Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 L'expédition - Forêt de Reydoran

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L.Hubs
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MessageSujet: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 6 Oct - 15:19

L'Ouest de Valato était, à n'en pas douter, la partie la moins habitée du continent. Premièrement du fait de son éloignement relatif. La Harte, axe majeur de communication entre le Nord et le Sud, passait par Rednow, qui attirait de fait tous les marchands cherchant à s'installer définitivement. En outre, le paysage se constituait essentiellement de montagnes hautes et de forêts luxuriantes, certes esthétiques, mais pauvres en ressources. On n'y trouvait jamais que de la pierre, de l'argile, et de quoi alimenter un feu de camp. Certains y randonnaient il fut un temps, néanmoins le nombre de créatures sauvages y vivant avait convaincu les promeneurs que Hovo était un meilleur itinéraire. Après la seconde grande guerre, c'était pourtant dans ces contrées que s'était formée la Fédération des États Centraux. Ses dirigeants n'avaient pas tardé à montrer un visage dictatorial, et une fois ces terres reconquises par Naïlika, ils eurent vite fait de disparaître. De fait, il n'était pas rare de traverser des villages à l'abandon, où la nature commençait à reprendre ses droits. Ainsi était le continent. Le beau Sud, le Nord rude, l'Est riche, l'Ouest sauvage. Qu'un artefact ait pu rester dissimuler par ici ne s'avérait, au final, guère étonnant. Personne n'était assez fou pour s'aventurer dans la titanesque forêt de Reydoran sans un but précis. Et seuls, chevauchant dans ces plaines verdoyantes, les membres de l'expédition ne disaient mot, déterminés qu'ils étaient. Cela faisait trois jours qu'ils avaient quitté Rednow, empruntant les meilleurs destriers qu'on put leur trouver. Kellue, fidèle à son poste, se positionnait constamment en tête et ne parlait que pour donner des directives, qu'il s'agisse d'accorder des pauses ou de désigner un lieu ou bivouaquer. Ils étaient retournés au rudiment du voyage : dormir à la belle étoile, chasser sa nourriture, s’accommoder à un inconfort constant. Et cela, Esmezia n'aurait jamais pensé à s'en plaindre.

Elle avait énormément voyagé, seule, passant de ville en ville sans réel but. Il lui avait été dur de trouver la force nécessaire pour partir à l'aventure ainsi, abandonnant ses proches et le luxe de Nora. Quelque chose l'avait pourtant poussée à agir. Une force qu'elle n'eut que peu de difficulté à comprendre. Sa vie n'avait pas été des plus palpitantes. Née Fambriel, elle savait à quoi son statut la destinait : travailler auprès de ses frères et sœurs, maintenir la suprématie de leur exploitation sur Hovo, être respectée par tous pour avoir fait ce qu'on l'avait forcée à faire. Se perdre dans l'histoire, disparaître des mémoires. Abandonner son identité pour n'être, finalement, qu'une Fambriel. Puis était intervenue la quête de Nigfol. Elle avait compris ce qu'était l'amitié, ce qu'il en était de vivre non plus pour soi mais pour ceux à qui on tenait. Chaque jour, se demander s'ils allaient se faire attaquer, garder en tête qu'ils avaient des milliers de vie à sauver, que leurs actes avaient de réelles influences. Côtoyer des individus dont l'influence dépassait les frontières. Frôler la mort. Et, en fin de parcours, bénéficier de la reconnaissance de ceux pour qui tout cela avait eu un impact. Alors, pourquoi quitter Nora ? La réponse était simple. Pour ressentir toutes ces émotions une fois encore, pour ne pas rester passive devant un monde où il restait tant à faire. Pour qu'on puisse être fière d'elle, non plus en tant que simple apprentie de quelqu'un, mais en tant qu'individu confirmé. Elle voulait pouvoir être pour d'autres, plus tard, ce que Snori avait été pour elle. Un déclencheur. Ses aventures solitaires l'avaient comblés, ou presque, car manquait un élément essentiel faisant que ces pérégrinations devenaient mémorables ; quelqu'un avec qui partager ces souvenirs. Elle s'épanouissait dans ce nouveau groupe ainsi formé, étant d'autant plus satisfaite qu'elle y retrouvait son amie de toujours et, dans une moindre mesure, Llednar et Melody. L'estime de cette dernière, particulièrement, la touchait. La capitaine luuwrienne avait toujours été un exemple d'efficacité, de professionnalisme, une combattante aguerrie prête à faire face à toute situation. Des compliments formulés par une militaire aussi prestigieuse n'avaient d'égaux en terme de valeur.

Pourtant, l'hovoïte ne parvenait à retrouver ce sourire qui l'avait souvent accompagné. La gravité de la mission qui lui avait été confié la pesait, d'autant plus qu'elle ne pouvait en partager tous les détails avec ses compagnons, Kellue mise à part. Cela aurait pu lui convenir si elle s'entendait à merveille avec la porteuse d'Ohihir, or ce n'était aucunement le cas. Elle partageait les défauts de Melody et en faisait sa personnalité, se targuant presque de la rigidité dont elle faisait preuve en toute circonstance et qui, il fallait bien l'avouer, la rendait diablement efficace lorsqu'il s'agissait de tâches importants ou simplement de la protection de son souverain. Et c'était justement un souverain qui occupait la quasi-totalité des pensées de la jeune femme en cet instant. Snori avait perdu son frère. Elle n'avait que très peu connu William, le croisant de temps à autres au palais lorsque leurs emplois du temps respectifs leur permettait de passer du temps ensemble, ce qui n'était pas si souvent tant ses séances d'érudition auprès de maître Fushy gagnaient en régularité au fil des semaines. Quand il était d'humeur et qu'aucune obligation ne l'en empêchait, Snori se débrouillait toujours pour qu'ils puissent dîner ensemble. Il aurait aimé qu'ils finissent l'un avec l'autre, et ne s'était d'ailleurs jamais gêné pour le leur faire comprendre. Mais le courant ne passait pas vraiment. Elle l'appréciait, lui trouvait d'innombrables qualités, pourtant quelque chose dans son comportement continuait de la faire tiquer. Peut-être ce semblant d'arrogance, de condescendance avec laquelle il jugeait le monde. Peut-être la façon dont il avait traité Alix, à l'époque son amie la plus proche. Il n'était pas comme son frère. Là où l'aîné arrondissait les angles, contenait tout le monde et savait redonner le sourire, le cadet filait droit, efficace, orgueilleux mais bienveillant. L'un avait le profil parfait du roi généreux, l'autre celui du maître-savoir idéal, travaillant dans l'ombre pour que la lumière des autres soit toujours plus resplendissante. Il avait énormément pris d'Irwan. Mais malgré ces différences, ils étaient très proches l'un de l'autre. Le poids de leurs responsabilités respectives était dur à porter, et ils se soutenaient mutuellement pour continuer d'avancer sans se faire écraser. Leur tandem fonctionnait à merveille. Fonctionnait. Y penser au passé s'avérait étrange, laissait un arrière-goût amer. Qui en ce monde aurait pu en vouloir à William Pendragon ? Il aurait certes pu devenir roi s'il arrivait quelque chose à Snori, mais cela impliquait un complot à grande échelle. Et à qui, en ce cas, aurait profité la mort de cette fratrie. La seule réponse valable tirait vers le ridicule tant elle semblait irréaliste. Les faits semblaient accabler Edward. En attendant que son fils soit en âge, il aurait hérité de la régence de l'Oran, s'appropriant ainsi ses richesses, notamment celles de l'île de Koïden. Mais cette seule supposition était risible. Nul à Valato ne pouvait se vanter d'être aussi droit et fiable que le roi du Nord, qui était en outre redevable à ses alliés sudistes. Il avait pourtant insisté, à raison, pour placer Kellue, son bras droit, à la tête de l'expédition ayant pour but de retrouver ce qui se présentait comme étant l'un des artefacts les plus puissants. Esmezia n'y croyait pas un seul instant, mais tout cela pouvait prêter à confusion ; et avec l'état de tension de Kesron, un incident diplomatique pourrait vite arriver. Ce n'était pourtant pas le moment de se diviser.

Mais plus encore que ces intrigues politiques au demeurant nécessaire pour que l'équilibre friable soit maintenu entre les anciennes nations ennemies, c'était l'état psychique de son mentor qui l'inquiétait. Elle le connaissait, peut-être mieux que quiconque, et était sa confidente depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Ils étaient possibles de passer des heures ensemble à s'amuser de la façon la plus idiote qui soit, puis de discuter de sujets sérieux voire tabous, conscient que l'autre ne chercherait qu'à l'aider. Ainsi, elle savait parfaitement comment il fonctionnait. Snori était quelqu'un de bon, quelqu'un de simple. Il cherchait constamment à faire en sorte que le monde soit heureux, même si cela devait lui nuire, et il lui suffisait d'un brin de reconnaissance pour repartir à la charge lorsqu'il était au plus bas, ce qui n'arrivait que très rarement. À la mort de son oncle, il s'était renfermé sur lui quelques semaines, sans pour autant oublier ses camarades. Il avait simplement du prendre ses responsabilités, et ceux qui avait pour idée de l'en blâmer ne pouvaient être que des fous ou des idiots. Plus tard, quand Irwan fut assassiné de la main d'Iyoh Tzumihi, le jeune roi était resté serein, avait honoré la mémoire de son ami et professeur et avait continué le combat, déterminé à rétablir enfin la paix à laquelle il aspirait. Car ces deux figures paternelles étaient des personnes importantes pur lui, qui avaient joué pour beaucoup à l'aider à grandir et devenir l'homme qu'il était à présent. Mais le cas de William était différent. De ce qu'on lui en avait dit, Snori était entrée dans une colère noire, refusant d'adresser la parole à qui que ce soit. Même pas à elle. Elle avec qui il partageait tout n'avait même pas été informée de son départ. Une seule fois, elle l'avait vu enclin à exprimer une telle rage, et ce souvenir était encore douloureux. Jin s'était faite tuer, de la façon la plus horrible qui soit, et celui qui était alors le leader de leur petit groupe avait passé ses nerfs sur ceux responsables de cet acte de barbarie, tuant sans vergogne tout ceux qui passaient à portée de ses lames. Cet homme, cette bête qui s'éveillait en ces moments, ce n'était pas la personne souriante et généreuse que la marcheuse connaissait. Elle avait peur qu'il ne se laisse aller à ses plus sombres penchants et n'agisse de façon irréfléchie. Avec toutes les tensions actuelles et le pouvoir politique immense dont il disposait, une erreur de sa part pouvait avoir d'énormes répercussions. Répercussions qui seraient plus forte encore pour elle. Elle ne voulait pas le voir changer, pas dans ce sens. Elle ne voulait pas perdre son plus cher ami.

Si elle broyait du noir, la jeune épéiste se doutait qu'elle ne devait pas être la seule à ressasser ainsi des pensées moroses. Cramponnée à son cheval qui galopait, rythme forcé par la nature plane de la terre qu'ils foulaient actuellement, elle dévisagea un à un ses alliés, tentant de savoir quels avis ils auraient pu formuler au sujet de cette affaire. Llednar était sans doute inquiet lui aussi, même s'il ne lui serait pas venu à l'idée de le montrer. Son impassibilité avait quelque chose de rassurant. D’apparence, il parvenait à se focaliser sur ce qui était essentiel, et cela servait d'exemple à ceux qui avaient les nerfs plus fragiles. Pas étonnant qu'il soit parvenu à prendre la tête des traqueurs de l'Oran. Oloren ? Elle avait été relativement proche de William, si sa mémoire ne lui faisait pas défaut. Mais elle devait avoir la tête ailleurs. Son intervention au conseil avait bien montrée que ses anxiétés, légitimes, se portaient plutôt vers les commanditaires de ces crimes. Peut-être avait elle à l'idée autre chose que de simples suppositions. Esmezia en était navrée, mais elle ne pouvait se permettre de communiquer franchement avec elle pour l'heure. Le partage des informations dont elles disposaient pourraient toutefois s'avérer essentiel, dans un futur proche. Arawn, lui, n'était pas réellement proche de la famille royale. Il ne semblait proche de personne, à vrai dire, ses loups mis à part. Même sa relation avec Oloren était ambiguë. L'appréciait-elle ? Se contentait-il de garder un œil sur elle en mémoire de son défunt maître ? De toute manière, si Oloren décidait de s'éclipser, il y avait fort à parier qu'il ne pourrait pas la suivre. Que personne ne pourrait la suivre. Restaient Kellue et Wahlo dont l'avis importait finalement peu à l'hovoïte, et surtout Melody. Qu'en était-il d'elle ? Ses sentiments envers Snori étaient d'une nature incompréhensible pour quiconque n'était pas elle. L'appréciait-elle, l'estimait-elle, l'aimait-elle ? Peut-être se contentait-elle de faire mine de lui trouver un certain intérêt du fait de son rang. Après tout, elle était une soldate qui agissait en priorité dans l'intérêt de sa nation, laquelle avait bon compte de conserver de chaleureuses relations avec la monarchie orientale. Ces histoires commençaient à causer des maux de tête à la rouquine, dont le bassin, endolori par d'incessantes heures de chevauchée, commençait à la rappeler à l'ordre. Il était grand temps de faire une pause, et ils ne pourraient se la permettre qu'une fois qu'ils auraient atteint le prochain bosquet. Car ainsi avait parlé la grande porteuse d'Ohihir : pas d'arrêts s'ils étaient visibles. Comme si cela allait changer quoi que ce soit. Esmezia donna un léger coup de talon à sa monture qui accéléra, jusqu'à se retrouver au niveau de celle de Kellue, qui lui lança aussitôt un regard noir lui indiquant qu'elle avait quitté son poste.

-Une pause serait-elle envisageable ? Je crois qu'on en a tous besoin.

-Si je te réponds non ? cria la parleuse pour se faire entendre par-dessus le fracas des sabots.

L'épéiste soupira bruyamment en se penchant sur sa monture, s'allongeant presque dans l'espoir de trouver une position un peu plus confortable. Elle n'aimait pas les chevaux. Ils étaient certes rapides, mais peu mobiles, et prenaient facilement peur. À leur décharge, une fois dressés, ils étaient relativement dociles. Restait qu'elle favorisait les voyages à pied dans la mesure du possible. Mais ce n'était certainement pas le moment de faire un caprice infantile. Elle savait comment cette conversation allait évoluer. Elle dirait que rien ne sert de se presser à ce point, on lui répondrait que l'urgence de la situation l'imposait. Soit. Pourtant, s'ils devaient faire face à Solunthes avec les fesses et le dos en compote, ils ne feraient pas long feu. Cela faisait en outre plus de cinq heures que ni eux ni leurs montures n'avaient ingurgités quoi que ce soit, et Esemzia le savait tout autant que ses camarades, la réussite d'une telle expédition pouvait dépendre en proportion non négligeable de l'entente des différents membres de celle-ci. Se stopper quelques instants et en profiter pour discuter autour d'un bon feu, avec de préférence quelque chose à se mettre sous la dent, ne serait pas du luxe. La nuit tomberait dans une heure au grand maximum, alors autant l'anticiper. Ils arriveraient dans la forêt d'ici demain, et ne pourraient plus se le permettre une fois sur place. Les deux femmes se consultèrent du regard, et Kellue, dépitée, désigna une étendue boisée au loin. Son interlocutrice poussa un second soupir, comprenant qu'ils en avaient encore pour plusieurs dizaines de minutes, mais c'était déjà ça à prendre. Retournant à son poste, elle prit son mal en patience et ils finirent par atteindre la clairière où ils passeraient la nuit. Wahlo se chargea aussitôt de faire prendre un feu dont la chaleur fut bienvenue en ce mois de novembre. Nul mot ne fut prononcé, mais une question presque explicite naviguait dans l'air, entretenue par les gargouillis réguliers. Llednar finit par se désigner.

-Je vais chasser, fit-il en déposant ses lames et n'emportant que son arbalète et quelques carreaux.

-Attends, je t'accompagne. J'ai besoin de me bouger.

Llednar jaugea Esmezia du regard, dubitatif du fait de son absence d'arme de jet, mais finit par se faire une raison. Il n'aurait pu la chasser qu'avec difficulté, et ne tenait pas particulièrement à sa solitude de toute manière. Ils s'enfoncèrent dont tout deux dans les profondeurs de ces bois, se faisant le plus discret possible. La tâche fut aisée pour la jeune femme, qui n'eut qu'à utiliser ses dons de marcheuses pour léviter à quelques centimètres du sol et, de fait, n'écraser si branchages ni feuilles, sèches faute d'intempéries ces derniers jours. Elle fut admirative de l'aisance avec laquelle se mouvait son compagnon, ce sans produire le moindre bruit, alors que lui était forcé de mettre pied sur la terre locale. Ses années d’entraînement lui avaient servi à quelque chose, et s'il n'était pas parmi les combattants les plus redoutables, elle n'était pas certaine de pouvoir l'entendre venir s'il décidait de la prendre par surprise. Cette pensée la dérangeait quelque peu, se sachant puis forte que lui, mais force fut d'admettre que s'il était son ennemi, elle n'aurait aucune chance de s'en sortir contre lui. Son métier consistait à vaincre, voire à tuer. Ils jetaient chacun des regards perçants de différents côtés, cherchant à repérer un gibier potentiel, et ce fut finalement elle qui aperçut un lièvre dodu en première. De la main, elle lui fit signe et désigna l'animal, puis écarquilla les yeux l'instant d'après. Sans la prévenir et dans un laps de temps plus que réduit, Llednar avait tiré et touché la cible, laquelle ne se situait certes qu'à une quinzaine de mètres, mais était tout de même d'une taille relativement réduite.

-Je savais pas que tu te débrouillais si bien.

Un sourire se dessina sur ses lèvres et, fait étonnant, on aurait pu croire qu'il était sur le point de rire.

-Tu me croirais si je te disais que c'est un coup de chance ?

Un coup de chance ? Comme si une telle précision pouvait dépendre uniquement de la providence. Mais Llednar ne savait pas mentir. Pire encore, la malhonnêteté le répugnait. Alors soit, elle voulait bien y croire, et du moment que cela leur permettait de manger ce soir, la manière lui importait peu. Esmezia alla ramasser le fruit de leur chasse et ils continuèrent tout deux à arpenter ces bois une vingtaine de minutes, ajoutant un faisan à leur tableau de chasse. Avec les quelques provisions qu'il leur restait, ils auraient de quoi se rassasier et être en forme demain, lorsque les choses sérieuses commenceraient. La jeune femme aurait voulu pavaner et tirer gloire de cet apport en nutriment, mais force était d'admettre qu'elle n'avait jamais servi que d'observatrice, mais elle demeurait satisfaite d'avoir pu partager quelques instants avec son ami. Lui et elle partageaient beaucoup et avaient des liens forts malgré leur proximité plus que relative. Ils savaient qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre une fois rendus sur le champ de bataille. Wahlo, s'étant de lui-même attelé à la tâche, se chargea de dépecer puis de faire cuire leur repas, qu'ils partagèrent presque avec tension. Chacun était assis dans son coin, silencieux, évitant soigneusement le regard des autres. L'ambiance n'était pas franchement au beau fixe, la rivalité plus qu'évidente entre Kellue et Melody n'arrangeant pas les choses. Esmezia s'était permise de se tenir proche de Llednar, se collant littéralement à lui non pas du fait d'un sursaut d'affection mais bien pour partager un brin de chaleur salvatrice, et même si le rôdeur n'appréciait pas nécessairement sa présence, lui aussi faisait preuve de bon sens. Il faisait froid, et les risibles couvertures emportées ne leur suffiraient aucunement. Melody ne devait pas connaître ce souci, elle qui pouvait réguler la température de son corps. Décidant de percer ce silence pesant, l'hovoïte décida de s'adresser à la capitaine luuwrienne, plus pour engager la conversation que par réel intérêt, bien qu'elle l'apprécie.

-Des nouvelles de Bartiméus, depuis tout ce temps ? Et d'Habeth ? J'avais cru comprendre qu'elle faisait partie de ta division, à un moment.

Ces deux là étaient introuvables depuis des années, ou du moins ne donnaient pas signe de vie. Sans doute étaient ils parti à la poursuite de leurs rêves et ambitions respectives. Mais il y avait fort à craindre qu'il ne s'agisse plutôt de vengeance dans le cas d'Habeth, et bien que cela désole Esmezia, elle avait une piste. Placardé sur un grand tableau, elle avait déjà aperçu un avis de recherche concernant leur ancienne amie, à Naïlika.

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Louis
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 6 Oct - 16:18

Si le froid ambiant ne dérangeait pas Melody, le vent constant commençait à brûler les yeux trop humides de la capitaine. Solide comme un roc, elle ne montra à personne sa faiblesse, et se montra plus impitoyable que jamais. Si cela s'était avéré nécessaire, elle aurait continué à chevaucher toute la nuit, même si des douleurs lancinantes commençaient à se faire ressentir dans son dos. La jeune femme avait appris, au fil des années, à inhiber ce genre de désagrément et ne prêtait d'ailleurs à l'heure actuelle aucun intérêt aux souffrances de la chair. Elle était bien trop préocupée par sa discution houleuse avec Snori, la veille. Melody se sentait trahie. Elle avait dévouée sa vie à ses compagnons d'armes, elle était un exemple pour la nation, et hier, elle avait eu le sentiment qu'elle pouvait aider un ami autrement qu'en défourrant son épée. Qu'avait elle pu faire de mal? Les réflexions de Snori étaient incensées. Lui non plus ne l'avait pas contacté, au cours de ces cinq années. Le roi d'Oran avait toujours été quelque peu égocentrique, mais il avait hier battu des records en la matière. La capitaine avait seulement cherché à l'aider, lui donnant des conseils judicieux, et lui n'avait fait qu'insulter sa manière d'être. Melody aurait du se concentrer sur la mission, d'une importance capitale, mais n'y parvenait pas. Désireuse pourtant de montrer son implication, elle critiquait les choix les plus improbables de Kellue qui, on le voyait, n'avait pas la moindre expérience dans ce genre de missions. Assez peu consciente de ce qui l'entourait, elle finissait par s'isoler dans ses pensées, se laissant guider par le choc régulier des sabots de sa bête sur le sol. Elle se forçait néanmoins à réfléchir aux évènements graves se déroulant en Valato, mais ceux ci ne se révélaient que bien peu dignes de son intérêt face à la remise en question d'une vie entière.


Au bout d'une longue cavalcade, Kellue finit par ordonner à la troupette de s'arrêter. A cette occasion, Melody scruta rapidement ses compagnons. Ils avaient tous l'air épuisés, à part la porteuse d'Ohihir, qui regrettait visiblement cet arrêt forcé. Silencieuse comme la mort, Melody fut surprise que Zia s'adresse soudainement à elle. De tous les membres de l'équipe, c'était peut être celle qu'elle considérait comme sa plus proche amie. Vu le peu d'interactions qu'elles avaient eu par le passé, c'en était presque triste... Se forçant à répondre à la jeune Fambriel, elle déclara simplement :

- Habeth est recherchée dans tout Valato... Même si je ne l'avais jamais considérée ainsi, il me semble qu'elle est accusée de meurtre. Elle n'a jamais supporté la perte de son maitre d'arme... Quant à Tim...

La jeune femme s'interrompit un instant, mélancolique. Elle n'avait même pas prévenu son ami de toujours de la situation à Rednow et Nora. De toute façon, elle n'aurait pu le faire étant donné l'importance de la mission qu'elle devait effectuer. Aujourd'hui, alors que son monde semblait s'écrouler, elle aurait cruellement eu besoin de lui et de ses conseils. Mais elle n'avait ni le courage ni l'envie d'avoir cette conversation avec lui.

Tim vie sa passion dans ta terre natale, maintenant. Il s'est fait un nom de musicien itinérant. Je m'étonne que tu ne l'ai pas croisée pendant tes pérégrinations...

Melody n'ajouta rien, laissant le silence s'installer autour du feu. Elle avait désespérément besoin de parler à quelqu'un. Admettre qu'elle allait mal, même si cela lui coûtait énormément en fierté, la soulagerait énormément. Jamais, elle n'avait montré de faiblesse, à personne. Hésitant pendant de longues minutes, l'héroïne de Rednow prit son courage à deux mains, puis déclara dans un murmure à la jeune Zia :

- Pourrait-on parler seule à seule?

Le ton qu'elle avait employé était presque une confession à part entière, mais Melody s'était assurée que personne à par la jeune fille ne l'entende. Elle ignorait pourquoi sa confiance s'était tournée vers l'Hovoïte, mais il s'agissait de ce genre de besoins irrépréssibles, allant au delà de la nature profonde d'un individu afin d'assurer sa santé mentale. Les deux jeunes femmes s'éloignèrent alors du groupe, s'engouffrant un peu plus loin dans le bosquet. Bien consciente du froid qui habitait Zia, Melody augmenta sa chaleur corporelle du mieux qu'elle put, en prennant garde à ne pas embraser les arbres alentours. Puis, la regardant intensément, la capitaine déclara :

- Je compte quitter l'armée après cette mission...

Chez Melody, les confidences n'étaient que peu aisées. Ces quelques mots étaient un effort incomensurables pour elle, et si Zia ne la poussait pas à se dévoiler d'avantage, il semblait probable que la Luuwrienne ne parviendrait pas à en dire plus...
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Jaleniel
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 6 Oct - 16:32

Dès la pause annoncée, Oloren s'était écartée. Vite. Beaucoup plus vite que d'habitude. Elle était allée pleurer, seule. La mort de William lui déchirait le coeur, et la peur les entrailles. Elle avait peur pour eux, qui allaient affronter un ennemi bien plus redoutable que ce qu'ils avaient connus jusque là. Elle avait peur pour Snori, qui pouvait être la cible du même sort que son frère. Bien trop loin pour être entendu, elle s'esquinta la voix à pleurer longtemps. Lorsqu'elle revint, ses yeux étaient encore rougis, mais son attitude calme, allant prendre place auprès de son loup, les coudes sur les genoux, laissait comprendre qu'il ne faudrait plus lui parler pour la journée, même si c'aurait pu lui faire du bien.

Arawn haussa les sourcils en entendant le mot "chasse". Toujours aussi discret, il observa l'action dans le plus grand calme, puis haussa les épaules en retournant auprès de sa nouvelle maîtresse. Pas assez viril, tout ça. Il se plaça auprès de ses loups, non loin de la jeune fille aux cheveux neige, en observant Kellue. Lorsqu'il faisait cela, un fin sourire difficilement perceptible se plaçait sur ses lèvres. Il était sûr de mourir avant de l'avoir conquise, et peut-être même de sa main s'il allait trop loin. Mais cela lui importait peu. Elle posa son regard sur Zia. Capable de sentir la synergie entre homme et animaux, il s'amusait beaucoup à voir l'amie d'Oloren à cheval. Peut-être pourrait-il lui proposer de monter sur un loup ... Oui, mais cela incluait de lui adresser la parole. Arawn aimait autant les hommes que les bêtes, mais s'adresser aux bêtes s'avérait bien moins difficile que le complexe langage et comportement humain.
Il s'amusa ensuite à observer le dépeçage. Amateur. Il fit mine de manger avec plaisir, même si il avait pour habitude de manger bien plus. Il irait chasser et se nourrir plus amplement pendant la nuit, quand personne ne le remarquerait, mais l'apéritif lui fut agréable.

Les loups apportaient une chaleur suffisante pour que maîtresse et gardien ne souffre pas de l'air frais. Arawn prit finalement la décision d'offrir un jour un louveteau à Esmezia. Un louveteau, c'était déjà la taille d'un chien adulte, pour cette race là, mais mieux valait les prendre jeunes pour les novices. Il se demanda finalement si Zia était si novice que cela, après tout, il ne l'avait pas souvent vue à l'oeuvre, ou bien ne s'en souvenait pas ... Il douta cependant que Zia refuse le cadeau, mais si cela arrivait, il ne lui resterait plus qu'à le proposer à Kellue. Il pensa à la probabilité de prendre une raclée si l'offrande était prise comme un moyen de la charmer. Il gémît.

Que les humains lui paraissaient compliquée ...
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 6 Oct - 16:52

Malgré l'affection que tous ceux l'ayant côtoyé lui portaient, elle y comprit, Esmezia ne se souvenait pas avoir déjà entendu parler Roche de sa terre natale. Il ne parlait pas beaucoup de toute manière, préférant s'exprimer à sa manière, par sa simple présence. Cela suffisait amplement tant ses gestes, ses regards, tout son être était communicatif. Mais elle était heureuse qu'il ait pu s'éloigner des batailles et trouver son petit bonheur, où qu'il soit. Les gens comme lui le méritaient amplement. Elle aurait aimé le revoir, n'aurait-ce été que pour constater son évolution, en cinq ans, et tenter de lui tirer un sourire. Sans doute seraient-ils emmenés à se croiser, un moment ou un autre. Après cette drôle d'aventure, elle comptait bien prendre une pause elle aussi, ce serait l'occasion de lui rendre visite. Ils en auraient, des choses à se dire. Au grand étonnement de la jeune femme, Melody l'interpella en aparté. Croyant à une quelconque idée ou remarque concernant la mission qu'ils étaient en train d'accomplir, elle accepta sans réfléchir ; Kellue avait d'ailleurs fait la même supposition est les avait regardé s'éloigner d'un air suspicieux, peu encline à accepter qu'on lui fasses des cachotteries alors qu'elle était en charge ici. Mais c'était là le ressort de cette fichue capitaine. La parleuse fut rappelée à l'ordre par Ohihir, qui ne se gêna pas pour lui faire remarquer que la femme dont elle parlait était parmi les personnes les plus dignes de confiance en ce monde, et force fut pour la porteuse de reconnaître qu'elle n'avait pas été gâtée en étant désignée comme gardienne de Belwur. Cette dernière et Esmezia s'éloignèrent du petit groupe qui, bien qu'intrigué, ne posa pas la moindre question. Une fois à l'écart des oreilles apparemment malvenues, la brûleuse eut le bon ton d'utiliser son don pour faire en sorte qu'elles ne gèlent pas sur place, et son interlocutrice n'eut bientôt plus besoin de se frictionner le torse avec virulence. Ce fut alors qu'elle annonça la nouvelle. Elle semblait y trouver une certaine gravité, mais l'épéiste, à l'inverse, fut prise d'une joie certaine en entendant ces quelques mots. Avec entrain, elle lui répondit :

-Eh, mais c'est super ça ! Qu'est-ce que tu comptes faire après ?

Personne, plus que Melody, ne pouvait prétendre avoir fait son temps dans une armée où les dangers affrontés étaient si importants. Au cours de ses années de service, elle en avait vu de toute les couleurs, avait eu a porter un artefact, puis avait codirigé le groupe chargé de retrouver Nigfol. Une mission durant laquelle elle avait pris tous les risques possibles en simulant sa propre mort, avant de jouer un rôle majeur dans le succès de ce voyage qui avait permis le début de la contre-offensive sudiste. Même une fois l'avantage acquis, elle avait continué d'être parmi les unités les plus actives, étant sollicitée sur tous les fronts. Et encore aujourd'hui, alors que ses responsabilités étaient moindres, elle consistait de faire acte de présence au conseil, et participait à cette expédition. Tous ses actes, sans exceptions, s'avéraient louables. Affectée par la mort de celle à qui elle avait confié Belwur, sans doute touchée par le décès de William, elle continuait de tenir bon, inflexible. Il fallait une sacrée force de caractère pour en être capable ; et Esmezia était d'autant plus ravie de constater qu'il se cachait sous cette carapace une personne aux émotions bien réelles. Une personne susceptible, en plus d'être admirable, d'être appréciable.

-Je comptais faire une pause après tout ça moi aussi...je t'avoue que je commence à fatiguer.

Kellue, assise près du feu, observait d'un œil discret les différents membres du groupe dont elle avait, bon gré mal gré, la charge. Partir en n'emportant qu'Esmezia et la jeune fonçeuse lui aurait été bien plus agréable, néanmoins les jeux politiques voulaient que leur groupe reflète une certaine diversité, laquelle incluait visiblement cet insolite chef de meute. Elle ne pouvait supporter la façon dont il la regardait, et ne pouvait encore moins supporter le fait de n'avoir idée de ses ambitions, de ses allégeances. Cet homme n'avait pas hésité un seul instant à suivre Erly Ehlkaÿd, l'un des plus grands criminels que Valato n'aie jamais connu. Même Edwig Luthness et Iyoh Tzumihi ne pouvaient prétendre au quart de la sinistre réputation que s'était forgé cet homme au cours de sa vie tumultueuse. Le clan Ehlkaÿd, dans sa globalité, posait problème. Le simple fait d'imaginer que cette Oloren puisse avoir un être de la puissance supposée de Düïrhir était ridicule. Mais il fallait gérer l'ego de chacun, et certaines de ces recrues dirigeaient eux même des troupes. Ils sauraient se tenir à carreau. Sans un mot, la parleuse s'allongea et ferma les yeux lorsque la nuit fut tombée, tandis que Llednar annonçait qu'il prenait le premier tour de garde.

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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 6 Oct - 17:17

Le ton énergique qu'utilisa Zia quant elle apprit la nouvelle ne fit que se rembrumir Melody. La jeune fille ne comprennait pas l'importance qu'avait eu l'armée pour la capitaine pendant toute sa vie... Abandonner l'armée était pour elle comme abandonner une partie d'elle même. Se forçant à continuer, par nécessité, la jeune femme déclara de manière rapide et succinte :

J'ai l'impression que j'ai donné ma vie aveuglément, sans en profiter ni rien accomplir pour moi.

La jeune femme hésita avant de reprendre... Puis se lança :

- Snori m'a dit hier des choses terribles, qui m'ont réellement boulversées. Et même si je sais qu'il était en colère et en deuil, je sais bien qu'il pensait ce qu'il a dit... Me suis-je déjà mal comportée envers vous, Zia? J'ai eu, toute ma vie, le sentiment d'avoir donné le meilleur de moi-même pour mes amis, et même si je ne suis pas une personne qui s'ouvre aux autres, j'avais le sentiment que vous le saviez, toi, Snori et les autres... Je lui en veux énormément des monstruosités qu'il a dites à mon égard...
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 6 Oct - 18:24

Esmezia écouta en grinçant des dents. Elle avait effectivement entendu dire que Meldoy et Snori avaient eu ce qui semblait être une altercation avant leur départ, mais jamais elle n'aurait pu imaginer que son mentor puisse la blesser, même par mégarde. Supposer que cela ait été, en outre, intentionnel, lui était insupportable. La jeune femme pouvait comprendre le trouble de son interlocutrice, bien qu'elle conserve quelque difficulté à comrprendre l'étendue de ses relations sociales et l'importance qu'elle accordait à celles-ci. Elle esquissa un mouvement dont l'aboutissement aurait été une main amicale posée sur le bras de la militaire, mais décida de ne pas chercher le contact physique. Après tout, leur proximité ne restait que toute relative à ce jour, et mieux valait éviter de prendre les devants de façon trop brutale. Capter son regard serait suffisant pour l'heure.

-Tu sais, je connais Snori mieux que quiconque, et tu dois déjà te douter de ce que je pense de lui. C'est peut être étrange de dire ça d'un prince, mais lui non plus, il n'a pas eu une vie facile. Et je n'imagine pas qui que ce soit d'autre devenir l'homme qu'il est maintenant en ayant vécu ce qu'il a vécu. Toi aussi, tu le connais. Je ne sais pas exactement ce qu'il a pu te dire, mais tu dois bien te douter que d'ici peu, il sera sans doute là, à genou, à te demander pardon.

À n'en pas douter, il ne se priverait pas pour théâtraliser le tout. Ça lui ressemblerait bien. Il y avait tant à dire pour défendre Snori. Tant d'éléments circonstanciels. Jamais, ô grand jamais, il n'aurait cherché à faire du mal à une personne à laquelle il tenait tant. L'épéiste ne se souvenait d'ailleurs pas d'une seule fois où son ami ne lui aie pas parlé de Melody lorsqu'ils se retrouvaient. Le connaissant, il devait être comme un enfant, impatient à l'idée de la revoir en quittant Nora. Pourtant, la capitaine avait l'air vraiment abattue. Esmezia l'observa d'un air grave. Elle comprenait ce qu'elle pouvait ressentir. Elle même pouvait être frustrée du traitement qu'on lui réservait, mais comme Melody, elle avait des responsabilités qui lui demandaient de passer outre ce genre d'affaires privées. Finalement, elle revint sur sa décision et posa sa main sur le bras de sa camarade.

-Tu n'as rien à te reprocher, et je te prie de ne rien reprocher à Snori pour ce qui a pu se passer. Valato semble être dans un drôle d'état, et il faut qu'on se concentre sur ce qu'on a à faire. Une fois que tout ça sera réglé, on pourra en reparler.

Jamais elle n'aurait imaginé prononcer ces mots, encore moins à l'adresse de Melody, mais il fallait bien que quelqu'un s'en charge, et Kellue l'aurait fait avec beaucoup moins de tact. Restait à tenter de la remettre sur pied, elle qui était un élément essentiel de leur troupe, et leur membre le plus expérimenté. Pour ça, Esmezia n'eut guère besoin de réfléchir. Son cœur parlait. Elle alla s'adosser à l'arbre le plus proche, croisant les bras, et leva les yeux vers la voûte sombre et étoilée qui formait leur ciel. S'ouvrir ainsi n'était guère aisée, et elle ne se sentait pas de se confronter au regard de la brûleuse ce faisant.

-Quand on voyageait ensemble, je me souviens que tu t'étais opposée à ce qu'on vous accompagne. C'est Snori qui avait insisté...et c'était stupide de sa part, évidemment. On aurait pu y rester et compromettre toute l'opération. Mais il nous a fait confiance. C'est comme ça qu'il fonctionne. Alors on a appris à vous connaître, tous. Et toi...quand tu te battais, tu étais tout ce que j'avais envie d'être. Je ne pouvais même pas imaginer qu'on puisse être capable d'une telle dévotion, d'une telle hargne. Quand je te comparais à Snori, vous étiez le jour et la nuit. Du moins c'est ce que je pensais. Et quand je vous regarde tous les deux, maintenant, je constate à quel point vous vous ressemblez. Chacun à votre manière, vous n'hésitez pas à faire passer l'intérêt des autres avant vous. Vous faites ça avec une telle pureté, une telle honnêteté...J'aurais pas le courage d'affronter un dragon si je ne n'étais pas certaine qu'on m'adulerai pour ça ! Mais vous...vous l'auriez fait, seulement parce que vous deviez le faire, pas vrai ? Vous avez du vivre tellement de choses. Tellement d'émotions, tellement de peines, et pourtant vous finissez toujours par vous relever, sans avoir besoin de personne.

Suite à quoi la jeune femme s'inclina bas face à son interlocutrice avant de se redresser, souriant timidement face à cette guerrière qui l'avait toujours intimidée.

-Je suis honorée de te connaître et de pouvoir te tutoyer. Je tenais à que tu le saches, quoi que tu décides de faire.

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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 6 Oct - 21:19

Les paroles de Zia apaisèrent quelque peu Melody. La gamine qu'elle connaissait avait finalement beaucoup évolué. La colère que la capitaine éprouvait envers Snori n'avait pas changé, mais les compliments exagérés de l'Hovoïte l'avait mise au second plan.

- Nous avons une mission, tu as raison fit Melody en s'inclinant légèrement devant celle qu'elle pouvait presque appeler une amie. Tu as beaucoup changée, Esmezia, depuis que nous nous sommes rencontrées. Il est vrai qu'il y a quelques années, j'étais formellement opposée à ta participation dans la quête de Nigfol. Tu aurais pu en mourir. Mais le risque prit en valait largement la chandelle. Regarde qui tu es devenue. Un exemple pour tous. Je ne te jette pas des lauriers, tu as encore beaucoup à apprendre et à vivre, avant de devenir l'héroïne que tu es dans les histoires qui nous parviennent à Rednow. Mais j'ai confiance en toi pour être à la hauteur dans toutes les situations face auxquelles nous pourrions être confrontées.


Une silence vint s'installer, interrompu seulement par les bruits des bêtes nocturnes rodant autour d'eux.

- Malgré toutes tes raisons censées, je doute de pouvoir pardonner un jour à Snori pour ce qu'il m'a dit. Mais ce n'est pas important. Je pense suivre ton exemple, après cette affaire réglée. Une aventurière itinérante, n'est ce pas le rêve de chacun d'entre nous?


La capitaine s'interrompit. Les compliments n'étaient pas une habitude chez elle encore moins que les gestes d'affection. De la gêne apparut à son visage, avant d'être remplacé par le masque de plomb qu'on connaissait à l'ancienne porteuse de Belwur.


- Nous devrions retourner auprès de l'équipe. Kellue doit déjà être en train de médire sur nos messes basses. Dieu que je hais cette femme...


Alors que Zia commençait à se diriger vers le feu de camps, Melody l'interrompit d'une main sur l'épaule et murmura un "Merci" à peine audible mais pourtant sincère. Le respect qu'éprouvait la capitaine pour la jeune Hovoïte, déjà important, venait de décupler en quelques mots de réconfort échangés... Seule elle pourrait se vanter d'avoir un jour réconforté l'implacable Melody Jennsen!
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Mar 7 Oct - 20:46

Tous s'étaient couchés en n'échangeant que peu de mots, abasourdis par le poids de la tâche qui leur incombait et par leurs récentes émotions. Esmezia, probablement comme ses compagnons, eut des difficultés à trouver le sommeil ce soir-là. Elle repensait à ces mots échangés avec Melody, à sa famille, à Snori. Quand bien même elle savait pertinemment que la situation finirait par se stabiliser, la solitude nocturne la forçait à ressasser ainsi d'ulcérants possibles. Au lever, elle serait de nouveau pleine d'entrain. Se forçant à se concentrer sur d'agréables images, elle finit par se laisser abattre par la fatigue et se réveilla ankylosée. La nature du sol ne l'avait pas vraiment aidée à entretenir l'état de son dos déjà meurtri. Une longue série d'étirement, couplée à la fraîcheur matinale, parvint à la sortir de sa torpeur et elle se rendit compte qu'elle était la dernière éveillée, alors que l'aube pointait à peine. Ils l'attendaient. Personne n'aurait l'indécence de le lui signaler, surtout que leur patience n'avait du être que de l'ordre des minutes, mais tous étaient déjà prêt à reprendre la route. Ces six là n'étaient presque pas humains, mais elle ne s'en étonnait guère. Se préparant au plus vite, elle remonta bientôt en selle avec eux, et la troupe se remit en route vers l'Ouest sauvage. Plus ils avançaient, plus le paysage était dense, conservé. Monts et forêts n'étaient entrecoupés que d'immenses plaines sans le moindre sentier, et il en fut ainsi jusqu'à qu'ils parviennent à l'endroit où les pics se séparaient en un ravin, sur la longitude d'Abrial. La passe de Reydoran. Ici, la terre avait été retournée par les pas des hommes et des bêtes, lors de la première grande guerre ayant opposé le Nord et le Sud. L'ancêtre d'Edward avait alors tenté de conquérir la capitale luuwrienne, mais avait été stoppé par les troupes menées par le mythique roi William Pendragon. Ce canyon avait été le théâtre de la plus grande bataille rangée de l'histoire de Valato, et en gardait des traces. Bien qu'il soit impossible d'imaginer l'ampleur du conflit d'antan, le fait de se retrouver en ce lieu suscitait une certaine émotion chez les voyageurs, et d'autant plus dans leur groupe. Kellue et Melody, les deux combattantes, originaires des deux états rivaux. Leur entente n'était pas cordiale, mais elles faisaient avec et mettaient leurs différents de côtés. Les choses allaient mieux, et se repentir sur la terre qu'ils foulaient leur rappelait, si nécessaire, que les conflits n'avaient causé que mort et destruction. Tout du long qu'ils traversèrent l'endroit, ils ralentirent et firent silence, puis, pragmatiques, reprirent leur chevauchée.

Trois jours de plus furent nécessaires pour qu'enfin, à leur flanc droit, les montagnes laissent place à une immense étendue verdoyante. La plus grande forêt de Valato montrait enfin son visage et s'avérait plus impressionnante encore que dans les récits. Les arbres la constituant s'élevaient parfois à plusieurs dizaines de mètres, disposaient de troncs larges, laissaient choir d'immenses lianes et plongeaient le biome dans une ombre constante quelque peu intimidante. Et encore, ils n'en étaient qu'à la lisière. Déjà, les rugissement des bêtes inconnues se faisaient entendre, résonnaient, faisant s'envoler des nuées de volatiles aux gazouillis mélodieux. Pas étonnant que peu se risquent à visiter les lieux tant ils semblaient inhospitaliers, mais les amoureux de la nature devaient à n'en pas douter y trouver leur compte. Les regards étaient principalement tournés vers Oloren à présent. Elle était celle qui serait apte à détecter Düïrhir, mais il était impossible de déterminer à quelle distance il faudrait qu'elle se trouve pour que la réaction escomptée se produise. Kellue avait décri cela comme le sentiment d'un appel, incroyablement puissant, mais elle non plus ne pouvait réellement témoigner. Elle avait en effet trouvé Ohihir alors qu'il avait été dissimulé, mais il n'était en aucun cas un nouvel artefact. Ceux-ci ne se trouvaient dans leur sanctuaire que la première fois qu'ils étaient découvert, à l'instar de Nigfol cinq années auparavant. À ce compte, seule Inès pouvait se targuer d'avoir vécu un tel moment et aurait donc pu donner quelques indications à Oloren. Restait que l'expédition était partie dans la hâte et que les deux jeunes femmes ne s'appréciaient pas nécessairement, aussi la passation d'expérience n'avait-elle pas eu lieu. Quoiqu'il en soit, vu la nature du terrain, ils ne pourraient plus avancer à cheval à partir d'ici. En terme de survie, ils auraient eu bon compte d'en tuer un maintenant pour en extirper la viande, mais personne ne se serait permis d'un tel acte de barbarie. Esmezia l'aurait fait, certainement, en cas de réel besoin, mais ce ne serait pas à l'ordre du jour. Les bêtes furent dont relâchées. Au retour, ils n'auraient qu'à se rendre à Abrial, aussi ne seraient-ils pas nécessaires pour les porter. Pied à terre, ils donnaient les dernières tapes significatives de la libération des destriers et se retournaient pour faire face à l’immensité de cette nature, armés jusqu'aux dents. Nul ne savait quel danger les attendait dans cette forêt, mais l'ombre de Solunthes planait sur leur conscience. Même avec Ohihir et Nahaow, la perspective de l'affrontement avec un artefact demeurait rédhibitoire, et suffisait à donner des frissons à l'hovoïte qui avait déjà subi les illusions de cet allié d'Athis.

-J’imaginais ça plus accueillant, fit-elle.

-Ces gosses de l'Est, railla Kellue avant d'ouvrir la marche.

Ils s'aventurèrent ensemble dans ces bois, Kellue tentant à l'aide d'une boussole, d'une carte et d'un parchemin sur laquelle elle griffonnait de leur faire suivre un itinéraire cohérent. Puisqu'ils ne savaient pas où chercher, il faudrait ratisser toute la forêt. La portée de l'influence d'un artefact sur son futur porteur désigné étant estimé à deux kilomètres, ils pourraient se permettre d'étendre quelque peu les zones à quadriller, pour autant ces informations n'étaient pas des plus fiables. Il ne se passait pas dix minutes sans qu'un hurlement retentisse, leur rappelant qu'ils étaient des étrangers ici et qu'ils n'avaient pas idée de la nature de la faune locale. Trois jours passèrent sans le moindre résultat et sans que rien ne se passe. Les membres de l'expédition commençaient à fatiguer, pourtant ils ne pouvaient se permettre de se plaindre. Les conversations fusaient bon train à présent, créant une atmosphère moins glaciales qu'aux premiers jours, toutefois contrebalancée par l'obscurité omniprésente, pesante, qui leur faisait perdre toute notion de temps. Ils dormaient quand leurs pieds leurs faisaient mal et non plus quand le soleil se couchait. Heureusement que Llednar bénéficiait de sa vue particulière pour leur donner quelques repères de temps à autres, mais cela ne les empêchait de se perdre dans cette étendue feuillue. La carte tenue par Kellue s'avérait inutile. Ils n'avaient pas eu le malheur de croiser autre chose que du gibier et des insectes et avaient ainsi pu se nourrir convenablement, se ressourçant en eau potable aux multiples ruisseaux jonchant le sol humide. Humide fut d'ailleurs le qualificatif le plus adapté pour définir leur quatrième jour d’excursion foresterie. Une pluie dithyrambique s'abattit sur eux en plein milieu de la nuit et ne cessa plus, si bien qu'ils étaient trempés en permanence. Les cheveux plaqués sur le visage, la peau bleuie, la plupart étaient enclins à tomber malades. Le temps qui passait, l'incertitude de leur réussite et l'absence d'information sur la situation globale de Valato participait à rendre leur aventure particulièrement frustrante. Et bien que cela puisse paraître inapproprié, ce furent les événements de ce jour-ci qui leur redonnèrent un peu d'entrain. Ils descendaient alors une pente si aride que seule Esmezia, grâce à son don, parvenait à conserver un équilibre réel.

-Llednar, toujours rien ? demandait Kellue, plus par habitude qu'autre chose.

À force, elle avait fini par appeler les autres par leurs prénoms. Avant cela, étant donné son absence de patronyme, elle n'appelait simplement pas Llednar. Mais le rôdeur s'avérait particulièrement utile en ce moment. Il plissa les yeux, activant sa nyctalopie et tentant de percevoir ce qui se trouvait, au loin. Difficile cependant de déterminer ce qui était susceptible d'être noté puisqu'ils n'avaient aucune idée de ce qu'ils cherchaient exactement. Le temple de Nigfol, par exemple, n'aurait pu être identifié sans la présence d'un révulseur. De l'extérieur, on l'aurait pris pour une paroi rocailleuse quelconque. Or s'il s'agissait de déterminer quel arbre semblait plus propice à contenir une relique magique que les autres, ils n'étaient pas tirés d'affaire. Par acquis de conscience, il jeta également un œil derrière lui, et se stoppa net, précipitant suite à un ralentissement forcé un trébuchement de Melody qu'il parvint à rattraper à temps pour la laisser sur ses pieds. Le centraliste leva une main, demandant à ses compères de se stopper. Aussi stoïque qu'à l'accoutumée, il annonça.

-On est suivi. Et vous pouvez me croire, suivre des gens, c'est mon boulot.

La tribu des Lumk vivait dans la forêt de Reydoran depuis des temps immémoriaux et formait probablement le seul groupe civilisé rescapé de l'ère obscurantiste de Valato. Dès l'arrivée du groupe dans leur habitat, ils avaient repéré leurs deux artefacts, dont les avatars s'étaient manifestés à plusieurs reprises. Eux ignoraient ce que le monde était devenus, mais étaient certains d'une chose : ceux qui possédaient ces objets régnaient. Or le roi des bêtes ne leur était pas inconnu. Lui le premier des envoyés divins. Ils pouvaient mettre la main sur lui. Et pour cela ils allaient attendre que les bois aient commencé à les ronger avant de les attaquer au moment où ils seraient les plus affaiblis. Il leur suffirait des les suivre en passant d'arbre en arbre, en hauteur et en silence, sans qu'ils ne puissent sans rendre compte. Mais un carreau d'arbalète passant à quelques centimètres de l'oreille d'un de leurs éclaireurs les avertit que leur filature était compromise.

-Is ak luz ; nüs do a !!

Le cri avait fini d'attirer l'attention du groupe. Kellue commençait déjà à faire apparaître la légère exo-armure que constituait la forme libérée d'Ohihir autour de ses poings, pieds et articulations, tandis qu'un arc apparaissait dans les mains de Wahlo. Esmezia, elle, avait déjà dégainé son yatagan. Des cordages jaillirent alors de tout sens, à plusieurs mètres d'eux, et des autochtones armés de lances, haches ou autres armes contondantes en descendirent. Mais le plus impressionnant étaient ceux qui couraient à même la cime des arbres ou y restaient collés, en hauteur, prêts à décocher des flèches. Voilà qui aurait fasciné bien des scientifiques : ces gens s'étaient adaptés à leur milieu de vie et avaient majoritairement développés des dons de grimpeurs. Ni leur nature, ni leurs intentions n'étaient claires, mais elles le devinrent bien vite. Avant qu'un quelconque dialogue ne soit engagé, une première vague d'hommes fondit sur eux. Llednar, fermant la marche, dut esquiver un premier coup d'estoc et, du fait de la nature du terrain, se retrouva bientôt à faire des roulé-boulé qui l'emmenèrent jusqu'à un terrain plus plat, quelques dizaines de mètres plus bas.

-Descendez ! cria-t-il à l'adresse de ses compagnons.

Esmezia acquiesça et s'empressa de bondir pour le rejoindre. L'affrontement semblait inévitable, et mieux valait se mettre dans les meilleures conditions contre ces adversaires dont ils ignoraient tout.


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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Mar 7 Oct - 21:13

Dès le cri de Llednar entendu, Arawn se lâcha de sa hauteur, dégainant deux dagues qui étaient désormais ses armes favorites. Il tomba directement sur ce qui était désormais à ses yeux une proie ... Celle-ci n'eut pas le temps de souffrir, les deux dagues en travers du crâne. La pilosité du gardien commençait déjà à pousser à vue d'oeil. Il lui faudrait peu pour se transformer : contre autant d'adversaire, il lui faudrait abattre sa plus belle carte, hélas.

Oloren, elle, était déjà arrivée en haut de la pente lorsqu'elle entendit crier, puis mourir, puis rugir. Il ne lui fallut guère longtemps pour redescendre avec son sabre noire au poings, courant toujours sur le mur naturel qu'elle venait de monter. Elle allait utiliser sa vitesse pour faire une percée mémorable dans les lignes ennemies, ils n'auraient rien le temps de voir.
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Ven 10 Oct - 17:04

Entouré d'une nature hostile, l'expédition avançait désormais très lentement. Rien à voir avec l'avancée phénoménale imposée par Kellue quelques jours auparavant. Les ronces s'accrochaient aux bottes des aventuriers et les feuillages florissant les frappaient impunément. Des écorchures et de grandes plaques vermeilles commençaient à voir le jour sur le corps malmené des membres de la petite troupe. Venait s'ajouter à cette difficulté de progresser le harcèlement constant des moustiques et autres insectes. Pour les repousser efficacement, Melody avait tenté d'utiliser son pouvoir afin de les carboniser sur place. Efficace de premier abord, c'était sans compter sur l'attirance des bêtes pour la chaleur et le sang. La capitaine Luuwrienne renonça bien vite à cette technique, commençant à être recouverte de cadavres de moustiques. Le sang des insectes, mêlé à la sueur d'un effort continu, aux blessures mineures, et à l'odeur de brûlé qui suivait maintenant Melody lui rappelait fortement sa bataille avec sa Némésis Gladys, cinq années auparavant. A l'époque, les choses semblaient bien plus simples à la jeune femme. Tuer ou être tué. Répondre aux ordres et éliminer les menaces. Aujourd'hui, l'ennemi restait dans l'ombre, et la jeune femme ne savait plus que faire. Elle était une sorte de trophée d'un temps révolu, terriblement inutile. Snori avait probablement raison en la traitant de marionette. Secouant la tête en repensant à ce souvenir désagréable, la jeune femme accrocha son pied à une ronce et faillit tomber. Un juron lui échappa. La pente qu'ils traversaient était des plus abruptes, et la jeune femme regretta une nouvelle fois qu'aucun guérisseur ne les accompagnent. Une simple cheville cassée, et leur rythme d'exploration aurait été réduit de moitié. La porteuse d'Ohihir n'avait pas jugé utile d'en engager un dans l'équipe. Voilà pourquoi Melody aurait du être responsable de cette expédition. Cette femme était bien trop prétentieuse et inexpérimentée pour diriger des hommes.

Un cri guerrier résonna soudain dans son dos, l'interrompant dans ses pensées. Et contrairement à la danse des politiciens, elle savait parfaitement comment valser avec la mort. Dégainant sans attendre son épée, la jeune femme se retourna et montra le visage implacable de la renommée capitaine de l'armée Luuwrienne à ses ennemis. Leurs adversaires se trouvaient en forte supériorité numérique, et semblaient avoir l'avantage du terrain, mais nul doute qu'ils étaient de piètres épéistes. Le plus grand danger venait surtout des archers, situés en amont tout autour d'eux. La fuite n'était pas envisageable, et ces cibles étaient prioritaires. Un combat dans un terrain aussi abrupte était pour le moins risqué, mais certains d'entre eux se devaient de neutraliser cette menace.

Prenant les devants sur Kellue, la jeune militaire cria à plein poumon :

- Tout le monde descend. Neutralisez les épéistes. Zia, Oloren, avec moi pour tuer les archers. Walho, utilise ton pouvoir avec parcimonie.

Le pouvoir offensif du porteur était dans cette situation plus un danger qu'une aide, Melody espérait que Walho le comprendrait... L'explosion d'un arbre, ou un éboulement restait une plus grande menace pour eux que ces sauvages...

Sabre à la main, la capitaine progressa le plus rapidement possible, s'aidant des cordes présentes un peu partout pour garder l'équilibre. Les sauvages accrochés à ces dernières tentaient de lui asséner divers coups de pieds et poings, mais leurs tentatives ne leur valaient que de voir leurs membres s'envoler dans les airs, accompagnés d'une giclée de sang. Quand une corde ne se révélait plus utile à l'avancement de Melody, la jeune femme augmentait drastiquement la chaleur de sa main gauche. La corde en question s'enflammait alors à une vitesse incroyable et les quelques sauvages encore dans les airs s'écrasaient avec un craquement sinistre des plus satisfaisants. Remonter la pente ne fut pas aisé. Une pluie de de flèches s'abattaient sur eux, mais ils eurent la chance d'être sous-estimés par leurs ennemis, qui visaient principalement le groupe en contre-bas. Les indigènes que Melody affrontait sur la pente se situant au dessus d'elle, la jeune femme se contenta de briser les tendons et genoux de ses adversaires, ce qui se révéla pour le moins efficace.

Enfin au sommet de la colline, Melody se réfugia derrière un arbre afin de reprendre son soufle. Nul doute que les sauvages savaient précisément où elle se trouvait. Sautant de sa cachette avant qu'on ne la prenne à revers, la capitaine décapita proprement un archer qui avait hésité trop longtemps à sortir sa lame. Un hurlement couvra soudain les cris de guerre ainsi que le sifflement des flèches. Une énorme bête velue fonça sur elle, en lui laissant que le temps de faire un pas de côté pour esquiver le monstre. La créature s'écrasa contre un arbre, manquant de le déraciner. Il s'agissait visiblement d'un loup-garou d'une taille impressionnante. Melody fonça sur ce qu'elle se représenta comme une sorte de jumeau de Kellue, profitant de l'étourdissement de la bête pour la neutraliser instantanément. Assénant un violent coup dans le dos de la bête, l'épéiste eut la frustration de voir que le cuir du monstre était trop épais pour blesser sérieusement le métamorphe. La réplique ne se fit pas attendre... D'un violent coup d'épaule, l'homme loup propulsa son adversaire quelques mètres en arrière. La force du monstre était inouïe...

Se relevant rapidement malgré son corps endolori, Melody engagea un corps à corps furieux avec le métamorphe. Griffes et gueule contre lame. Face à la puissance brute, la Luuwrienne devait redoubler d'effort en esquive. Profitant de ses connaissances en arts martiaux, elle utilisa la force de son adversaire et la retourna contre lui. Malheureusement, aucune blessure sérieuse n'était infligée, et la jeune femme commença à faiblir. Elle parvint pourtant à trancher les griffes de la créature ce qui eut pour conséquence déplorable d'émousser sa lame. Ses attaques étaient plus inefficaces que jamais.

Prise d'une soudaine impulsion, Melody fit chauffer l'acier de sa lame à la limite de la fusion. Le métamorphe fondit sur elle, décidé à en finir avec cet adversaire ennuyeux. Le doute s'insinua dans ses yeux lorsqu'il vit que la dite ennemie n'esquiva pas un mouvement, l'attendant de pied ferme. Il était trop tard pour faire marche arrière, mais la bête tenta tout de même de stopper sa charge. Plaçant un genou sur le sol afin d'encaisser le choc, la brûleuse tendit son arme vers le cœur du loup-garou malchanceux, qui vint s'empaler sur sa lame. La violence de la charge fit s'écrouler les deux opposants. Un jappement d'agonie sortit de la gorge emplie de crocs du sauvage. Poussant sans ménagement le mort qui l'écrasait, Melody se releva, une fureur dans les yeux. Imaginer Kellue dans son adversaire s'était avéré plutôt efficace...
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Ven 10 Oct - 18:11

"Avec moi pour tuer les archers". Oloren avait prévenu qu'elle ne reconnaîtrait aucun chef non désigné par le groupe expédié, aussi n'obéit-elle pas à cet ordre, préférant continuer sur sa lancée, neutralisant aisément les épéistes qui lui faisait face. Il était difficile de rivaliser avec la rapidité d'action de la jeune fille aux cheveux neige, qui n'augmentait pas seulement sa vitesse de déplacement, mais la vitesse de chacun de ses mouvements. Son épée noire dans une main, de l'autre elle profitait de l'une de ses aiguilles positionnées dans ses gantelets à l'aide d'un mécanisme qui les rendait rétractiles. Ajouté à cela, elle semblait fermement s'ennuyer, ce qui s'avérait intimidant envers ses adversaires.

Arawn ne mit pas longtemps à se décider. Sa pilosité grandit encore d'avantage, ainsi que sa musculature, jusqu'à atteindre une forme finale de loup-garou. Il rugit tout en s'élançant dans les arbres. Leurs ennemis avaient beau connaître mieux le terrain, son flair lui permit de débusquer les archers sans grands efforts. Les corps de ces derniers commencèrent à tomber en plusieurs morceaux sur ceux de leur camarades vivants. Il avait vu Melody combattre l'un de ses semblables, mais une particularité bien précise différenciait Arawn des autres :
Lui ne combattait pas. Il tuait.
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Ven 10 Oct - 19:26

Le combat venait de commencer et déjà l'exaltation régnait sur le champ de bataille. Melody avait prit les devants, neutralisant toute future option diplomatique qui aurait pu se présenter à eux. Esmezia et Ohihir maîtrisant l'hovoïte ancien, il aurait effectivement été possible de parvenir à trouver une entente ; mais pour être tout à fait franc, eux aussi en doutaient. Autant s'y lancer à leur tour. La jeune épéiste avait d'abord entreprit d'utiliser son don pour engager une bataille verticale contre les grimpeurs, pourtant Arawn faisait preuve d'une telle efficacité qu'elle n'eut besoin que de trancher quelques cordes. Le maître-loup révélait enfin ses pouvoirs, et force était d'admettre que sa forme canine avait quelque chose de terrifiant, qu'il s'en dégageait une bestialité pure bien différente de celle de l'artefact des parleurs. La porteuse de ce dernier avait revêtit l'exo-armure accordée par la relique millénaire, renforçant la vivacité de ses mouvements et rendant ses attaques au corps-à-corps particulièrement redoutables. Elle s'était glissée à travers les lignes adverses, esquivant les flèches sans avoir à les regarder, prévenue de leur trajectoire par les formidables réflexes qui étaient désormais siens, et avait accouru vers Oloren, qu'il fallait à tout prix soutenir et protéger. Nul n'aurait pu remettre en cause ses compétences qu'elle était en train de prouver en l'instant même, cela dit la jeune fonceuse restait précieuse et ils ne pouvaient se permettre de lui faire courir le moindre risque en ces circonstances, car aussi douée soit-elle, une esquive loupée et c'en était fini. Le premier autochtone à voir arriver la porteuse tenta un coup d'estoc avec sa lance. Son ennemie pivota pour se mettre de trois quart, glissa tout le long du manche en armant son bras, et écrasa sa main, paume ouverte, sur un visage dont le nez et plusieurs dents furent brisées sur le coup. Quelques uns se retournèrent alors, stupéfait par une violence aussi brute. Celle aux cheveux blancs leur causait déjà du souci, pour autant elle se battait proprement. Mais ça, ce n'était pas une femme. C'était une bête sauvage. Une bête qui faisait fuser son pied si rapidement et si haut qu'il brisait des nuques à lui seul, tandis que des poings faisaient s'enfoncer des côtes. Ainsi était Kellue. Consciente de la force prodiguée par Ohihir, elle ne cherchait plus à faire dans la finesse et écrasait littéralement ce qui se trouvait sur sa route. C'était pour cela et pour aucune autre raison qu'on l'avait placée à la tête de ce groupe : car elle était la plus puissante. Et elle comptait bien mettre fin à cette risible confrontation sans délai. Se stoppant un instant après qu'elle et sa protégée aient abattu la vague d'adversaires qui s'opposaient à elles, elle fit promptement craquer les jointures de ses doigts et s'adressa à son compagnon à voix haute.

-Ohihir, allons y !

L'avatar dont il était question apparut aussitôt, bras croisés, lévitant à quelques centimètres du sol. De ses yeux luisants, il examina la scène s'apparentant à un carnage puis jaugea sa gardienne avant de faire signe de négation d'un hochement de tête. Sa voix s'éleva, puissante, limpide, sans qu'il n'eut à ouvrir la gueule.

-Tu ne peux supporter ma pleine puissance dans ton état actuel sans que cela implique des risques pour toi, jeune fille.

-Qui a le temps de...

Kellue ne continua pas sa phrase, percevant dans le regard de l'artefact un sens second à ses paroles, que seul elle pouvait comprendre. Il avait raison, et elle le savait. Ce qu'ils étaient en train de préparait empêchait de toute manière l'utilisation de la forme hybride. Il leur faudrait compter sur la puissance de leurs compagnons les plus éminents pour l'emporter dans une situation où le désavantage numérique était tel, néanmoins Wahlo ne pouvait pas non plus se laisser aller à quelques explosions dans un lieu si enclin à faire office d'ennemi en lui-même. C'en était presque rageant, mais elle devait s'en remettre au seul talent de ceux ne possédant pas d'artefacts. Parmi ceux-ci, Melody faisait déjà son office, et le loup-garou semblait efficace. Eux deux serviraient donc d'avant-garde et se débarrasseraient des ennemis les plus contraignants, à savoir les archers. Quant aux autres, il était temps de les rappeler à l'ordre.
-Esmezia ! Llednar ! Avec moi ! Nous protégeons la fonceuse!

Obtempérant sans discuter, les deux amis vinrent se joindre à la parleuse et se placèrent en triangle autour d'Oloren, armes dégainées. Celle-ci devait être fort mécontente de la tournure que prenaient les événements, et Esmezia faisait déjà la moue en anticipant son sursaut d'orgueil, mais il fallait admettre que leur dirigeante avait raison. Il était d'ailleurs temps qu'ils arrivent, car les troupes de la tribu des Lumk ne se faisaient pas prier. Vêtus de fourrure, recouverts de tatouages tribaux et de peintures de guerre, ils portaient des armes bien plus imposantes que celles des éclaireurs, allant de la bardiche à la double lame, en passant par l'espadon ou la hache. Même si la médiocre qualité de leur acier tapait à l'œil, ces outils s'avéraient létaux à n'en pas douter. Il ne faudrait pas sous estimer ces guerriers. Wahlo en ayant terminé avec ceux parvenant par le flanc, il vint à son tour en renfort, ce qui permit à Esmezia de rompre la formation pour aller à la rencontre de cette nouvelle troupe. Elle n'avait aucunement pour ambition de tous les vaincre, mais comptait les contenir assez longtemps pour qu'un soutien quelconque vienne les prendre à revers et qu'ils puissent ainsi s'en débarrasser rapidement. Il s'avéra pourtant que ce ne fut nécessaire. Yatagan tendu vers le sol, main ouverte vers ses ennemis, la petite rouquine se dressait de toute sa hauteur, le dos légèrement courbé vers l'arrière. Le plus vif des ennemis, un colosse de muscle et de nerf portant une lame dentelée émoussée, fouetta l'air verticalement. L'hovoïte n'eut qu'à pivoter avec fluidité pour faire un tour complet sur elle-même, relevant le bras au gré de la force giratoire, tranchant de tout son long l'abdomen de son adversaire en se retrouvant derrière lui. Elle l'avait ainsi contourné, abattu, et avait reprit exactement la même position, faisant face à ses prochains assaillants. Cette méthode défensive, elle l'avait, comme beaucoup, apprise en observant Snori, puis elle l'avait réinterprétée, misant sur l'esquive alors que lui préférait la parade. Sa morphologie ne lui permettait effectivement pas de contrer directement les lames souvent bien plus lourdes, d'autant plus que le Yatagan, relativement fragile, aurait rapidement brisé. Ce qu'elle avait en revanche hérité sans biais de Snori, c'était sa vision analytique parfaite du jeu des autres combattants. Le blond avec le crâne rouge peint sur le visage était un fonceur. Cela se voyait à sa façon de se mouvoir, toujours prêt à démarrer l'un de ces fameux sprints quand bien même il était relativement éloigné. Et elle ne s'y trompa pas. Lorsqu'il réapparut devant elle après une charge fulgurante, il s'empala directement sur l'épée qu'elle n'avait eu qu'à lever. Il fut de fait le second à tomber. L'arme, parfaitement aiguisée, se retira aisément de la chair. Six lumks étaient encore debout et était parvenus au corps à corps. Placés en arc de cercle, ils avançaient avec prudence. L'un d'eux esquissa un mouvement qui avait pour but de la faire reculer d'un pas, et fut pour le moins surpris lorsqu'elle avança vers lui en dessinant dans l'air un arc de cercle d'acier meurtrier. De sa poitrine meurtrie émana un flot de sang délétère alors que déjà, sa meurtrière virevoltait entre ses compagnons. S'il avait pu, il leur aurait crié de fuir, mais l'idée même de remuer les lèvres lui était insupportable. Il préféra fermer les yeux pour de bon et se reposer sur les feuilles humides. Bientôt, le dernier corps chuta lourdement sur le sol meuble, encore incrédule. Esmezia ne combattait pas. Chaque muscle, chaque articulation avait un rôle à jouer dans les courbes qu'elle empruntait, les bonds qu'elle exécutait, la façon dont elle se cambrait et tournoyait pour gagner en vitesse et en imprévisibilité sans jamais manquer de précision. Or le résultat était là : tous ces hommes étaient morts sans souffrir, sous une pluie d'entailles chirurgicales, sans n'avoir rien plus faire. La rouquine estima à tort qu'ils n'étaient pas aussi bons qu'elle aurait pu le croire en les voyant arriver vers eux, mais la vérité était qu'elle commençait à atteindre le niveau de ceux qu'elle avait toujours prix pour modèle, et qu'elle commençait de par le fait à comprendre ce que pouvaient ressentir Melody, Snori, Erlyn et tant d'autres face à des adversaires moyens. Dans ces cas-là, ils ne livraient pas bataille, ils se contentaient de maîtriser la situation.

Sur le terrain plane, ceux chargés de la protection d'Oloren restaient calmes mais alertes. Wahlo décochait de temps en temps une flèche en prenant soin d'en exclure l'effet dévastateur de son artefact, tandis que Llednar lançait ses carreaux avec une précision discutable. Quoiqu'il en fut, ces quelques projectiles et la présence de la porteuse d'Ohihir suffisait à faire longuement hésiter les éventuels assaillants, si bien qu'ils devenaient les proies. Esmezia, bondissant sans relâche, se servait de la cime des arbres pour emprunter des courbes horizontales et apparaître dans le dos d'adversaires qui ne soupçonnaient pas sa présence, focalisés qu'ils étaient sur le larcin de leur butin rêvé. Ainsi se présentait la situation : le groupe pris pour cible se trouvait dans une petite clairière dégagée, et les indigènes se déplaçant à travers les fourrés sombres se faisaient abattre par les membres de l'expédition ayant opté pour l'offensive. L'hovoïte éprouvait quelque scrupule à être actrice d'un tel massacre, cependant il fallait se faire à l'idée que considérer ces gens comme des hommes était déplacée. Ils ne connaissaient que la violence, était totalement inadaptés à la vie en Valato à cette époque. Leur temps était révolu, depuis longtemps. Mais la tribu Lumk ne voyait pas les choses ainsi. Avec le pouvoir du roi des bêtes, ils pourraient enfin asseoir leur domination sur le continent, et s'il fallait utiliser toutes leurs ressources pour le récupérer, ils n'hésiteraient pas un seul instant. Un archer cria, avant d'être violemment abattu par Arawn sous sa forme bestiale, quelques mots qu'Esmezia ne parvint à comprendre. Plus loin, un de ses semblables les répéta, avec plus d'entrain encore. L'information se transmit ainsi, de plus en plus loin, si bien que les membres du groupe de Rednow ne put rapidement plus entendre les échos répétés. Cliquetis d'aciers et pluie grondante mise à part, le silence s'installa promptement sur la clairière. Les quelques ennemis restant fuyaient à présent, comprenant qu'ils n'avaient aucune chance face à des combattants si puissants que l'un d'entre eux pouvait abattre seul l'un de leurs loup-garou.

-On se rassemble ! cria Kellue.

Tous les sept furent bientôt ensemble, et ils purent constater qu'aucune blessure ou presque n'était à déplorer, ce qui abondait dans leur sens. Si l'un d'entre eux souffrait d'un quelconque handicap suite à cette joute, ils n'auraient peut-être eu d'autre choix que de l'abandonner s'il ne s'agissait d'Oloren. Mais ce n'était toutefois pas le sujet qui préoccupait la parleuse. Ohihir connaissait cette tribu et était étonné, voire interloqué de les avoir vu fuir. Ces combattants préféraient mourir sur le champ de bataille dans la gloire plutôt que d'avouer leur faiblesse, surtout face à des femmes. La conseillère d'Edward se tourna vers Esmezia.

-As-tu compris ce qu'ils disaient ?

-Non, j'étais en plein combat. Et de toute façon, je n'ai que quelques notions.

-Comment auraient-ils donné l'ordre de se replier ?

L'épéiste prit quelques secondes de réflexion, tentant de se remémorer les leçons imposées par son père. Elle n'en était pas certaine, mais ce devait s'approcher d'une formulation de cet ordre :

-Aho düsl a dod, je crois.

-Ce n'est pas du tout ce qu'ils disaient, affirma Llednar.

Les deux femmes acquiescèrent. Il était peut-être temps de repartir et Kellue ne donna aucun ordre, mais son air était suffisamment explicite ; il fallait rester sur leur garde. Il n'y eut besoin que d'une paire de minutes pour lui donner raison. Un hurlement strident retentit à travers les bois, et bientôt un bête terrifiante en bondit pour leur faire face, dressée sur ses pattes arrière. Il s'agissait d'une sorte de grand lézard au corps couvert d'écailles, qui avait développé une bipédie quasi-humaine. De sa longue gueule étirée jaillissaient des crocs acérés tandis que des griffes menaçantes luisaient au bout de ses doigts, pouce opposable y compris. Enfin, une queue longue et puissante traînait au sol, claquant quelque fois dans ce qui semblait être une parade destinée à intimider l'ennemi. Bientôt, d'autres de ces monstres rejoignirent leur homologue, jusqu'à qu'ils soient une douzaine, dressés du haut de leur trois mètres. Accompagnant ces bourreaux visiblement dressés, des grimpeurs avaient fait leur retour si haut dans les arbres que la seule idée de les atteindre s'avérait improbable. Le vrai combat commençait maintenant.

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Jaleniel
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Ven 10 Oct - 23:20

- Oh son père ! largua Oloren.

Elle empoigna son épée à deux mains et pris une posture appartenant à l'origine à son grand frère.

- On dois vraiment combattre ça ? J'serait plutôt d'avis qu'on se tire en vitesse.

Arawn grogna. Il se tenait désormais debout, auprès des autres. Lorsqu'il se plongeait dans le combat, il était effrayant, mais à cet instant, il était majestueux, se tenant droit, jaugeant la créature. Serait-il possible de comprendre la bête et de la retourner contre ses maîtres ? Peut-être, mais combien de fois aurait-il la chance d'essayer ? Est-ce que la bête allait le comprendre ? Si c'était possible, il tenterait sa chance, en attendant, il retroussa les babines, reprenant une posture bestiale, prête au combat. Il était le plus rapide après Oloren sous cette forme, mais aussi l'un des plus résistants, sans parler de sa force, et le milieu forestier l'avantageait. Il faudrait se servir de tout ce qui lui tomberait sous la mains pour cet affrontement, s'il devait avoir lieu.

La jeune fille aux cheveux neige se concentrait. Elle cherchait les points faibles : sa vitesse lui permettrait probablement de les atteindre sans prendre trop de risque, et donnerait aux autres des ouvertures pour attaquer.
Attention.

Elle sursauta. Par réflexe, elle se déplaça presque d'un seul coup près du Loup-garou gardien, reportant ensuite son attention sur la bête.
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Louis
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Dim 12 Oct - 18:12

Les reptiles scrutaient leurs adversaires avec ce que Melody cru être du défi. La situation du petit groupe n'était pas à envier, d'autant que les archers étaient de retour sur les arbres. Au moins étaient-ils maintenant regroupés en position défensive, et sur une surface relativement plane... Le combat allait être bien plus difficile à présent, à un point tel que la retraite semblait l'une de leurs meilleures options. Malheureusement, elle occasionnerait nombre de morts dans leur équipe... Ce n'était pas envisageable. Oloren esquiva avec des réflexes inouïes une des bêtes qui l'attaquait. Fort de cette assaut échoué, la capitaine fit une attaque fulgurante contre l'attaquant. Une longue estafilade apparut sur la bête, partant de son épaule droite jusqu'à son abdomen. Hurlant de rage plus que de douleur, le reptile recula de quelques pas. Un coup tel que celui ci aurait probablement tranché en deux un humain. Une autre créature fit un saut spectaculaire vers Melody, et d'un violent coup de queue, lui fit perdre l'équilibre. Dos à terre, elle brandit son épée en direction de son agresseur, tentant tant bien que mal de l'empêcher de lui sauter dessus. Quelqu'un la releva aussitôt, sans qu'elle sâche de qui il s'agissait. Sans prendre le temps de remercier son sauveteur miraculeux, elle recula de quelques pas, sur ses gardes comme jamais. Sa lame siffla l'air à de nombreuses reprises, tenant en respect les monstres. Bien plus rapides que le commun des mortels, les bêtes n'hésitaient pas à passer à quatre pattes lorsque cela s'imposait. Nul doute qu'avec leurs pates puissantes et leurs crocs démesurés, ils ne feraient qu'une bouchée de leurs victimes, une fois parvenu à les étreindre. Une pluie de flèche commença de plus à s'abattre sur eux. Nul doute que ces sauvages n'hésiteraient pas à tuer leurs animaux de compagnies pour neutraliser les voyageurs importuns se trouvant sur leur territoire. Par ailleurs, les flèches qui se fichaient sur le corps des reptiles ne semblaient pas les déranger outre-mesure, leurs écailles les immunisant à ce genre de souffrance...

En grande difficulté, Melody parvint tout de même à infliger des blessures sévères aux bêtes. Une queue s'envola dans le ciel, les aspergeant d'un sang noiratre, et deux membres griffus gigotaient au sol, bien loin de leurs possesseurs...
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Dim 12 Oct - 20:14

La fuite s'était présentée, voire imposée pour tous les membres de l'expédition dès le premier instant, mais fut finalement vite chassée, faute d'assurance de son succès. S'il ne faisait doute qu'Oloren et Kellue puisse semer ces reptiles et qu'il était fort probable que Llednar y parvienne, les autres auraient certainement fini par être vaincus. Même Arawn, pourtant imposant, n'égalait la carrure de ces monstres à écailles. Compte tenu de sa puissance, il en vaincrait facilement un, peut-être deux ou trois avec panache, mais il ne pourrait certainement faire face à ce semblant d'escadron. Dans le processus, ils perdraient donc Nahaow, or la seule idée de l'abandonner aux mains de ces barbares était à écarter. Ils n'avaient pas été envoyés ici pour trouver Düïrhir s'ils devaient perdre l'un des leurs au passage. Alors tant pis, ils combattraient ! La meneuse du groupe s'entretint avec Ohihir, brièvement, afin qu'il puisse lui communiquer des informations sur ces créatures si tant est qu'il eut idée de ce qu'elles étaient. Malheureusement, même lui n'avait eu vent de leur existence, et cette ignorance ne faisait qu'ajouter un paramètre défavorable à l'inévitable confrontation. Les risques allaient être réduits au minimum, et pour ce faire, l'utilisation de la seconde forme s'imposait. Tant pis si cela les épuisait tout deux, il n'y avait guère d'autre solutions. La parleuse se plaça en retrait, profitant de la protection offerte par les deux anciens disciples du roi Pendragon, le temps de parachever sa métamorphose. Dans le cas d'une lycanthropie classique, la masse capillaire et la pilosité s’accroissaient de manière phénoménale en un laps de temps très court. Il en était autrement pour Kellue : seuls ses cheveux s'allongeaient, jusqu'à atteindre un volume considérable, et que des mèches viennent entourer ses différents membres, puis enfin son visage. Une fois le corps entièrement recouvert, le métabolisme commençait à changer, la face s'allongeait, la musculature se dessinait, puis, touche finale, les yeux se mettaient à luire d'un jaune malsain. Il n'y avait plus de porteur ou d'artefact, mais seulement un être éthéré, condensé de force brute. Le loup-garou prit une première foulée et accéléra pour atteindre sa vitesse de pointe sur quelques mètres à peine. Il faucha à la nuque une créature s’apprêtant à bondir sur Melody et la plaqua violemment sur un chêne massif, morcelant l'écorce à l'impact. De douleur, elle tenta de pousser un cri qui fut bien vite étouffé : Ohihir avait placé sa deuxième main sur son cou et serrait, exerçant une pression qui aurait déchiré un humain en deux. L'armure d'écaille résista quelques secondes, puis se craquela avant qu'un son sinistre n'annonce que les vertèbres avaient cédé à leur tour. La bête mythique prit au creux de son imposante main le crâne de son opposant et le frappa à plusieurs reprises sur la cime de l'arbre, comme pour s'assurer qu'il était bien hors de combat ; face à l'inconnu, mieux valait ne pas lésiner sur les moyens. D'autant que vaincre les autres ne serait pas aussi aisés, à présents qu'ils étaient avertis de la dangerosité de cet ennemi-ci. Impossible de les prendre par surprise. Heureusement, ils disposaient encore d'un atout de poids qui pourrait faire la différence.

-Protégez Wahlo ! ordonna Kellue via la voix de son compagnon.

Les deux gardiens échangèrent un regard qui confirma qu'il avait l'autorisation d'utiliser sa seconde forme malgré la nature du terrain. Un risque à prendre pour en éviter de bien plus gros. Restait que l'ancien majordome du roi de l'Oran n'avait tenté d'acquérir la pleine puissance de son artefact qu'à trois reprises, et jamais en situation réelle. Les résultats avaient été pour le moins mitigés, mais il se sentait prêt. Nahaow jaillit à son tour de son réceptacle, un collier à la forme hexagonale, très répandu dans le culte de Dana. Avec ses longs cheveux pourpres, ses oreilles percées et son sourire espiègle, il avait un air sympathique qui avait toutefois laissé place à de l'anxiété.

-Tu es sûr de vouloir essayer ? demanda-t-il à son camarade. Ça pourrait te tuer si tu en fais trop.

-Alors faisons en sorte d'en finir rapidement.

Nahaow acquiesça et pénétra cette fois-ci directement dans le corps de son porteur, s'y fondant tandis que le pendentif s'enfonçait dans sa chair. Une vive lumière émana alors du corps de l'expulseur, signe que le processus d’hybridation avait débuté. Sa durée s'avérait néanmoins contraignante : il faudrait patienter d'une à trois minutes selon leur réussite pour que la seconde forme parvienne à terme, et Wahlo était susceptible de mourir à tout instant si une flèche ou l'un de ces lézards passaient. L'enjeu était clair : s'ils le protégeaient jusque là, le combat était gagné. Dans le cas contraire...ils n'avaient qu'à espérer que leurs forces combinées suffise à les vaincre sans l'aide de leur second artefact. Mais les choses ne se présentaient pas si bien qu'on aurait pu le croire. Ohihir se battait avec la bestialité que tous lui connaissaient, parvenant à repousser deux reptiles à la fois sans peiner ; le souci venant du fait qu'ils étaient cinq à se concentrer exclusivement sur lui, les autres aidés par les archers faisant l'affaire face aux autres membres du groupe. Esmezia avait entamé sa série de virevolte sans pouvoir l'exécuter convenablement, les deux paramètres gênants qu'étaient les flèches et la queue de son adversaire l'en empêchant. Ce cinquième membre s'avérait être l'arme la plus redoutable de ces monstres au sang froid, leur accordant un équilibre surprenant et disposant en lui-même d'une force qu'on ne soupçonnait pas. Tenter d'en encaisser un coup aurait été pure folie, et ses articulations multiples rendaient ses mouvements imprévisibles. Le tout, combiné aux crocs et griffes et à leur imposante dimension globale faisait de ces choses de redoutables adversaires. Heureusement, à force de persévérance et d'attention, quelques plaies commençaient à apparaître, laissant suinter le liquide vital sombre, sans pour autant que cela ne représente une gène aucune. Il faudrait pourtant trouver un moyen de leur porter un coup fatal, sans quoi ils finiraient par s'épuiser. La jeune hovoïte tenta de sectionner à plusieurs reprises l'abdomen de la bête, faisant en sorte que les traits ensanglantés se croisent en un épicentre défini. Après chaque coup porté, elle en esquivait un avec grâce, commençant à agacer l'assaillant qui perdait patience, et dont les erreurs se multipliaient. Un sourire discret apparut sur le visage de l'épéiste. Alors finalement, si, ils ressentaient la douleur ; elle les forçait même à ralentir le rythme de leurs attaques. Si l'on surpassait la peur qu'ils provoquaient, ils n'étaient pas si redoutables que cela. Ayant une vague idée de ce qui était en train de se passer, le gros lézard tenta de fouetter la peste rousse d'un coup de queue. Ce fut sa dernière imprudence. Le cinquième membre se courbait avec plus de raideur vers son centre. Le Yatagan n'était pas réellement adapté à ce genre de choses, mais l'occasion était trop belle. Esmezia activa son don pour effectuer un vif saut périlleux sur place, prenant en plein air sa lame à deux mains pour couper en deux ladite queue. Enfin, le reptile poussa un hurlement des plus satisfaisants, dont la seule cause était la douleur. Une douleur qui l'empêcha de constater que sa proie venait d'infliger deux coupures supplémentaire à son abdomen désormais profondément entaillé, et suffisamment affaibli pour qu'elle puisse porter le coup de grâce. L'épée s'enfonça jusqu'à la garde, ne rencontrant pas la résistance des écailles précédemment lacérées. Non pas sans avoir lancé un dernier regard empli d'une haine meurtrière vers son assassine, la bête s'effondra enfin, laissant Esmezia en nage, le cœur battant à tout rompre. Elle avait bien cru ne pas pouvoir s'en débarrasser, et pourtant elle en avait affronté, des bêtes de ce calibre. Combien en restait-il ? Sept, huit ? Même concentrée sur son combat, elle avait gardé un œil sur ses camarades et ne lui avait pas semblé voir qu'ils s'en étaient débarrassés d'une demi-dizaine. Où étaient ceux manquants ? Bah, qu'importait. Il fallait vite venir en aide à Kellue, sa survie était tout aussi essentielle que celle d'Oloren. La marcheuse entama l'un de ses bonds pour aller surprendre un lézard et tenter de lui trancher la nuque d'un seul coup, mais elle fut happée en plein vol par Llednar. Avant qu'ils ne se retrouvent au sol, elle eut le temps de comprendre, en voyant passer une haute silhouette aux teintes boisées, que son ami venait tout bonnement de lui sauver la vie. S'il ne l'avait pas plaqué, ç'aurait été l'un de ces reptiles en embuscade qui l'aurait fait. Le rôdeur se releva rapidement et lui tira le bras sans ménagement pour la remettre sur pied, s'assurant simplement du regard qu'elle se portait bien avant de dégainer deux épées courtes et de se mettre en garde. S'empressant de suivre son exemple, la jeune femme se plaça à ses côtés avant qu'il ne l'en chasse.

-Wahlo est sans protection, retournes-y.

C'était le ton sec d'un homme habituée à diriger. Jamais elle n'aurait imaginé l'entendre s'adresser à elle d'un ton aussi froid, mais elle faisait partie d'une troupe militaire à présent, et savoir obéir était la qualité première d'un bon soldat, plus encore quand les ordres en question étaient tout à fait justifiés. Elle s'en faisait pour ses amis dont les confrontations pouvaient mal tourner d'un instant à l'autre, mais il fallait se rendre à l'évidence : Wahlo pourrait bien mieux les aider qu'elle une fois qu'il en aurait fini. Elle passa à côté de l'adversaire de Llednar, qui ne semblait pas réagir à sa présence, focalisé qu'il était sur sa nouvelle proie. Ces bêtes avaient-elles une esquisse de code d'honneur guerrier ? Leur façon d'agir reflétait une certaine intelligence, et même s'ils étaient dépourvus de parole, leur supposer des qualités intellectuelles poussées n'aurait été une mise risquée. Ils avaient pourtant été dressés par ces autochtones...mais ce n'était guère le moment pour de telles interrogations. Il fallait protéger leur compagnon des tirs de flèches. Peu précis, les archers avaient privilégiés leur sécurités et s'étaient placés à des hauteurs presques ridicules, mais un tir chanceux aurait tout de même pu transpercer le crâne de l'expulseur à tout moment. Esmezia alla se dresser tout près de lui, dont le corps luisait encore, et leva les yeux à la recherche des projectiles. Les discerner sous cette pluie battante ne serait pas choses aisée. En outre cela ne suffirait pas ! Il lui faudrait également pouvoir les dévier s'ils s'approchaient trop. Ça, évidemment, on ne lui avait pas appris. Que n'aurait-elle pas donné pour avoir l'un de ces boucliers aux dimensions gargantuesques comme celui que portait autrefois Edwig Luthness. Kellue, encore en plein combat, faisait tout son possible pour maintenir ses ennemis à distance tout en s'assurant qu'aucun d'eux ne laisse d'éventuelle brèche qui permettrait de faire passer un reptile. À ce compte, Melody, fine tacticienne qu'elle était, faisait également un travail remarquable dans la mesure de ses capacités. Mais même si quelques adversaires étaient tombés, il ne s'agissait plus à présent de savoir si ils pourraient les vaincre ; mais plutôt jusqu'à quand ils pourraient survivre.

-Nahaow ! crièrent à l’unisson porteuse et artefact.

Il avait fallu en tout quatre minutes, mais l'hybridation avait finalement eu lieu. Tandis que le corps de Wahlo restait debout, scintillant tant qu'il en devenait opaque et aveuglant, une silhouette en émana à pas lents. De la taille du porteur, elle était recouverte d'un manteau rouge dont la capuche rabattue dissimulait le visage et dont les longues manches cachaient les mains. Le corps tout entier semblait se consumer légèrement en continu, laissant monter dans les airs d'étranges volutes sombres. Nahaow, sous sa seconde forme, regarda en direction de son compagnon qui venait de l'appeler, révélant ainsi ses traits. Ceux-ci s'avéraient inexistants. Sous sa capuche, il n'y avait qu'ombre et, en son centre, un hexagone rouge luisant orné d'un point plus lumineux encore. Un œil unique, ayant adopté les contours du pendentif de Dana. Ohihir comprit ce qui allait arriver et bondit sur le côté avec vivacité. L'œil sous la capuche s'éteignit, avant de se rallumer avec plus d'intensité encore qu'auparavant. Seul le point central disparut. Au centre du petit groupe de reptiles, une sphère aux contours flous de la taille d'un poing apparut, et les bêtes furent aussitôt attirées vers elle, avec tant d'intensité que ceux qui tentaient de s’agripper au sol avec leurs griffes y laissaient des profonds sillons. L'un alla même jusqu'à planter sa queue à même la terre ameublie par l'humidité, tirant profit de la force prodigieuse de cet appendice, lequel fut arraché lorsque son propriétaire alla finalement rejoindre bon gré mal gré ses compères. Puis, après deux secondes durant lesquelles aucun d'eux ne put se mouvoir, la sphère provoqua une prodigieuse explosion, creusant un véritable cratère et éclatant la cime des arbres géants, dont l'un entamait une chute latérale. Parmi les victimes animales, deux étaient si éparpillées qu'il aurait été impossible de reconnaître ces morcellements de leur anatomie, tandis que les autres s'avéraient grièvement blessées. Il était grand temps de contre-attaquer.

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Jaleniel
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 13 Oct - 5:42

En effet, Arawn aurait pu en vaincre deux, et s'en tirer plutôt bien en vue de ses capacités. Trois, et s'en tirer blessé. Mais plus aurait été de la folie ... S'il avait été seul. Le fait est que la présence d'Oloren à ses cotés formait un duo redoutable, un duo qui s'entraînait à présent depuis cinq longues années. Le cours de la bataille venait d'être sévèrement renversé, et la contre attaque se devait d'être la plus brutale possible. En un hurlement lupin, les trois loups qui accompagnait le groupe plus tôt passèrent à l'assaut en même temps que le gardien. A présent blessées, les reptiles allaient agir de façon brutale, hystérique, il était dangereux pour quelqu'un qui agissait selon un raisonnement de s'attaquer à eux, encore plus lorsqu'ils se trouvaient dans cet état. L'animaliste décida donc de laisser son instinct prendre le pas un peu plus que d'habitude. La première proie n'eut pas le temps de se rendre compte de sa propre mort, sauvagement évidé à l'abdomen par la petite meute.
De son coté, la jeune femme aux cheveux neige avait bien compris l'ambition de son camarade à ne pas combattre, mais à achever ses adversaires. Son incroyable vitesse lui permettait de suivre cette idée, elle put donc se permettre de prouver à quel point sa lame était tranchante en découpant la tête de l'un des lézards géants, bien qu'elle dût faire le tour du son cou en courant sur ses épaules ! Une fois son ouvrage terminé, elle rejoint le groupe de loups : Plus elle était loin de ces saletés, plus elle pourrait les anticiper et être en sécurité.
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 13 Oct - 10:38

Les explosions retentissaient, peu nombreuses mais calculées et dévastatrices. La principale difficulté venait de l'attention qu'il fallait porter au positionnement de chacun, afin de ne pas blesser des alliés par erreur. Blessures qui, compte tenu de la faible constitution humaine comparée à celle des reptiles, auraient été létales. Les arches situés en hauteurs avaient finalement fui, comprenant que leur vie était en grand danger et que ce combat était perdu . Tout ce qu'ils pouvaient espérer à présent était que leurs compagnons bestiaux puissent venir à bout de ces adversaires à la force imprévue, mais ils en doutaient fortement et préféraient garder leurs distances. Esmezia les observa s'enfuir, hésitant à les poursuivre, avant de se raviser. Leur intention première était d'éviter le combat, aussi pouvaient-ils se contenter de cette victoire se profilant. Pour autant celle-ci n'était pas acquise, et il ne fallait pas relâcher sa vigilance maintenant, car les branchages chutant de plusieurs dizaines de mètres de haut représentaient une menace non négligeable. Ne se laissant distraire pas la puissance que déployait Nahaow, elle avança jusqu'à un adversaire déjà blessé et entreprit de lui sectionner diverses articulations afin de le faire tomber à genoux. Son absence de queue, celle-ci ayant été anéantie par l'explosion, rendait le monstre bien moins dangereux que le premier que la jeune femme avait affronté, et il ne lui fallut que quelques instants avant de lui passer l'acier à travers la gorge. Un peu plus loin, Llednar lutait contre son ennemi, faisant fi de son agilité hors du commun pour ne pas être anéanti par une puissante attaque. Esmezia s'empressa de bondir à l'horizontale pour le rejoindre et imposer une supériorité numérique. Noyé sous les assauts précis de l'hovoïte et ceux nombreux et fulgurants du rôdeur, la bête semblait en proie à une démence haineuse et ne savait plus de quel côté se tourner, ces deux humains s'employant à lui tourner autour avec vivacité. Wahlo exécuta une sixième attaque, qui n'atteint pas sa cible mais entama la chute d'un second arbre. C'était l'occasion qu'attendait Llednar. Sans la concerter, il laissa sa camarade terminer le travail face au lézard déjà grandement endommagé, et alla rejoindre Melody, qui luttait pour sa survie face aux deux créatures que l’expulseur venait de louper.

-L'arbre ! lui cria le chef des traqueurs en arrivant à sa rescousse.

Le brusque changement dans son style de combat suffisait à signifier qu'elle avait compris où il voulait en venir. Tant bien que mal, ils multiplièrent leurs assauts en faisant preuve d'une qualité offensive rare, négligeant complètement leur garde. Ils n'avaient pas pour habitude de se battre côte à côte et cela se ressentait dans leur coordination moindre, pourtant l'alchimie de leurs talents individuels suffisait à repousser leurs ennemis jusqu'à l'endroit prévu. Le hêtre titanesque termina alors sa chute, et s'écrasa là où les reptiles se trouvaient quelques secondes auparavant. Car si barbares soient-ils, leur attention n'était pas à remettre en cause et ils avaient déjoué le plan simpliste du rôdeur. Ils étaient désormais à deux contre deux, les membres de l'expédition en question ayant épuisés leurs ressources dans ce formidable assaut non abouti. Pendant une seconde, Llednar crut bien qu'il allait périr ici même. C'est alors que la silhouette massive d'Ohihir apparut sur leur flanc, se déplaçant avec une telle rapidité qu'elle les eut bientôt rejoint. À pleine vitesse, il asséna un redoutable crochet à la bête la plus proche, dont la mâchoire se désagrégea avant que son corps n’entame une majestueuse courbe aérienne se concluant par une lourde chute. L'autre n'eut que le temps de voir son compagnon tomber raide mort : le plus ancien des artefacts lui avait attrapé la queue et entreprenait de le faire tournoyer au-dessus de sa tête. Une idée qui fut contrecarrée par la faculté d'adaptation du reptile, le poussant à abandonner son cinquième membre pour retomber à quatre pattes sur le tapis de feuilles et de branchages. Il poussa un redoutable hurlement, fier qu'il était d'avoir échappé à l'emprise meurtrière de son adversaire, et bien décidé à venger son frère décédé. Toutes griffes devant, il bondit vers Ohihir. Celui-ci regarda, quelque peu surpris, la queue massive qu'il tenait comme un gourdin, et décida d'en tirer profit. D'un geste puissant, il frappa latéralement, faisant s'abattre l'appendice sur le flanc de son propriétaire en plein vol. L'extrémité de la queue implosa à l'impact, au même titre que les côtes touchés. Le monstre, se tordant de douleur, vit ses souffrance abrégées lorsque la parleuse transformée lui agrippa la patte arrière et mit finalement sa première idée à exécution, soulevant la proie avant de la frapper au sol à de multiples reprises, faisant gicler le sang à chaque occurrence, jusqu'à qu'il ne reste plus une once de vie dans ce corps meurtri. Les yeux luisants du loup-garou cherchèrent alors avec défi ceux de Melody Jennsen. Ce dernier geste, à n'en pas douter, était le fait de Kellue. La gardienne reprit sa forme humaine, inversant le procédé par lequel sa chevelure en venait à recouvrir l'intégralité de son corps. Elle ne semblait ressentir aucune fatigue, mais tout un pan de son visage avait prit une teinte pourpre dont l'apparence aurait pu rappeler celle d'une vaste marque de naissance. Du bout des doigts, elle palpa la zone concernée, mais ne s'en soucia guère.

-On se remet en marche !

L'ordre avait claqué, implacable. Ils pouvaient être attaqués de nouveau d'un instant à l'autre et n'avaient pas de temps à perdre. Esmezia, trempée jusqu'aux os et épuisée, s'autorisa un long soupir avant de s'assurer que tout le monde allait bien. Wahlo avait pu retrouver sa forme habituelle sans désagréments, Oloren était encore en vie...ils ne s'en étaient pas si mal sortis.

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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 13 Oct - 16:31

Par flemme, Oloren était montée sur le dos d'Arawn, qui ne semblait guère sans soucier, ni vouloir retrouver sa forme humaine. La queue touffue qui lui était poussé dans le bas du dos lors de sa transformation s'agitait en même temps qu'il regardait Kellue. Seul son regard d'acier, intelligent et déterminé, ainsi que ses vêtements amples, à présent moulants, pouvait faire la différence entre un sauvage et l'ancien gardien qu'il était.

La jeune fille aux cheveux neige fronçait les sourcils. Elle obéissait par nécessité absolue : contester un ordre de repli en terrain dangereux était stupide. Quand bien même, il s'agissait d'un ordre. Si Kellue profitait des situations comme celle-ci pour imposer son autorité, ça finirait par poser problème. Elle ressenti une grande envie de profondément faire chier cette dernière, juste pour rappeler le fait que se placer au dessus d'elle, c'était s'exposer, au moins, à une plaie aussi insupportable qu'une bonne varicelle.
Elle n'en fit rien cependant. Elle aurait bien assez de temps plus tard pour emmerder sa camarade en en faisant qu'à sa tête ... En oubliant de venir au conseil si elle possédait un jour un artéfact, par exemple ! Elle sourit.

A propos d'artéfact, elle s'était brièvement renseigné vis à vis de leur "détection". Elle avait plusieurs fois entendu parler d'un "appel", selon les quelques livres qu'elle avait daigné feuilleter. Il lui avait suffit d'un regard sur chacun de ses compagnons pour comprendre qu'aucun d'eux n'était à l'origine de l'avertissement qu'elle avait reçu. Il semblait avoir été dit calmement, et pourtant, malgré les cris et l'assourdissant bruit de l'affrontement, elle l'avait très bien entendu. Elle. Pas les autres.

- J'crois qu'on s'approche, lâcha-t-elle en prenait un air intrigué. J'ai entendu un truc. Un truc que vous avez pas entendu.
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 13 Oct - 18:42

Les remparts lointaines de Véonde commençaient peu à peu à apparaître derrière la végétation omniprésente de la forêt de Reydoran. Au loin, on pouvait remarquer quelques éclats de lumière, illuminant les pans de murs de l'ancienne cité fortifiée. Un calme terrible semblait avoir empli le lieu, à peine interrompu par le bruit des quelques insectes environnants. Oloren semblait guider le groupe vers ce qui semblait être une ville abandonnée depuis des siècles, la végétation ayant repris ses droits sur les murs de pierre brute. Puisant son eau à même la roche, le lierre incrusté avait fait s'effriter d'imposants blocs, réduits dès lors en poussière. Une idée soudaine frappa Melody. Comment un artefact jamais découvert par le passé pouvait il se trouver dans un lieu qui bien que délabré, avait abrité des milliers de vies humaines par le passé? Les informations qu'avait fournie Zia étaient visiblement assez incertaines, mais cela n'avait que peu d'importance. Si la fonçeuse sentait la présence de l'artefact, c'est que l'objet de puissance se trouvait bien ici. Ils étaient parvenus à distancer Solunthes. Pressant le pas sous l'injection de Kellue, la petite troupe se retrouva bientôt à une petite centaine de mètres des portes de la ville. Étrangement en bon état, elles étaient simples et sans ornement. A cette distance on pouvait aisément percevoir leur taille pour le moins impressionnante... Près de deux mètres de profondeur, une sécurité qui semblait plus que nécessaire étant donné l'hostilité des lieux... Entrouvertes comme elles étaient, la petite compagnie n'aurait probablement pas besoin de les pousser pour entrer. Bientôt, ils purent profiter de nouveau de la lumière du jour, abandonnant la forêt pour une plaine aride, où seules subsistaient quelques herbes folles.Les contours de la petite cité commencèrent peu à peu à se dessiner. Outre les remparts, ils parvenaient désormais à voir quelques bâtiments, plus imposants que les autres. Notament ce qui ressemblait en tout point à un très ancien donjon. Plus ils se rapprochaient, plus le donjon semblait dénoter avec le reste de l'infrastructure. Si certains des bâtiments de Véonde semblaient encore en bon état pour leur âge, la tour, elle, était en parfait état. Faite de pierres uniformément noires, elle était de l'architecture des plus anciens châteaux de Valato, et ne semblait pourtant pas avoir pris une ride. De plus, d'étranges objets métalliques y étaient suspendus dans une logique qui échappa totalement à Melody. Réfléchissant au soleil, ils étaient des plus intriguant. Un mystère qu'il leur faudrait résoudre un autre jour...

A l’affût depuis l'attaque des sauvages la capitaine Luuwrienne dégaina soudain son arme. Une silhouette filait à une vitesse impressionnante vers la ville. Vu le peu de tissus recouvrant l'homme, il s'agissait sans nul doute d'un des indigènes de la forêt. Et la rapidité à laquelle il se déplaçait indiquait très clairement un fonçeur. Peu désireuse de se faire voler l'artefact aussi facilement, Kellue enjoigna l'équipe à courir, de manière aussi aimable que d'habitude. Une cavalcade éprouvante s'ensuivit, chacun allant au rythme qu'il pouvait. Entraînée à courir rapidement sur de longues périodes, Melody parvint à arriver parmi les premières, bien que Zia et Oloren la distancèrent assez aisément. L'influence de l'artefact était décidément d'une grande puissance, et il était assez étonnant que personne ne l'ait encore récupéré... Lorsqu'elle arriva à la porte, Melody failli percuter Zia, qui s'était immobilisée à l'ouverture de la porte. Elle constata alors que le fonçeur qu'ils avaient aperçu tout à l'heure n'était plus une menace à leur mission. Une mare de sang entourait son corps abandonné par la vie. L'hémoglobine s'infiltrait dans l'interstice des briques constituant le sol de la ville. Cela aurait été un spectacle déplorable si il s'était agi du seul cadavre... Deux autres corps reposaient à l'entrée du sanctuaire de Düïrhir. Les blessures ornant les défunts étaient la marque caractéristique de l'acier, conclut Melody en inspectant les malheureux. L'ensemble du groupe était désormais réuni dans l'enceinte de Véonde, silencieux face au spectacle qui s'offrait à lui.

Se détournant des cadavres, la capitaine observa les environs dans le but de trouver le possible agresseur. Nul son ne s'échappait de ce dédale. Son entrée menait à de nombreuses petites ruelles, reliées à l'artère principale qui remontait jusqu'au centre de la ville. Au loin, on pouvait apercevoir le donjon. Les demeures alentours étaient de vieilles bâtisses délabrées dans lesquelles des assaillant auraient pu aisément se cacher. Il s'agissait visiblement d'un quartier pauvre. Plus loin, les maisons semblaient en meilleur état. Un détail étrange attira l'oeil de Melody. Une série de statues faites de la même pierre noire que le donjon étaient placés à quelques dizaines de mètres les unes des autres tout au long de l'avenue principale. Chacune était équipée d'une arme différente, si bien que l'ensemble donnait une impression assez hétéroclite. Autre particularité pour le moins intéressante, les sculptures étaient dénuées de visage. A la place de la figure se trouvaient d'étranges miroirs noirs, reflétant à la perfection leur environnement. Si bien que lorsque l'on regardait une des statues dans les yeux, le reflet opaque renvoyait à la personne son propre visage. Melody regretta encore une fois la mort d'Irwan Knell. Nul doute que cet homme de savoir aurait pu leur en dire plus sur ces étranges automates... La jeune femme supposa qu'ils symbolisaient une garde anonyme protégeant les civils du danger. Du moins, c'est ce que son esprit rigoureusement militaire lui souffla à l'oreille.

L'épée au clair, la petite troupe avança lentement vers le centre de la ville. De nouveaux, les éclats de lumières venant du donjon attirèrent le regard de la Luuwrienne. Les métaux accrochés semblaient être l'ossature d'un gigantesque humain. Mais nul doute qu'il s'agissait d'un long travail artisanal et pas des restes d'un monstre millénaire... Après une longue progression, ils arrivèrent enfin à la tour. Celle ci se situait à côté d'une grande place publique qui avait probablement du abriter un marché. Aujourd'hui, un unique objet subsistait, au centre du lieu. Une table de pierre rustique, recouverte d'un globe de verre à l'allure plus qu'étrange. Une faible lumière verte rayonnait à sa surface, à peine perceptible sous le soleil tapant. N'osant pas s'approcher d'avantage, Melody demanda :

- Oloren? Est-ce l'artefact?
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 13 Oct - 19:17

- J'suis pas sûre, depuis que j'ai entendu la voix j'ai l'impression d'être surveillée, genre, qu'on me protège du regard, tu vois ? Et depuis qu'on est arrivés dans cette ville, j'ai une impression supplémentaire : celle qu'on va se faire niquer la gueule grave, et j'dis pas ça parce que deux tocards sont morts à l'entrée.

Elle fit le tour de l'endroit en si peu de temps que seul la poussière déplacée au sol indiquait son mouvement. Elle s'avança alors vers l'orbe, tendant un instant la main.

FUIR.

Elle retira prestement sa main.

- Non, ça, ça pue, c'est d'la couille, faut qu'on se tire très vite.

Arawn grognait. Il observait autours de lui, et grognait. Les oreilles basses, les babines retroussées au possible ...

Trop tard.

- Et merde, et tu pouvais pas me le dire plutôt, sale truie ? lança la fille aux cheveux blancs en se frappant le front !
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Lun 13 Oct - 20:43

Tandis qu'Oloren semblait être prise de folie, Melody scruta les alentours avec inquiétude. L'étrange table en pierre n'avait aucune caractéristique d'un artefact, et la lueur verte qui se propageait autour d'elle ne lui inspirait pas la moindre confiance. L'état de la gamine était probablement liée aux capacités psychiques de Solunthes. Des bruits de pas se firent ensuite entendre tout autour d'eux. Une sorte d'écho mécanique qui faisait l'effet de coups de tonerres dans la ville désertée. Un frisson de peur parcouru l'échine de la Luuwrienne. Il n'était pas difficile de deviner ce qui était en train de se produire. Les statues venaient de prendre vie, et s'apprêtaient à les encercler. Bien que nul ne les aperçut encore, cela ne faisait plus aucun doute. Le retour des Automates Naïlkan en Valato. La terreur pure qu'ils avaient inspirés par le passé était plus que justifiée. Jamais elle n'avait croisé le fer avec ces machines, mais les témoignages qu'avait entendu Melody étaient à la limite du cauchemardesque. Une marée noire de robots insensibles à la douleur, qui quel que soient leurs blessures continuaient leur marche meurtrière. Sans Nigfol, cet enfer aurait persisté bien longtemps. Et malheureusement, il semblait prêt à revenir.


Marchant tel un conquérant dans la ville dans la quelle il avait élu domicile, Athis se rapprocha des morts en sursis avec une expression neutre sur le visage de lionne qu'il revêtait exceptionnellement aujourd'hui. Les résultats de leur petite mascarade avaient porté leurs fruits. Qui eut pensé que le Conseil aurait prit aussi sérieusement cette histoire, envoyant dans le repaire du diable quelques uns des combattants les plus efficaces de tout Valato? Deux artefacts, dont son ennemi de toujours étaient désormais à sa merci. De hauts responsables de chaque pays étaient présents. Pendragon, Reydoran, et même la présidence Luuwrienne seraient touchés par cet "incident". Son bâton à la main, Athis frappa une unique fois au sol. L'air vibra dans tout Véonde, accordant à l'artefact de l'intelligence et la manipulation l'attention qu'il méritait. Tous les yeux se rivèrent sur lui. Il n'accorda pourtant d'attention qu'à une seule personne. Kellue Dovlass. A travers elle, il observait son rival millénaire. Bientôt, il ne serait qu'un lointain souvenir...

- OHIHIR! TA FIN APPROCHE affirma Athis de sa voix de stentor. RENONCE AU COMBAT ET J'EPARGNERAIS TES MARIONETTES!
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Mar 14 Oct - 20:15

Véonde, la cité abandonnée, la forteresse marécageuse. Véonde la répugnante, Véonde la terrifiante. Véonde l'oubliée. La ville fortifiée, autrefois d'ampleur relativement importante, avait été érigée du temps où les clans dominaient Valato. Beaucoup y avaient élu domicile, conclu des alliances, puis les quatre nations se formèrent et les habitants durent les rejoindre. Les murs revinrent à Luuwr, qui avait installé sa capitale bien plus loin et ne sut quoi en faire, du fait de son isolement et sa dangereuse proximité avec Naïlika. Avant même que la première grande guerre ne survienne, on avait déjà laissé la citadelle de côté. Depuis, on ne parlait d'elle que dans les livres d'histoires, et seuls les plus érudits connaissaient autre chose que son nom. Au sein du groupe, Kellue en plus grâce aux savoirs immenses d'Ohihir, et sans doute Melody en savait-elle un peu plus également de par sa fonction. En tant qu'officière, elle se devait d'être apte à intervenir n'importe où sur le territoire luuwrien. Pour autant, qui aurait cru qu'un artefact pouvait se cacher ici ? Il aurait nécessairement été découvert quelques siècles auparavant s'il s'y était trouvé ; et l'exotisme de son nom impliquait que jamais il n'ait été sorti de son sanctuaire. Cela menait irrémédiablement à l'hypothèse que ces reliques n'étaient pas en Valato depuis la nuit des temps mais pouvaient y apparaître à tout instant, ce qui expliquait également que Düïrhir soit inconnu de ses semblables. Llednar, qui depuis le début de leur excursion avait conservé un silence presque complet, faisait office d'observateur et parfois d'éclaireur pour le groupe. À ce titre, il n'avait pu qu'approuver la décision de Kellue de les faire avancer au plus vite, car ses yeux lui avaient appris que bien que timorés, les indigènes les suivaient encore, de loin, attendant de voir s'ils s'épuiseraient pour tenter une nouvelle attaque. Quel ne fut pas le soulagement engendré par l'annonce du fameux appel que tous attendaient ! Ils ne pouvaient désormais plus que suivre Oloren en espérant que la distance à parcourir soit faible, car bien que la pluie se soit arrêtée, ils pataugeaient toujours dans une terre humide et ressentaient la morsure des courants gelés sur leur peau mouillée. Plus vite ils pourraient bivouaquer autour d'un bon feu, mieux ce serait. Restait à voir comment les choses allaient se goupiller une fois que l'artefact serait en leur possession. Llednar n'appréciait pas Oloren, ne l'avait jamais appréciée, et gardait en tête la scène embarrassante qu'elle lui avait imposée. Qui plus est, même en faisait fi de ses sentiments personnels, forcé était de constater qu'elle ne correspondait aucuement au profil type d'un gardien digne de ce nom. Ils se servaient d'elle uniquement pour retrouver Düïrhir, suite à quoi ils le confiraient certainement à un militaire de confiance. Sans doute un oranien, afin d'équilibrer leur distribution. Si elle ne l'avait pas déjà compris, elle n'en serait pas ravie lorsqu'elle l'apprendrait...mais sa sensibilité pesait peu dans la balance. Très peu.

Après une vingtaine de minutes, ils aperçurent enfin une lumière salvatrice qui les sortait de l'ombre constante de la forêt. Si le rôdeur pouvait s'en passer, il ne doutait pas de son bienfait sur ses camarades et profitait de toute manière de la chaleur associée, bien que somme toute moindre. Ces bois, ils n'en garderaient pas un bon souvenir, eux qui y étaient restés presque cinq jours. Il faudrait prévenir Luuwr de la présence de cette tribu, afin qu'ils viennent nettoyer le tout. Une opération conjointe avec Naïlika était envisageable et aurait pour mérite de renforcer les liens établis mais encore fébriles entre les deux contrées. Un quart d'heure plus tard, Véonde se profilait à l'horizon, puis, alors qu'ils en approchaient, ce fut une silhouette qui attira leur attention à tous. Un fonceur avait lui aussi repéré leur cible , et avec son avance, il pourrait les distancer. Et ça, c'était hors de question. Bien que peu confiant quant à ses chances de pouvoir le poursuivre efficacement, le chef des traqueurs entama un début de course. Il se savait rapide, plus que beaucoup, mais tiraient surtout profit de son exceptionnelle agilité qui lui faisait principalement bénéfice sur des terrains plus accidentés, lorsqu'il s’agissait d'éviter, de bondir, de se frayer un chemin là où il n'y en avait pas. Sur un terrain aussi plat que celui-ci, il ne devançait pas de beaucoup ses camarades et demeurait bien loin derrière Esmezia, elle même mise à mal par Oloren. La laisser filer seule était risqué, mais c'était là leur seule alternative compte tenu de l'état de fatigue des porteurs d'artefacts. Kellue ne pouvait emprunter une fois encore la forme d'Ohihir sans risquer sa vie, et Wahlo était incapable de produire des explosions satisfaisantes à une telle distance, sans compter que sa faible expérience du pouvoir de Nahaow rendait l'idée invraisemblable. Sur une petite erreur, il les faisait tous voler en éclat. Tant qu'il y avait une autre solution, autant se passer des services de l'expulseur et de son compagnon encore bien jeune, n'étant qu'à son quatrième porteur. Oloren n'arriva pas à temps pour passer les portes avant leur prédécesseur, néanmoins ce dernier ne représentait plus le moindre danger. Trois corps, dont le sien, gisaient au sol, ensanglantés, sans vie. Le meurtrier devait avoir agi dans la minute précédente et ne pouvait donc que se terrer dans cette ville. Et vu la nature des plaies, cet homme, qui qu'il soit, savait comment utiliser une épée. Tout le lieu s'avérait troublant. Architecture, sculptures, matériaux, relevaient d'une certaine singularité propice à caractériser un sanctuaire. Et cela n'aurait pas inquiété Llednar si Esmezia et Kellue ne cessaient de s'échanger des regards emplis d'anxiété. Ces deux-là s'étaient entretenues avant même que l'idée de l'expédition ne soit évoquée, avaient discuté des informations apportées par la marcheuse. Aucun doute, elles en savaient plus qu'eux, et avaient décidé de ne rien leur dire pour une bonne raison, que Llednar ne voulait même pas connaître. Qu'ils s'empressent de s'emparer du Düïrhir avant de repartir à toutes jambes.

S'offrant un camouflage parfait en empruntant la forme d'un rat, Solunthes avait observé l'arrivée du groupe depuis la chaussée et s'était empressé de rejoindre son porteur, lequel attendait patiemment, bras croisés et adossé au mur incurvé de la tour, qu'on vienne lui donner les prochaines directives. Tout le crédit de leur plan, il fallait l'admettre, revenait au génie d'ingéniosité qu'était Athis. Ceux qui le disaient redoutablement intelligent sous-estimaient de très loin l'étendue de ses capacités. Durant ses cinq années d'exil, il ne s'était pas contenté d'attendre son heure, mais avait mis ce temps à profit pour parfaire ses savoirs sur l'énergie des émeraudes de Koïden et pousser plus loin encore ses applications, par trois inventions particulièrement redoutables. Il avait premièrement renforcé outre mesure les automates naïlikans, les rendant plus résistants, plus vifs, plus puissants, plus intimidants et plus réactifs au combat. Les multiples combats menés par le maître des mots lui avaient permis d’insuffler dans chacun de ces robots l'essence de différents maniements d'armes tirés de grands guerriers de ce monde ; et si ces répliques n'étaient pas parfaites, elles restaient particulièrement menaçantes pour quiconque ne pouvait prétendre à un niveau élevé en terme de science des armes. La seconde, peut-être la plus essentielle, n'avait pu être activée que par les providentielles retrouvailles entre Solunthes et son ami de toujours. Comme si ce dernier avait prévu qu'ils ne seraient pas séparé indéfiniment, malgré l'altération de sa mémoire. En utilisant l'énergie des émeraudes dans ce catalyseur en forme de tablette, l’illusionniste avait été capable de reproduire le sentiment d'attraction qui émanait des sanctuaires mystiques. Faire courir la rumeur de l'apparition d'un soi-disant nouveau venu fut ensuite un jeu d'enfant. Quant à la troisième et dernière, elle mettrait un point d'orgue à ce stratagème, et marquerait un tournant dans l'histoire de Valato. Le continent entrerait dans une nouvelle ère suite à ce qui allait se dérouler ici, aujourd'hui. Ayant fini de grimper les escaliers en colimaçon menant au second étage du donjon, Solunthes passa de sa forme de rongeur à celle, habituelle, de l'homme charismatique au collier de barbe. Il posa les yeux sur son porteur, le scrutant jusqu'au fond de son âme. Trois semaines auparavant, c'était un jeune garçon désemparé, sans ambition ni personnalité qui l'avait découvert. Désormais, Nakaën faisait preuve d'assurance et d'intelligence, deux qualités plus que nécessaires pour assister le grand Athis. Son esprit était prêt à accueillir toute sa force pour qu'enfin les deux alliés puissent de nouveau former ce tandem auquel les récits donnaient le surnom de « brise-âme ». L'artefact des guérisseurs se plaça face à son compagnon, mains fourrées dans les poches de son long manteau. De sa voix grave mais douce, il s'adressa à lui.

-Penses-tu être apte à devenir mon vaisseau, l'émissaire de mon retour physique sur Valato, Nakaën ?

-Je ne te décevrai pas, mon ami.

Solunthes hocha la tête et fut happé par le pendentif faisant office de réceptacle, laissant le jeune tailleur seul. Aussitôt, ledit bijou s'enfonça de quelques millimètres dans son épiderme, tandis que les lames jumelles apparaissaient au creux de ses mains et que les corbeaux jaillissaient d'un trou béant à la base de sa nuque, qui se referma lorsqu'une trentaine furent sortis. Le garçon rangea l'épée au manche d'argent et celle au manche d'or dans leurs fourreaux respectifs sur son flanc gauche, puis descendit les marches pour se retrouver dans les rues. Trois cadavres jonchaient sur les pavés, un peu plus loin. Ce Tzumihi s'était senti forcé de faire couler le sang plutôt que de les tuer proprement, et surtout avait cru bon de laisser ces macchabées sur le passage. Cela lui ressemblait. Et c'était pour ce genre de tâches qu'Athis avait cru bon de le faire libérer, tout compte fait. L'artefact en question ne tarda d'ailleurs pas à se faire remarquer, frappant de son bâton pour que l'attention soit sienne, fait qui tira un petit sourire à Nakaën. Edwig Luthness, le hurleur, aurait-il quelque peu déteint sur son partenaire ? Quoiqu'il en soit, s'il décidait de faire face à Ohihir, alors il était temps d'intervenir. D'un pas pressé mais en conservant cet air nonchalant qui le caractérisait, le guérisseur fit son apparition sur la place où le leurre avait été placé, avant que quiconque au sein de l'expédition n'aie le temps de répondre. La seconde suivante, sur le flanc opposé, ce fut Iyoh Tzumihi qui jaillit d'une ruelle. L'ancien chef des Ombres avait désormais meilleure allure, ayant enfilé une élégante tenue et rasé sa barbe massive puis recoiffé ses cheveux, désormais plus courts, qui tombaient des deux côtés de son fin visage ainsi mit en valeur. Il fallait lui reconnaître une évidente beauté et un air étonnamment sagace. À eux trois, de par la majesté qu'ils dégageaient et leur charisme indéniable, ils formaient une équipe dont la simple vue avait de quoi faire frisonner. Iyoh dévisagea brièvement chacun des membres de l'expédition. Il les avait déjà affronté par le passé, et devait admettre qu'il était quelque peu déçu de l'absence du roi de l'Oran. Mais son principal ennemi était tout de même là. Il avait gagné en carrure, pourtant impossible de ne pas reconnaître l'homme qui l'avait envoyé croupir en prison ; ce malgré le fait que cette incarcération ait été, après mûre réflexion, fort bénéfique. L'homme en question, en face, ne broncha pas. Il savait pertinemment que cela finirait par arriver, et était prêt à vaincre ce dément une fois encore. Il avait d'ailleurs déjà une épée dans chaque main, à l'instar de ses camarades, tous enclin à se battre. À sept contre trois, avec Ohihir et Nahaow dans leur camp, ils pouvaient l'emporter. C'était d'ailleurs une occasion rêvée. Pas de Düïrhir ? Tant pis, ils avaient mieux : l'opportunité de se débarrasser une bonne fois pour toute de deux artefacts parmi les plus dangereux. Nakaën, qui n'avait eu cesse de fixer Esmezia, se permit une dernière pique cinglante avant que la tension n'explose en une déferlante de violence démesurée.

-Merci pour ta précieuse aide, jeune Fambriel.

Comme tous, elle était pressée d'en venir aux mains, d'autant qu'elle demeurait d'apparence étrangement confiante et nullement déconcertée d'apprendre qu'elle n'avait été qu'un instrument, mais un élément inattendu la dissuada d'attaquer. Les statues qu'ils avaient aperçus toute à l'heure venaient de rejoindre la grande place sur laquelle ils se trouvaient, et elle se sentit soudain idiote de ne pas avoir remarqué leur véritable nature. À vue de nez, ils étaient une vingtaine. Le combat qui aurait pu sembler équilibré venait de devenir la promesse d'un massacre sans équivoque. Il fallait se rendre à l'évidence : ils ne pourraient pas vaincre aujourd'hui. La seule solution logique était un repli immédiat, afin qu'ils puissent rapporter à leurs supérieurs les informations qu'ils avaient pu obtenir ici et tenter de croiser cela avec celles obtenues par l'enquête menée à Rednow. Tous, dans ce groupe, étaient particulièrement vivaces à part Wahlo et Melody. Ils pouvaient le faire. Mais c'était sans compter l'esprit guerrier d'Ohihir. Bien plus rapidement que lors du combat contre la tribu de la forêt de Reydoran, Kellue emprunta la forme finale de son artefact. Le tableau était alors complexe, pourtant seules deux figures en ressortaient. Athis et Ohihir, déjà imposants de par leur prestance individuellement, devenaient transcendants une fois face à face. À les voir ainsi, s'intimidant mutuellement, l'on comprenait qu'ils étaient les deux véritables auteurs de l'histoire de Valato, et qu'aucun d'eux ne souhaitait que ce conflit s'éternise encore. Leur échange silencieux avait valeur d'ultimatum. Le loup-garou, profitant de sa force physique, fusa vers l'homme à la tête de félin, prêt à lui broyer le crâne, lorsqu'il changea soudainement de direction pour aller s'écraser contre la paroi déjà en ruine d'une habitation avoisinante. Ses alliés ne purent qu'observer cela, incrédule, pendant que les automates commençaient à former autour d'eux une véritable barrière, se plaçant dans les différentes rues et sur les bâtiments les plus bas, tentant de leur couper toute retraite. Ohihir, s'étant écrasé au sol, se releva, babines retroussées. Sa voix retentit sur la place.

-Qu'est-ce que cela, Athis ?!

Pourtant, Athis n'avait bougé et n'était en rien responsable de ce qu'il venait d'arriver. Solunthes, en revanche, avait complètement disparu. Il ne fallut pas longtemps pour le localiser de nouveau : deux formes oculaires luisaient sur le sol même, jurant avec l'Ombre du loup-garou. La silhouette intégralement noire d'un homme en émana alors, avant de prendre l'apparence la plus courante du maître des illusions. Ses pieds, en revanche, demeuraient une sombre forme reliée directement à l'ombre du leur ennemi.

-Solunthes, cracha la bête.

-Ravi que tu te souviennes réellement de moi.

Esmezia, ayant subi les effets de ce redoutable adversaire, comprit qu'il avait atteint sa seconde forme et qu'il fallait au plus vite venir en aide à leur leader. Sans consulter qui que ce soit, elle fit quelques premiers pas en avants. En un éclair, trois automates se jetèrent sur son chemin, toutes armes dehors. Leurs mouvements convergents empêchant toute esquive, l'hovoïte fut forcé de parer un redoutable espadon. L'impact fut si puissant qu'elle crut, un instant, que ses poignets allaient céder, si ce n'étaient ses coudes ou même sa propre épée. D'un bond en arrière, elle revint à sa position initiale pour ne pas subir une seconde attaque qui lui aurait été fatale. Ces robots n'étaient en rien comme ceux de Naïlika. Un sourire arrogant s'était peint sur le visage d'Iyoh en voyant les deux premiers assauts des envoyés de Rednow contrés avec tant de facilité.

-Si ce n'était pas clair, on vous a demandé de renoncer au combat. Laissez nous Ohihir et Nahaow, et partez.

Solunthes, immobilisant complètement Ohihir, avait fait jaillir de ses ongles une substance obscure s'était regroupée pour former une lame aux contours éthérés, qu'il avait agrippé de sa main droite et avec laquelle il avait frappé, dessinant un trait pourpre sur la fourrure grise du seigneur des bêtes. Celui-ci, hurlant de rage, voulu donner un coup de poing qui fut dévié de lui-même, laissant l'opportunité à l’illusionniste de le trancher une second fois sous l'aisselle une fois le mouvement enclenché.

-Mon esprit surpasse le tien, abandonne, vieux guerrier.

Pour toute réponse, Ohihir disparut en un éclair, laissant place à Kellue, équipée de sa première forme. Solunthes, désemparé, ne put que constater avec hébétement que la dimension de l'ombre projetée venait de réduire considérablement, l'en laissant hors. Avant qu'il n'eut le temps de disparaître de nouveau, la parleuse frappa, poing fermé, lui perforant la cage thoracique avant d'asséner un terrible mawashi circulaire qui toucha au niveau de la nuque, faisant craquer les os et se déchirer la peau et les muscles sur le flanc du cou. Enfin, du plat du pied, elle toucha violemment le menton, envoyant l’illusionniste à terre. Aussitôt fait, elle emprunta de nouveau la forme du loup-garou, qui reprit direction d'Athis. Llednar et Esmezia, à l'unisson, se lancèrent dans la bataille dans l'espoir de bloquer les automates qui viendraient gêner la progression de leur chef. Ils pouvaient gagner !

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Louis
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Jeu 16 Oct - 17:29

Droit comme un i, le maître des lieux scruta ses invités avec condescendance. La meilleure attitude à suivre pour eux aurait été la fuite. Heureusement, le félin comptait bien sur la vanité d'Ohihir pour galvaniser ses troupes. Et cette stratégie marchait à la perfection. L'énorme loup fonça sur lui, bien décidé à en finir. Cela en avait toujours été ainsi entre eux. L'énorme canidé n'avait jamais été capable de faire appel aux muscles composant son cerveau. Nombre des victoires d'Athis sur son Némésis reposaient principalement sur le fait que leur doyen était en grande partie une brute sans cervelle. Sans oublier ses grandes qualités de moralisateur qui étaient à l'origine du schisme entre les artefacts. Voilà des millénaires que cette guerre durait, Athis accompagné de son allié de toujours Solunthes, ainsi que Belwur et quelques autres. Le nombre avait toujours été à l'avantage d'Ohihir, mais le maître des mots avait su s'entourer des plus puissants, comme maintenant. Pendant un instant, l'instigateur de complots se demanda si Solunthes ne pourrait pas se charger seul d'Ohihir. Il fut pourtant piètrement repoussé par le canidé. Un geste simple indiqua aux automates qu'ils se devaient de protéger l’illusionniste tant qu'il serait en état de faiblesse. Il tapa ensuite sur le sol avec son bâton. Une onde de choc se propagea, mettant à terre tous les assaillis. Excepté peut être Ohihir qui résista par la force de l'habitude. Réagissant immédiatement à la menace, Athis fit un bond de côté et remercia son rival d'un violent coup bâton sur la colonne vertébrale.

L'arme contondante atteignit sa cible et força Ohihir à reculer de quelques pas, désorienté, pour ne pas subir un enchaînement qu'il n'aurait été en mesure de contrer. Athis frappait fort, comme à son habitude, voire peut-être plus. Il avait décidé d'aller jusqu'au bout des choses cette fois-ci, bénéficiant d'un porteur particulièrement robuste lui permettant d'exploiter sa puissance de manière optimale. Pour autant, il ne semblait pas apprendre. À plusieurs reprises, le maître des mots l'avait emporté ; cependant dès lors qu'il s'agissait d'un affrontement direct, la victoire lui échappait. Il lui fallait être particulièrement confiant pour provoquer un nouveau face à face. Un dernier. Car le loup-garou également pouvait s'avérer satisfait de sa gardienne. Lorsque les parleurs avaient le don de la lycanthropie, leur esprit de bête rendait l'implantation de l'essence d'Ohihir plus compliquée. Les deux intrus dans ce corps humain se combattaient continuellement. L'artefact finissait toujours par l'emporter, bien sûr, et alors ces anciens métamorphes ne pouvaient plus avoir accès à leurs anciens pouvoirs. Ainsi, l'idéal restait pour le vieux guerrier de coopérer avec des parleurs aux capacités réduites, mais demeurant de puissants combattants. Kellue avait toutes ces qualités, et bien plus encore. Aujourd'hui, les deux rivaux bénéficiant des réceptacles idéaux au vu de leurs capacités. Jamais leur puissance n'avait été aussi grande. Et jamais, ô grand jamais, le roi des bêtes n'accepterait la défaite au sommet de son art. Il repartit à l'assaut en esquivant un deuxième coup de bâton, faisant suivre le geste par un redoutable soufflet qui aurait pu suffire à décapiter un homme. Athis se baissa à temps mais ne put que recevoir de plein fouet la jambe de son aîné, lequel avait anticipé l'absence de succès de sa première attaque. L'ennemi ainsi éloigné, Ohihir se redressa de toute sa hauteur en avançant d'une démarche puissante, et s'exprima en utilisant directement ses cordes vocales, à contrario de l'accoutumée.

-L'armée que tu as créée est imposante, grand manipulateur. Mais ne sous-estime pas mes alliés.

Un nouveau coup de poing fusa de la part du doyen du conseil, lequel fut habilement esquivé. D'un rapide coup d'œil, Ohihir perçut une vieille balustrade de pierre dont les barreaux semblaient fragilisés par l'usure du temps. Sans se détourner d'Athis vers lequel il avançait incessamment, soucieux de conserver l'offensive, il agrippa l'objet de ses désirs et l'arracha, s'improvisant un gourdin rudimentaire mais certainement efficace. L'arme rocheuse décrivit une vive courbe latérale.

L'attaque fulgurante du loup garou ne fut contré qu'à une fraction de seconde de l'impact. Le choc fut encaissé avec difficulté par le félin. Des fragments de pierre volèrent vers les deux artefacts, les blessant légèrement. L'arme improvisée d'Ohihir avait perdu une bonne partie de sa masse tandis que le bâton de son éternel ennemi resta intact. Profitant de sa longueur, Athis faucha aussitôt les jambes velues du loup-garou, le mettant à terre. Peu enclin à sauter sur son adversaire pour engager un corps à corps qu'il avait bien peu de chances de gagner, le gardien de Véonde se contenta de frapper Ohihir à une certaine distance, profitant de la longe de son arme pour être en sécurité.

-Tu parles à celui qui a dupé le conseil tout entier, a attiré deux de ses semblables dans un piège dont ils ne ressortiront pas gagnants, et est allé plus loin que personne dans l'étude de l'essence même de la vie. Crois tu vraiment pouvoir me vaincre cette fois?

La fureur d'Athis s'intensifia, l'artefact donnant des coups d'une violence extrême, auxquels bien peu auraient pu se vanter de survivre. Auxquels Ohihir survécu sans ressentir le besoin de s'en vanter. Il n'avait pu se relever l'espace de quelques secondes, affaibli par les sifflements provoqués à chaque impact par l'arme de son rival, mais s'y était finalement accoutumé et avait pu intercepter une ultime attaque dans le creux de sa main. La confrontation de ces deux forces fit trembler le bras du loup-garou, qui se releva péniblement, blessé, tenant fermement l'arme d'un adversaire forcé de rester immobile s'il ne voulait pas perdre l'outil en question. Dupé le conseil tout entier, étudié l'essence de la vie...le voilà qui divaguait, une fois encore. Lui qui avait vécu des dizaines de siècles aurait du comprendre, à présent, que la puissance seule régissait ce monde. Celui en disposant en abondance vainquait, celui ne pouvant en bénéficier disparaissait. Et aussi tranchants soient-ils, ses mots ne tueraient pas. Ohihir entreprit un mouvement giratoire en posant sa seconde main sur la bâton. Sachant que lâcher l'arme signifierait sa défaite, l'homme à la tête de félin ne put qu'y rester agrippé et fur propulsé dans les airs lorsque le canidé, lui, décida de la lâcher. Au cours d'un combat d'humains, la victime serait montée à un, deux mètres de hauteurs avant de chuter, en de très brèves secondes. Mais ces deux monstres ne résonnaient pas sur la même échelle. Athis surpassait quelques uns des bâtiments les plus bas de la cité abandonnée à présent. Lorsqu'il retomberait au sol, les dégâts seraient considérables, pourtant Ohihir ne comptait pas s'arrêter là. Il bondit, déployant une énergie telle que les pavés desquels il s'éjecta se fissurèrent, et joignit les poings avant de les brandir par-dessus sa tête et de les rabattre avec une violence inouïe sur son adversaire, le propulsant à terre.

Le vent rugissait dans les oreilles félines d'Athis. La force investie dans ce combat dépassait toutes les confrontations qu'ils avaient pu connaitre dans le passé. Le coup infligé par le loup-garou, en plus d'étourdir sa cible, ne fit qu'accélérer sa chute. A cette vitesse, nul doute que l'artefact s'enfoncerait profondément dans le sol. Se retournant sur le ventre, Athis saisit son baton à deux main afin de se réceptionner à terre. Usant le pouvoir de Hurleur d'Edwig, il envoya une forte impulsion en direction du sol, afin de préparer son "atterrissage". Son arme toucha le sol déclenchant une gigantesque explosion, qui s'entendit sur des lieux aux alentours. D'un mouvement fluide du poignet, Athis déclencha une nouvelle onde de choc, avant même que ses pieds ne touchent le sol. Des centaines de pavés s'envolèrent face à cette impulsion irrépressible, créant un trou béant sur le sol.

Les catacombes... Une partie souterraine de la ville que nul ne connaissait aussi bien que le félin. Et voilà qu'avec sa force combiné à celle d'Ohihir, ils venaient d'y créer une nouvelle ouverture. Se réceptionnant le plus souplement possible, Athis profita de la surprise de son adversaire face à cette toute nouvelle portion de terrain découverte pour lui infliger un uppercut d'une violence inouïe, alors que son Némésis s'apprêtait à atterrir près de lui. Puis il s'engouffra dans les ombres, où sa connaissance du terrain serait un avantage indéniable...
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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Sam 18 Oct - 14:06

Le combat entre les deux rivaux éternels faisait rage, réduisant les autres membres de l'expédition au rang de spectateur, du moins durant un instant. Malgré la puissance que ces deux-ci déployaient et le caractère presque scénique de leur confrontation, il ne fallait oublier que leurs vies étaient encore en danger. Ces automates se déplaçaient avec aisance, fluidité, et semblaient aptes à anticiper les attaques les plus basiques. Esmezia aurait volontiers conservé une position défensive le temps de pouvoir lire leur jeu, cependant leur infériorité numérique lui interdisait de prendre de tels risques ; en outre, aucun n'agissait comme son voisin, empruntant différents styles maîtrisés à la perfection. Eux seuls représentaient un danger prépondérant, pourtant ils n'étaient pas le pire. Solunthes était à terre pour le moment suite à des blessures qui auraient tué n'importe quel humain, mais l'hovoïte, ayant eu l'occasion d'explorer l'esprit de l’illusionniste, savait pertinemment qu'il était apte à se régénérer dans un laps de temps très court tant que le porteur n'était pas tué. Il fallait donc l'achever maintenant ! Profitant du soutien de ses camarades qui tentaient de venir à bout des adversaires mécaniques, la jeune femme se fraya un passage jusqu'au corps encore inanimé, mais tomba malheureusement sur un dernier obstacle de poids en la personne d'Iyoh Tzumihi. Le trancheur avait dégainé une fine lame relativement longue, n'ayant rien à voir avec la rapière qu'il utilisait autrefois. Esmezia agrippa fermement la poignée de son yatagan à deux mains, s'attendant à voir l'acier s'entourer d'énergie électrique à tout instant. À son grand étonnement, ce fut sans fioriture que le prisonnier l'attaqua, et dès l'engagement de son premier geste, la différence de niveau lui sauta aux yeux. Elle comprenait maintenant pourquoi Snori, au sommet de son art, avait si souvent perdu contre cet homme. Ce n'était pas un simple épéiste. Il avait grandi avec une arme dans les mains, avait été formé pour en devenir une. Elle l'avait pourtant déjà vu combattre au cours de leur voyage, et s'était rendue compte de son talent, mais jamais elle ne l'avait tant ressentie qu'en lui faisant face, en cet instant. Mais elle n'avait pas lésiné pendant ces cinq années. Des ennemis redoutables, elle en avait combattu à la chaîne, affinant encore et encore sa technique pour se hisser au niveau des plus grands de ce monde. Elle pouvait le vaincre. Du talon, elle se donna une légère impulsion qui la fit se décaler et éviter la première attaque ; ou du moins son esquisse. En combattant aguerri, Iyoh avait stoppé son geste lorsqu'il avait vu qu'il n'aboutirait pas afin de ne pas se faire emporter par son élan. Aussitôt, il put enchaîner en donnant un second coup à l'horizontale, qu'il serait impossible de parer en étant déséquilibrée comme l'apprentie du roi de l'Oran pouvait l'être. Avec souplesse, Esmezia profita de l'énergie cinétique de sa chute pour envoyer le plat de son pied directement sur la lame, qui se stoppa net, comme si elle s'était enfoncée dans un coussin invisible. Profitant de l'effet de surprise, elle tenta de reprendre l'avantage en foutant l'air de sa lame, effectuant ainsi un assaut des plus simplistes qu'Iyoh n'eut aucun mal à esquiver. Le trancheur rengaina son épée une fois à une distance raisonnable.

-Tu as fais du progrès, commenta-t-il. C'était risqué, cette parade.

Esmezia repartit aussitôt à l'attaque. Elle ne savait pas pourquoi il voulait parler, pourquoi il avait rengainé, et elle ne voulait pas le savoir. Le yatagan virevoltait, formant des arcs de cercles mortels tout autour de sa propriétaire, n'empruntant jamais deux fois la même courbe ; et pourtant la cible n'eut aucun mal à passer outre ces attaques, les esquivant comme un maître l'aurait fait face à un enfant. Il se permit même de croiser ses mains derrière son dos et de sourire avec arrogance. Puis soudain surgit du jeu de l'hovoïte un estoc fulgurant qui entailla son flanc, lui tirant une expression hébétée. Avant qu'il ne puisse comprendre ce qu'il venait de lui arriver, Iyoh fut gratifié d'un coup de pied qui lui déforma momentanément le visage avant de le faire tituber vers l'arrière. Esmezia bondit, escomptant profiter de son avantage. En hâte, le trancheur ressortir sa lame de son fourreau et y insuffla son pouvoir. Son opposante fut forcée de se stopper net, faute de quoi elle aurait été empalée. L'observant avec méfiance, l'ancien chef des Ombres enfonça deux doigts dans son gosier pour en extraire non sans forcer un peu la dent du fond, ensanglantée. Il la jeta au loin sans y porter plus d'attention que cela.

-Je préfère ça ! fit-il. J'aurais presque cru que tu étais minable. Mais tu vaux peut-être le blondinet.
Deux coups s'échangèrent, tous deux esquivés, avant qu'ils ne reprennent une distance raisonnable l'un de l'autre. Un automate s'avança alors, portant une lourde hache, prêt à attaquer Esmezia. Lorsqu'il passa près d'Iyoh, celui-ci lui enfonça son arme dans le dos et le découpa sans effort sur toute sa hauteur avant de repousser le cadavre immobile du pied. Hors de question que les créatures de pierre ne viennent interférer dans son combat, il avait attendu bien trop longtemps pour pouvoir en mener un.

-T'es tu déjà demandée comment ton ami le rôdeur m'a vaincu ?

La rouquine tenta un second estoc, qu'Iyoh évita sans peine avant de punir ce geste maladroit d'un soufflet. Il voulu y jumeler son poing serré, qui fut toutefois attrapé par la membre de l'expédition. Elle entreprit une clef de bras rapide qu'elle fut forcée d'abandonner lorsque son adversaire fit circuler son électricité dans le membre qu'elle avait agrippé. Mais cela, elle l'avait prévu et avait déjà amorcé un coup de pied, qui atteignit le trancheur en plein visage, faisant couler le sang dans ses narines. Le pied fusa une fois encore, frappant le poignet qui tenait l'arme, laquelle décolla trop loin pour qu'il soit possible de la récupérer sans de déplacer. Ne laissant pas de répit au meurtrier, Esmezia tenta via son Yatagan une attaque verticale, qui se confronta à un coutelas chargé d'énergie qu'Iyoh avait fait jaillir de sa manche avec une étonnante vivacité. L'arme de l'hovoïte se brisa sur le coup aux deux tiers, ne laissant plus qu'une lame d'une taille équivalente au manche. Le déséquilibre profita à l'allié d'Athis, qui n'eut pour autant pas le temps de prévoir une contre-offensive : un orbe pourpre venait d'apparaître à quelques centimètres de lui et l'attirait irrémédiablement. Esmezia, comprenant de quoi il s'agissait, bondit aussitôt pour s'éloigner tandis que son adversaire faisait circuler l'énergie électrique dans ses pieds pour pouvoir s'enfoncer dans le sol et ainsi prendre un peu de distance. L'explosion retentit toutefois et l'éjecta loin de là. Il fut forcé d'ôter son haut qui commençait à calciner avant de pouvoir comprendre d'où venait cette magie pyrotechnique. Bien sûr...Nahaow le bienveillant. Edwig lui avait parlé des différents artefacts constituant le conseil, et les connaissances acquises durant l'incarcération avaient suffi à compléter les informations dont il avait besoin. Nahaow était un jeune artefact, n'ayant connu que quatre gardiens jusqu'à lors. Sa force destructrice le plaçait parmi les plus dangereux, mais surtout parmi les plus fragiles des êtres éternels. Sa présence ici n'avait pas été anticipée, cela dit Athis serait certainement satisfait qu'ils puissent se l'approprier ou, de toute manière, en priver leurs ennemis. Les automates occupaient suffisamment les membres de l'expédition pour qu'il puisse s'en occuper tout de suite. Iyoh se mit à courir, et malgré l'affaiblissement de son corps, il n'en restait pas moins très rapide. Esmezia s'empressa de se mettre sur son chemin et fut bientôt rejointe par Llednar, qui lui envoya une lame courte. Elle n'avait pas pour habitude d'utiliser ce type d'armes, mais ce serait toujours mieux que de se retrouver à mains nues. Eux deux et Wahlo faisaient ainsi face au criminel, bien que le gardien ne puisse s'avérer des plus utiles dans une confrontation au corps à corps. Iyoh grimaça en essuyant le sang qui coulait de son nez et de ses lèvres, en tant d'ignorer celui qui suintait de son flanc. Sa fierté en prenait un coup, mais il était forcé de reconnaître que l'amie de Snori le surpassait, de loin. Il fallait qu'il sorte le grand jeu pour les vaincre.

L'énergie qu'il avait appris à accumuler avait permis de faire des miracles à Nora. Chez les trancheurs, le processus de production d'électricité était couplée à un régulateur naturel qui évitait toute surcharge. Une fois le pouvoir parfaitement compris, il fallait s’atteler à ressentir les courants dans son corps. Cette étape pouvait s'avérer longue ; dans le cas d'Iyoh, il lui avait fallu deux ans avant de commencer à l'entrevoir. Mais une fois cela fait, il devenait aisé de bloquer le régulateur et d'ainsi permettre à l'énergie de s'accumuler. Bien entendu, s'y prêter sans connaissances des limites de son corps était stupide, insensé. Une trop grande retenue pouvait s'avérer dangereuse, voire létale, causant fréquemment des crises cardiaques. Beaucoup de ceux s'y étant risqués avaient mis leur avancée par écrit, et l'absence de suite une fois le stade critique atteint n'était pas de bonne augure quant à leur réussite. Néanmoins, le naïlikan n'était pas un trancheur ordinaire, et son indéniable maîtrise de ses capacités lui avaient grandement facilité la tâche. Cela ne faisait qu'une semaine qu'il avait quitté sa cellule et qu'il avait recommencé à accumuler. Détruire la porte d'une capitale était inenvisageable, mais venir à bout de deux épéistes contraignants, cela pouvait se faire. Alors qu'il arrivait vers eux, les crépitements grimpèrent depuis ses mains et ses pieds jusqu'à la base de ses membres, avant que son tronc puis sa tête n'en soient atteints. Enfin, l'aura bleutée jaillit, plus intense que jamais. Llednar dégaina son arbalète déjà chargée et envoya un carreau qui partit en poussière à l'impact. Du regard, il tenta de consulter Esmezia qui était aussi désemparée que lui. Jamais ils n'avaient entendu parler d'une telle chose, mais il fallait mettre Wahlo en sécurité sans attendre.

-Poussez vous ! leur ordonna ce dernier, dont la voix s'était mêlée à celle de Nahaow.

En manque de solutions, ils décidèrent d'obtempérer, laissant Iyoh seul face à Wahlo, à une dizaine de mètres d'écart. L'œil incandescent de l'artefact apparut juste devant lui, avant de provoquer une explosion qui le propulsa en arrière, l'envoyant s'écraser sur le mur d'un bâtiment en ruine, plus loin. Il tentait de gagner du temps. C'était la seule chose à faire face à un adversaire redoutable dont le pouvoir ne pouvait être maintenu qu'un moment. Sautant de toit en toit, Esmezia suivait l'action suffisamment près pour pouvoir intervenir à tout instant, tout en conservant une distance suffisante pour ne pas s'exposer au danger. Iyoh était reparti à la poursuite de sa cible, et laissait cette fois-ci les automates l'épauler. L'un d'eux, équipé d'un arc, décochait des flèches à l'allure redoutable, forgées dans un minerai sombre et particulièrement longues. Llednar lui tomba dessus, une lame dans chaque main, et les enfonça de chaque côté de la nuque de la bête mécanique. Une autre, particulièrement véloce, était en phase de rattraper Wahlo. Melody apparut au détour d'une ruelle, plaquant sur son visage la paume de sa main dont la température devait être particulièrement élevée à en juger par la fumée noirâtre qui s'éleva au contact. Elle enchaîna d'un coup d'épée placé dans l'une des articulations, qui fit chuter l'automate au sol. Iyoh, grâce à la mise hors service de ces deux là, avait pu passer par l'artère principale sans avoir à rencontrer d'ennemi. Les autres automates, à ses trousses, durent faire face à Llednar resté en retrait. Melody hésita à poursuivre Iyoh avant d’apercevoir Esmezia sur les toits. Elle décida plutôt d'aller porter assistance au rôdeur, non pas sans avoir crié vers la jeune hovoïte ce qui semblait être un ordre.

-Occupes toi de lui! Je retiens les automates.

La rouquine acquiesça, consciente du risque que prenaient ses deux amis pour lui permettre de sauver Wahlo. C'étaient bien des militaires, toujours prêts à faire passer leur devoir avant leur propre vie. Plus que jamais elle les admirait, mais elle n'avait pas le temps de penser à eux. Elle sauta du toit sur lequel elle était perchée pour entamer une chute verticale, proche de la paroi du bâtiment. L'hypothèse la plus probante quant aux nouvelles capacités d'Iyoh était qu'il ne pouvait que peu les utiliser. Il les avait donc économisées tant qu'il pensait pouvoir l'emporter contre elle en un contre un et, maintenant qu'il courait sans devoir faire face à qui que ce soit, les avait stoppées également. C'était le moment de l'attaquer, avant qu'il ne se recouvre une nouvelle fois de cette dangereuse armure. Une fois le sol presque atteint, la marcheuse prit appui sur la façade et se propulsa vers l'avant, la lame de Llednar dans la main gauche. De la seconde, elle dégaina l'un des couteaux à se ceinture et le lança vers l'ancienne Ombre qui, d'une manière ou d'une autre, avait senti le coup venir et cessa sa course pour laisser l'arme s'écraser devant lui. Avant que son adversaire ne puisse fondre sur lui, il sauta sur le coutelas et effectua une roulade en le récupérant, puis le relança vers sa propriétaire, non pas sans l'avoir empli d'électricité. La lame atteignit sa cible au niveau de l'estomac, le transperça comme du papier, et ressortit par le dos en frôlant la colonne vertébrale. Esmezia écarquilla les yeux, n'ayant pas prévu qu'une telle action soit envisageable, et plaça ses mains sur la plaie béante. Elle s'écrasa au sol en se réceptionnant sur son flanc, se brisant l'omoplate à l'impact. Iyoh repartait déjà et elle demeurait ici, étendue, incapable de mettre un cri sur la douleur qui lui dévorait le corps. Petit à petit, le sang s'écoulait pour former une flaque, tandis que ses paupières s’alourdissaient. Alors elle allait mourir ici ? En silence, suite à une défaite aussi  fulgurante ? Seule...aussi seule qu'elle l'avait toujours été.

Wahlo avait fui aussi vite qu'il le pouvait, hésitant à s'aider d'explosions pour se propulser, mais préférant ne pas y avoir recours compte tenu des risques que cela comportait. À la moindre tentative mal calculée, il pouvait se tuer lui-même et livrer son compagnon à ses ennemis. Toute cette opération tournait au cauchemar. Ils avaient été dupés par Athis. Ohihir leur en avait pourtant suffisamment parlés pour qu'ils se méfient, mais non, ils étaient tombés dans le panneau comme des débutants. Il fallait dire que cette fois ci, le maître des mots avait à ses côtés un illusionniste redoutable. À eux deux, ils pouvaient retourner le cerveau de n'importe qui. Comment combattre des adversaires aussi peu conventionnels ? Restait à espérer que Kellue aie pu venir à bout du titan lui servant d'ennemi, et que les autres aient pu se débarrasser des automates. Sauf qu'il avait encore un problème sur le dos dans tous les cas ; un problème qui maniait les armes comme pas deux et qui était capable de devenir indestructible à volonté. Il n'était plus bien loin et courait beaucoup plus vite que lui. Mais la distance était suffisante pour tenter une attaque ! L'être aux contours éthérés fit volte face à projeta son œil, qui provoqua une explosion dont l'ampleur fit s'écrouler les façades des bâtiments adjacents. De la fumée crée par les décombres jaillit le trancheur, entouré de son aura, qui n'avait pas subi le moindre dommage. S'il pouvait même résister à la puissance d'un artefact en seconde forme, ça ne valait même plus la peine de combattre !

-Wahlo.

-Quoi?

-Tu perds le contrôle. Je crois que tu ne peux plus supporter mon pouvoir...

Tant pis pour les risques, l'expulseur avait provoqué une nouvelle détonation lui permettant de prendre de la hauteur. Il atteignit lourdement sur un balcon et éprouva quelques difficultés à se relever avec son dos en compote. Au moins, depuis cette position, il pouvait voir sa cible dans les rues et l'attaquer à distance. Il tenta le coup à deux reprises, échouant à chaque fois face à l'ingéniosité de son poursuivant qui n'hésitait pas à changer de cap et anticipait avec brio ses assauts pourtant uniques en leur genre.  

-Wahlo...

-Je sais ! Mais sans ton pouvoir, je meurs, et tu es livré à l'ennemi.

-Tu ne comprends pas ! Je ne suis pas Offtaür ou Ohihir. Je ne peux pas contenir l'afflux de pouvoir que je te cède. Tu vas finir par en mourir, alors modère toi ! Repasse en première forme.

Wahlo poussa un juron. Ce n'était pas très rassurant de quitter la pleine puissance, mais si Nahaow le lui recommandait avec autant de fermeté, il devait avoir raison. L'ancien majordome de Kunz reprit forme humaine et empoigna son arc redoutable. Dès que ses doigts commencèrent à tirer la corde, une flèche y apparut. Au final, ce n'était pas si mal. Il était en sécurité, pouvait attaquer, et aurait largement le temps de fuir si Iyoh décidait de grimper les escaliers pour parvenir jusqu'au troisième étage du bâtiment sur lequel il se trouvait. Mais un battement d'aile caractéristique vint siphonner tout son enthousiasme retrouvé. Là-bas, dans les cieux, se rapprochant de la cité, deux dragons. Sans doute ceux dont Esmezia leur avait parlé lors de son rapport. Si c'était bien le cas, alors ils étaient à la solde de Solunthes et venaient anéantir tous leurs espoirs. L'un d'eux, qui plus est, se dirigeait directement vers lui. Un second juron jaillit des lèvres du traqueur, qui sauta de balcon en balcon, descendant à chaque fois d'un étage, jusqu'à retrouver le pavé. Mieux valait faire profil bas pour ne pas finir calciné. Il fit quelques pas tout en guettant la position d'Iyoh, lorsque son arc disparut à son tour.
-Nahaow ! Qu'est-ce que cela signifie ?

L'avatar apparut, d'imposantes cernes sous les yeux. S'il avait été humain, on aurait pu croire qu'il était sur le poing de s'évanouir.

-Nahaow ?

-Tu m'as plus utilisé en une journée qu'on  m'a sollicité en cent ans...désolé. Désolé d'être si faible.

-...je vois. Merci pour tout ce qu'on a fait ensemble, mon ami.

La surprise se lu dans le regard du jeune sylvain avant que son porteur n'ôte son pendentif, le rangeant dans la poche présente sur la manche de sa veste. Désormais, c'était certain : il allait mourir ici. Mais il ne le ferait pas sans avoir accompli son devoir. Iyoh le rattrapa enfin, et tout deux se retrouvèrent face à face sur la placette. Loin d'être épuisé, le traqueur se dressa de toute sa hauteur en faisant tournoyer un couteau de lancer entre ses doigts.

-Tu arrêtes enfin de courir.

Un sourire se peignit sur le visage de Wahlo, soudain sombre.

-Que j'arrête de courir ? Monsieur Tzumihi...je suis un traqueur de l'Oran. Un membre de l'unité d'élite menée par le lieutenant-chevalier Llednar. J'ai voué ma vie au service de la famille royale et de ses alliés. Mon devoir est de poursuivre ceux qui nuisent à l'équilibre du royaume et de Valato. Pour ce faire, on m'a appris à être rapide, agile, imprenable. Courir, c'est ce pourquoi je suis payé.

-Soit. Tu es payé pour courir. Voyons voir comment tu cours quand c'est pour ta vie.

Le couteau fusa. Wahlo se baissa pour l'esquiver, laissant l'occasion à son prédateur de foncer sur lui, le bras entier crépitant. Plutôt que de se retourner pour fuir, l'expulseur avança en restant très proche du sol, presque accroupi, et faucha du pied les jambes d'Iyoh, qui perdit l'équilibre. Wahlo posa vivement la paume de sa main sur son torse et activa son pouvoir, faisant décoller l'Ombre sur quelques mètres. Maintenant, il pouvait courir. Sa foulée s'avéra bien plus rapide que lorsqu'il portait son artefact, la seconde forme de ce dernier réduisant considérablement sa mobilité. Et cela satisfaisait pleinement Iyoh. La chasse n'aurait eu aucun intérêt si la proie ne résistait pas un peu. La rouquine était déjà tombée. L'oranien serait le prochain, puis viendrait le tour de celui qu'il avait gardé pour la fin. Celui qui lui avait perdre cinq années de sa vie. Ce risible voleur qui parvenait à se faire passer pour un chevalier. Les deux combattants prirent un itinéraire semé d’embûches, faisant fi de leurs dextérités respectives, passant à travers les obstacles comme s'ils n'existaient pas. Chaque poutre était esquivée sans que la course ne soit ralentie, chaque élément du décor était utilisé pour gagner en efficacité, et les détours improvisés ne demandaient qu'un quart de seconde en réflexion. Lorsqu'un dragon atterrit au bout d'une impasse qu'ils empruntaient, ils passèrent si vite une palissade que la créature ailée n'eut même pas le temps d'esquisser la moindre flammèche. Près d'un bâtiment à l'état particulièrement douteux, Wahlo utilisa son pouvoir pour faire s'écrouler tout un pan de la paroi. Iyoh se contenta de passer à travers les débris avec son pouvoir, sans ralentir d'aucune façon. Ils étaient impressionnants, pourtant, bien vite, une tendance se dégagea. Le traqueur était entraîné, robuste de consistance, disposait d'une volonté de fer et luttait pour sa survie. Mais l'être qui le suivait était invraisemblable. Il allait plus vite que lui et ne montrait pas le moindre signe de fatigue. Il allait le rattraper. Wahlo le savait. Mais il avait réussi. Ils avaient presque parcouru toute la ville et étaient revenus à l'endroit où Melody et Llednar combattaient.

-Lieutenant !
Le chevalier tourna la tête vers celui qui venait de l'appeler après avoir contré l'attaque d'un des automates, que Melody avait pris soin de terminer. Finalement, ils ne s'en étaient pas si mal sortis tous les deux, grâce au soutien quelque peu tardif mais plus qu'efficace d'Oloren et Arawn. Pour autant...ce qu'il voyait ne plaisait guère. Wahlo tenait Nahaow dans son poing serré et levé. Avec force et précision, il le lui lança, assez tôt pour que Llednar puisse le récupérer avant qu'Iyoh ne le rattraper. La lame du trancheur découpa latéralement le traqueur, laissant choir séparément ses jambes, son buste, et la main qu'il avait le long du corps au moment de l'attaque. Des centaines d'images défilèrent devant les yeux de l'ancien centraliste. Wahlo avait été l'unité clé de son groupe, leur force préventive permettant de résoudre bon nombre de conflits avant d'en venir aux mains. Et il était mort en accomplissant son devoir. L'artefact au creux de la main, Llednar plaqua son bras droit sur son buste, effectuant le salut des traqueurs, avant de rengainer son arme et de passer Nahaow autour de son coup, là où il serait pour l'heure le plus en sécurité.

-On se replie !

Les membres de l'expédition présents, n'étant pas habitués à l'entendre donner les ordres, devaient être pour le moins surpris de ce sursaut d'autorité, mais force était de constater qu'il s'agissait là de la seule solution. Même si quelques uns avaient été vaincus, les automates demeuraient nombreux, et ils devaient retourner à Abrial pour les prévenir de la menace qui leur pendait au nez. Ils  reviendraient ici avec une armée, et pourraient dans le pire des cas trouver des indices sur les agissements d'Athis, mais ils ne pouvaient se permettre de perdre leurs artefacts. C'était pour cela que Wahlo les avait rejoint : pour que lui ou Oloren puissent s'enfuir avec Nahaow. Restait à espérer que Kellue se soit également repliée et qu'Esmezia soit en vie, mais ils ne pouvaient se permettre de le vérifier. L'enjeu était trop grand. Il fallait rejoindre la forêt, où ils pourraient échapper aux dragons, puis s'en extirper d'une manière ou d'une autre. Ils réfléchiraient aux détails plus tard ! Et il fallait maximiser leurs chances de protéger ce qui était important. Revenant sur sa décision, Llednar ôta Nahaow de son coup, empoigna Oloren, et le passa autour du sien.

-Fonce vers Abrial ! Quoiqu'il arrive, même si on meurt tous, fonce vers Abrial !

Il hésita à demander à Arawn de la protéger coûte que coûte, mais se ravisa, sachant pertinemment qu'il le ferrait quoi qu'il arrive. Accompagnés de Melody, ils fusèrent alors vers la sortie la plus proche, poursuivis par quelques automates plus rapides que les autres. Iyoh, au loin, semblait s'être stoppé, probablement épuisé par ses précédentes dépenses, à moins qu'il ne soit simplement satisfait de ce qu'il avait déjà accompli. Oloren passa la porte en première, bientôt suivie de Llednar et Arawn. Melody, plus lourdement équipée, avait quelques mètres de retard. Ce fut suffisant pour que le second dragon se pose entre elle et le reste du groupe. Llednar détourna le regard. Ce qu'ils étaient en train de vivre s'apparentait à un cauchemar lui rappelant irrémédiablement les heures sombres des états centraux, envahis en une journée par Naïlika, mis à feu et à sang. Il avait perdu Nino ce jour là. Aujourd'hui, il perdait Wahlo. Il perdait Kellue. Il perdait Esmezia. Il perdait Melody. Mais il fallait rester focalisé sur ce qu'il pouvait encore éviter de perdre. Ne pas rendre cette défaite plus amère qu'elle ne l'était déjà. Plus un regard ne fut lancé vers Véonde.

Le calme était retombé dans la cité abandonnée. Solunthes s'était relevé sans la moindre blessure apparente et constatait l'ampleur du carnage. Les bâtisses avaient été détruites, le sang tâchait le sol un peu partout, et des morceaux d'automates gisaient. Quel dommage, eux qui avaient été si longs à fabriquer. Enfin, Athis saurait en faire de nouveaux. Restait à voir si ces combattants artificiels avaient pu faire preuve d'un peu de jugeote. Un attroupement attira l'attention de l’illusionniste, qu'un des dragons venait d'appeler d'un rugissement strident. Toujours sous sa seconde forme, il se glissa dans l'ombre pour rejoindre plus vite l'endroit. Melody Jennsen était à terre, blessée mais vivante. Les robots et le reptile l'observaient, hésitants. Bien. Ils avaient compris qu'il ne fallait pas les tuer. L'homme posa sa main sur la gueule de la créature, lui faisant comprendre qu'elle devait rester ici et garder cette entrée afin que personne ne vienne les déranger. L'animal, docile, s'étala au sol. Suivant les traces de la bataille, Solunthes tomba sur Esmezia, agonisante. Un trou lui traversait l'abdomen. Elle gigotait faiblement, gémissait, tout en se vidant de son sang. Heureusement qu'il n'était pas encore trop tard. Le guérisseur enfonça deux doigts dans la plaie, tâtant la chair meurtrie, et se concentra un instant. C'était une blessure humaine, rien de bien compliqué à soigné, d'autant que la moelle épinière n'avait pas été touchée. Dès qu'il se retira, la blessure commença à se refermer tandis que le souffle de la jeune femme devint plus régulier. Elle entrouvrit les yeux avant de s'évanouir. Avait-elle compris qu'il venait de lui sauver la vie ? Enfin...il restait le plus gros morceau. Sur la place centrale, un véritable cratère révélait une entrée peu conventionnelle vers les catacombes. Ça, ce devait être l'œuvre d'Ohihir. Solunthes sauta dans le trou profond de plus de cinq mètres, se brisant les jambes et s’étalant au sol suite à la violence de sa chute. Il avait parfois tendance à oublier la faible constitution de Nakaën. Sans que son expression ne trahisse la moindre douleur, il se redressa pour s'asseoir, et tendit les membres inférieurs, dont les os se réparèrent en quelques secondes. Tout ce qui n'avait qu'une fonction motrice était aisé à remettre en place. Il posa ensuite le plat de sa main sur la zone d'ombre la plus proche, et eut confirmation que les deux rivaux étaient bien dans les catacombes. C'était parfait.

Ohihir avait effectivement sauté à la suite de son ennemi, décidant qu'il était temps de mettre fin à ce combat. En terrain ouvert et avec des alliés, il pouvait peut-être lui tenir tête, mais Athis était physiquement faible. Ici, s'il le rattrapait, il pourrait tuer son porteur et s'emparer de la relique. Le conseil parviendrait ensuite à le garder en lieu sûr et avec un peu de chance, plus jamais ils n'entendraient parler de ce fléau. Les ténèbres englobant ce lieu lugubre auraient pu désavantager le loup-garou, toutefois celui-ci pouvaient se reposer sur d'autres sens que sa vue. L'odeur d'Athis, il la reconnaissait entre mille. Ce dernier connaissait toutefois bien mieux l'endroit que lui. Sans doute avait-il prévu de venir l'y faire se perdre, et des pièges étaient à envisager. L'idée de remonter aider ses camarades traversa l'esprit de Kellue. S'ils se débarrassaient de tous les automates ainsi que d'Iyoh, ils n'auraient plus qu'à traquer leur némesis tous ensemble et la partie serait terminée. Profiter de la puissance de Nahaow avait ses avantages. Mais ils pouvaient s'en sortir sans eux, et surtout, ils ne pouvaient laisser Athis s'échapper. Pas après l'avoir enfin retrouvé. Les lieux formaient un véritable labyrinthe. Ohihir aurait pu se contenter de passer à travers les murs pour se frayer une ligne droite, mais cela aurait causé des affaissements qui lui auraient été dommageables. Sur ses quatre pattes, il s'élança pour atteindre une vitesse et une habileté convenables dans ce dédale, jusqu'à avoir de nouveau un visuel sur sa cible. Il n'y avait plus qu'à atteindre l'extrémité du couloir et il pourrait mettre fin à cette mascarade. Babines retroussées, muscles contractés, il se tenait prêt lorsqu'il perdit l'équilibre et s'écrasa lourdement. Solunthes émana lentement des ténèbres, laissant la matière noire couler autour de lui pendant qu'il révélait son visage.

-Athis, fit-il de sa voix grave et douce. Le combat est terminé en haut.

Ohihir s'essaya à une attaque, qui fut transformée en nouvelle chute.

-Wahlo Driss est mort, mais ils ont conservé Nahaow.

Nouvel assaut du loup-garou, qui fit cette fois-ci volte face avant de foncer droit sur un mur plus résistant que les autres. Solunthes se retourna vers lui.

-Tant que tu es dans l'ombre, je suis apte à dévier tous tes mouvements, vieux guerrier...vois-tu autre chose que de l'ombre ? Alors cesse de te fatiguer.

Flegmatique, il revint à sa discussion avec Athis.

-Nous avons capturé Esmezia Fambriel et Melody Jennsen. Je présume qu'elles pourront nous être utiles à l'avenir. Les dragons sont également de retour, je leur ai demandé de garder les entrées de la ville. Comptes tu...

La phrase fut interrompue. D'un revers ravageur, Ohihir venait d'envoyer valser Solunthes et avait agrippé Athis à la gorge. Son poing se leva, puissant, avant de s'abattre avec force sur le visage de l'homme à la tête de félin. Le crâne du siffleur gicla à l'impact, lequel avait tué le porteur. Les tours de passe-passe, si puissants soient-ils, ne pouvaient venir à bout de l'énergie incommensurable du roi des bêtes. De son immense main velue, il ramasse le foulard qu'était Athis. Il tenait son ennemi dans son poing mais ne pouvait en venir à bout, pourtant il s'agissait bien d'une victoire comme rarement il en avait eu. Puis, tout dans son champ de vision se craquela. Se fissura. Implosa. Il était toujours dans ce tunnel, ne pouvait effectuer le moindre mouvement, et les deux artefacts se tenaient encore devant lui.

-Les illusions commencent à l'affecter, constata Solunthes. J'ai cru qu'il n'y succomberai jamais. Il faut l'immobiliser, je ne pourrai pas tenir longtemps.

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MessageSujet: Re: L'expédition - Forêt de Reydoran    Sam 18 Oct - 15:29

Zia.
Pour une fois, elle s'était tue. Il ne lui était pas permis de répondre dans cette situation. Abrial. Nahaow était autours de son cou, elle devait courir jusqu'à avoir rejoint Abrial. Les larmes lui vinrent sur les joues pendant sa course, et arriveraient probablement sous les pieds des camarades qui la suivaient encore.
Zia.
Un poids la frappa au coeur. Elle avait oublié depuis combien de temps elle courait. Elle aurait voulu que Snori soit là. Elle avait reconnu Iyoh, et bien qu'elle n'avait pu s'empêcher de le trouver beau, même plaisant, les évènements avaient pulvérisés toutes les pensées positives qui traversait son esprit.
Zia.
Oloren n'avait rien pu faire, même pour elle, tout était arrivé trop vite. Elle avait vu sa plus chère amie s'écrouler au sol, il y était possible qu'elle soit déjà morte.
Zia morte.
La jeune femme aux cheveux neige Hurla, puis s'écroula lamentablement, plus aucun de ses muscles ne répondait. Elle sentait sa gorge lui faire mal, ses poumons se soulever difficilement, ses joues la brûlait ... Elle pleurait ? Oui, elle pleurait. Elle pleurait si fort que les anciens auraient pu entendre son malheur au travers du temps. Des pleurs. Tellement de pleurs. Arawn était celui qui, grâce à sa forme lupine, avait réussi à la rejoindre le premier. Il savait protéger la jeune fille en toute circonstances, mais là, il ne pouvait rien faire. Il ne pouvait protéger sa maîtresse d'un ennemi intangible. Oloren continuait alors à pleurer, étalée au sol, comme un poids mort, anéantie. Elle n'avait même pas vu le gardien, qui était repassé sous forme humaine. Elle ne voyait d'ailleurs plus rien, ses yeux ne voulaient pas se rouvrir, de toute façon, sa vision était floutée par ses larmes. Arawn resta assis auprès d'elle, à environ un mètre vingt, de même que les loups. Ils n'avaient jamais connus la tristesse ou la souffrance autre que physique ... Dans leurs yeux, on pouvait découvrir la détresse qu'ils éprouvaient, ils voulaient que ces larmes cessent, mais ne pouvaient rien y faire. Ils restèrent là, minables, en attendant les autres, eux auraient peut-être une idée ...
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