pour ses crimes et est d'ailleurs prêt à en payer le prix. Il ne cherche pas à vous prouver qu'il se repent, mais souhaite éliminer Athis tout autant que nous tous. Je comprends que vous ne l'aimiez pas. Je l'ai haï, moi aussi. Mais il est le seul à pouvoir nous aider.

Llednar, des plus méfiant, fut forcé de constater la véracité de ces paroles. Solunthes devait les rejoindre, et ne le ferait certainement que de gré. Qu'ils le laissent agir ou qu'ils se contentent de lui soutirer des informations, décider de le bâillonner une fois à Rednow aurait été preuve d'inconscience. Mais cela ne résolvait en aucun cas la question. Il ne faisait aucunement confiance à un être capable de manipuler n'importe quel humain. Qui savait ce qu'il était capable de faire, à lui seul, s'il parvenait à se libérer ? Du peu qu'il en savait, grâce à ce qu'Esmezia lui avait dit sur le trajet jusqu'à Abrial, Solunthes était un vieil allié d'Athis et Belwur. Or ils avaient ce dernier juste devant eux. Autant profiter de ses savoirs.

-Belwur, l'interpella la rôdeur. Est-ce déjà arrivé, par le passé ? Est-ce que Solunthes a déjà feint de trahir Athis pour mieux poignarder ses ennemis dans le dos ?

Tribus, esprits , rituels...ces modalités embêtaient bien Kellue. Elle se fichait de la culture parallèle des clans lupins dont elle n'avait que vaguement entendu parler. Ce qu'elle voulait, c'était s'approprier cette force afin de protéger Edward comme elle l'avait toujours fait. Mais s'il fallait en passer par là, alors soit, elle ferait tous les efforts nécessaires. Et puis ce n'avait pas l'air si dur. Focaliser son attention sur la nourriture qui se trouvait face à elle, ne pas tenter de dévorer d'humains. C'était dans la mesure de ses capacités, et elle ne pouvait pas se permettre d'échouer. Ceci étant, malgré sa volonté de fer, elle ne pouvait se permettre de commencer l'entraînement maintenant. Parfois, le plus sage était d'écouté ceux qui disposaient du savoir, en l'occurrence ces médecins lui conseillant de prendre un peu de repos. Elle allait passer le reste de la journée à dormir et se nourrir, ainsi que la nuit. Demain, cela débuterai.

-Va veiller sur les autres. Je vous rejoindrai. Et...merci.

Le remerciement n'avait été que pure formule de politesse, mais elle n'en pensait pas moins. Un jour, peut-être, elle le récompenserai pour l'aide qu'il lui fournissait et qu'il allait encore devoir lui fournir. Le jour où ils en auraient fini.

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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 14:23

Bien qu'encore sous forme lupine, le coeur d'Arawn battit d'un coup en entendant le simple merci de Kellue. Si bien que son organe lui parut bien lourd, mais cela lui faisait un bien fou. Ne considérant personne d'autre sur qui réellement veiller, il s'élança dès lors vers la forêt. Il fallait commencer sa chasse. L'un des loups avait décidé de rester auprès de l'ancienne porteuse, se faisant discret, malgré sa taille incompréhensible.

Oloren lança un sourire désolé à Zia. Après tout, elles n'avaient pas à être d'accord sur tout pour être les meilleures amies du monde, et elle savait que sa réaction ne troublerait en rien leur relation.

L'avenir est sombre, tu dois être prête.

Elle se massa le front. Cette voix ne cessait de lui répéter cette phrase depuis qu'ils avaient quitté Véonde. Elle pris dans sa main Nahaow, dont elle ne savait que faire, mais qu'elle avait conservé depuis. Elle l'aurait volontier rendu à Llednar, après tout, les responsabilités étaient les derniers de soucis de la jeune fille aux cheveux blancs...
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 14:27

Une soudaine hilarité saisit l'artefact de feu, tandis que Melody regardait sans voir l'environnement qui l'entourait. Quel comique, ce Nakaën... Ses balivernes, on aurait presque cru qu'il y croyait. Son cerveau avait été complètement ravagé par l'influence de Solunthes...

- Oui, cela va de soi! Nous craignons tous la puissante justice humaine! fit-il entre deux fou-rires. Crois tu vraiment que Solunthes ait peur d'une petite confédération d'Hommes énervés? Non, tout ce qu'il désire, c'est s'assurer que notre cher Athis ne l'annihile pas. Après, si pour cela il doit passer une petite centaine d'années tout au plus au trou, il acceptera avec joie ce sacrifice. Nous, artefacts, ne craignons pas le moins du monde vos petites menaces. L'apocalypse qu'a déclenché le plus génial d'entre nous, par contre... Dis moi, Nakaën, tu crois vraiment tout ce qu'il te raconte? Après, je me range de ton avis. Sans ce fourbe manipulateur, vous n'avez pas la moindre chance contre Athis!

Se calmant un peu, il regarda son entourage, dépité par son petit monologue qu'il venait de leur offrir. Puis, s’adressant à Llednar, il répondit simplement :

- Non, je ne crois pas. Du moins pas quand je les accompagnaient. D'ailleurs, j'ai du mal à comprendre pourquoi il ferait ça... Avec la puissance à laquelle il a accès désormais, personne n'est capable de s'opposer à lui. Si ce n'est cette petite dinde de Nigfol, que sa stupidité la préserve!
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 14:40

Llednar écouta avec attention les dires de Belwur. Il savait qu'il tenterait de les égarer à travers ses sarcasmes, mais il s'était cela dit toujours révélé être une source d'informations intéressante, qui laissait filer quelques bribes de son savoir à travers ses boutades. Le rôdeur soupira une fois le monologue terminé et s'enfonça dans le canapé le plus proche en croisant les jambes. Il lança un simple regard à Esmezia qui signifiait qu'il pouvait avoir leur soutien. Solunthes n'était peut-être pas un ange, mais elle et Nakaën étaient des plus honnêtes. L'on devait les croire pour le moment. par la suite, évidemment, le problème soulevé par Belwur se poserait. Que faire d'un artefact dont on veut se débarrasser ? Sans doute étudierait-on le procédé auquel Athis avait eu recours afin de pouvoir le répliquer, mais il avait cru comprendre que cela nécessitait les pouvoirs de Solunthes. Cela ressemblait à une impasse. Nakaën, lui, défia clairement le démon des flammes du regard.

-Oui, je le crois. Sans lui...

-Sans lui Athis n'aurait pas accès à de nouveaux pouvoirs, Wahlo serait encore en vie, et Ohihir serait encore en vie. Et Iyoh serait encore en prison.

Tranchant comme à son habitude, Llednar avait cru nécessaire de rappeler cela avant que le jeune guérisseur ne dise une absurdité. Il était conscient que Solunthes faisait à présent partie de leurs alliés, mais il ne fallait oublier les faits. Par sa faute, ils avaient subi une incroyable défaite. Gêné, Nakaën se tut tandis que sa concitoyenne reprenait le flambeau, se tournant vers la capitaine luuwrienne, seule à n'avoir donné son avis.

-Et toi, Melody ?

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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 15:00

Sortant de son hébétement contemplatif, Melody remarqua que tous avaient les yeux fixés sur elle. Il s'agissait visiblement du moment où elle devait donner -ou non- son soutien à Nakaën. Les yeux soudainement aussi vifs qu'à leur habitude, la capitaine eut une grimace des plus déplaisantes. Son avis avait-il vraiment une sorte d'importance pour eux? Athis, Ohihir, Solunthes... Cette guerre d'artefacts n'était pas dans sa liste des préoccupations actuelles. Le félin pouvait dominer le monde si il le désirait, Melody ne voyait de toute façon pas un seul moyen pour le neutraliser maintenant, avec ou sans Solunthes.

- Je n'accorde pas la moindre confiance en ton artefact Nakaën. Et qui me dis que lorsqu'Athis sera neutralisé, si quand bien même nous y parvenons, tu ne t'accapareras pas pour toi sa puissance? Je me moque de vos débats. Je n'ai pas été tenu au courant du réel but de cette mission, et m'est avis que si je l'avais été, je vous aurais tous prévenu de ce plus que prévisible échec. Ohihir a agi des plus stupidement, malgré ses millénaires "d'expérience". Je vais me coucher, maintenant. Nous nous retrouveront à l'aurore, demain.

Puis se levant, la jeune femme se dirigea vers sa chambre sans un geste pour ses amis. Belwur, à sa suite mimait une scène sexuelle vulgaire à Nakaën. Le jeune humain devait savoir ce qui l'attendrait lorsqu'Athis le retrouverait!
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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 15:18

Le comportement de Melody était des plus étranges, quant on savait à quel point elle avait la tête sur les épaules. Beaucoup de question se posaient, mais qui irait la suivre pour l'interroger ? Llednar avec cet air sur son visage signifiant qu'il préférait simplement laisser tomber, et Nakaën ne la connaissait pas le moins du monde, en plus d'être pour le moins déstabilisé par les agissements de Belwur. Esmezia serrait avait force ses phalanges les unes contre les autres, comprenant que c'était encore à elle de tenter de les garder unis. Elle avait l'impression de donner beaucoup de sa personne pour ce groupe, mais c'était elle qui les avait emmené droit dans ce traquenard, aussi lui fallait-elle prendre ses responsabilités. Pour autant, l'envie de discuter avec sa camarade maintenant ne l'enchantait guère. Elle était fatiguée, elle aussi, et ne se plaindrait pas de la qualité des lits de leur suite qui lui faisaient du pied. L'esprit tourmenté, elle alla se coucher, emportant Solunthes avec elle.

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MessageSujet: Re: La chute des héros   Jeu 23 Oct - 17:45

Une petite centaine de mètres séparait l'impressionnant bataillon Luuwrien et la ville fortifiée de Véonde. Les soldats d'élites avaient suivi un rythme d'enfer, usant leur monture sans la moindre parcimonie. Fixant la ville avec angoisse, les hommes semblaient pourtant prêts à en découdre. Aucun d'eux ne tremblait, préparés qu'ils étaient à l'éventualité de leur propre mort. Résidait pourtant ici une force obscure. Le président Kesron était lui même venu leur annoncer l'ordre de mission, intercepter et tuer l'Ombre en fuite qu'était Edwig Luthness, et lui dérober son artefact. Le danger était grand, mais le bataillon était constitué d'un peu plus d'un millier de militaires expérimentés. Aucun porteur d'artefact ne pouvait résister à une telle force. Séparés en une multitude de petites unités, ils s'apprêtaient à lancer la charge et investir la ville. Le général Banis, vétéran des deux dernières guerres attendait juste le rapport de ses éclaireurs. Le quinquagénaire s'était illustré dans les efforts de guerre. Il avait acquis la réputation d'un génie militaire sans précédent, dirigeant ses troupes avec une main de fer. Lors de la première guerre qui avait opposé Luuwr à Naïlika, il était parvenu à l'exploit de tenir une ville ennemie pendant près d'une semaine, avec un effectif réduit. Aujourd'hui, il comptait bien écraser la menace. Lorsque ses éclaireurs -majoritairement des fonçeurs- reparurent dans la plaine les séparant de Véonde, une certaine satisfaction se lu sur son visage fermé, avant de remarquer que l'un d'eux n'était définitivement pas un membre de son armée. Malgré la distance, Banis reconnu aussitôt le porteur d'Athis, marchant paisiblement dans leur direction. D'un regard, il interrogea ses éclaireurs, tous revenus sains et saufs auprès de lui.

- De nos observations, seul Edwig Luthness se trouve dans la ville. Des signes de lutte sont encore présents dans Véonde. Nous avons préféré battre en retraite lorsqu'il nous a repéré.

- Bien reçu, vous pouvez disposer, sous officiers.

La lente avancée de l'ancien Ombre dura encore quelques minutes, pendant lesquelles le général hésita grandement à lancer l'assaut. Lorsqu'enfin, Edwig fut à porter de leur voix, un officier déclara :

- N'avancez plus, maintenant. Si vous souhaitez la redition, ôtez votre artefact, et lancez le dans ma direction. Puis posez vous à terre.


L'Héritier d'Athis et Ohihir scruta son interlocuteur avec cynisme.

- Ceci n'est pas une reddition. Si vous souhaittez survivre, ordonnez la retraite. Un bain de sang n'est pas nécessaire.

La voix amplifiée du hurleur résonna distinctement dans les rangs Luuwriens. Face à cette provocation, Banis ordonna à ses archers de tirer des salves de flèches sans interruption. Avec ou sans son consentement, le général allait appliquer les ordres.

Les traits se dirigèrent vers Edwig, toujours aussi calme. En un instant, une exo-armure apparut sur tout son corps ainsi que sur son visage. Les traits de l'Ombre devinrent subitement d'une grande finesse, l'entourant d'une aura de confiance. Ses yeux se firent plus perçants, et des crocs apparurent dans sa bouche. L'homme frappa ses mains l'une contre l'autre déclenchant une onde de choc qui fit dévier les premiers carreaux et reculer de quelques pas les militaires en présence. Puis écartant lentement ses mains l'une de l'autre, il fit apparaître en son centre une longue tige de métal grise qui aurait pu être confondue en tout point avec un simple bâton de marche.


- Ce combat n'a qu'une seule issue possible. Alors je vous demande de vous replier tant que vous en avez encore le temps.


Les unités se déployèrent subitement tout autour d'Edwig, avec une rapidité d’exécution des plus impressionnantes. Un no-mans-land d'une dizaine de mètres séparait l'Ombre de ses attaquants.

- Vous allez causer la mort d'un millier d'hommes, général Banis. Ceci est votre dernière chance.

En guise de réponse, le vétéran effectua un simple signe, déclenchant le début des hostilités. Les piquiers, en première ligne, firent plusieurs pas en direction d'Edwig, tout en restant à une distance de sécurité où ils pourraient attaquer sans subir de riposte immédiate. D'un geste souple de la main, Edwig brisa toutes les hampes à proximité, forçant les soldats à sortir leurs épées. Pendant cet intervalle de temps immense, Edwig avait déjà chargé, transperçant les lignes ennemis jusqu'à arriver dans l'arrière garde. Cette dernière n'était pas le moins du monde préparée à une telle confrontation. Un Cracheur prit tout de même l'initiative de lancer vers lui un long jet de flamme. L'Héritier poussa un simple cri en direction de son agresseur. L'onde de choc inversa la direction du jet de feu, brûlant son créateur ainsi qu'une dizaine d'hommes se trouvant à ses côtés. Sans prêter attention au massacre dont il était responsable, Edwig fit de larges mouvements avec son bâton, brisant nuques, bras et jambes sans le moindre discernement. Luuwr et son général étaient responsable de ces morts. Pas lui. Jamais il n'avait désiré les tuer. Son but était uniquement de retrouver ceux qui avaient trahi Athis et de le venger. Mais si il fuyait aujourd'hui, le reste de son existence serait une longue cavalcade. Au contraire, si on apprenait à le craindre, il ne serait plus jamais ennuyé par des humains arrogants, convaincus d'avoir la moindre chance contre lui. Malheureusement, cet affrontement attirerait aussi l'attention de Solunthes. L'artefact avait probablement utilisé toutes ses cartes en tentant de le tuer, mais il fallait continuer de s'en méfier. A l'heure actuelle, son but était sans doute de trouver de nouveaux alliés. Edwig interrompit ses pensées pour remarquer qu'une pile de cadavres presque plus haute que lui résidait désormais sur les plaines. Certains soldats commençaient déjà fuir, alors qu'il ne donnait même pas le meilleur de lui même... Décidé à instiguer la terreur chez ses ennemis, l'Ombre donna le meilleur de lui même. Bondissant à quelques mètres de hauteur, il hurla et plongea vers le sol, son bâton dirigé sur la terre meuble. La puissance du choc déclencha un affaissement de terrain qui fit tomber quelques centaines de soldats dans des abymes absentes il y a de cela quelques secondes. Quelques unités d'élites foncèrent alors vers lui. Convaincus que son bâton était la source de son pouvoir, ils tentèrent désespérément de lui arracher des mains. Cette tentative désuète de le vaincre le fit presque sourire. Les laissant s’agripper à son arme, il créa une résonnance au sein même du bâton, empêchant ses agresseurs de le lâcher. Puis d'un mouvement fluide de l'avant bras, il le lança à la vitesse de la lumière vers des fuyarts. Il eut la satisfaction de voir sa "canne" revenir dans sa main en quelques secondes, couverte de sang. D'autres audacieux l'attaquèrent avec furie. Sous le nombre, Edwig ne put esquiver toutes les attaques. Mais il s'aperçut que sa peau, en plus de l'immuniser à de telles attaques, brisait parfois les lames de ses adversaires. Une telle protection était des plus réjouissantes...

Il restait alors sur le champs de bataille quelques centaines de soldats, plus effrayés les uns que les autres. Décidé d'en finir vite avec ces hommes emplis d'un courage suicidaire, Edwig fit sortir de sa gorge un son strident qui porta sur quelques dizaines de mètres. Tous les hommes encore présent tombèrent soudainement dans un état proche du coma, lorsqu'ils ne mourraient pas sur le coup. Tapant de nouveau sur le sol, il les ensevelit sous une marée de terre. Quelques survivants courraient au loin. Edwig les épargna. Ils répéteraient à leurs camarades ce qu'il advenait lorsqu'on attaquait un être aussi puissant que lui. Avec un peu de chance, il serait laissé en paix. Il lui restait encore d'importantes choses à faire...
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