Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 Nouvelle menace

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L.Hubs
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MessageSujet: Nouvelle menace   Mar 16 Sep - 17:42

Le Nord-Ouest d'Hovo était rude. La terre, sèche et froide, n'aidait pas les rares agriculteurs qui se risquaient à faire leur vie ici. Isolée de tout, dominant sans partage un paysage morne, l'impressionnante chaîne de montagne suffisait par sa sombre allure et l'ombre qu'elle projetait à dissuader quiconque de venir s'installer en ces contrées inhospitalières. Pourtant, quelques villages s'étaient formés, vivant principalement des exploitations minières. Depuis peu, ils pouvaient également compter sur le nouveau partenaire commercial qu'était Naïlika, la proximité avec Neims rendant le ravitaillement alimentaire plus aisé. Mais il ne fallait pas s'y tromper : l'endroit demeurait déplaisant, et les riverains ne jouissaient que du strict nécessaire malgré leur relative richesse. Ainsi, si l'eau ne manquait pas grâce aux nombreux ruisseaux et que la nourriture importée du pays voisin assurait le rationnement, beaucoup dormaient encore sur de la paille et avaient une hygiène rudimentaire. Faute de guérisseur, la maladie guettait sans cesse ces mineurs infortunés. Leur isolement ne les avait toutefois pas empêché d'entendre parler des Bêril, installés au Sud de Fangiel. C'était une caravanière qui, allée vendre ses produits à la récente capitale, tomba par hasard sur leur étal et eut un coup de cœur pour leurs créations.

Elle avait donc passé commande et, pour cela et pour son pouvoir, Nakaën avait été chargé de faire le voyage. Cette longue marche solitaire ne l'enchantait guère, encore moins en ce début de Novembre, où le climat ne se faisait pas des plus chaleureux. Maudissant en silence ses parents lui confiant toutes les tâches lassantes, le garçon s'était mis en marche, une bourrique surchargée à ses côtés. Au moins, avec les vivres qu'il avait emporté, il n'aurait ni trop froid, ni trop faim. Un bon point, s'il en était. Au final, aussi ardemment se plaignait-il, il gardait à l'esprit que rester à l'Est pour se contenter de tenir la boutique l'aurait tout autant ennuyé. Malgré son anxiété parfois proche de la paranoïa et les rumeurs qu'il avait entendu, il ne croisa en cours de route rien qui puisse représenter une menace. Ni créatures, ni bandits, nul qui ne puisse rendre son voyage notable, ne serait-ce que le temps d'un instant. D'une oreille qu'il laissait volontiers traîné, il avait entendu parler des faits d'arme d'Esmezia Fambriel, dans une auberge où il se reposait le quatrième soir. Ah ! Encore et toujours cette fameuse enfant du pays, qui faisait la fierté des siens. Le chevalier errant, qu'ils l’appelaient. Nakaën admirait ses qualités et ses exploits, mais ne pouvait s’empêcher de la haïr, de la mépriser. Elle était ce qu'il aurait adoré être et trouvait, de fait, détestable chez autrui. Un être ayant forgé son identité, son histoire. Un être pour qui vivre avait un sens. Sans doute une personne heureuse. Une enfant qui avait su tracer sa propre route. Certainement pas un fils de tailleurs ! Ce fut en ressassant cs pensées que, d'un geste rageur, le guérisseur envoya valser un long manteau de fourrure qui alla s'enfoncer dans le neige épaisse, effrayant au passage son âne qui partit au trot. Sous la poudreuse, à moins d'une heure de marche du premier village montagnard, la bête filait avec la marchandise. Peu réactif, le jeune homme mit plusieurs secondes à sortir de son ébahissement, puis se hâta de ramasser le manteau, qu'il chargea maladroitement sur son épaule.

-Eh ! Reviens ! Jasmin !

Les appels et sifflements n'y firent rien, aussi Nakaën partit-il à sa poursuite. Avançant tant bien que mal dans un blizzard s’intensifiant à chaque minute, il devait lever haut les genoux pour ne pas tomber, et plisser péniblement les yeux pour ne pas perdre d vue la vague silhouette de l'animal,qu'il ne parvenait en vérité à suivre qu'à ses cris apeurés. Créature stupide ! Pourquoi fallait-il que toute chose le concernant de près ou de loin s'avère dysfonctionnelle ? Il aurait pu simplement conclure ce stupide voyage et rentrer chez lui, mais non, il fallait qu'on lui fasse perdre son temps ! Alors que, sans réelle conviction, Nakaën s'apprêtait à crier une fois de plus l'insupportable nominatif accordé à son bourreau équidé, il fut stoppé net par une sensation que jamais il n'avait ressenti jusqu'à lors. On s'adressait à lui. Pas comme l'un de ses congénères l'aurait fait, loin de là. Il n'entendait aucune voix, ne distinguait aucun signe, mais percevait cet appel, limpide, avec plus de force qu'aucun autre. D'instinct, il se retourna vers la direction qu'il pensait être la bonne, puis fit un tour complet sur lui-même, scrutant chaque angle pour y déceler une éventuelle ombre. Mais il n'y avait âme qui vive, et il se rendit compte qu'il avait totalement perdu la trace de celui qui aurait pu être, au retour, sa monture : l'avance qu'avait pris le mammifère et l'intensité de la tempête faisait que ses empreintes avaient été recouvertes.

-Hüni diozpa , jura-t-il.

Puis, marquant une pause, il réitéra, en hurlant cette fois-ci, à de multiples reprises, avant de tomber à genoux dans la neige. Voilà qu'il avait perdu ses biens, et qu'il s'était lui même perdu au milieu de nul ne savait-où. Il haïssait sa vie. Si par quelque miracle il retrouvait son chemin, il n'aurait plus qu'à rentrer chez lui et à trouver une excuse valable. Sans doute jouerait-il la carte de l'attaque de bandits. À défaut de passer pour un idiot, il passerait pour un faible, et on dirait une fois de plus qu'on ne pouvait décidément rien lui confier. Tandis que sa fureur atteignait de nouveaux sommet, il ressentit, une fois encore, cet appel, de manière plus limpide. Sans hésiter, il se tourna vers l'imposant sommet rocheux, à l'horizon. Il était là bas. Qui, Nakaën n'en savait rien, mais ce serait en ces monts qu'il le trouverait. Sans hésiter, l'aîné des enfants Bêril lâcha le seul manteau qu'il lui restait, et courut vers les montagnes.



Quelques jours plus tard, dans une des nombreuses auberges réparties sur les routes d'Hovo, Esmezia se reposait. Elle avait énormément marché ces dernières semaines et avait fini par accomplir ce qui était très certainement pour l'heure son plus grand fait d'armes, à savoir occire le dragon-taupe de Wuhm. Résidant initialement dans les monts pourpres, la bête avait fait ses nids de plus en plus proche du village, jusqu'à l'attaquer. Sachant que la créature était la plus faible parmi ceux de son espèce et qu'il devait déjà avoir un certain âge, l'épéiste avait décidé de la piéger. L'appât avait été facile à déterminer : nourriture. Wuhm, hôte d'un marché réputé dans la région, n'en manquait pas ; et les habitants s'étaient montré coopératifs. Les pièges à ours avaient eu leur petit effet, l'eau bouillante également, puis la lame de la rouquine avait fait le reste. Elle avait ensuite décidé de traverser les monts, pour s'assurer qu'aucune ponte n'avait eu lieu, et s'était dirigée vers le Nord. À présent, elle logeait à cette enseigne depuis trois jours, récupérant d'une légère blessure au flanc qui la tiraillait de temps en temps. Elle aurait volontiers profité d'un anonymat, mais il était difficile de passer inaperçue avec son armure. Peu, à Valato, pouvaient se targuer d'en posséder une de cette qualité, aussi légère, souple et résistante. Elle avait été conçue sur mesure, adoptant parfaitement chaque ligne de son corps, couvrant principalement ses points le plus souvent à découvert. À cela se joignait le sabre royal de l'Oran, orné du griffon, le symbole des Pendragon, que Snori lui avait offert des années auparavant. Elle ne pouvait toutefois pas en vouloir au gérant de vouloir s'offrir un peu de publicité, d'autant qu'il lui avait laissé la chambre et les repas à ses frais.

Ce matin-ci, posée à une table un peu en retrait, elle observait, une fois encore, une toile peinte par un archiviste luuwrien après la guerre, juste avant que le groupe se sépare. Par quelque miracle, il avait réussi à tous les faire tenir en place suffisamment longtemps pour les représenter. Snori était au centre, accompagné de Bartiméus et Melody. Indéniablement, ils avaient été les trois leaders de leur petite troupe au cours de cette aventure. Le compte aurait grimpé jusqu'à quatre si Erlyn avait été encore là. Drôle d'histoire que la sienne. Héros dans sa jeunesse, puis parjure, il était finalement mort avec les honneurs, même si peu avaient conscience de sa véritable valeur. Llednar et Laly étaient présents, affichant une mine neutre, presque sinistre, qui leur ressemblait et qui faisait leur charme. Alix était de la partie, près d'Ilawen et Adel, sa nouvelle famille. Oloren , sa vieille amie, et les gardiens de son frère. Rälen, en retrait. Puis le groupe des porteurs d'artefacts, et enfin, le roi Edward de Reydoran, accompagné de son éternelle gardienne. Même Habeth était là, malgré ses blessures. Cette toile immortalisait ce qui serait plus tard une légende, et dont Esmezia était fière de faire partie. L'aubergiste, essuyant une chope, s'approcha discrètement et racla la gorge pour s'annoncer. Il devait avoir deux fois son âge, pourtant il aurait presque tiré la révérence.
-Excusez moi si je vous dérange, commença-t-il.

-Je ne suis pas chevalier, vous savez. Ni quoi que ce soit. Juste une fille de fermiers, lui répondit-elle en le regardant droit dans les yeux, amusée.

-J'en suis conscient mademoiselle, pour autant...

-Allez ! C'est Hovo ! Je n'ai jamais entendu qui que ce soit vouvoyer plus jeune que soi ici. Et même si j'ai passé quelques temps à Nora, je suis hovoïte moi aussi. Alors par Danna...

-Veille-t-elle sur nous, l'interrompit-il, récitant une formule typiquement locale.

-...tutoyez moi. Et si vous y tenez, c'est un ordre !

Un sourire franc s'afficha sur le visage du tavernier. Il craignait que la fameuse Fambriel soit comme ces aristocrates du Sud, mais elle avait su rester elle-même au fil des années, et cela lui plaisait. Il prit la liberté de s'asseoir à la chaise libre en face d'elle.

-J'ai entendu dire qu'il se passait des choses étranges aux sommets du Nord. Des corbeaux, dit-on, par centaines. Je ne sais pas si cela constitue à tes yeux une quête digne d'intérêt, mademoiselle, mais il me semblait bon de t'en informer.

Des corbeaux, hein ? Elle n'avait jamais entendu parler d'une menace telle que celle-ci, mais pourquoi pas ? Elle se dirigeait par là-bas de toute manière, autant jeter un petit coup d'œil dans les villages au pied de ce massif. Après avoir allègrement remercié son hôte, Esmezia alla enfiler son armure, appréciant en la revêtant la qualité de son cuir, puis se mit rapidement en route, à dos de son cheval. Celui-ci également lui avait été offert, après qu'elle eut débarrassé son propriétaire de ramourgues sauvages n'hésitant pas à attaquer sa basse-cour. Ce fut au galop qu'elle dévora les kilomètres, ne prenant qu'une paire d'heures pour arriver à destination. Son premier sentiment fut la stupéfaction. Effectivement, quand son informateur parlait de centaines de corbeaux, il ne rigolait pas ! C'était le pan entier de la montagne qui avait viré au noir tant les volatiles s'y attroupaient. Si le danger n'apparaissait pas comme une évidence, la situation avait en tout cas de quoi attiser la curiosité. La jeune femme arriva à l'entrée du hameau, pied à terre à côté de sa monture. Un riverain s'empressa de venir à sa rencontre.

-Dame Fambriel ! Vous êtes là pour tirer la situation au clair ?

-Je ne suis pas...oh, laissez tomber. Oui, j'aimerai comprendre ce qu'il se passe ici.

-Laissez moi votre destrier, j'en prendrai soin jusqu'à votre retour. Beaucoup étaient sur le point d'aller mener leur enquête, ils seront sans doute ravis de vous accompagner, ma dame.

Elle aurait accepté sans broncher d'accoutumée, n'ayant rien contre un peu de compagnie, mais la méfiance était de mise. Aussi braves et robustes soient-ils, les gens d'ici n'étaient certainement pas des combattants, et tant qu'elle n'avait pas sa petite idée sur la nature de ce dérèglement, mieux valait ne pas les mêler à cette affaire.

-Je préfère y aller seule pour le moment. Je suis marcheuse, je n'en aurai sans doute pas pour longtemps.

Le villageois la dévisagea, stupéfait.

-Vous ne souhaitez pas vous reposer d'abord ?

Elle lui répondit par un sourire à la fois rassurant et teinté d'arrogance. Un sourire carnassier. Un sourire d'aventurier.

-Je viens de passer trois jours à me reposer, j'ai besoin de me dégourdir un peu. Commencez à vous inquiéter si je ne suis pas de retour à la tombée de la nuit !

Sur ces mots, elle alla jusqu'à l'extrémité du bourg, d'où la montagne s'élevait verticalement, seules quelques corniches permettant une ascension de temps à autres. Pour un alpiniste lambda, grimper par ce flanc aurait néanmoins était folie. Seuls deux genre de personnes pouvaient s'y risquer : les grimpeurs, et les marcheurs. Activant son don, Esmezia bondit une première fois, à plus de cinq mètres, prit sur un arbre ayant poussé presque à l'horizontale, puis s'élança une seconde fois. Qu'il était bon posséder un tel pouvoir dans ces cas de figure ! En quelques instants, elle eut atteint un plateau rocheux. Un regard en arrière lui apprit qu'elle avait atteint une hauteur respectable, et même si les sommets se faisaient encore lointain, peu d'hommes avaient du fouler ce sol. Une bonne chose de faite, mais encore fallait-il savoir ce qu'elle cherchait exactement. Tous ces corbeaux, aussi improbable leur présence soit-elle, ne constituaient en soi rien de potentiellement dangereux. L'hovoïte fouilla les quelques cavités qu'elle croisa, n'y trouvant que terre humide et champignons, jusqu'à qu'elle atteigne, enfin, la paroi sur laquelle elle avait vu tous ces sombres volatiles. La stupeur la marqua alors. Ce n'étaient pas seulement des oiseaux ! Il y avait là, au sol, des bêtes qu'elle n'aurait jamais cru voir réunies au même endroit . Ramourgues et loups géants, ennemis naturels, semblaient se côtoyer sans la moindre tension. Pire encore, deux dragons d'ébène reposaient au milieu de cet amas de bêtes, majestueux, dressés sur leur quatre pattes. Esmezia aurait pu trouver cela magnifique si, à sa vue, tous ne s'étaient pas tournés vers elle et avaient commencé à la charger.

Jamais elle n'aurait cru pouvoir courir aussi vite, sauter aussi loin, et surtout, redescendre la montagne en prenant autant de risque. Seulement voilà : si elle avait réussi à parer les premiers coups et à abattre certains des félins et canins, le feu des dragons l'avait rappelée à l'ordre. Elle n'était pas de taille pour vaincre tout cela. Pas du tout. Il fallait pourtant mettre le village en sécurité, et comprendre par quel procédé cet armada naturel avait pu se réunir, eux qui étaient chacun leur prédateurs respectifs. Elle allait avoir besoin d'un sacré coup de main, et le plus vite possible, sans quoi les mineurs ne pourraient pas voir le prochain printemps. Sans hésiter, la jeune femme fonça vers sa monture, toujours en compagnie de l'homme l'ayant accueillie.

-Que s'est-il passé ? s'empressa-t-il de demander.

-Vous courez un grave danger, n'allez pas dans ces montagnes ! Je reviens dans quelques jours, avec des renforts. Et au risque de me répéter, n'allez surtout pas dans ces montagnes !

-Quoi ? Attendez ! Que pouvez-vous avoir vu pour être dans un état pareil.

-La mort de près, si je puis dire. Je reviens vite !

Le cheval, habitué aux exigences de sa maîtresse, partit à toute allure, droit vers l'Ouest. Si quelqu'un pouvait leur apporter assistance dans les plus bref délais, aucun doute, c'était le roi de Naïlika. Il fallut deux jours à Esmezia pour parvenir aux portes de Neims. La ville prospérait de nouveau depuis le changement de régime, et la paix lui avait fait le plus grand bien. Les habitants avaient retrouvés le sourire, accueillaient chaleureusement les étrangers, avaient confiance en leur leader. Malgré sa soudaine envie d'aller visiter Inès, la marcheuse se dirigea immédiatement vers le palais, où les gardes la laissèrent entrer, mais elle fut toutefois stoppée par ce qui semblait être un ministre. Crâne rasé, oreille percée et ornée d'un anneau doré, sourcils constamment haussés, il avait un air quelque peu hautain.

-Que puis-je pour vous, mademoiselle Fambriel ?

-Je dois voir le roi immédiatement ! annonça-t-elle, non pas sans avoir au préalable marqué un temps d'arrêt en constatant que cet inconnu la connaissait de nom.

L'homme la dévisagea, jugeant l'incongruité et l'impudence de sa demande, mais fit toutefois volte face pour aller informer le monarque de cette demande. Nul ne pouvait se permettre de rencontrer le roi sans avoir demandé audience, mais après tout, ils avaient déjà combattu côte à côte ; et or de question de risquer sa place en refusant la requête d'une potentielle alliée de marque.


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Louis
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Mar 16 Sep - 20:55

L'aurore se couchait sur le palais royal. Fasciné par la vue dont le jeune monarque disposait, il interrompit le grattement de plume qui résonnait dans son bureau depuis près d'une heure. Une teinte orangée se reflétait sur la grande plaine entourant la ville de Neims faisant briller le fleuve traversant la capitale de part en part. Le soleil couchant donnait à la ville une perspective bien particulière, de par les ténèbres naissantes dans les ruelles les moins éclairées, constatant singulièrement avec les artères principales, encore illuminées. Edward aimait prendre chaque jour le temps d'observer son peuple, afin de ne pas oublier ses responsabilités. Bientôt, la nuit tomberait complètement, et les lampadaires commenceraient peu à peu à s'allumer, permettant aux Neimois de poursuivre leurs activités sans s'interrompre. De son bureau, l'héritier du trône parvenait à voir ses sujets, et c'était en grande part ce qui l'avait décidé à l'installer ici. Récemment redécoré selon les choix de sa femme, il s'agissait d'une pièce spacieuse et chaleureuse, mais que l'on pouvait considérer comme austère, si l'on savait qu'il s'agissait du lieu où un roi passait une grande partie de ses journées. De par son enfance difficile, Edward avait refusé de se prélasser dans le luxe, alors qu'il connaissait pertinemment les conditions dans lesquelles vivaient la majorité des gens qu'il gouvernait. C'était cette mentalité, et son profond intérêt pour les hommes et les femmes composant son royaume qui faisaient de lui un roi aimé de tous. Auréolé de gloire et doté d'une intelligence remarquable, il avait su empêcher les désastres alors que tout autre souverain aurait coulé.

Dans les premiers mois de son règne, le jeune homme avait été confronté à un complot venant d'un de ses généraux. L'homme en question, l'officier chef Reibisch était un quinquagénaire charismatique et d'un génie militaire rare. Considérant son nouveau roi comme non légitime, il avait comme intention d'ordonner à ses hommes de prendre le palais de force et de faire régner la loi martiale. Ayant eu des échos de ce projet, le jeune homme, à peine âgé de 16 ans à ce moment, le convoqua dans son bureau en tête à tête. La conversation dura toute la nuit, et nul ne sut jamais ce qui fut dit entre les deux hommes. Après cet événement, le général Reibisch se révéla le plus fidèle allié du roi, et résida à la gauche du suzerain à chaque conseil. Détail significatif, puisque seule Kellue avait l'honneur d'être à une si proche distance d'Edward lors de ces réunions.

La jeune femme avait d'ailleurs été un soutien sans failles pour le roi. Encore très jeune et ne connaissant que peu de choses de la vie, il savait pouvoir compter sur son amie chaque fois que des doutes l'assaillaient. Se connaissant bien avant son couronnement, il la savait sincère, et plaçant son bonheur comme une de ses priorités. Mais depuis près de deux ans, sa femme, Anya Pendragon était surtout sa plus grande source de bonheur. Bien qu'il s'agisse d'un mariage arrangé entre les royautés Oraniennes et Nailikannes, il n'y avait aucun doute sur l'amour que se portaient le mari et la femme. Cousine directe de Snori Pendragon, sa femme était fine, distinguée, et pleine de ressources. Pour parfaire son bonheur, elle attendait bientôt son futur enfant.

Pris dans ses pensées, Edward eut un sursaut lorsque l'on toqua à sa porte. Un de ses conseillers entra lorsqu'il l'autorisa à entrer.

- Pardonnez moi de vous interrompre, mais dame Fambriel vient d'arriver au palais. Elle a demandé une audience avec votre royauté. Son comportement semble indiquer qu'il s'agit une urgence.

Se levant aussitôt, le jeune homme remercia son ministre et lui ordonna de convoquer Kellue sur le champs. Sortant de la pièce en pressant le pas, il jeta un dernier coup d’œil à la paperasse accumulée sur son bureau. Il aurait encore beaucoup à faire...

Entrant dans la salle de réunion, Edward salua la nouvelle venue avec un grand sourire. Lui serrant la main énergétiquement, il l'enjoigna à s'asseoir. Puis s'asseyant sur sa chaise attitrée, il demanda :

- Que me vaut ta visite, Esmezia? Tu me sembles troublée.
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Mar 16 Sep - 21:32

Esmezia avait profité du petit temps d'attente pour observer le palais dans lequel elle se trouvait, et qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de visiter. Pour sûr, on était loin du luxe de Nora ; il apparaissait comme une évidence que ce château avait été autrefois bâti pour résister aux sièges. Jusque dans l'architecture, beaucoup de choses dans cette ville rappelaient l'histoire ponctuées de guerres de Naïlika. Mais cela faisait la force de son peuple. Il exhibait ses erreurs passées, prouvant au monde qu'il en était conscient. Il ne voulait pas fermer les yeux sur ce qu'il avait fait. Il était sur la bonne voie. Valato, globalement, était sur la bonne voie. Venir solliciter l'aide d'un Reydoran pour aider les hovoïtes aurait été impensable avant l'arrivée d'Edward. Difficile de croire qu'un seul garçon, aussi jeune, ait pu changer autant de choses. Elle avait parfois tendance à éprouver de la fierté pour ses actes, mais elle se rendait compte qu'ils étaient dérisoires face à l'ampleur de ce qu'était en phase d'accomplir leur ancien compagnon. Le ministre revint, la tirant à ses réflexions, et l'invita à rejoindre une salle où le monarque l'attendait. La marcheuse hésita entre l'agacement et la gène. Devoir patienter ainsi pour visiter un ami lui semblait étrange, mais il était roi, après tout. Ses habitudes trop familières avec Snori lui avaient sans doute fait oublier à quel point la hiérarchie était importante dans les états puissants du continent. D'un pas rapide, elle suivit son guide, et entra dans la salle sans lui dire au revoir. Edward l'y attendait, l'accueillant avec un sourire franc. Il était devenu un homme charmant, pas étonnant que la jeune Pendragon n'aie pas rechigné à l'épouser. Ladite Anya était d'ailleurs enceinte...si Snori n'avait d'enfant et que William devenait, comme prévu, un futur maître-savoir, l'enfant d'Edward serait héritier à la fois de Naïlika et de l'Oran ; mais il était encore trop tôt pour penser à cette éventualité. Esmezia serra avec ferveur la main qu'on lui tendait, et s'installa.

Kellue arriva à cet instant. On était venu la prévenir alors qu'elle interagissait, comme souvent, avec Ohihir dans les jardins du château. Communiquer avec un artefact était chose aisée : il suffisait de le porter et l'avatar pouvait apparaître, si telle était sa volonté. Le comprendre réellement était tout autre chose, et les relations se complexifiaient lorsque le porteur avait accès à la forme ultime de sa relique, laquelle était constamment une hybridation entre les deux partis. Kellue savait ce qu'il était de devenir le roi des bêtes, la créature dont la force était inégalée. Le mythique loup-garou. Elle avait ressenti, à plusieurs reprises, cet instinct destructeur, mêlé à la sagesse sans limite de son compagnon. Pour ne pas sombrer dans la démence, elle s'imposait régulièrement ces séances, auquel consentait volontiers Ohihir. Leur lien, puissant et respectueux, n'en était que renforcé. Ainsi, depuis des années, la parleuse pouvait emprunter la totalité des pouvoirs de l'artefact à tout moment, ce que peu pouvaient se targuer de faire. Ceci étant, les responsabilités passaient avant tout. Elle était le dernier rempart sur lequel Edward pourrait toujours se reposer, et s'il la demandait, il lui fallait le rejoindre. En entrant dans la salle de réunion, elle s'inclina face à son monarque, puis, avec plus de retenue, face à Esmezia. Cette dernière tenta de lui adresser un faible sourire, qui se confronta au visage fermé de la nouvelle arrivante. La rouquine ne put s’empêcher de penser que cette femme lui faisait froid dans le dos, mais ne se risqua pas au moindre commentaire. Kellue ne semblait pas vouloir venir s'installer auprès d'eux, préférant rester droite comme un i en retrait, aussi l'épéiste commença-t-elle.

-Je viens des sommets du Nord, à Hovo. On m'avait parlé d'un étrange phénomène concernant les corbeaux dans la région, aussi suis-je allée voir. Il y a, sur ces monts, une somme impressionnante de créatures néfastes. J'y ai même vu deux dragons. Mais plus encore...

Le regard de la jeune femme se perdit dans le vide un court instant. Plus elle y pensait, plus il lui semblait évident que ces animaux ne se comportaient pas naturellement. Pourquoi cet attroupement, pourquoi cette agressivité ? Pourquoi, surtout, tous ces corbeaux ? Leur démarche ne semblaient aucunement instinctive. On aurait presque pu déceler dans leur déambulation des faux airs d'automates, tels ceux que produisait autrefois le régime d'Igole Vrag.

-Ils n'agissaient pas d'instinct, j'en suis certaine. Quoiqu'il en soit, les villages alentours vont être rasés. Je ne peux m'occuper de la menace seule, et seul vous pouvez fournir le soutien nécessaire, je vous supplie de nous venir en aide.

Bien qu'elle demeure émotive, Zia se montrait plus calme dans ses mots et dans ses gestes, plus claire, plus concise. Plus adulte. Comme tous, elle avait grandi.

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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Mer 17 Sep - 10:20

Edward écoutait les paroles de Zia avec attention. La jeune femme étant renommée pour son courage et ses récents exploits, les informations qu'elle amenaient en étaient des plus inquiétantes. On parlait, après tout, d'une femme maîtrisant si bien sa lame qu'elle était capable de tuer un dragon taupe. Malgré l'entrainement que le jeune roi s'imposait tous les jours, il doutait d'être un jour capable d'accomplir cet exploit. Et nombre des amis de la jeune femme assuraient qu'elle n'était pas à son plein potentiel. Jetant un coup d'oeil inquiet à Kellue, il déclara :

- Tu nous apportes des nouvelles des plus inquiétantes. Quelle sorte de magie pourait attirer autant de créatures aussi dangereuses dans un endroit aussi reculé?

Edward se souvenait du récit qui lui avait été fait, peu après leur victoire contre les forces d'Igole Vrag, sur l'épopée incroyable qu'avaient vécu Snori Pendragon et ses compagnons, lors de la quête pour la récupération de l'artéfact Nigfol. Il était pratiquement convaincu que lors de cette aventure, il avait entendu des rapport sur l'un des gardiens de la légende qu'était Erlyn. Cet homme était, parait-il capable de prendre le contrôle des animaux.

- Esmerazia, toi qui a combattu avec lui, penses tu que l'homme dénommé Arawn serait capable d'accomplir ce genre d'exploit?
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Mer 17 Sep - 14:44

Esmezia ne tiqua pas lorsqu'on écorcha son nom, habituée qu'elle était à l'entendre déformé dans la bouche d'autrui. Edward aurait pu simplement continuer de l'appeler Zia, comme tous les autres, mais à bien y réfléchir, ils ne s'étaient jamais réellement adressés la parole lors de la guerre. À plusieurs reprises, ils s'étaient croisés du fait de leur proximité mutuelle avec Snori, qu'il s'agisse de raisons affectives ou politiques, sans jamais interagir. Un fait regrettable tant il semblait être un homme de bien, mais ils avaient quelque peu rattrapé le temps perdu, et même s'ils n'étaient pas amis, ils se côtoyaient comme de chaleureuses connaissances. La jeune femme écouta avec attention les dires du monarque, qui ne gaspillait pas ses mots. Arawn, hein ? Certes, ses pouvoirs étaient rares, mais pas assez puissants pour maîtriser une telle troupe. Seuls ses loups étaient réellement devenus de fidèles compagnons, et cela avait eu un coût, lui-même ayant prit beaucoup de leur bestialité.

-Je ne pense pas, répondit-elle. Arawn est notre allié de ce que j'en sait, et doit certainement être à Nora en ce moment. Et puis, je ne pense pas que les parleurs soient capables d'un tel exploit.

D'un hochement de tête, Kellue approuva ces dires. Elle aussi possédait ce don, qui lui permettait si besoin était de repousser les bêtes sans avoir à les combattre, pour peu qu'elles ne soient ni trop nombreuses ni trop puissantes. Quand bien même elle faisait partie des plus faibles parmi les siens, elle doutait que ceux-ci aient la capacité de contrôler deux dragons, si tant est qu'il s'agisse bien d'un contrôle, car rien n'était moins sûr. La porteuse d'Ohihir s'avança et prit à son tour la parole.

-Mon roi, je pense qu'il serait nécessaire d'envoyer une unité de reconnaissance avant de se risquer à quelque hypothèse.

Presque malgré elle, l'hovoïte poussa un soupir de soulagement. Elle était heureuse d'entendre qu'elle pouvait compter sur leur soutien.

-J'ai déjà recommandé aux villageois de rester à distance, les informa-t-elle. Mais ça reste urgent, les installations risquent d'être détruites.

Une fois encore, Kellue acquiesça. Les mines locales représentaient un apport considérable en charbon et en fer.

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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Mer 17 Sep - 16:20

Edward approuva derechef à la déclaration de Kellue. La situation semblait des plus dangereuses pour les habitants alentours, et il n'était certainement pas question d'envoyer un régiment dans les montagnes pour éliminer les bêtes. Le terrain était beaucoup trop abrupte, et il ne tenait pas à mener des hommes à l’abattoir.

- Très bien. Dame Fambriel, vous n'êtes pas une de mes sujets, et je n'ai aucune autorité sur vous, mais j'aimerais vous confier le détachement d'une centaine de mes hommes, afin d'évacuer les villages proches jusqu'à ce qu'il soit établi qu'ils ne courent aucun danger. Je m'engage à fournir abris et nourriture à tous les rescapés. Cela risque de ne pas plaire à ces braves hommes, mais avec l'armada de créatures dangereuses que vous venez de me décrire cela est bien plus prudent. Ensuite, j'aimerais que vous guidiez mes meilleurs éclaireurs jusqu'à l'endroit dont vous parlez, en prenant le moins de risque possible!

S'interrompant pendant un court instant, il se rendit compte qu'il ne laissait dans son discours aucun autre choix à Zia que de répondre affirmatif à ses "ordres". Se reprenant, il déclara :

- J'insiste sur le fait qu'il ne s'agit en rien d'une obligation de votre part. Vous êtes la personne la plus qualifiée à mes yeux pour cette mission, mais j'ai trop souvent vu des personnes trembler sous des "recommandations" royales.
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Mer 17 Sep - 16:48

Esmezia s'empressa d'accepter son offre. Des ordres comme ça, elle voulait bien y obéir toute sa vie si besoin était. On lui indiqua où elle pourrait trouver les soldats qu'on lui confiait, et ce même ministre qui l'avait escorté à son arrivée vint l'attendre pour la mener aux troupes. Après avoir allègrement remercié le leader naïlikan et quitté sa place, l'épéiste se retourna toutefois une dernière fois, et s'adressa à lui avec un sourire complice.

-Au fait, je ne suis pas une dame, Edward.

Le prénom avait été prononcé certes avec impudence, mais faisait surtout office de preuve de l'affection qu'elle lui portait. Elle en avait assez de ces courbettes incessantes. Ils se connaissaient, avaient le même âge, semblaient s'apprécier, alors hors de questions qu'ils s'adressent l'un à l'autre en s'appelant « mon seigneur » ou « ma dame ». Esmezia s'essaya néanmoins à une révérence aux airs de boutade avant de quitter la pièce, non pas sans un dernier regard destiné à Kellue, qu'elle respectait malgré leurs différends. Le ministre l'invita à la suivre, et elle obtempéra sans délai. Bientôt, ils arrivèrent à ce qui semblait être une salle d'arme, parmi les plus imposantes que la rouquine n'ait eu l'occasion de voir. On aurait pu croire à une milice, voire un bastion, tant les hommes s'y attroupaient. Rapidement, ils se mirent en formation en suivant les directives du politique, qui laissa place à la jeune femme sur l'estrade, face aux rangs. Il était de coutume, à Naïlika, de s'adresser aux hommes avant d’entamer la marche. Ça, elle l'avait complètement oublié, et n'avait aucun discours en réserve. Déjà, dans l'assemblée, les murmures montaient. Beaucoup la connaissaient de nom et de réputation, et si certains n'appréciaient pas l'ancienne ennemie du Nord qu'elle était, beaucoup voyaient en elle un guerrier des plus honorables. Ils seraient ravis d'être à son service. Elle envoya à son guide un regard qui en disait long, mais il lui indiqua silencieusement qu'elle ne pourrait pas y couper. Elle soupira. Les prises de paroles en public, malgré son assurance, ce n'était pas son fort. Préférant prendre le taureau par les cornes, elle avança d'un pas, se racla la gorge, et débuta.

-Eh bien...salut.

Silence dans l'assemblée. Esemezia leva les yeux au ciel, se moquant de sa puérilité. Comme s'ils allaient lui répondre à l'unisson. C'étaient des soldats, pas un groupe d'enfants qu'elle devait garder. La marcheuse prit une seconde inspiration, et entra cette fois-ci dans le vif du sujet.

-Nous nous dirigeons vers les sommets du Nord, à Hovo. Les créatures s'y assemblent, avec deux dragons parmi eux. Notre mission première sera de sécuriser l'évacuation des riverains. Quant aux éclaireurs, ils me suivront, et nous essaieront d'en apprendre plus sur cette menace qui n'a pour l'heure aucune explication. Il n'y a pas de temps à perdre, alors ce sera tout pour le moment, vous savez ce que vous avez à faire. En marche ! Euh...troupe, en avant ?

Se tournant vers le ministre, elle lui demanda, le plus honnêtement du monde :

-Quelle est la formule pour leur demander de se bouger le derrière ?

Aussi flegmatique que depuis son arrivée, il lui répondit, non pas sans lui lancer un regard désabusé et expirer bruyamment au préalable.

-Peut-être que vous devriez vous même commencer à marcher.

-Ça se tient. Bon, on y va ! Suivez votre...j'ai quel grade ? interrogea-t-elle de nouveau le bonhomme, qui n'avait jamais fait face à autant d'incompétence dans une armée officielle.

Il se contenta pourtant de hausser les épaules, n'ayant pas la moindre idée du rang assigné à la jeune Fambriel le temps de cette mission. Il doutait même que le roi ait pensé à des détails aussi minimes.

-Bon, bah suivez moi, conclut Esmezia.

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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Mer 17 Sep - 17:36

Une fois la jeune femme partie avec un panache qui arracha un sourire au jeune roi, Edward se tourna vers Kellue, pensif. Si cet événement était des plus particuliers, il semblait minime par rapport à la montagne de travail qui l'attendait. Néanmoins, si ce genre de regroupement se produisait de nouveau à l'avenir, il pourrait s'avérer être un énorme danger pour tout Valato. Soucieux de ne pas négliger ce qui n'était à l'heure actuelle qu'un détail, mais qui pouvait se révéler d'une importance capitale, le jeune homme se leva et s'adressa à sa fidèle amie.

- Pourras tu te renseigner auprès du conseil sur cet étrange événement, la prochaine fois que tu iras à Rednow? Cela n'est probablement rien, mais si il y a des antécédents, il serait bien de pouvoir anticiper ce genre de dangers...

S'apprêtant à partir, il s'interrompit soudainement. Ses deux plus précieux conseillers n'avaient pas été consultés. S'éclaircissant la gorge, il appela doucement Ohihir, qui apparut aussi soudainement qu'à son accoutumée. Il avait beau être désormais roi d'un des pays les plus influents de Valato, il se sentait toujours aussi petit et ignorant face à une telle créature. L'artéfact était une centaine de fois plus vieux que lui, et lorsque sa vie s'éteindrait, le loup-garou serait encore là. Il doutait, un jour, de se sentir à l'aise face à lui, mais il le savait d'aussi bon conseil que Kellue, si ce n'est plus.

- Que pensez vous de cette situation, tous les deux? Dois-je m'inquiéter?
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Mer 17 Sep - 17:54

Edward avait raison de s'en faire. Si l'on en croyait leur alliée, qui, selon Kellue, était une source fiable, alors la situation s'avérait préoccupante. Il pouvait par exemple s'agir de l’émergence d'un nouveau pouvoir, ou d'un groupe terroristes ayant comme arme des bêtes domestiques. Quoiqu'il en fut, si proche de leur frontière, l'intervention était évidemment nécessaire. La parleuse informerait le conseil comme on venait de le lui demander, mais préférait attendre les premiers retours des éclaireurs. Mieux valait ne pas faire se déplacer tout ce beau monde en vain. En outre, la combattante répugnait l'idée de laisser son roi, seul, en proie aux langues de serpents et griffes acérés des politiciens. Elle avait pleinement conscience en ses capacités intellectuelles et sa prestance, mais il demeurait un tout jeune homme, dont le passé avait été difficile. Sa mère l'avait destiné à devenir roi, l'emprisonnant dans une prison dorée. C'était au final à la seule sueur de son front et à son intellect qu'il devait sa montée en puissance, pourtant son émotivité pouvait lui faire défaut. Elle se souciait pour lui, comme elle se serait souciée d'un petit frère. Un frère autrement plus doué qu'elle, et autrement plus fragile. Lorsqu'il s'adressa à Ohihir, celui-ci jaillit de l'artefact sans délai. Lui aussi s'était attaché au dernier des Reydoran.

-Roi Edward, entama-t-il de sa voix rauque, j'ai vu naître et évoluer de nombreuses espèces. Ramourgues et loups des monts sont, depuis l'aube des temps, ennemis naturels. Je ne peux avancer de prédiction, si ce n'est que cela est l'acte de l'homme.

-Je suis de l'avis d'Ohihir, surenchérit Kellue. D'une manière ou d'une autre, quelqu'un est derrière tout ça. Ce n'est pas un hasard si ces événements prennent lieu dans un coin si reculé. Le commanditaire comptait sur l'effet de surprise.

Quelqu'un se faisant discret, tentant de former une étrange armée. Peut-être s'avançait-elle, faisait-elle une fixette sur cet antagoniste historique d'Ohihir, mais l’hypothèse lui avait tout de même traversé l'esprit. Ce fut sur un ton grave qu'elle continua.

-Te souviens-tu d'Athis ? Il est possible que tout cela soit de son fait.

Athis. Le terrible artefact félin. Initialement récupéré par Orion Délafi avant la guerre, ce dernier l'avait dissimulé avant que les Ombres ne parviennent à le retrouver. Le géant, Edwig Luthness, en avait fait son dû. Cet homme avait tant gagné en puissance qu'il eut vite atteint la forme hybride de sa relique, et déploya un immense pouvoir. Fort heureusement, Kellue et Ohihir s'étaient trouvés sur sa route, à deux reprises, et avaient réussi à le mettre hors d'état de nuire. Nigfol avait presque terminé le travail mais n'avait pu tuer son porteur, lui laissant par erreur l'opportunité de fuir. Depuis, plus aucun signe du siffleur. D'aucuns affirmaient qu'il avait quitté le continent, mais Ohihir ne voulait le croire. Il connaissait son vieux rival, et se doutait que celui-ci préparait sa revanche, tapi dans l'ombre. Quand agirait-il ? Quelle serait sa motivation ? Impossible de le prédire. C'était, en grande partie pour cela, que le conseil se réunissait régulièrement. Le rapport d'Esmezia restait vague, mais constituait éventuellement une piste à ne pas négliger.

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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Jeu 18 Sep - 14:44

Le visage d'Edward pâlit. Si Athis, probablement l'artéfact le plus dangereux de Valato, car animé d'intentions propres, resurgissait, et qu'il avait de plus trouvé un moyen de contrôler autant de créatures, il fallait prendre des mesures immédiates.

- J'aimerais que vous partiez immédiatement rejoindre les membres du conseil, afin d'envisager toutes les mesures possibles pour supprimer la menace. Je fais envoyer de suite des renforts à la jeune Fambriel, ainsi qu'un homme de confiance pour la prévenir du danger qu'elle courre. Pensez vous qu'il soit judicieux de faire placarder des avis de recherches sur Edwig Luthness? Nous aurions ainsi plus de chances de le retrouver, mais il ne serait pas judicieux de lui faire remarquer que nous le suspectons, si il s'agit bien du fautif.


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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Jeu 18 Sep - 15:05

Kellue soupira et dut retenir tant bien que mal un sourire qui se dessinait au coin de ses lèvres. Elle alla s'asseoir sur la table devant laquelle Edward était assis et, d'un geste presque maternel tant il s'avéra délicat, lui agrippa le poignet.

-Edward, ce n'est jamais qu'une hypothèses parmi d'autres. Tu es anxieux en ce moment. Tu devrais peut-être prendre un peu de repos ; il n'y a de toute manière rien que nous ne puissions faire avant le retour de ton amie.

Prendre la moindre décision dans la hâte aurait été une mauvaise initiative. De simples avis de recherche n'auraient effectivement aucun effet, Athis étant bien trop malin pour conserver la même apparence en se sachant menacé. Mais comme l'avait souligné le jeune roi, il aurait ainsi été prévenu de leurs intentions. Trop en faire leur serait défavorable. Un bon leader se devait de savoir faire preuve de patience.

-Le prochain conseil se tiendra dans deux semaines, rappela Ohihir. Cela laissera le temps d'acquérir de nouvelles informations.

-Exact, acquiesça Kellue. Si nous n'avons toujours aucune piste à ce moment, j'en parlerai à Orion et aux autres. Il a longtemps gardé Athis en lieu sûr, si quelqu'un peut le traquer, ce sera lui.

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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Jeu 18 Sep - 19:33

Esmezia fut étonnée de constater avec quelle efficacité la troupe avançait. Lors de leur recherche de Nigfol, ils n'étaient qu'une quinzaine, au maximum, et pourtant il lui semblaient qu'ils prenaient bien plus de temps pour parcourir une distance moindre. Ces gens-là étaient surentraînés, ne ressentaient pas la fatigue, n'avaient nul besoin d'être recadrés. Des professionnels. Facile de comprendre pourquoi Melody avait pesté face à la démilitarisation de leur expédition à l'époque. Ils n'eurent besoin que de trois jours, en tout, pour atteindre la cime des monts du Nord. Ce fut à l'aube du second que les renforts les rejoignirent, guidés par un officier qui vint s'adresser directement à elle, en privé, pour lui apporter une nouvelle de fort mauvaise augure. Edward soupçonnait que ces événements soient le fait d'Athis. S'il voyait juste, alors il y avait effectivement de quoi s'inquiéter, mais la jeune femme préférait garder son sang froid pour l'heure. Elle courait peut-être un danger en retournant sur place, toutefois quelqu'un devait bien se charger de trouver des preuves, ou tout du moins des pistes. Décidant de ne pas divulguer l'information, elle continua de mener ses troupes, ne donnant que de rares directives, déléguant énormément. Les responsabilités ne l'intéressaient aucunement, et elle ne se sentait de toute manière pas légitime à ordonner aux soldats naïlikans. Les villageois eurent dans un premier temps de la difficulté à accepter l'évacuation, surtout parce qu’elle était à moitié forcée par des étrangers. La présence d'Esmezia finit par les convaincre, et la plupart furent recueillis par leur clan. L'esprit de famille conservait une importance capitale, ici en Hovo. Ces pauvres gens ne manqueraient de rien et, il fallait l'espérer, retrouveraient sous peu leur foyer dans l'état où ils l'avaient quitté. Avant de partir, le maire d'un des fief vint à sa rencontre, l'air grave.

-Dame Fambriel ? la happa-t-il.

La rouquine prit de brèves secondes pour l'observer. Taille moyenne, plutôt rondouillard, richement vêtu. Une grosse moustache trônait au-dessus de ses lèvres pincées, tandis que, dissimulés derrière des verres ronds, ses petits yeux scrutaient chaque élément du décor à tout instant. Cet homme était intelligent, et respectable. Le genre de maire qui se souciait du bien-être de ses citoyens. Plus encore, elle le connaissait personnellement, ou du moins se souvenait de lui. Le patriarche du clan Obban. Elle lui fit un simple signe de tête pour l'informer qu'elle était disposée à l'écouter.

-Nous vous faisons pleinement confiance et vous respectons, comme tous ici à Hovo et, compte tenu de vos alliés, comme partout à Valato. Puis-je toutefois vous demander ce que nous sommes en train de fuir ?

Après une courte hésitation et une moue prolongée, la jeune femme lui répondit, non pas sans regret.

-Rien n'est sûr, et je préfère ne pas vous affoler. Il y a toutefois des choses dangereuses dans les monts, dont deux dragons. Ça ne nous fait pas plaisir de vouloir vous déloger, vous savez.

-Je le conçois tout à fait. Bien. Je remet donc la région entre vos mains. Faites-en sorte de réaliser un nouvel exploit. Que Danna vous protège.

-Vous aussi, chef Obban.

Le maire s'éloigna et grimpa dans le dernier chariot, qui ne tarda pas à disparaître sur les sentiers entrecoupant la forêt. La première partie de l'opération était accomplie. La plus facile, évidemment. Esmezia réunit les marcheurs et les grimpeurs, leur demandant de l'attendre à l'endroit précis où leur ascension allait débuter. Quant aux autres, ils attendaient les instructions, et elle fut cette fois-ci forcée de s'y coller, leur adressant à tous quelques mots. Pour ce faire, elle reçut l'aide d'un siffleur qui, comme de rares autres chanceux, avait développé des aptitudes particulières. En plus de pouvoir produire le son strident caractéristique des siens, il pouvait amplifier les voix de ceux qui étaient proches de lui. D'autres avaient détourné leurs capacités initiales. L'exemple le pus flagrant était celui de ces brûleurs et jongleurs aptes à cracher des flammes, ou encore des parleurs devenus lycanthropes. Elle-même, en tant que marcheuse, était à sa connaissance la seule à pouvoir mettre pied à terre si l'envie lui en prenait. Certes, une singularité peu utile en combat, mais tout de même notable pour ce qu'elle démontrait : les pouvoirs évoluaient, variaient. Irwan avait, dans l'un des ouvrages qu'elle avait lu, détaillé ce phénomène. Selon sa théorie, c'était le contact des artefacts qui engendrait ses modifications. Ainsi, l'un des porteurs d'Ohihir aurait, à force, acquis la capacité de se transformer en loup sans requérir aux pouvoirs de l'avatar. De là étaient certainement nés les métamorphes. En tout cas, la présence de ce siffleur lui facilitait bien la tâche. Elle n'eut pas à crier tant sa voix résonna avec clareté.

-Nous allons grimper, en petits groupes. Le plus gros des troupes restera au sol. Vous allez vous répartir sur les villages cernant les monts, et vous préparer à une éventuelle attaque. Si les bêtes descendent, il vous faudra les éliminer coûte que coûte. Je loue votre bravoure, guerriers du Nord !

Un cri, presque poussé à l'unisson, fit office de réponse. Ils commençaient à l'apprécier, à la respecter. Elle était une vraie guerrière, elle aussi, et c'était là la seule qualité nécessaire pour qu'ils la suivent. Qu'importaient ses origines si elle se montrait digne. Laissant le commandement du reste de troupe à l'officier arrivé en renfort, Esmezia resserra les quelques liens un peu lâche de son armure et alla rejoindre les éclaireurs. Il était convenu qu'ils se diviseraient en trois groupes, pour couvrir le plus de terrain et surtout ne pas risquer de tous périr en même temps. Car s'ils avaient pour objectif de récolter le maximum d'informations et de revenir en vie, ils n'oubliaient pas que soldat était un métier à risque. Tous, sans exception, étaient prêts à donner leur vie à la minute, à la seule et unique condition que la raison leur semble valable. Protéger des innocents et prévenir une importante menace leur suffisait amplement. Il n'y avait plus rien à dire. Les grimpeurs ôtèrent leurs bottes pour coller le plat de leurs pieds à la paroi, tandis que les marcheurs entamaient leurs premiers bonds. En un quart d'heure, ils se retrouvèrent sur le plateau dont leur avait parlé leur meneuse éphémère. La stupeur fut de mise : plus aucune créature ne s'y trouvait. À la place, assis en tailleurs face à un pic vertical, un jeune homme aux cheveux blonds. Il ne les avait visiblement pas entendu arriver, ce qui était somme toute l'effet escompté. Esmezia intima à ses hommes de se dissimuler tandis qu'elle continuait de l'observer de loin. Que n'aurait-elle pas donné pour avoir Llednar avec elle en cet instant ! Avec ses yeux, il aurait pu exactement lui décrire l'inconnu. Enfin. Ce n'était certainement pas en restant ici à rien faire qu'ils en apprendraient plus. À la surprise générale, l'épéiste s'avança, totalement à découvert. Que pouvait-elle bien craindre ? Si elle n'était nullement orgueilleuse, elle faisait en revanche preuve de pragmatisme et savait pertinemment qu'en un contre un, aucun adversaire conventionnel ne lui faisait peur. Un soldat pensa à l'arrêter et à prendre sa place, mais elle le fusilla du regard. Soit. Avançant à pas lents, l'hovoïte se stoppa à quelques mètres du garçon, qui n'avait pas bronché.

-Eh ! Tu ne devrais pas rester ici.

La tête légèrement penchée vers l'avant du blondinet se redressa, avant qu'il ne déploie toute la hauteur de son corps en se redressant d'un geste fluide. Les bras ballants, il se tourna vers elle, ce qui constitua enfin une occasion de le dépeindre. Il était étonnamment maigre, et habillé avec un goût certain. Ce nez fin et droit, ces cheveux blonds, ce regard vif mais fatigué disaient tous quelque chose à Esmezia. Elle l'avait déjà vu. À plusieurs reprises même. Fouillant à une vitesse ahurissante dans sa mémoire, elle y trouva enfin l'information qu'elle cherchait, le nom qu'elle savait correspondre. Il lui pendait au bout de la langue, c'en était frustrant !

-Pourquoi n'en aurais-je pas le droit ? répondit-il, avec flegme.

Esmezia eut un imperceptible mouvement de recul. Elle était troublée. Pourquoi, elle l'ignorait, mais elle l'était, grandement. Mais son expérience lui avait appris à garder ses esprits en toute situation. Sans cela, face au danger, même le plus compétent des maîtres d'armes pouvait périr. Le parfait équilibre entre le calme absolue et de fortes émotions. Elle conserva son panache.

-Il y a des créatures dangereuses ici. Elles doivent être un peu plus loin, mais sans doute encore dans ces montagnes.

-En effet, nombre de bêtes vivent ici. Le danger qu'elles représentent pour ma personne est toutefois inexistant.

À moitié dissimulé derrière ses longues mèches de cheveux blonds, son regard avait changé. Une lueur étrange y résidait, éclat qui n'était pas sans rappeler celui, presque irréel, du fin pendentif qu'il portait autour du cou. L'épéiste ne l'avait jusqu'à lors pas remarqué, mais peinait désormais à en détacher les yeux, si bien qu'elle en oublia un instant de répondre à son interlocuteur. Elle se rapprocha de quelques pas, sans se rendre compte qu'elle avait d'instinct placé sa main sur le pommeau de son sabre, encore à sa ceinture.

-Tu ne dois pas te rendre compte de ce que cela représente, insista-t-elle. Je peux te conduire en bas, les villageois ont été évacués, tu devrais les rejoindre. Rejoindre ta famille. Comment t'appelles-tu ?

Un sourire fin, étiré, carnassier, se peignit sur le visage du garçon.

-Tu ne me reconnais pas ? Quelle surprise.

Son ton railleur surprit Esmezia, qui se concentra tout de même une nouvelle fois pour tenter de se souvenir. Enfin, les informations lui revinrent. C'était le fils des tailleurs, les Bêril ! Ils vivaient près de Fangiel, aussi les avait-elle déjà croisé à de nombreuses reprises. Leur enfant ne leur avait jamais semblé des plus amical, et ils n'avaient jamais partagé le moindre temps de jeu étant petits ; mais au moins elle pouvait enfin mettre un nom sur ce personnage.

-Si, si, ça me revient. Daraen Bêril, c'est ça ?

Le sourire disparut, laissant place au même regard inquiétant. Une perle de sueur apparut sur le front de la Fambriel. Ce type était inquiétant, et la mettait dans des états qu'elle n'aurait pas du atteindre au vu de la situation. Après tout ce n'était jamais qu'un pauvre gosse perdu, certainement pas une menace. Alors pourquoi le craindre à ce point ? Pourquoi lui trouver une aura si sombre et si envoûtante ?

-Nakaën. Mon nom est Nakaën.

-Oui, bien sûr. Excuses moi. On ne s'est pas vu souvent, alors...

-Pourtant je me souviens de ton nom, Esmezia Fambriel. Mais je présume qu'il n'y a aucun mérite à cela. Qui ne connaît pas le nom de l'héroïne, de la chevalière errante, de la guerrière rousse, de la flamme ardente ? Combien de surnoms t'a-t-on donné ?

Une tension indéniable venait de s'installer dans l'air. Esmezia le fixait, les sourcils froncés, la stupeur lisible sur son visage. Elle lança un regard en arrière, vers ses hommes, comme pour s'assurer qu'ils étaient encore présents et prêts à intervenir en cas de problème. Pourtant, sa raison lui criait qu'elle ne risquait rien. Elle déglutit, tenta de reprendre contenance, et répondit tant bien que mal.

-Euh...écoute, viens avec moi. Nakaën. On va descendre, tu veux bien ?

Des battements d'aile se faisaient entendre, de plus en plus nombreux, de plus en plus proches. Pourtant, quelle que soit la direction où elle lançait les yeux, la jeune femme ne voyait aucun de ces fichus corbeaux aux alentours. Un petit rire aigu commençait à émaner de la bouche encore fermée de celui qui lui faisait face. Elle recula d'un pas, puis de plusieurs autres, avant de tous les refaire en avant sans savoir pourquoi elle agissait ainsi.

-Ne fuis pas Esmezia. Ne te détournes pas de moi. Combien de fois a-t-on oublié que j'existai ? Aurait-on médit de moi autant que l'on a loué tes mérites ?

Nakaën commença à murmurer, très bas, si bien qu'on ne put comprendre un mot de ce qu'il racontait. Il avait à son tour commencé à avancer, tête baissée, visage dissimulé derrière sa capillarité. À chaque pas, les murmures s'intensifiaient, devenant des sons. De temps à autres, on pouvait comprendre un fragment, un mot. Va. Toi. Un. Libérer. Les battements d'aile ne cessaient de s'amplifier alors que Nakaën s'approchait. Les jambes d'Esmezia ne répondaient plus. Encore dissimulés, les soldats auraient déjà intervenu en temps normal mais, pour une raison inconnue, n'en avaient même pas l'idée. Ils observaient la scène, passifs. Va. Toi. Libérer. Plonge. Les sons se faisaient écho, se perdaient les uns dans les autres, devenaient un brouhaha assourdissant et inaudible. La rouquine ne comprit pas pourquoi la nuit venait de tomber, à moins que ce ne soit simplement sa vision qui s'obscurcisse. Elle regarda de toute part, incapable de se mouvoir, cherchant désespérément un élément quelconque auquel se raccrocher pour ne pas perdre de pied. Lorsqu'elle en revint à faire face à son interlocuteur, il n'était plus qu'à quelques centimètres d'elle. Sa tête bourdonnait sous les cris des volatiles. Si elle en avait été capable, elle aurait plaqué ses mains sur ses oreilles. Mais Nakaën avait redressé la tête, et ce fut un cri d'horreur que la jeune femme eut envie de pousser. L'ombre venait de s'accumuler derrière lui et s'entrouvrait pour former une gigantesque bouche, dont jaillirent enfin ces mots qu'elle ne parvenait à capter. Graves, forts, absolus. Ils n’atteignirent pas son ouïe mais son âme, alors qu'elle comprit qu'ils ne lui étaient pas destinés. Cette ombre s'adressait à Nakaën.

Va. Plonge. Embourbe toi dans ce néant. Accepte le. Noie-y ton humanité. Souviens toi de tes sentiments. Et détruis les un à un. Laisse moi te libérer.

Les corbeaux firent alors enfin leur apparition, jaillissant du dos de l'inconnu, par centaine, noyant le ciel dans les ténèbres.

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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Ven 19 Sep - 15:59

-N'est-ce pas difficile de vivre ainsi...

Des pas résonnaient, à la fois assourdissants et aussi cristallins qu'une goutte d'eau se joignant à l'océan. Les remous de l'étendue azur devenait onde de choc, coup sur coup, martelant le crâne d'Esmezia. Elle sentait des impulsions traverser son corps, et une douleur lancinante lui déchirer la poitrine, mais elle serait les dents pour se retenir de hurler. Depuis combien de temps était-elle ici ? Trois minutes, plusieurs années ? Elle avait oublié. Tout était blanc. Noir. Peu importait. Tout était uni, vide, fait de néant compact, d'une clarté éblouissante et de ténèbres engouffrant. Elle avait une impression de déjà vu. Comme si elle avait déjà oublié tout cela, qu'elle l'avait déjà redécouvert. Comme si elle était coincée dans une boucle sans fin. Prise de nausée, elle tenta de plaquer sa main sur sa bouche avant de se rendre compte que ses membres étaient tendus, retenus par des liens invisibles. On l'avait crucifié à même l'air. L'affreux tournis la reprit, et elle ne put s’empêcher de vomir. Du moins, elle crut vomir. La sensation était bien présente, mais rien ne jaillissait de sa bouche. Un haut-le-cœur l'envahit, la forçant à se cambrer, relançant cette intenable douleur dans la cage thoracique. Esmezia respira profondément, tentant de recouvrir ses sens. Devant elle se tenait Nakaën, qui la regardait, l'air nonchalant. Les yeux de l'épéiste se figèrent dans les siens pour exprimer moult interrogations et un certain désespoir.

-...sachant que tu aimes tant de personnes, continua-t-il sans répondre à ses questions implicites. Faisant tout pour gagner leur respect, leur admiration, leur affection. Sans succès. Qui aurait pensé que la grande guerrière d'Hovo se sente si seule ?

-Pourquoi... 

-Pourquoi je m'adresse ainsi à toi ?

Elle ne répondit pas mais hocha fébrilement la tête, mouvement qui lui coûta des efforts inconcevables compte tenu de sa faible amplitude. Nakaën se mit à léviter, se dirigeant vers elle à faible allure jusqu'à se retrouver à son niveau, et tendit le bras. Au creux de sa main se matérialisé une poignée argentée, qui fut bientôt rejointe par la garde et la lame d'une épée fine de belle facture. Il appuya délicatement la pointe sur l'armure de sa prisonnière, entre ses poumons. Doucement mais sûrement, elle s'enfonça dans la fine plaque d'acier comme si elle eut été du beurre. La peau de la jeune femme fut piquée, puis percée. Le temps paru incroyablement long alors que l'arme se fichait de plus en plus profondément dans le torse d'Esmezia, dont les cris de douleur allaient crescendo, lui arrachant larmes et spasmes, tandis qu'il lui semblait perdre la tête. Plus rien n'existait si ce n'était cette souffrance infinie. Puis, alors que la garde venaient flirter avec sa poitrine, son propriétaire retira l'épée d'une seule traite. Le flot de sang qui aurait du jaillir demeurait invisible, tout comme la plaie, mais l'hovoïte avait toujours l'impression que son corps se consumait de l'intérieur. Sa respiration était devenu souffle rauque alors qu'elle tentait de reprendre contenance. Nakaën s'avança encore, si bien que leurs visages n'étaient plus qu'à quelques dizaines de centimètres l'un de l'autre.

-Je sais tout de toi à présent. Tu n'imagines pas à quel point les verrous psychique des faibles d'esprit sont aisés forcer. La souffrance suffit. Alors, petite Zia, réponds moi donc. Comment définirais-tu cette peine qui te dévore à chaque instant, lorsque tu sais que tes amis n'ont cure de toi.

-Je...pourquoi...Nakaën...

-Ce n'est pas par une question que l'on répond à une question !

La voix, inhumaine, avait changé pour devenir celle de l'ombre aux corbeaux. D'un geste rageur, le tailleur décrivit un moulinet horizontal qui décapita l'épéiste. Celle-ci se réveilla sous le son des pas, assourdissants et cristallins. Nakaën n'avait pas bougé.

-Morte, une fois encore. Il est aisé de capter vos souvenirs, vos sentiments passés. Mais c'est sur ton présent que je t'interroge. Réponds à ma question !

De nouveau, elle pleurait, et se félicitait pourtant de ne pas s'être évanouie. Sa situation était dramatique, bien pire qu'une exécution sommaire. Le piège était impensable, pourtant...pourtant elle se devait de le comprendre. Elle ne pouvait pas simplement mourir ici, sans savoir pourquoi, sans avoir rien accompli. À moins qu'elle ne soit déjà morte. Quand bien même. Elle désirait comprendre. Surpassant la douleur non sans mal, elle parvint à secouer son crâne pour chasser les cheveux s'écrasant sur son visage luisant de sueur.

-Je ne la comprends pas, ta question...

-Pourtant facile, pesta Nakaën. Snori Pendragon n'a d'yeux que pour son royaume et sa militaire. Llednar le rôdeur ne porte aucune affection pour qui que ce soit. Oloren Ehlkaÿd a trouvé une famille, un foyer, une vie. Alix Firmin est partie. Bartiméus Roche, Inès Vrag, Habeth Folia, Edward de Reydoran.

-Arrête...

-Eux qui étaient tes chers compagnons n'ont que pour toi l'affection qu'ils avaient pour la petite fille que tu étais. Et tu fuis cette vérité en te mêlant de ce qui ne te regarde pas. Mais voit où ta route t'as menée. Tu ne peux échapper à tes sentiments. Aucun de vous ne le pouvez, tel est le fardeau des hommes.

-Tues moi, si tu y tiens vraiment ! Mais arrête ça !

Nakaën fit silence et l'observa, semblant la jauger. On aurait pu croire qu'elle la décevait tant il faisait preuve, sans mots, de condescendance.

-Je ne veux pas te tuer, affirma-t-il. J'ai, pour l'heure...

Flash. Une source de lumière venait de jaillir du néant, le chassant un bref instant, paralysant le geôlier. Esmezia, toujours immobilisée, ne comprit ce qu'il venait de se passer. Second flash. Nakaën commençait à se distordre. Un visage, en tout point identique au sien, était en train de surgir du flanc de son crâne, l'air apeuré. Cette fois-ci, ce fut une série de flashs, tous plus intenses les uns que les autres, causant à chaque occurrence une affreuse convulsion au tailleur. Les ténèbres étaient troublés. Jusqu'à lors, rien ne semblait avoir de substance, de réalité. Les traits de cet univers absurde perdaient en intensité. Esmezia parvint à respirer convenablement, et la bouffée d'air frais chassa la douleur affreuse causée par cette plaie invisible entre ses seins. Elle pouvait s'échapper. Pourquoi, comment, elle l'ignorait, mais elle le pouvait ! D'un coup sec, elle tira sur les chaînes transparentes la retenant, et les brisa. Celles de ses mollets se dissipèrent d'elles-même, tandis que Nakaën tombait au sol, lamentablement, prit de tremblement intenses et incessants. C'était le moment de fuir, mais...il ne fallait pas oublier pourquoi ils étaient venus dans ces montagnes. Ils voulaient en savoir plus sur leur ennemi. Ce dernier ne pouvait s'agir que du grand blond, elle en était désormais certaine. Pourtant sa seule identité ne suffisait pas. Il fallait découvrir ce qu'il était. Se traînant tant bien que mal, elle alla agripper la lame tombée au sol de son adversaire, le mit sur le dos d'un coup de pied et, non pas sans quelque intention vengeresse, la lui planta en plein cœur. Un flot discontinu d'information la traversa alors, intense. Bien trop intense pour elle. C'était comme si tout ce qui faisait l'essence de Nakaën entrait en elle. Une cascade de souvenirs, d'émotions, d'ambitions, de pensées. Une identité entière. Deux identités. Nakaën n'était pas seul. Enfin, elle savait.

Esmezia rouvrit les yeux et se rendit compte qu'elle était face contre terre. La neige lui fit l'effet d'une douche glacée et la tira définitivement de sa torpeur. Ce qu'elle venait de vivre s'apparentait à un long, très long cauchemar. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'elle était encore en vie, puis quelques autres pour se situer spatialement. Ses hommes avaient accouru vers elle et tirée un peu à l'écart. Du sang s'écoulait du bras blessé de Nakaën, qu'une flèche venait d'érafler. La plaie se refermait dores et déjà, par le biais de fils sombres, comme tissés par un organisme dissimulé à l'intérieur du sang du jeune homme. Celui-ci, affolé, regardait tour à tour les naïlikans, puis posa son regard sur l'épéiste.

-Zia ! Aide-moi !

Cette fois-ci, il s'agissait bel et bien de la voix du tailleur. La blessure avait momentanément réveillé le peu de conscience qu'il lui restait, mais son regard changea bien vite, signe que l'ombre avait reprit le dessus. L'ombre qui avait en réalité un nom. Esmezia l'avait vu. Elle avait tout vu. Son histoire, ses pouvoirs, son plan. La façon dont il avait réduit en esclavage ce pauvre garçon. Et l'étendue de ses pouvoirs. Solunthes, l'oublié. L’artefact des guérisseurs, qui contrôlait les illusions, les souvenirs, les émotions. Celui qui, après sa cuisante défaite des siècles auparavant, avait utilisé ses dons pour disparaître de la mémoire du monde entier avant de plonger dans un profond sommeil. Il était celui qui avait rendu ces bêtes soumises et agressives. Bêtes qui, à l'instant, revenaient en masse vers le plateau rocheux.

-Dame Fambriel, il faut fuir ! somma l'un des grimpeurs.

-Oui...oui, dépêchons nous, ordonna-t-elle, encore sous le choc.

La course effrénée débuta. Les loups, du haut de leur mètre au garrot, étaient des prédateurs particulièrement vifs, ce qui compensait leur manque d'intelligence. Ils fonçaient déjà lorsque les troupes se mirent en marche, et celles-ci ne durent qu'à leurs marcheurs de pouvoir bondir assez haut pour éviter les redoutables crocs qui auraient déchiqueté bien des mollets. L'un des deux dragons apparut alors au détour d'un amas rocheux, les surprenant et crachant vers eux une redoutable sphère incandescente. Encore en plein air, ils ne purent réagir. Une bonne moitié des hommes furent calcinés vifs. Une majeure partie d'entre eux s'étaient volontairement placés entre la redoutable attaque et leur capitaine, préférant la profiter elle et les informations qu'elle semblait avoir requise plutôt que de se soucier de leur vie. Les hommes du Nord étaient d'un courage et d'une loyauté inconcevable. Autant faire en sorte qu'ils ne soient pas morts pour rien ! Dès lors qu'ils eurent rejoint la paroi et entamé la descente, on cessa de les suivre. Comme prévu. Les créatures demeuraient auprès de leur maître, qui n'attendaient qu'une chose. Edward avait à moitié vu juste. De retour au village, l'officier vint à la rencontre des éclaireurs.

-Dame Fambriel, que s'est-il passé là haut ? Regardez dans quel état vous êtes, tous !

-Prévenez vos fonceurs, il faut faire passer un message au roi, à Kellue Dovlass et à Ohihir : il y a un artefact ici, Solunthes, et il cherche Athis. Hâtez vous !

Non loin de là, un soldat avait tendu l'oreille et capté cette information, des plus intéressantes.

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Louis
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Dim 21 Sep - 12:22

Voilà trois jours que les fonceurs Naïlikan étaient parti vers leur capitale dans le but d'avertir leur suzerain du danger imminent. Professionnels entrainés et bien conscients de l'importance de leur mission, les hommes n'avaient pratiquement pas dormis, et avaient décidés de ne pas faire cuire la nourriture afin de gagner du temps. Pourtant, aucun signe de fatigue n'apparaissait sur leurs visages. Baroudeurs compétents, ces soldats étaient capables de surmonter toutes les épreuves se dressant sur leur chemin afin de servir leur patrie. A l'aube de leur dernier jour de marche, le soleil levant se dressant devant eux les enjoigna à presser encore d'avantage le pas. Eblouis par le soleil, il ne remarquèrent les deux ombres menaçantes tournant autour d'eux qu'au dernier moment. L'officier en charge siffla trois fois, indiquant le danger imminent, dès lors qu'il eut levé les yeux vers le ciel. Aussitôt, les dix hommes sous ses ordres dégainèrent leurs armes, prêts à affronter la menace. Un flot de flamme s'abattit sur eux, les forçant à reculer d'une dizaine de pas. Leurs capacités de fonçeurs rendant la tâche aisée, aucun ne fut touché par ce déluge de feu. Mais à peine eurent-ils le temps d'esquiver cette première vague de chaleur qu'une seconde, puis une troisième les força de nouveau à se déplacer à grande vitesse. Manquant de réflexe, un homme périt sous le souffle brûlant d'un des dragons, ses cris résonnant longuement dans la plaine. Et la pluit ardente continuait à s'abattre sans merci autour d'eux. Lorsqu'elle cessa enfin, les militaires remarquèrent, à leur grand effroi, qu'un mur cônique de flamme de plusieurs mètres les séparaient du reste du monde. Un des dragons atterit au sol en faisant trembler le sol, menaçant. Mais pas autant que ce qui semblait être son cavalier. Le chef de la troupe reconnu aussitôt Edwig Luthness, le dangereux porteur d'Athis.

Sautant de sa monture avec souplesse, l'ancien Ombre eut un sourire carnassier des plus effrayants. L'officier ordonna, contre toute attente une position défensive en V. L'homme était sans aucun doute redoutable mais ils avaient pour eux l'avantage de la vitesse.

Edwig chargea alors, sa bardiche tenue entre les deux énormes hachoirs qu'étaient ses mains. Trois des naïlikans l'immitèrent, l'encerclant en quelques instants. Lorsque les trois militaires amorcèrent dans le même temps et avec une synchronisation parfaite une attaque frontale. Sans même sourciller, le porteur d'Athis fléchit les genoux et prennant son arme imposante à une main, effectua un tour sur lui même, décapitant deux de ses adversaire et blessant gravement à l'épaule le troisième. Repprenant sa charge, il fut stoppé par les sept morts en répit qui brandissaient des lances face à lui, l'empêchant d'avancer. Lâchant sa bardiche, il saisit une des armes le menaçant avec une facilité déconcertante, puis tira, ce qui eut pour conséquence de faire tomber dans la boue le soldat la possédant. Aussitôt, ses compagnons redoublèrent d'efforts, obligeant l'Ombre à esquiver de son mieux les traits rageurs de ses ennemis. Pourtant dans une telle infériorité numérique, l'homme profitait de quelques attaques manquant de vigueurs pour empaler les soldats dans leurs propres armes. Rarement instantanément léthal, ces coups pouvaient faire agoniser leurs victimes pendant des jours. Lorsque le nombre de ses adversaires le permit, Edwig se servit uniquement de ses poings. Une partie de ces hommes, au moins, devait rester vivants. Enchainant les uppercuts et coups de pieds, il eut vite fait de neutraliser tous ses adversaires. L'officier gémissait à quelques pas de lui. Le soulevant avec aisance, Edwig le plaça sur son épaule, ramassa sa bardiche et remonta sur le dragon qui lui avait servi de monture. Cet homme aurait une utilité certaine...
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Dim 21 Sep - 18:19

Post antérieur à celui de Louis.

Nakaën avait fui. Soluthes avait fui. Lequel, en réalité, maintenait son emprise sur l'autre ? Pour l'heure, il s'agissait d'une entente forcée, dont les deux protagonistes se satisfaisaient lorsque leur intégrité était en jeu. En l’occurrence, alors qu'ils fouillaient l'esprit d'Esmezia, on leur avait tiré dessus. La maîtrise de leur pouvoir laissait encore à désirer. Jadis, jamais l'artefact n'aurait ainsi relâché son attention, allant jusqu'à oublier la présence des autres soldats. Ce jeune porteur ne s'était pas encore accoutumé à l'influence de ses pouvoirs. Cela viendrait. La mission s'avérait en tout cas un être un franc succès. À travers les pensées de la jeune femme, ils avaient vu ce qu'était devenu le monde durant leur absence. La guerre des artefacts, l’unification des contrées, les différents rois. Beaucoup d'informations demeuraient complexes à assimiler, tant le clivage s'avérait colossal. En effet, Solunthes n'avait pas été porté depuis l'époque où la notion même d'État n'existait pas en Valato. Seules les tribus barbares parcouraient ces terres fertiles, souvent pour y piller les rares clans sédentaires. Les cartes avaient donc été redistribuées. Luuwr, Naïlika, Hovo, l'Oran. Talir Kesron, Edward de Reydoran, Renrick Fambriel, Snori Pendragon. Heureusement, certains choses ne changeaient pas. Un homme était recherché, partout. Il était considéré comme dangereux, et nul n'avait la moindre information sur sa localisation ou la nature de ses actions depuis cinq ans. Le nouveau nom d'Athis était Edwig Luthness. Son compagnon, il le connaissait parfaitement. Il devait avoir une idée en tête.

Derrière le guérisseur, les bêtes se déchaînaient contre les naïlikans, et l'avantage n'allait pas aux hommes. Leur meneuse risqua de près la mort, tandis qu'une bonne moitié de ses hommes y restèrent, calcinés ou déchiquetés, si ce n'étaient les deux à la fois. Le scénario aurait pu convenir tout à fait à Solunthes, si il n'y avait pas eu la faiblesse de Nakaën. La douleur avait revigoré, quelques secondes durant, son esprit affaibli. Assez pour que l'illusion se retourne contre eux et que la guerrière puisse, à son tour, leur soutirer quelques informations. Elle savait qui il était, elle savait qu'il cherchait Athis. L'effet de surprise serait moindre. Mais d'un autre côté, il allait falloir, d'une manière ou d'une autre, qu'elle relaie l'information. Or même la plus discrète des femmes ne pouvait se soustraire à l'amas des oreilles indiscrètes. La rumeur se répandrait, à une échelle ou une autre. Athis saurait pour sa venue, certainement sous de brefs délais. Une fois la bataille terminée, l'un des deux dragons vint se poser près de la grotte dans laquelle l'artefact s'était réfugié, le temps que sa plaie guérisse complètement. Avec un tel gardien, on ne viendrait pas le déranger de sitôt. Pour autant, il ne pouvait se permettre de se reposer trop longtemps. Neims était lointaine, mais un mortel ennemi s'y trouvait : Ohihir. Dès qu'il aurait eu vent de sa venue, le loup-garou viendrait à sa rencontre. Solunthes ne doutait pas de ses capacités, d'autant que le temps passé à imprégner de son essence l'esprit des créatures locales lui assurait une cohorte efficace. Ceci étant, Ohihir faisait preuve d'une redoutable intelligence malgré les apparences et, plus encore, d'une force physique sans égale. Vaincre un dragon ne lui serait pas aisé, mais il y parviendrait. Pour bien faire, un griffon ou un chiroptère auraient été de mises, toutefois l'artefact doutait, encore faible qu'il était, de pouvoir en corrompre un ; si tant est qu'il parvienne à les dénicher. Non, définitivement, il fallait se hâter. Il avait au maximum quatre jours pour préparer un plan. S'envoler à dos de dragon ? Oui, mais pour aller où ? Il n'avait aucune idée de la localisation d'Athis et ne lui connaissait que très peu d'alliés. Belwur en faisait partie, mais le démon était surveillé de près par ce fameux « conseil ». Si seulement il avait eu accès à sa seconde forme...les choses auraient été facilités. Mais Nakaën n'était pas prêt. L'utilisation de l'hybridation le détruirait avant même qu'elle ne soit parachevée, et aussi faible ce corps soit-il, Solunthes en avait besoin pour le moment.

Du pendentif jaillirent des étincelles sombres qui, bientôt, se regroupèrent pour former une ombre compact. Là, au creux de ce néant infini, la vague forme d'un visage cauchemardesque se forma. Tel était l'avatar. Ténèbres opaques. Nakaën, terrifié, tenta de reculer en se traînant sur le sol gelé où il était assis. De sa voix sifflante, son nouveau compagnon le stoppa.

-Te sens-tu en forme ?

Affolé, le jeune homme regardait autour de lui à la recherche d'une aide quelconque, mais tomba nez à nez avec l'imposante mâchoire d'un dragon assoupi, ce qui suffit à amplifier sa terreur. Malgré l'envie de hurler, il se retint d'ouvrir la bouche de peur d'éveiller la bête, et se força à fixer Solunthes, tremblant de la tête au pied. Un sursaut d'orgueil lui fit prononcer ces quelques mots :

-Comme si tu t'en souciais ! Tu as pris mon corps ! Et ce collier...

Nakaën tentait d'arracher ledit ornement, en vain. Une fois enfilé, nul ne pouvait retirer Solunthes à moins qu'il n'en décide ainsi. La seule alternative était la mort. La relique des guérisseurs n'était pas qu'un artefact comme les autres, mais plutôt un symbiote. Une fois le corps humain imprégné du pouvoir sombre, il y devenait dépendant. Une séparation forcée aurait probablement conduit Nakaën dans de profonds était de démence, ou aurait altéré ses fonctions vitales, le transformant en légume. Une énième tentative se finit par un cri rageur, tandis que Solunthes prenait vaguement forme humaine. Petit à petit, ses contours se dessinaient, ses traits s'affinaient, et bientôt il eut une apparence tout à fait ordinaire : celle d'un homme d'une trentaine d'années, richement vêtu, les cheveux noirs plaqués en arrière et la barbe taillée en pointe. Nez droit, lèvres fines, il était élégant et charismatique, froid d'apparence mais ô combien attirant. Mains dans les poches, il regardait le tailleur de haut, sans la moindre trace de dédain.

-Je me soucies de toi, affirma-t-il d'une voix changée, plus douce, plus humaine. Si tu péris, je me retrouverai dans une situation compromettante. J'ai besoin de toi Nakaën, afin d'infiltrer une nouvelle fois l'esprit d'Esmezia Fambriel, quelques secondes. Te sens-tu la forcé nécessaire pour ce faire ?

-...je ne peux pas vous dire non, n'est-ce pas ?

-Je ne te laisserai pas faire, effectivement. Je mettrais mon plan à exécution quoiqu'il en soit, mais cela sera beaucoup plus aisé avec ton consentement. Beaucoup moins douloureux pour toi, également.

-J'ai une autre question ! C'est ça, votre véritable apparence ?

-Je n'ai pas d'apparence propre, répondit-il du tac au tac. Tu me vois ainsi car cette image te semble admirable. Mais je puis être un enfant, une femme, un vieillard, qu'importe. La seule chose à laquelle donner du crédit est la façon dont tu me perçois.

Pour illustrer son propos, l'avatar avait, tout à tour, pris les apparences citées comme exemple, avant de revenir à celle initiale.

-Alors ? J'attends toujours la réponse.

Nakaën déglutit, tétanisé. Il lui fallait faire le point sur sa situation. Cette entité, Solunthes, le dominait totalement. Sa liberté déjà moindre s'en retrouvait réduite à néant, et il devait, pour son propre bien, lui obéir au doigt et à l'œil. Cela signifiait blesser des gens, voire en tuer. Il avait lu dans les pensées de l'artefact. Retrouver Athis, l'aider quel que soit son projet. Un projet impliquant certainement la destruction, soit dit en passant. Mais sa responsabilité serait moindre. Le mieux qu'il pouvait faire pour l'heure était attendre, observer, chercher une faille dans la psyché de son parasite. Le tailleur soupira. Jamais il n'aurait du le ramasser, ce jour là.

-Allons-y, lança le garçon sans la moindre conviction.

Esmezia, au même instant, débattait avec deux officiers. Elle ne voulait pas révéler ses savoirs à l'ensemble de ses hommes pour l'heure, et avait d'ailleurs donné ordre aux éclaireurs de ne pas en parler. Leurs supérieurs avaient donné leur appui en affirmant haut et fort que la moindre dérogation à cet ordre les emmènerait directement en cour martiale. Désormais, ils tentaient d'établir une stratégie pour, dans un premier temps, détruire ces monstres montagnards. Régulièrement, la rouquine frissonnait. Non pas de peur, mais d'émoi. Même si cela avait été accidentel ou du moins inattendu, se glisser dans l'esprit d'un artefact s'était révélé incroyable. Jamais elle n'aurait cru que cela été capable, et sur l'instant, jamais elle n'aurait cru y survivre, mais à présent, elle avait en tête des centaines d'années de souvenir et d'immenses connaissances qui ne lui appartenaient pas. Il serait dur, très dur de conserver un équilibre mental à ce rythme là, tant l'aura de Solunthes écrasait la sienne au sien de son propre esprit. En outre, des bribes de Nakaën lui parvenaient. Elle n’était plus sûre de se sentir elle-même, et cela l'effrayait, bien plus qu'une armée d'hommes sanguinaires . Il faudrait en parler au prochain porteur d'artefact qu'elle croiserait, eux auraient sans doute des conseils à lui donner, voire un remède à lui souscrire. Ce fut en plein milieu de la conversation qu'elle eut soudainement l'envie d'asseoir son autorité. L'impulsion fut incontrôlable. Elle coupa net l'un des officiers.

-Solunthes est de retour, là, dans ces montagnes, et il n'attend qu'Athis pour se révéler !

Ses interlocuteurs l'observèrent, interloqués.

-Oui, nous sommes au courant, fit l'un d'eux, sourcils haussés. Vous ne devriez pas le crier ainsi, madame.

La jeune femme lui rendit un regard tout aussi surpris.

-Euh...oui. Oui, bien sûr que je ne devrai pas. Excusez moi...

Pendant un instant, elle ne s'était plus sentie elle-même. Comme si elle s'était observée agir de l'extérieur. Sans doute un effet de cette visite spirituelle. Pourvu, simplement, que personne n'ait entendu cela.

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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Dim 21 Sep - 20:06

Deux étranges silhouettes se dressaient à l'entrée de la grotte, éclipsant une grande partie de la faible lumière présente dans le repère de Solunthes. Le gardien du lieu rugit afin d'éloigner les intrus et s'apprêta à les occire, mais il n'en fit rien. De par l'influence de ses maitres, le dragon comprit que l'homme et la créature à qui il avait affaire étaient les alliés providentiels qu'Ils attendaient. Marchant de paire, et avec une synchronisation surnaturelle, Edwig et Athis s'approchèrent de leurs homologues respectifs.

Le sourire qu'affichait Athis, bien que sincère, aurait pu plonger dans l'effroi les hommes les plus courageux de Valato. Bien familier de ce sourire, Solunthes ne réagirait certainement pas ainsi. Ce retroussement de papilles de la Lionne signifiait l'aventure, la destruction et la domination. Nombre de fois, ils avaient parcouru la terre, Belwur, Solunthes et lui dans ce but. La victoire et la défaite avaient été au rendez vous, mais immortels qu'ils étaient dans ce monde, ils y avaient toujours pris un terrible plaisir. De tous les artéfacts, nul ne brisaient les hommes mieux qu'eux. L'adversité avait été au rendez vous, bien sur. Mais aujourd'hui, Athis avait un plan. Aujourd'hui et ensemble, ils parviendraient à se débarasser de ceux qui avait été pendant des millénaires les épines dans leurs pieds. L'émotion qui traversait Athis aurait presque pu être considérée comme humaine. Car aujourd'hui, il retrouvait quelqu'un qui avait eu le talent de s'effacer de sa mémoire pourtant infaillible.

- Solunthes... Quel coup de génie, quelle maitrise de ton pouvoir... C'en est des plus impressionnants, chuchotta l'artéfact. Tu fais une triste mine, mais crois moi, tu retrouveras ta gloire passée d'ici peu. Je t'en fais le serment!

Un peu plus loin, Edwig approchait du nouveau porteur. L'homme lui faisait de la peine. Contrairement à lui, il n'avait pas assumé le pouvoir qui lui avait été confié. Le colosse avait bien sur conscience de suivre les désirs de son artefact, mais il prennait plaisir à ces machinations, et avait de nombreuses fois conseillé Athis sur la marche à suivre. Si il n'était que l'élève dans leur relation, il se savait talentueux en la matière. Les profits qu'il avait tiré de leur collaboration étaient immenses, et il avait bien l'intention de le faire comprendre au nouveau porteur se tenant devant lui. S'asseyant en tailleur à côté de l'homme, pour le moins effrayé par la masse de muscles imposante qu'il représentait, il resta silencieux quelques instants. Puis, lorsqu'il put faire un mouvement sans que son homologue esquisse un geste de fuite, il ouvrit la bouche, sa voix de ténor résonnant dans la caverne :

- Pardonne moi, mais j'ai entendu votre conversation, jeune inconnu. Tu es effrayé, tu crains le pouvoir qui t'a investi. Je comprends, j'ai vécu la même chose, il y a quelques années de cela. Mais prends conscience de la chance que tu as. Des milliers de personnes tueraient pour avoir ton opportunité. Tu n'es plus un petit hovoïte inconnu de tous. Tu es le maitre de ton destin, désormais. Solunthes te donne une possibilitée de marquer l'histoire à ses côtés...
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Dim 21 Sep - 20:40

Ainsi, Solunthes avait visé juste. Nakaën était, une fois encore, effaré de la présence d'esprit de son nouveau compagnon. Athis se trouvait bel et bien dans le camp militaire. Le stratagème avait fonctionné. Désormais, le fameux hybride félin se trouvait face à eux, dans toute sa grandeur. Il dégageait un charisme particulier, indescriptible, très puissant. C'était le genre d'être que l'on avait envie de suivre jusqu'au bout, qu'on avait envie de côtoyer, d'écouter. Il n'inspirait pas la terreur mais bel et bien l’admiration, à l'inverse de son semblable. Celui-ci, toujours sous forme humaine, accueillit l'homme à tête de lionne avec un léger sourire. À cet instant, le jeune guérisseur ne semblait plus exister à ses yeux. Le pauvre garçon s'était recroquevillé dans un coin, anticipant les éventuelles tortures que l'on pourrait encore lui infliger, tout en gardant en tête son objectif premier : se libérer de ce joug malsain. Une seconde à peine, l'idée de s'enfuir en courant lui traversa l'esprit. Certes stupide puisque Solunthes le suivait comme son ombre, mais avec un peu de volonté, il aurait peut-être pu parvenir jusqu'au camp des naïlikans. Pour quoi leur demander par la suite, il ne le savait guère. La raison l'aurait poussé au suicide, mais il désirait vivre plus que tout. Une imposante silhouette le dissuade d'esquisser l'exécution de son plan improvisé. On lui avait parlé d'Edwig Luthness. On lui avait décrit son physique imposant, sa musculature herculéenne, sa barbarie sans nom. Imposant, il l'était. Physiquement puissant également. Mais de ses traits n'émanait pas de haine, de violence ; à l'inverse s'en dégageait une sérénité et une intelligence redoutable. Or cela le rendait bien plus effrayant encore. Lorsqu'il vint s'asseoir près de lui, Nakaën eut un mouvement de recul. Il commença alors à lui parler. De son destin, de ses craintes. Objectivement, nul mieux que lui ne pouvait comprendre ce qu'il traversait; et sa voix incitait en outre à la confiance. Mais il ne voulait pas devenir une bête sauvage. Il ne voulait pas s'élever au rang de criminel recherché. Il ne désirait qu'avoir une vie sympathique, épouser une jolie fille, vivre quelques aventures et avoir un brin de reconnaissance. Peu lui importait s'il ne devenait pas une sommité du moment qu'il avait l'impression d'accomplir quelque chose, même minime. Pourtant la vérité lui revenait en face. Jamais il ne serait quelqu'un de respecté, plus maintenant. La pente sur laquelle il venait de s'engager ne lui permettait pas de faire demi-tour. Non. Même avant cela. Jamais il n'aurait pu devenir cette pâle copie de héros dont il rêvait tant. Les efforts l'y auraient peut-être conduit, mais ce n'aurait pas été lui. Les mots d'Edwig prirent soudain ampleur au fond de son être.

-Que comptez-vous faire ? demanda-t-il, encore craintif mais curieux d'en savoir plus sur ce que lui proposait, exactement, ce colosse.

Tout proche, debout devant eux, les avatars entamaient leur discussion. Athis entama par des éloges qui auraient été de mauvais augure en temps normal, mais qui ne pouvaient être qu'honnêtes pour l'heure. Nul, mieux que l'éloquent félin, savait que les jeux d'esprits et les charmes ne fonctionnaient sur Solunthes. Ce dernier, après avoir écouté d'une oreille attentive les mots échangés par les deux porteurs, rétorqua d'une voix calme, à la fois douce et puissante.

-Je suis flatté, mon vieil ami. Je me suis endormi lorsqu'Ohihir t'a vaincu, il y a de cela des siècles. Je savais que le jour viendrait où tu aurais de nouveau besoin de moi. Je présume que tes intentions concernent ce vieux loup...j'ai soutiré quelques informations à une humaine. Ohihir, Offtaür, Nahaow, Nigdaoz et Belwur se réunissent régulièrement. Ils seront à Rednow dans...onze jours à présent. Permets-tu ?

L'homme aux cheveux de jais avait tendu la main, doigts écartés, vers le torse d'Athis. Il s'agissait là d'une des facettes de son pouvoir : transmettre, s'il le désirait, ses savoirs. Tout partager avec un humain non-porteur l'aurait certainement détruit, mais un artefact pouvait l'encaisser. Par ce biais, Solunthes comptait faire acquérir à son ami les plans des palais de Nora et Neims, ainsi que les noms et visages des grands dirigeants du monde, des porteurs d'artefacts, de leurs faiblesses. Tous les savoirs, sentiments et souvenirs d'Esmezia Fambriel. Un tel procédé laissait le polymorphe à la merci de son interlocuteur, pour lequel il n'aurait plus aucun secret. Mais il n'avait aucune raison de ne pas faire confiance à Athis. Et quand bien même celui-ci venait à le sacrifier pour sa cause, il serait ravi de lui donner sa vie. Cette dévotion, il en serait également informé une fois l'échange effectué.

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Louis
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Dim 21 Sep - 21:13

Des multitudes d'informations passaient dans l'esprit d'Athis. Certaines déjà connues, d'autres sans le moindre rapport avec leur plan. Une pourtant, le rendit extatique. Ce vieux brigand avait tellement développé son pouvoir, pendant cette période d'ermittage forcé. De nouveaux concepts, de nouvelles idées passèrent à l'esprit du félin. Quelque chose de révolutionnaire, dans l'essence même des artéfacts. Un concept qui boulversait l'idée même qu'avait la créature millénaire sur leur condition. Des pulsations qui se transmirent jusque dans l'essence de l'objet animé. Perdant le contrôle de son avatar, il papillona des yeux pendant le temps que dura le transfert.

- Solunthes, mon vieux compagnon... As tu l'idée de la force de tes découvertes? Tu viens d'ajouter une pierre de taille à l'édifice que j'ai prévu...

Traitant les savoirs reçus, il en donna la substantifique moëlle à son disciple et porteur, qui eut un frisson, assimilant l'étendu des découvertes d'Athis.

- Nous allons sortir de l'ombre mon ami fit le géant après avoir repris ses esprits. Solunthes, même si tu le prends pour un tyran, est une pauvre âme oppressée qui souhaitte retrouver sa place dans le monde. Il s'agit de la même chose pour Athis... A l'heure actuelle un conseil de ces oppresseurs se réunis régulièrement pour décider à lui seul de l'avenir de l'ensemble de Valato. Nous devons les détrôner, et nous ne pourrons le faire sans toi. Le fardeau que tu portes à tes épaules est la grande responsabilité qui incombe à ceux qui ont été touchés par le pouvoir des artefacts. Nous pouvons changer le monde, abolir cette tyrannie...
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Dim 21 Sep - 21:37

Solunthes haussa brièvement les sourcils, puis se ravisa et reprit sa forme originelle, celle d'une ombre absolue, envoûtante de par l'opacité de son néant. Il ne comprenait pas tout du plan d'Athis, et ne se souciait pas d'en savoir les tenants pour l'heure. Il suivrait son ami, lequel lui révélerait les informations dont il avait besoin en temps venu. Le félin était le seul et véritable cerveau du groupe qu'ils avaient souvent formé avec Belwur. Il échafaudait les plans, tirant profit des capacités de chacun. Le démon le suivait, avide de chaos, et l’illusionniste lui portait assistance avec un certain désintérêt. Ses motivations demeuraient floues, alors qu'elles s'avéraient limpides si l'on acceptait un simple fait : aucun de ses actes n'étaient déterminés. Solunthes accompagnait un ami. Ni plus, ni moins. Mais la vérité de l'amitié échappait au commun des mortels. Aucun n'aurait été prêt à remettre sa pleine confiance à autrui, à se sacrifier pour lui si nécessaire. À dormir des siècles dans l'espoir d'un jour pouvoir l'aider de nouveau. Nakaën écoutait quant à lui les dires du géant avec attention et crainte, et finit par se faire à l'idée qu'on s'adresserait à lui par énigmes tant qu'il ne serait pas pleinement dévoué à son récent artefact. Quitte à feindre être leur allié, autant aller jusqu'au bout. Il acquiesça même s'il n'était pas certain d'avoir tout compris, et se risqua à parler de sa propre initiative.

-Je suppose que nous devrions partir à présent.

Les mots avaient été prononcés d'une voix tremblante, mais avec une certaine conviction. Malgré sa fébrilité, le jeune guérisseur voulait montrer qu'il n'était pas un poids mort. Cela satisfit grandement Solunthes, qui préférait ne pas avoir à faire d'effort pour faire de lui son esclave. Plus il aurait l'illusion d'être utile, plus il serait facile à manipuler. Les gens confiants ne se méfiaient plus.

-Nakaën a raison, acquiesça l'artefact. Ce dragon est mien pour l'heure. Il peut nous emmener loin d'ici. Considères-le sous tes ordres, mon ami.

Selon toute vraisemblance, ils allaient devoir tenter de se faire le plus discret possible et d'en apprendre plus sur ce fameux conseil. La susnommée Dame Fambriel n'avait que de vagues informations à ce sujet, et des lacunes persistaient. La localisation exacte leur était ainsi inconnue, or Rednow était une grande cité. Un doute emplit toutefois l'esprit de Solunthes. Trouver ces porteurs étaient une première étape importante, mais...

-Comptes-tu faire face à Ohihir une fois encore ? Il ne sera seul, cette-fois, et Nakaën n'est pas encore capable de m'utiliser convenablement. Même à nous deux, je ne suis certain que nous puissions les vaincre.

Même si le loup garou restait leur principal ennemi, Solunthes avait en outre appris que la dénommée Nigdaoz, qu'il n'avait jamais rencontré, comptait parmi les plus puissants des leurs, en terme de combativité. De ce qu'il en savait, elle se situait à peu près au niveau de Belwur. Avec en outre Offtaür, capable de bloquer partiellement ses capacités mentales et Nahaow, ils ne feraient pas le poids.

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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Dim 21 Sep - 22:04

Dans l'océan de possibilité qui s'offrait à lui, Athis n'avait pas encore fixé toutes les variables. Mais certaines choses étaient sûres. Ils ne pouvaient pas encore affronter leurs ennemis en face à face. Il fallait d'abord saper leurs forces de l'intérieur, méthodiquement et implacablement. Ils seraient ensuite capables de leur faire face, et réparer les injustices du passé. Quant à Ohihir, il prévoyait, grâce Solunthes, un sort très particulier à cet ennemi juré! Ce caniche allait payer pour son intervention dans des affaires qui n'étaient pas de son ressort.

Par ailleurs, il ne savais pas que penser du nouveau pion de Solunthes. Il était loin d'avoir les épaules d'Edwig, qui était sans prétention un de ses meilleurs porteurs, si ce n'est le meilleur. Enfin, qui sait, le colosse était rien d'autre qu'une masse de muscles, il y a cinq ans. Nakaën pourrait évoluer à leur contact... Et le ton qu'il venait d'employer, même si pas des plus convaincants, était un signe encourageant.

- Tu vas venir avec moi, mon ami firent Edwig et Athis d'une même voix, en s'adressant à leurs compagnons.

Enfourchant le dragon avec une aisance naturelle, le colosse tendit une main à Nakaën, qui le rejoint d'un air presque terrifié.

- Cette créature est tienne. Tu n'as rien à craindre d'elle déclara Edwig d'un ton assuré.

Tandis que le dragon commençait à battre des ailes, Athis, perdu dans ses pensées, répondit enfin à la question de Solunthes.

- Ne t'inquiètes pas. Le destin de ce caniche est entre nos mains. Dans quelques mois, notre domination sera totale!
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MessageSujet: Re: Nouvelle menace   Dim 21 Sep - 22:09

Voilà trois jours que les fonceurs Naïlikan étaient parti vers leur capitale dans le but d'avertir leur suzerain du danger imminent. Professionnels entrainés et bien conscients de l'importance de leur mission, les hommes n'avaient pratiquement pas dormis, et avaient décidés de ne pas faire cuire la nourriture afin de gagner du temps. Pourtant, aucun signe de fatigue n'apparaissait sur leurs visages. Baroudeurs compétents, ces soldats étaient capables de surmonter toutes les épreuves se dressant sur leur chemin afin de servir leur patrie. A l'aube de leur dernier jour de marche, le soleil levant se dressant devant eux les enjoigna à presser encore d'avantage le pas. Eblouis par le soleil, il ne remarquèrent les deux ombres menaçantes tournant autour d'eux qu'au dernier moment. L'officier en charge siffla trois fois, indiquant le danger imminent, dès lors qu'il eut levé les yeux vers le ciel. Aussitôt, les dix hommes sous ses ordres dégainèrent leurs armes, prêts à affronter la menace. Un flot de flamme s'abattit sur eux, les forçant à reculer d'une dizaine de pas. Leurs capacités de fonçeurs rendant la tâche aisée, aucun ne fut touché par ce déluge de feu. Mais à peine eurent-ils le temps d'esquiver cette première vague de chaleur qu'une seconde, puis une troisième les força de nouveau à se déplacer à grande vitesse. Manquant de réflexe, un homme périt sous le souffle brûlant d'un des dragons, ses cris résonnant longuement dans la plaine. Et la pluit ardente continuait à s'abattre sans merci autour d'eux. Lorsqu'elle cessa enfin, les militaires remarquèrent, à leur grand effroi, qu'un mur cônique de flamme de plusieurs mètres les séparaient du reste du monde. Un des dragons atterit au sol en faisant trembler le sol, menaçant. Mais pas autant que ce qui semblait être son cavalier. Le chef de la troupe reconnu aussitôt Edwig Luthness, le dangereux porteur d'Athis.

Sautant de sa monture avec souplesse, l'ancien Ombre eut un sourire carnassier des plus effrayants. L'officier ordonna, contre toute attente une position défensive en V. L'homme était sans aucun doute redoutable mais ils avaient pour eux l'avantage de la vitesse.

Edwig chargea alors, sa bardiche tenue entre les deux énormes hachoirs qu'étaient ses mains. Trois des naïlikans l'immitèrent, l'encerclant en quelques instants. Lorsque les trois militaires amorcèrent dans le même temps et avec une synchronisation parfaite une attaque frontale. Sans même sourciller, le porteur d'Athis fléchit les genoux et prennant son arme imposante à une main, effectua un tour sur lui même, décapitant deux de ses adversaire et blessant gravement à l'épaule le troisième. Repprenant sa charge, il fut stoppé par les sept morts en répit qui brandissaient des lances face à lui, l'empêchant d'avancer. Lâchant sa bardiche, il saisit une des armes le menaçant avec une facilité déconcertante, puis tira, ce qui eut pour conséquence de faire tomber dans la boue le soldat la possédant. Aussitôt, ses compagnons redoublèrent d'efforts, obligeant l'Ombre à esquiver de son mieux les traits rageurs de ses ennemis. Pourtant dans une telle infériorité numérique, l'homme profitait de quelques attaques manquant de vigueurs pour empaler les soldats dans leurs propres armes. Rarement instantanément léthal, ces coups pouvaient faire agoniser leurs victimes pendant des jours. Lorsque le nombre de ses adversaires le permit, Edwig se servit uniquement de ses poings. Une partie de ces hommes, au moins, devait rester vivants. Enchainant les uppercuts et coups de pieds, il eut vite fait de neutraliser tous ses adversaires. L'officier gémissait à quelques pas de lui. Le soulevant avec aisance, Edwig le plaça sur son épaule, ramassa sa bardiche et remonta sur le dragon qui lui avait servi de monture. Cet homme aurait une utilité certaine...
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