Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant

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L.Hubs
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MessageSujet: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Lun 10 Déc - 20:58

Quelques gardes mis à part, l'intégralité du navire de guerre du royaume de la terre s'était assoupi. Cela ne l'empêchait pas pour autant d'avancer, quand bien même aucune voile n'était dressée. Seulement, de temps à autres, on pouvait distinguer une silhouette vaguement humanoïde au crâne en forme de croissant se déplacer avec nonchalance de la barre aux fourneaux, ceux-là même faisant avancer le moteur rudimentaire. Les myrs s'occupaient du bon fonctionnement de l'énorme appareillage. Ces créatures non-organiques étaient la création de Darius Maffert et avaient une très grande autonomie, si bien que certains pouvaient agir selon la volonté de leur maître des semaines durant, sans jamais prendre la moindre pause. Un ouvrier ou un soldat parfait en somme, car il ne dépensait pas de vie humaine et ne connaissait ni la fatigue, ni la douleur, ni la peur. Les premiers rayons du soleil ne tardèrent cependant pas à éclairer le pont, et les hommes se levèrent un à un sous les cris de leur général. L'Eldarak, lui aussi réveillé par ce tintamarre, passa son long manteau en lambeaux par dessus son pyjama des plus enfantins, où étaient représentés des chats de toutes tailles et toutes couleurs. Il aimait bien les chats. Le jeune homme passa par les cuisines, y prit l'une des rares denrées dont la seule odeur ne donnait pas la nausée, puis alla se pencher à la proue de leur embarcation. Il y ferma les yeux un instant. Ainsi, il ressentait parfaitement les courants magnétiques. Ceux émis par ses myrs de prime abord, puis aussi et surtout celui, colossal, qui constituait la carte d'identité du lieu auquel ils se rendaient.

-Alors?

Darius eut un sursaut et ne put retenir un hoquet de frayeur. Il n'avait pas entendu le général s'approcher. Décidément, cet homme n'avait aucun respect pour son supérieur! Certes, il était de loin plus jeune que lui et faisait clairement tâche au milieu de ces soldats en uniforme, mais tout de même. Ce militaire ne lui inspirait décidément pas la moindre sympathie. Avec ses gros sourcils constamment froncés, sa barbe mal rasée, sa cruauté sans pareil, sa maîtrise de la terre certes puissantes mais rudimentaire, sa voix insupportable, son odeur pestilentielle, ses mauvais goûts gastronomiques et musicaux, son dédain pour les jouets, et pour finir son nom. Tradoran Chouer. Chouer. Jouer, mais avec un affreux cheveu sur la langue. À ce compte là, les cheveux de Tradoran étaient absolument ignobles. Darius le dévisagea, l’interrogeant du regard sur la nature de sa question.

-Avez vous senti quoi que ce soit? compléta le général.

-Oh! Tout à fait. C'est plein Ouest, comme prévu. Pas la peine de me le demander tous les jours vous savez, si jamais ça change je vous informerais.

C'était là la principale raison de sa présence sur le navire. Étant donné que l'aimantation du Rocher Brûlant déboussolait tous leurs appareils, ils avaient besoin de lui. Qui plus est, en tant que maître du métal, excellent maître de la terre et Eldarak, il constituait une arme des plus dangereuses dont l'armée se servait sans scrupule. Le garçon soupira. Au moins, il avait le droit de prendre quelques décisions et les hommes l'écoutaient en priorité lui plutôt que ce gros empaffé de Tradoran Chouer. Darius scruta l’horizon, tant pour la beauté du paysage que pour sentir cet agréable souffle sur son visage. Il ne devait pas prendre cette expédition pour un simple voyage. Après leur victoire à Guamokoshran, il ne restait plus grand nombre de fils du feu. Tous étaient regroupés sur ce minuscule îlot qu’ils pensaient parfaitement dissimulés. Il s’agissait là du principal tort de leurs cibles : en vivant en autarcie, ils n’avaient pas pu avoir la moindre information sur l’élu de la prophétie. S’ils s’étaient renseignés, ils auraient compris que le jeune homme les retrouverait sans la moindre difficulté. Mais ce n’était pas le cas. D’ici quelques jours, ils débarqueraient sur une île emplie de moines incapables de se défendre tant la surprise sera grande. L’Eldarak et ses myrs ne feraient qu’une bouchée de ces faibles.

Mavis aussi se leva tôt, habituée à dormir très peu. À vrai dire, elle avait presque passée une nuit blanche enfermée dans sa grotte, à se questionner sur sa relation conflictuelle avec sa fille et sur la façon dont elle devait inculquer la maîtrise du feu à l’Emkuasa. Ce ne fut que lorsqu’elle remonta dans sa demeure et qu’elle trouva Pandora assoupie qu’elle put également se reposer. La présence de sa fille constituait pour elle un véritable plaisir inavouable. Depuis la disparition de son père une dizaine d’année auparavant, elle était à vrai dire son seul lien affectif. Elle l’aimait plus que tout et ferait tout pour la protéger, quelle que soit la situation. Si seulement l’adolescente en avait conscience également, les choses seraient peut-être plus aisées. C’était décidé, elle aurait une conversation avec sa fille sous peu. En attendant, il lui incombait de s’excuser auprès de Garion et de reprendre son entraînement au plus vite. La dirigeante du Rocher Brûlant alla donc s’asseoir sur le piédestal d’une statue située sur la grande place du village vertical et patienta, parfaitement immobile. Inutile de se hâter d’aller réveiller son disciple, ce dernier avait grand besoin de repos.

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Jeu 13 Déc - 12:52

La nuit avait été compliquée. Oui, c'était définitivement le mot qui convenait le mieux : compliquée. Dès qu'il avait sombré dans le sommeil, certes réparateur, Garion s'était retrouvé assailli. D'innombrables mauvais rêves lui infligeaient d'atroces visions, qui se succédaient les unes les autres. Il revoyait les flammes, gigantesques, qui l'enveloppaient à l'en étouffer, il sentait la morsure du feu sur sa peau. Il sentait le feu à l'intérieur de son corps. Plusieurs fois, le garçon s'était réveillé en sursaut, couvert de sueurs, l'esprit préoccupé par quelque-chose qu'il ne parvenait pas à nommer. A ces cauchemars s'ajoutait l'angoisse du lendemain : il lui faudrait s'excuser auprès de Mavis, faire profil bas, tenter d'être honnête, poli, patient, alors qu'il se refusait à exécuter ses ordres. Pris entre deux murs, l'adolescent frissonnait longuement, comme prit d'un mauvais pressentiment.
Son réveil avait été pour le moins désagréable : incapable de se rendormir, encore fatigué, mais soulagé de ne plus avoir à subir ces visions pourpres, Garion avait fini par enfiler ses bottes, sa chemise. Le soleil était à peine levé, mais une vive et réconfortante lumière baignait déjà la pièce. Tout paraissait si paisible. Violine, toujours enveloppée dans sa couverture, dormait en silence, et Garion dut quitter la chambre sur la pointe des pieds. Il ne digérait toujours pas son lâcheté de la veille, et redoutait que ses compagnons ne lui reprochent cette désertion. Il regrettait aujourd'hui de ne pas être resté dans la grotte pour s'expliquer de manière plus diplomatique avec Mavis Sozin, mais il savait également qu'il en aurait été incapable.

Quelques moines se promenaient déjà dans les rues perchées sur le rocher, et Garion inspira profondément l'air matinal, encore chargé du parfum fruité de la nuit. Comme il ignorait où aller, il décida de suivre ses pas. Ceux-ci le conduisirent devant une fontaine d'où s'élevaient plusieurs jets d'eaux en arcs gracieux, avant de retomber dans le bassin. Le jeune garçon s'assit sur le rebord, plongea ses mains dans l'eau glaciale et s'en aspergea le visage. Le contact froid lui fit du bien, et finit d'effacer ses terreurs nocturnes. Comme l'eau lui semblait potable, il en avala quelques gorgées, et s'amusa un moment à dévier la trajectoire des jets, à leur faire faire des acrobaties originale. Cette pratique lui fit du bien, et il fut soulagé de retrouver la relation -presque routinière, à présent- avec l'eau. L'eau savait l'écouter quand il le fallait, savait être douce et forte à la fois, savait créer. Maintenant qu'il réalisait à quel point il l'adorait, il se demandait comment il avait pu passer toutes ces années sans s'en rendre compte.

Quand il comprit qu'éviter l'échéance ne servirait à rien, Garion s'ébroua, tenta de se repeigner un peu, et se dirigea vers le palais. Pourtant, il fut surpris d'aviser une silhouette familière, juchée sur un piédestal, au centre d'une place voisine. Décontenancé, Garion hésita avant de s'approcher. Plus il avançait vers Mavis, plus le remord et la honte le submergeaient et, si bien que lorsqu'il fut parvenu à sa hauteur, il s'inclina humblement et lâcha immédiatement :

- Je suis désolé de vous avoir dit toutes ces choses hier soir. Vous ne le méritiez pas, je me suis emporté, j'ai parlé sans réfléchir, mais je n'ai aucune excuse." La gorge serrée, il fixa les pavés au sol en poursuivant : "Je me suis comporté comme un enfant, et je le regrette. Je comprendrai que vous ne vouliez pas de mes excuses.
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L.Hubs
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Jeu 13 Déc - 14:35

Mavis aperçut sans surprise Garion descendre les escaliers menant à la place sur laquelle elle s'était installée. Elle savait qu'il passerait par là à un moment ou à un autre. Lorsque le garçon commença à s'excuser platement, la dirigeante du Rocher Brûlant leva une main, lui faisant ainsi signe de s'arrêter. Il ne parut toutefois pas la voir ou du moins l'ignora, car il continua jusqu'au bout. Ses mots étaient emprunts d'une certaine véracité: certes, il n'avait pas sur le moment pris conscience de ce qu'il disait et avait en effet de quoi regretter de s'être ainsi emporter. Bien des professeurs auraient été vexés pour moins que cela, toutefois Mavis avait appris à faire la part des choses. Si son élève avait perdu ses moyens, il incombait tout naturellement à l'enseignant de se demander ce qu'il n'allait pas dans ses méthodes. En aucun cas Garion ne devait se considérer fautif dans cet altercation. Les yeux de la matriarche se chargèrent enfin de cette aura apaisante qui était la leur.

-Je ne veux effectivement pas de tes excuses, simplement car tu n'as rien à te faire pardonner. Suis moi, il serait bête de se presser. Avant que nous reprenions cet entraînement, il m'incombe de t'en apprendre plus sur cette île et sur moi-même. Cela pourrait peut-être t'aider à comprendre l'essence de la maîtrise du feu.

Les mains croisées dans le dos, Mavis se mit lentement en marche, contemplant sur leur chemin chaque dalle, chaque pan des falaises vertigineuses, chaque trait des créatures qu'ils croisaient. En contrebas, on pouvait apercevoir les terrains agricoles et le bétail, dont des moines s'occupaient déjà de si bon matin. Le soleil, quant à lui, se levait timidement, lançant quelques maigres rayons pour éclairer la scène. Impossible de déceler l'ombre du léviathan, mais nul doute qu'il tournait autour de leur île, prêt à la protéger des éventuelles menaces. La jeune femme emmena son élève sur l'une des vastes plages périphériques et s'adossa à un rocher, face à la mer. Cette dernière exhibait de splendides reflets et n'émettais que le son apaisant de son ressac. Un cadre parfait pour parler de choses importantes.

-Vois-tu, il y a une caractéristique commune à tous les grands maîtres, et je ne parle pas seulement de mon élément en affirmant cela. Qu'on soit conscient de son devoir et de ses capacités ou non, nous avons toujours l'impression d'avoir un objectif auquel aspirer. Longtemps, j'avais ce sentiment de ne pas être à ma place; cette envie folle d'accomplir des choses exceptionnelles...pourtant je n'avais aucune idée de la marche à suivre. Alors mes pas hasardeux m'ont guidés ici, et j'y ai découvert une communauté comme il n'en existe pas d'autre. Ici, les soucis matériels n'existent pas. La peur est bannie, l'ennui également. Chacun trouve toujours quelque chose à faire et son bonheur pour peu qu'il se prête au jeu. Longtemps, je n'ai pas compris les enjeux d'un tel endroit, mais je n'ai pas eu d'autre choix que d'y rester, n'ayant nulle part ou aller. Alors, pour ne pas faire tâche, je me suis moi aussi pliée à leurs coutumes. J'ai du méditer longtemps, converser avec des dizaines d'inconnus des heures durant, faire nombre d'efforts physiques et mentaux. Puis j'ai compris pourquoi tous les autochtones utilisaient les flammes avec tant d'aisance. Le maîtrise du feu n'est pas simplement un art, il s'agit également d'une philosophie. Je ne connais en revanche pas assez les autres éléments pour affirmer que cette vérité s'applique également à eux.

Mavis avança de quelques pas puis se retourna, fixant Garion droit dans les yeux.

-Le voici, le secret que je n'ai pas réussi à te livrer hier: l'empathie. Mets toi à la place de tes alliés, de tes adversaires, des flammes, puis de tout autre élément qui compose ce monde. Comprend les peurs de chacun, leurs faiblesses, leurs forces, puis approprie-les toi pour trouver cette énergie qui sommeille en toi. À l'heure actuelle, tout ça doit te paraître abstrait, mais prend le temps d'y réfléchir lorsque tu verras tes amis ou quand tu te retrouveras seul. Quand, enfin, tu penseras comprendre quelque chose de nouveau, viens m'en parler. Je crois que c'est tout pour ce matin, rien ne sert de se presser, nous ne craignons pas grand chose. Comme je l'ai expliqué à ton camarade hier, aucune carte ne permet de retrouver notre île.

La matriarche s'apprêtait déjà à repartir lorsqu'elle se stoppa soudainement.

-Oh, j'y pense. Tu as sans doute rencontré ma fille, Pandora. Que penses-tu d'elle?

Fille du feu d'exception ou non, Mavis n'en avait pas moins besoin de l'aide des autres lorsqu'il s'agissait de régler les quelques soucis de communication avec sa progéniture! Plus haut dans la cité verticale, Violine se réveillait enfin, parfaitement reposée. En constatant que la pièce était vide, elle crut de prime abord que son ami n'était pas rentré de la nuit, puis elle se rendit compte que les draps étaient défaits. C'était de bonne augure. L'adolescente s'habilla rapidement puis sortit profiter du calme matinal. Elle appréciait vraiment cette île paisible, loin du tumulte des cités gelées du pôle Sud, quand bien même celles-ci faisaient pâle figure face aux agglomérations de la fédération de l'air ou du royaume de la terre. Elle bailla un grand coup tout en refermant la porte derrière elle. De ce fait, ses paupières se joignirent un court instant.

-Bouh!

Violine sursauta, poussa un cri d'effroi, puis tomba à la renverse. Elle se redressa lentement en massant ses fesses douloureuses.

-Hahaha, t'es trop drôle toi!

Malgré l'absence de maquillage, la fille de l'eau reconnût leur jeune guide de la veille. Ses cheveux étaient toutefois aujourd'hui affublés de tout un assortiment de plumes colorées. Drôle de personnage que cette...comment déjà? Qu'importe, mais que faisait-elle juste devant chez eux de si bonne heure. Une pensée lui traversa l'esprit: peut-être qu'elle attendait Garion. Vu l'intérêt qu'elle semblait lui porter, cela n'aurait pas été très étonnant. Sans le vouloir, Violine s'empourpra légèrement en s'imaginant qu'il était possible que cette fille soit la raison des pérégrinations nocturnes de l'Emkuasa.

-Oh, c'est de la jalousie que je vois là? s'amusa Pandora. T'inquiètes pas, toi, notre ami commun est en bas avec ma chère mère que j'aime tant.

D'un simple coup d'œil, ses dires furent vérifiés. Violine ne put que se réjouir de voir que le benjamin du groupe s'était aussi rapidement réconcilié avec son professeur. Eh bien, quitte à rester dans ce thème, elle avait bien besoin de se dégourdir elle aussi! Une petite séance d'entraînement ne lui ferait pas le moindre mal. Sans adresser le moindre mot à Pandora visiblement très occupée à chasser des oiseaux, elle se dirigea vers une plage opposée, ne voulant pas gêner Garion et Mavis. L'étrange jeune fille entreprit toutefois de la suivre, ce qui eut le don de l'agacer.

-Bon, qu'est-ce que tu me veux? finit-elle par demander.

-Moi? s'étonna Pandora. Mais rien du tout voyons. Enfin, peut-être que si. Tout dépend, tu vas faire quoi?

-Jouer avec l'eau.

-Oh, mais c'est parfait ça! Je veux venir voir ça, il n'y a aucun maître de l'eau dans le coin. Ni de l'air d'ailleurs, et pareil pour la terre. Cela dit, ma douce maman est aussi froide que la glace, c'est peut-être une forme de maîtrise de l'eau...

Violine leva les yeux au ciel. Elle était incapable de dire si son interlocutrice cherchait à faire amie-amie avec elle ou si elle se payait sa tête, mais sa manière d'être ne lui disait rien quoi qu'il en soit. Impossible pour autant de l'empêcher de la suivre, alors le mieux restait de faire comme si elle n'existait pas.

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Jeu 13 Déc - 15:25

Belsambar fut tiré du sommeil par un bruit sourd provenant du couloir, comme une chute. Deux voix s'entrechoquèrent, et il grogna en cachant sa tête sous son oreiller. Il reconnut malgré tout la voix de Violine et celle, plus fluette, de l'adolescente qui les avaient guidés la veille. Rah, les filles, pensa-t-il en savourant le moelleux du matelas. Ça pleurait souvent, ça riait d'une voix aiguë et ça se levait tôt. Trop tôt.
Malgré tout, le soleil inondait la pièce, transperçait la couverture sous laquelle il était blotti, et piquait ses yeux avides d'obscurité. Au bout de quelques secondes à se tourner et se retourner, il finit par rejeter ses draps et jeta ses jambes hors du lit, de forte méchante humeur. En tant que prince, il avait toujours veillé à ce qu'on le laisse bénéficier de ses dix heures de sommeil. Sans ça, il n'était bon à rien.
Fixant le parquet, incapable d'aborder la moindre pensée cohérente, le jeune homme laissa filer quelques minutes ainsi. Il ne savait pas vraiment quelle marche à suivre emprunter. La vieille dame d'hier soir leur avait confié quelques travaux incommodants, et il n'avait pas vraiment envie de s'y frotter tout de suite. Mais il n'avait pas non plus envie de moisir ici, à supporter les ronflements de son compagnon de chambrée. Prenant conscience du sommeil de Noatak, Belsambar bénéficia d'un intérêt nouveau : il hésita à réveiller le soldat, histoire de ne pas être seul dans cette galère, puis y renonça. Inutile d'être deux grognons aujourd'hui. Il serait capable de lui voler la vedette. Au bout d'un certain temps, il finit par pousser un soupir à fendre l'âme, et daigna se lever. Torse-nu, il attrapa sa chemise de lin qui traînait par terre, et l'enfila à l'aveugle en sortant de la chambre. Accoudé au parapet, il ferma les yeux et savoura les bourrasques qui jouaient dans les hauteurs. Baillant à s'en décrocher la mâchoire, il jeta un coup d'oeil en bas, et avisa le blondinet, en compagnie de Mavis. De toute évidence, le gamin s'était excusé. Mieux valait ne pas être dans le coin quand il tenterait de maîtriser le feu une nouvelle fois. Ce fut cette avertissement qui décida Belsambar à descendre rejoindre Violine et la frêle silhouette qui sautillait dans son sillage : ces dames l'avaient réveillé, soit. Elles allaient en subir les conséquences. Les mains dans les poches, la chemise négligemment déboutonnée, il emboîta le pas aux adolescentes, et les suivit jusqu'à la plage où elles s'étaient arrêtées. Là, après les avoir saluées d'un signe de main, il se laissa tomber dans le sable sans aucune grâce et les observa. Violine n'avait pas vraiment l'air enchantée de la compagnie de Pandora. De bonne grâce, le jeune homme interpella cette dernière, espérant ainsi attirer son attention pour que la jeune maître de l'eau puisse s'exercer en paix :

- Dis-donc toi, tu as déjà vu un maître de l'air à l'action ?

A plusieurs centaines de mètres de là, Garion avait du mal à réaliser ce qui lui arrivait. Mavis avait rejeté ses excuses, pire encore : lui avait assuré qu'il n'avait rien à se reprocher. Il ne s'était pas vraiment attendu à ce que la jeune femme se comporte aussi gentiment. "Gentille" n'était pas tout à fait le terme qu'il aurait utilisé pour la décrire, d'ailleurs, mais il semblait plutôt bien convenir. La Mavis de ce matin était complètement différente de la Mavis d'hier soir. Elle dégageait une aura de douceur et de paix, qui fit s'envoler ses doutes et ses inquiétudes.
Garion s'était attendu à ce qu'elle le gifle, à ce qu'elle mette le feu à ses vêtements, ou même le réduise en cendre. Mais pas à ça. La trentenaire l'avait emmené faire un tour de l'île, lui expliquant d'une voix paisible sa connaissance du Rocher Brûlant, ses propres choix. Ses explications coulaient lentement, et Garion, décontenancé, tentait de ne pas perdre le fil. Ainsi, le secret serait l'empathie ? Cela n'expliquait pas sa défaite d'hier soir, mais quelle empathie devait-on ressentir pour un cercle de feu qui tentait de vous achever ? Pire encore, quelle empathie devait-on ressentir pour son ennemi ? Tout ça semblait si incohérent ! Garion ne comprenait pas pourquoi il devrait "pleurer" le sort de l'un de ses adversaires. Tout ça n'avait aucun sens. L'enseignement de Mavis était à l'inverse de celui d'hier soir, si bien que l'adolescent perdait ses repères, et n'était pas plus avancé. De plus, cela ne changeait rien à son problème : le feu n'avait pas vraiment d'utilité. Certes, il pouvait réchauffer, et faire cuire de la nourriture, chauffer de l'eau, et quantité d'autres choses usuelles de la sorte, mais hormis cela, ce n'était qu'un outil de destruction. L'angoisse resurgit à nouveau, et il s'empressa de chasser cette idée de sa tête. Ce n'était franchement pas le moment. Il en était là dans ses réflexions, lorsque Mavis changea totalement de sujet, et lui demanda ce qu'il pensait de sa fille. Surpris, Garion bafouilla avant de répondre, incertain. Devait-il dire du bien de Pandora pour ne pas vexer sa mère ?

- Et bien... J'ai l'impression que Pandora vit dans un univers bien à elle, qu'elle est légèrement déconnectée de la réalité, ce qui peut compliquer un peu ses relations avec... vous ? "Il osa la regarder dans les yeux, rougit un peu, et poursuivit : "Il faut sans cesse se mettre à son niveau, pour pouvoir avoir une discussion avec elle. Hier soir... heu, elle m'a emmené à l'infirmerie, et nous avons pu discuter un peu. Il faut d'abord attirer son attention pour qu'elle daigne s'intéresser à nous. Elle ne connaît pas les codes de notre vie, comme la politesse, la bienséance, ce qui se fait ou ne se fait pas, ou plutôt elle n'essaie même pas de les mettre en pratique. Elle s'en moque complètement. Mais Pandora est quelqu'un de très gentil, vous savez. Et elle n'est pas stupide. Je suis sûr qu'au fond, elle est aussi triste que vous l'êtes que votre relation soit si compliquée.

Surpris d'avoir été capable d'exposer le fond de sa pensée, Garion se racla la gorge, ne sachant trop comment la matriarche accueillerait sa déclaration.
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L.Hubs
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Jeu 13 Déc - 19:35

Au bout de trois minutes, Violine en avait déjà assez. Cette fille, Pandora, était un véritable moulin à parole. Impossible de l'arrêter, quand bien même elle ne daignait pas lui répondre. L'absence de réaction ne semblait pas la déranger, aussi se lançait-elle dans d'interminables monologues parfois exempts du moindre sens. La membre de la tribu de l'eau commençait à perdre patiente. D'habitude, elle ne se laissait pas marcher sur les pieds. Lorsque quelque chose ou quelqu'un lui déplaisait, elle le faisait savoir au plus vite sans le moindre détour. C'était ainsi, les choses devaient filer droit. Sur le point d'annoncer ses quatre vérités, elle fut stoppée au dernier moment par l'arrivée peu discrète d'un Belsambar plus flegmatique que jamais. Son premier réflexe fut de s'allonger dans le sable, à croire que le prince passait son temps à dormir. Il eut toutefois la bonne idée de proposer à la jeune fille une démonstration, ce qui soulagea Violine d'un certain poids. Si elle ne doutait pas de ses capacités, elle n'en demeurait pas moins timide. Le fait qu'on puisse l'observer durant son entraînement l'aurait quelque peu dérangée. Pandora, elle, était sur un petit nuage. Si la perspective de voir quelqu'un maîtriser l'eau l'enchantait, celle d'observer un fils de l'air paraissait plus alléchante encore. Aux yeux de beaucoup, les vents représentaient l'incarnation même de la liberté, chose dont elle manquait cruellement. De ce fait, cet élément l'attirait tout particulièrement.

-Oh oui, ce serait génial! Montre moi donc, grand gaillard!

Violine leva les yeux au ciel. La fille de Mavis avait-elle vraiment besoin de mettre ainsi en scène la moindre de ses phrases? Enfin, qu'importait, elle pouvait profiter d'une paix peut-être éphémère. Sachant qu'elle se rendrait directement sur la plage, l'adolescente n'avait pas enfilé ses bottes et n'eut donc qu'à remonter son pantalon avant d'avancer vers l'étendue azur. Cette mer, plus chaude que la sienne, lui plaisait énormément. Certes, il devenait plus compliqué de créer de la glace du fait de la température plutôt élevée, mais l'eau en soi semblait plus fluide, plus modulable, plus docile. Elle y plongea ses mains. Dans des petits bassins, elle parvenait à ressentir les mouvements des poissons quand elle ne pouvait pas les voir. L'océan en contenait des millions aussi était-il impossible d'en détecter précisément, un mis à part. D'ici, elle pouvait le ressentir, tapi au au fond de son habitat, à une petite centaine de mètres du rivage. Le léviathan dessinait des mouvements circulaires impressionnants, lesquels créaient des remous puissants. La perspective que cette bête mythique puisse réciproquement ressentir sa présence l'inquiétait un peu et surtout l'intriguait. Dès qu'elle en aurait l'occasion, elle ne manquerait pas de poser diverses questions à ce sujet aux moines avec qui elle pourrait sympathiser. Mais dans l'immédiat, l'important restait de s'entraîner! Violine demeura immobile un court instant, cherchant à saisir le rythme du ressac. Si cela avait prit un certain temps en compagnie de Garion -il fallait lui expliquer chaque étape au fur et à mesure- l'exercice ne prit qu'une paire de secondes à sa jeune enseignante. Ayant trouvés ses marques, elle plongea d'un coup. Par quelques mouvements amples parfaitement maîtrisés, elle faisait en sorte que l'eau glisse à quelques centimètres de son corps sans la toucher. Elle demeurait ainsi parfaitement sèche et pouvait respirer sans soucis sous la surface. L'adolescente en profita pour s'adonner à la contemplation de la faune et de la flore locale. Encore une fois, elle constata la diversité des espèces en les comparant à celles qu'elle avait pu voir chez elle. Un sourire naquit furtivement sur son visage. Il n'était pas aussi simple de plonger dans les mers du Sud, pour une raison très simple: le froid polaire. Ici, se réfugier dans ce milieu à part constituait presque un réconfort. Repue, elle décida de remonter à la surface, toujours entourée de sa sphère aqueuse. En voyant la surface sous ses pieds, une idée lui traversa alors l'esprit. Ukap pouvait se déplacer sur l'eau. Avec un peu de concentration et de chance, peut-être pourrait-elle également y parvenir! Elle posa un premier pied, puis le second. Lorsqu'elle se jugea suffisamment stable, elle fit disparaître l'eau qui la soutenait en l'air. Immédiatement, elle s'enfonça à la verticale, buvant au passage la tasse. Elle qui avait si bien commencée revenait finalement sur la plage intégralement trempée, en toussant pour chasser l'affreux goût du sel.

-Youhou! Trop puissant!

Assise dans le sable, Pandora l'applaudissait allègrement, mais l'expression de son visage ne laissait pas comparaître le moindre doute: elle se moquait ouvertement de sa prestation. Au moment où elle avait vu Violine débuter, elle avait demandé à Belsambar de patienter un peu, prétextant ne pas vouloir manquer une seconde du spectacle. Son clou valait largement l'attente.

-Oui, bon, j'ai essayé un truc compliqué, tenta de s'expliquer Violine, bredouille.

-C'est du joli! Enfin, maintenant, voyons voir comment la tornade se débrouille!

Mine de rien, le sujet intéressa la fille de l'eau. Elle non plus n'avait jamais vu de maître de l'air à l'action, et ce serait une bonne occasion de voir ce que Belsambar valait. Quoique s'il échouait lui aussi à titre exceptionnel, ce ne serait pas vraiment représentatif. Mavis, de l'autre côté de l'île, adressa un large sourire à Garion. Si le jeune Emkuasa trouvait ces points positifs à sa fille, cela signifiait qu'il y avait encore quelque chose à sauver chez elle! Tout bien réfléchi, peut-être que le fait de l'avoir privé de cadre social pendant tant d'années l'avait rendue si atypique, alors autant joindre l'utile à l'agréable aujourd'hui.

-Bien, merci Garion. Tu as quartier libre jusqu'au moment où tu te sentiras près. N'hésites pas à travailler ta maîtrise de l'eau pendant ce temps si tu penses que cela ne te désavantagera pas pour le feu. Profites en pour passer du temps avec tes amis et penser à ce que je t'ai dis.

La matriarche repartir vers les hauts quartiers, où elle avait nombre d'affaires à régler. Assurer la tranquillité du Rocher tout en enseignant aux fils du feu les moins expérimentés, cela prenait du temps. Noatak, plus bas, ouvrit un œil, puis un deuxième. Il en referma un premier, puis un deuxième. En ouvrit deux d'un coup. Belsambar n'était plus là! Cela signifiait-il qu'il était le dernier debout? Hors de question de prendre le rôle du paresseux du groupe, d'autant qu'il voulait savoir comment les choses s'étaient déroulées du côté de Garion la veille au soir! Il s'habilla puis fit le tour de la place centrale. De là, il vit Mavis repartir vers les hauteurs de la ville, laissant le benjamin seul sur la plage. Le soldat courut vers lui à toutes jambes.

-Eh, Garion! Qu'est-ce qu'il vient de se passer, vous vous êtes réconciliés?

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Jeu 13 Déc - 20:31

Garion fut soulagé de constater que ses mots n'avaient en aucun cas froissé leur destinatrice, au contraire : Mavis le remercia en souriant et s'en alla, non sans lui donner carte blanche au passage. Quelque peu sonné par ce retournement de situation, l'adolescent n'entendit pas Noatak s'approcher à toute jambe, malgré ses pas bruyants. Il sursauta, puis afficha son premier sourire de la journée, et répondit au jeune homme :

- On dirait bien. Même si je ne sais pas trop qui s'est excusé le premier..." Puis, il se rappela qu'il n'avait pas eu l'occasion de voir son compagnon hier soir, et demanda, l'air de rien : "Tu as passé une bonne nuit ?
L'air ébouriffé de Noatak semblait répondre à sa place par l'affirmative, mais c'était surtout pour parler. Garion n'aimait pas trop les blancs.

De l'autre côté du pont suspendu, Belsambar supportait les petites remarques de Pandora. Étrangement, s'il en avait dit du mal la veille, il appréciait cette furie à la tignasse barrée de plumes multicolores, qui lui rappelait les enfants de la Fédération. Cela faisait un moment qu'il n'avait eu le loisir de croiser un gamin, hormis Garion (mais le blondinet n'était pas très amusant, quoi qu'on en dise), et cela l'amusait. Avec un sourire non feint, il répondit à l'adolescente sur le même ton qu'elle avait utilisé :

- Avec plaisir, jeune fringante !

Mais Violine, soulagée, venait d'entrer dans l'eau. Aussitôt, l'attention de Pandora se dirigea vers la jeune fille blonde, et Belsambar fit de même. C'était stupéfiant de constater avec quelle aisance les maîtres de l'eau agissaient dans leur élément. Lui, qu'il entre ou sorte de son bain, avait toujours l'air d'un gorille maladroit. Mais Violine, à cet instant précis, ressemblait plus à une sirène qu'à une adolescente normale. Passé une ou deux secondes, il la vit s'enfoncer à travers les vagues, et se contenta de fixer l'écume blanche, attendant que quelque-chose se passe. Elle restait longtemps sous l'eau, si bien qu'il craignit un instant qu'elle se soit noyée, mais au moment où il allait se lever, inquiet, elle surgit d'entre les flots et resta là, portée par un courant qu'elle maintenait sous ses pieds. Et puis elle le fit disparaître, et s'enfonça dans l'eau. De toute évidence, cela n'était pas prévu, car elle ressortit bien tôt en crachotant, trempée. Décidément, elle et le blondinet étaient souvent mouillés, depuis leur départ de la ferme.
Moqueuse, Pandora gloussa avant de féliciter Violine pour son exploit raté. Ayant lui-même réalisé plusieurs expériences plus ou moins réussies, Belsambar ne fit aucun commentaire, car il savait à quel point cela pouvait être humiliant. Lorsque Violine les eut rejoints, et que l'autre jeune fille lui eut donné son accord, il se leva et assouplit ses épaules. Le surnom dont l'avait affublé Pandora le fit sourire : ah, elle voulait voir une tornade ? Elle allait être servie.
S'éloignant de quelques pas, il se remémora rapidement toutes les figures de combat qu'il connaissait. Il s'agissait là des plus spectaculaires, mais qui n'étaient pas spécialement difficiles à réaliser. Après avoir assoupli ses poignets et ses chevilles, pour être sûr de ne pas se blesser -un faux mouvement, une cheville qui tournait, et il se retrouvait les quatre fers en l'air-, il passa à l'action.
Le prince ondula, ses bras formèrent des arabesques gracieuses qui tranchaient fortement avec sa nonchalance habituelle, il agrémenta même sa figure d'un saut périlleux, puis joignit ses poignets, paumes écartées. Une violente bourrasque naquit d'entre ses mains, soulevant une gerbe de sable qui alla s'échouer plus loin. Mais ce n'était pas terminé. Sans relâcher son contrôle sur le petit cyclone qu'il venait de créer, Belsambar s'autorisa un discret sourire satisfait, et pivota en direction de Pandora. Le cyclone se transforma en un souffle puissant, pas assez pour blesser l'adolescente, mais suffisamment costaud pour ébouriffer ses cheveux et l'obliger à s'arc-bouter pour ne pas basculer en arrière. Enfin, il relâcha sa volonté sur le vent, qui ralentit pour reprit son rythme normal. Reprenant une position plus habituelle, Belsambar épousseta le dessus de son épaule, où quelques grains de sables s'étaient nichés. Certes, il avait joué la prudence avec des mouvements qu'il connaissait par coeur, tandis que Violine avait expérimenté, ce en quoi on était forcés d'admirer sa persévérance. Toutefois, il avait prit un malin plaisir à prouver à cette gamine emplumée qu'elle n'était pas la seule à savoir faire certaines choses. Il se remémora la boule de feu qu'elle avait lancée sur Noatak la veille, et son auto-satisfaction n'en fut que plus grande encore. L'air de rien, il ignora délibérément l'air ébouriffé de la jeune fille brune, et s'assit à gauche de Violine, histoire de lui montrer qu'il était de son côté :

- Voilà. Mais je suis un peu rouillé.
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Jeu 13 Déc - 21:15

Si Violine jouait la carte de la sobriété en renvoyant simplement un petit sourire admiratif envers le jeune prince, Pandora explosa littéralement de joie. Tout en se recoiffant - quand bien même sa coiffure initiale était tout aussi insensée que la nouvelle - elle agrémenta Belsambar de toute une série de compliments, allant du "super-méga-giga impressionant" au "digne d'un bébé dragon à qui on aurait volé un morceau de viande!". Lorsqu'enfin elle eut finit de se battre avec sa chevelure sombre, elle se retourna vers ces deux inconnus qu'elle considérait dores et déjà comme des compagnons de jeu et les dévisagea, un air typiquement enfantin sur le visage. On aurait dit une gamine s'apprêtant à faire une bêtise sous le nez de ses parents, comparaison étrange si l'on considérait leur différence d'âge, au final relativement réduite.

-C'était vraiment époustouflant, conclut-elle. D'accord. Vous m'avez montré que vous n'êtes pas n'importe qui, sous-fifres de mon bien aimé Emkuasa, mais tout cela ne m'impressionne guère! Moi aussi, j'ai plus d'un tour dans mon sac!

La fille de l'eau tiqua. Son bien aimé Emkuasa? Ne se connaissaient-ils pas depuis moins de vingt-quatre heures? Soit Pandora croyait dur comme fer au coup de foudre et s'avérait tout à fait sincère, soit elle faisait son maximum pour se payer leur tête...et vu son air amusé, la deuxième solution semblait bien plus appropriée. Ce détail fut toutefois bien vite oublié. Que Belsambar fasse une démonstration, soit. Il ne faisait jamais que créer quelques bourrasques en se donnant au spectacle au passage par le biais de quelques cabrioles particulièrement bien exécutées. Qu'une adolescente aussi instable que la fille de Mavis veuille à son tour en faire de même avec comme élément le feu avait en revanche de quoi en inquiéter plus d'un. On racontait partout que les meilleurs pratiquants se trouvaient sur le Rocher Brûlant, or l'intégralité des moines qu'ils avaient rencontrés jusqu'à lors faisait preuve d'une sérénité à toute épreuve. Du coup, le rapprochement s'était tout de suite fait entre la qualité de la maîtrise des flammes et ce trait de caractère. Un rapprochement impossible à faire dans le cas présent.

-Tu es sûre que c'est une bonne idée? se permit d'objecter Violine.

-Maaaais oui, pas de panique ma petite. Aucune flamme ne jaillira de quelque partie de mon corps, je vous le promet.

À moitié convaincue, l'adolescente se contenta d'une moue mi-figue, mi-raisin. Impossible quoiqu'elle dise de donner des ordres à sa cadette, laquelle s'éloigna un peu. Il lui incombait à présent de se concentrer. Ce qu'elle s'apprêtait à faire n'était pas à la portée de n'importe qui, et n'avait, selon sa mère, aucun intérêt. Raison de plus, en somme, pour s'adonner à cette pratique. La jeune fille se plaça en garde, puis ferma les yeux. Elle laissa son énergie traverser ses membres, puis tenta de capter la chaleur extérieure. Il suffisait de trouver les courants d'air chaud. Cela constituait la première étape, facile d'accès. La suite s'avérait plus complexe. Une fois la chaleur captée, il fallait l'accumuler, la modifier à son bon vouloir, puis la rediriger au bon endroit. C'était comme vouloir créer des flammes tout en devant absolument se retenir de les faire jaillir. Pandora ressentait toute cette énergie qui s'accumulait aux bouts de ses doigts. Le tout était d'en conserver la bonne dose durant tout le processus. Si elle n'en accumulait pas assez, rien ne se produirait. Si, au contraire, il y avait un trop plein, tout lui exploserait à la figure. Mais les conditions étaient optimales aujourd'hui, et le fait d'être observée lui donnait d'autant plus de motivation. Après plus d'une minute, elle était fin prête. Elle se redressa, bras gauche ballant, bras droit croisé sur son torse, et fixa ses spectateurs.

-Eh bien, quoi? Il ne s'est rien passé, fit remarquer Violine.

-Oui, je sais, je sais. C'est juste histoire de laisser un peu de suspens, mais bon, tu es vraiment impatiente. Regardez bien, étrangers!

Il n'y eut qu'un geste fluide. Le bras droit de Pandora décrivit un arc de cercle vers le ciel, et une lumière bleutée zigzagua jusqu'à l'horizon. La seconde suivante, le fracas du tonnerre retentit à des kilomètres aux alentours. Au loin, le léviathan jaillit de son royaume pour pousser un cri strident, projetant ainsi de menacer cet intrus bruyant. Lorsqu'il vit que ce dernier avait déjà plié bagage, il retourna dans son domaine. Violine demeurait bouchée bée, ne sachant trop que penser. Fallait-il être enchantée ou plutôt effarée du fait qu'une fille d'à peu près son âge possède une telle arme de destruction?

-Mwahahahaha, je suis la déesse du tonnerre! clama Pandora.

De l'autre côté de la plage, comme sur toute l'île, nul ne manqua l'éclair. Noatak le fixa en poussant un "waow" admiratif. Il se doutait bien qu'il s'agissait là de l'œuvre d'un maître du feu et n'y voyait pas de raison de se faire du souci, mais le spectacle demeurait splendide.

-Eh bien! C'est du joli. En tout cas oui, bien dormi, visiblement trop bien même vu que Belsambar est parti de bonne heure. J'ai du ronfler...mais enfin, qu'importe. T'as trouvé le secret de la maîtrise du feu, jeune héros?

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Ven 14 Déc - 10:31

Les zébrures bleutées barraient encore le ciel, et Belsambar avala sa salive avec difficulté. En démontrant à la jeune fille de quoi il était capable, il avait espéré qu'elle soit tellement sous le choc qu'elle se taise pour le reste de la journée. Au lieu de ça, malgré toutes ses louanges -plutôt agréables, d'ailleurs- elle s'était dressée d'un bon, avait pointé un index vers les nuages, et... et lancé un éclair. Comme ça, comme si tout était naturel. L'éclair avait retenti avec un grondement sonore, qui avait du être audible pour toute l'île au moins.
Le prince héritier échangea un regard avec Violine. Cette gamine les surpassait probablement, et la manière dont elle parlait du blondinet - "mon bien aimé Emkuasa", non mais, c'était vraiment n'importe quoi !- lui donnait l'impression d'être relégué au second plan. Momentanément, il considéra cette fillette comme une rivale, mais secoua la tête : il n'allait pas s'abaisser à ça. Malgré sa mauvaise humeur, il applaudit avec sarcasme, et lâcha de mauvaise grâce :

- Wouah. Vraiment impressionnant, jeune timorée. Et tellement discret, c'est vrai, je n'ai jamais rencontré de maître qui égale l'humilité de ta maîtrise.

Au fond, pour un jeune homme avide de gloire et de reconnaissance, cela n'était pas très agréable de constater qu'une jeune fille était plus forte que lui. Belsambar ravala sa rancoeur, tâchant de se reconstruire une dignité. L'habituel sourire en coin qu'il affichait d'ordinaire refit son apparition :

- Mais dis-moi, lorsque tu te baignes, est-ce que tu fais frire les poissons sans le vouloir ?

De l'autre côté de l'île, Garion contempla l'éclair, à peine surpris. Ça, ça sent le Pandora tout craché, se dit-il en souriant intérieurement. Il espérait juste qu'elle n'avait blessé personne. Il se rappela ses paroles à Mavis "Pandora avait un monde bien à elle". Il y avait fort à parier qu'elle manipulait le feu dans son propre univers, mais si elle oubliait d'y inclure d'éventuels spectateurs, ça pouvait poser problème. Si elle les confondait avec des arbres, par exemple.
Garion fut tiré de ses spéculations par la question de Noatak. Le "jeune héros" le fit tiquer, mais il décida de ne pas relever.

- Mavis m'a expliqué ça tellement bien que je n'ai pas tout compris." Il laissa passer une seconde avant de poursuivre, hésitant : "Mais au fond, tu sais, je crois que le problème ne vient pas uniquement de la théorie. Après tout, hier, j'ai réussi à éteindre tout ce feu, même si je ne sais pas comment, donc ça prouve que j'en suis capable. Le soucis c'est que... heu, comment dire... ça me rappelle trop de mauvais souvenirs" , finit-il par lâcher d'un coup. "Je ne sais pas comment décrire ça, mais ça me dégoûte. Le feu, les flammes, le brasier, tout ce qui va avec, ça ne m'intéresse pas, ça me rebute, c'est comme si je me refusais à ne serait-ce qu'apprendre à le contrôler. Je sais que c'est égoïste, et même idiot. J'ai conscience de tout ça. A la rigueur, apprendre à l'éteindre... mais le faire naître, ou même le manipuler, non. Hors de question. C'est contraire aux principes avec lesquels j'ai grandi, contraire à tout ce en quoi je crois : pourquoi est-ce que je devrais apprendre à maîtriser quelque-chose qui ne sert qu'à détruire et tuer ? L'Emkuasa est censé protéger les gens, régler les conflits, faire régner la paix. Je vois mal en quoi le feu pourrait m'y aider. De toute façon, j'aurais déjà suffisamment à faire avec Violine et Belsambar, sans compter qu'on a pas encore trouvé de maître de la terre, ajouta-t-il avec sérieux. Non, pas maintenant. Je ne suis pas prêt.
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Sam 15 Déc - 12:41

Noatak ne put se retenir de grimacer. Il comprenait que Garion soit rebuté par les flammes, lui non plus ne les appréciait guère. Toutefois, il leur incombait de garder un point de vue pragmatique. S'ils ne parvenaient pas à parfaire l'enseignement de l'Emkuasa au plus vite, il n'y aurait peut-être plus personne à protéger. Le soldat en vint à regretter son choix. Peut-être aurait-il été plus judicieux de commencer par trouver un maître de la terre, compte tenu du fait que leur compagnon était un fils de l'eau. La logique aurait voulu que sa formation se clôture par l'apprentissage de son élément opposé. Première décision à prendre, et première erreur de la part du soit-disant chef de cette petite troupe. Inutile de se morfondre pour autant, et hors de question de repartir de sitôt. Il fallait simplement faire en sorte que Garion retrouve la motivation nécessaire. Noatak passa nerveusement une main dans ses longs cheveux puis y plaça son bandeau cyan, qu'il gardait dans sa poche depuis son lever.

-Tu sais, je ne veux pas te contrarier Garion, mais ça m'étonnerais qu'on trouve un professeur aussi performant que Mavis. C'est vrai, après tout, on ne raconte pas partout qu'elle est une légende pour rien. Même les autres moines lui vouent presque un culte! Si tu veux mon avis, même si tu ne te sens pas prêt, tu devrais quand même essayer. Et, pour ce qui est du feu en soi...je suis relativement d'accord avec toi. Je n'aime pas trop cet élément, il est trop dangereux. Mais tous les autres Emkuasa ont réussi à l'utiliser avec parcimonie, et je suis sûr que tu es largement à leur hauteur. Après, ce n'est peut-être pas la peine de te presser, à condition de ne pas trop tarder non plus. D'un côté, je dis ça mais je n'y connais rien. Dans tous les cas, essaie d'apprendre la maîtrise du feu au plus vite. On restera ici le plus longtemps possible pour y parvenir, alors on compte sur toi! D'ailleurs, même si il ne le sait pas encore, le monde entier compte sur toi!

Faire frire les poissons sans le vouloir? Drôle d'idée. Pandora n'y avait jamais réellement pensé, et redoutait à présent que cela n'arrive un jour. Aussi insouciante et lunatique soit-elle, l'adolescente respectait toute forme de vie. Jamais elle ne se serait permis de tuer quelque bête que ce soit sans un prétexte valable. Quoiqu'il en soit, elle ne se baignait que très rarement, ce malgré le fait de vivre sur un rocher perdu en plein milieu de l'océan. Pour une raison inconnue, l'eau la rebutait. Il y avait probablement un lien avec ces gros serpent caché aux abords du rivage, ou bien la peur de l'interdit. On ne l'autorisait pas à rejoindre les continents. Symboliquement, l'eau constituait une première étape à la dérogation de ces règles, compte tenu du fait qu'elle demeurait une étape obligatoire pour le passage vers les autres pays.

-Évidemment que non, qu'est-ce que tu crois? fit-elle mine de s'offusquer. Je maîtrise parfaitement mes éclairs. D'ailleurs, personne au monde ne peut les utiliser mieux que moi!

Impossible de vérifier une telle information, pourtant la jeune fille en était convaincue, et bon nombre de moines également, quand bien même ceux-ci désapprouvaient cette pratique. Là où le feu représentait l'harmonie, la foudre demeurait avant tout un outil de destruction bien trop puissant qu'on s'en serve comme d'un simple jouet. Mavis ne manqua d'ailleurs pas la démonstration de sa fille et soupira, dépitée. Pandora était une fille du feu talentueuse, mais ne considérait son élément que comme un divertissement quelconque. À quelques dizaines de kilomètres des côtes, le navire de guerre avançait toujours, implacable. Darius ne put retenir l'esquisse d'un sourire en voyant un éclair fendre le ciel. Les autres soldats ne s'y trompèrent pas: il s'agissait pour eux de la confirmation qu'ils se dirigeaient bien dans le bonne direction...

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Dim 16 Déc - 20:38

La réponse de Noatak ne satisfit pas beaucoup Garion, et il regretta subitement de lui avoir fait part de ses doutes. Le jeune soldat, s'il disait partager son aversion pour le feu, l'incitait néanmoins à l'utiliser, même avec parcimonie. Il ne comprenait pas. Personne ne comprenait rien. Le fait qu'il soit obligé d'apprendre la manipulation de cet élément n'arrangeait pas les choses, de même que les gens qui comptaient sur lui. Le visage sombre, Garion se détourna et lâcha simplement :

- Ouais, c'est bien ça le problème.

Il se fit néanmoins la promesse d'essayer, demain. Il y avait peu de chances qu'il s'écoute, et il risquerait fort de rejeter ce travail au lendemain incessamment. C'était le serpent qui se mordait la queue. Haussant une épaule, et décidant de faire comme s'il avait tout le temps devant lui, il fourra ses mains dans ses poches et ajouta :

- Et puis, j'ai encore l'eau et l'air à apprendre. Je me demande si Belsambar accepterait de m'enseigner les bases aujourd'hui, fit-il, songeur.


Plus bas au bord de l'eau, le prince héritier fixait Pandora en fronçant les sourcils. Lui même n'était pas spécialement sérieux, mais cette gamine battait tous les records. Il croisa les bras et répliqua, agacé malgré lui :

- Tu es peut-être la plus forte pour l'instant. Mais attends voir que ton Garion adoré ne te surpasse. Ça devra bien arriver un jour ou l'autre.

Il jeta un coup d'oeil en coin à Violine, et termina :

- Il nous surpassera tous.
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Lun 17 Déc - 22:02

Il nous surpassera tous. Violine avait du mal à s'imaginer son camarade en état second, maîtrisant les quatre éléments avec une aisance digne des quatre enfants des éléments originels. La possibilité que Garion en arrive un jour à utiliser l'eau mieux qu'elle quand bien même elle s'entraînait depuis des années suscita chez elle une pointe de jalousie, qu'elle dissipa aussitôt. Il était normal que l'Emkuasa possède la puissance absolue: une telle arme de dissuasion était nécessaire pour maintenir l'équilibre dans ce monde en proie aux guerres constantes. Pandora, elle, leva les yeux au ciel, mimant le dédain. Jamais personne ne la surpasserait, du moins pas s'il s'agissait de former des éclairs. Noatak, lui, demeura pantois. Inutile d'insister auprès de son jeune interlocuteur. En parler à Violine serait peut-être plus approprié. Leur jeune benjamin semblait effectivement apprécier l'adolescente, aussi aurait-il éventuellement plus tendance à l'écouter.

-Dans ce cas, allons rejoindre les autres, proposa le soldat.

Ensemble, ils se rendirent à leur tour sur la plage et eurent la surprise d'y découvrir Pandora en compagnie de leurs amis. Cette étrange fille s'attachait visiblement à leur groupe. Il fallait bien avouer qu'ils n'avaient pas rencontrés d'autres jeunes dans le coin, il était donc normal qu'elle se tourne naturellement vers elle. Si l'intéressée avait pu lire dans les pensées, elle se serait empressée de confirmer. La présence de personnes d'à peu de choses près son âge lui procurait une véritable bouffée d'air frais. Et puis, outre Garion, ce Belsambar s'avérait tout à fait sympathique. En voyant quelques feuilles de merisier chuter dans l'océan, une blague vint à l'esprit de Noatak. Il s’apprêtait à la faire partager, guilleret, lorsqu'il fut interrompu par un fracas assourdissant. Au loin, la mer venait de se déchirer dans une titanesque explosion. Les yeux du soldats se tournèrent vers sa compatriote.

-Qu'est-ce que t'as fait?

-Rien du tout! affirma Violine. C'est...regardez! C'est le léviathan!

Le mythique reptile venait en effet de percer la surface pour se dresser à plusieurs mètres de hauteur, fixant l'Est, exhibant farouchement ses crocs. Tapis au fond de son titanesque bassin, il avait ressenti un profond trouble en provenance de cette direction. Son instinct ne l'avait pas trompé. À une telle hauteur et grâce à sa vue perçante, il pouvait suivre les mouvements du navire de guerre du royaume de la terre, lequel se dirigeait droit vers le Rocher Brûlant. D'une manière ou d'une autre, leur ennemi les avait retrouvé. En tant qu'incarnation de la maîtrise de l'eau, il était de son devoir de protéger l'Emkuasa, encore trop frêle pour faire face à son si redoutable rival, dores et déjà au plus haut de sa forme. Sur la plage et partout ailleurs dans la ville verticale, on demeurait abasourdi. Leur protecteur maritime ne se montrait qu'à de rares occasions, et cela n'était jamais bon signe. Mavis, dirigeante avisée, comprit bien vite que quelque chose n'allait pas et, par mesure de précaution, commença à organiser les défenses. Partout dans la ville, des moines se déployaient par petit groupe, tandis que les plus âgés se réfugiaient dans le temple. La mère de Pandora accourut pour sa part vers l'étendue de sable et fit preuve d'une étonnante vivacité: tout comme sa progéniture, elle dévala la falaise plutôt que d'emprunter les nombreux escaliers.

-Vous cinq, dépêchez vous de remonter jusqu'au temple!

-Maman, qu'est-ce qu'il se passe?

La mâchoire de Mavis se crispa.

-On nous attaque, cracha-t-elle entre ses dents serrées. Je ne pensais pas que ça arriverait aussi tôt. Nous n'avons pas le temps de discuter, allez vous dissimuler, tout de suite!

Pandora protesta, affirmant que si les adversaires s'aventuraient trop près du rivage, elle les foudroierait sans qu'ils n'aient le temps de comprendre ce qui leur arrivait. Une bonne claque la convainquit finalement à se montrer coopérative. Les cinq compagnons grimpèrent donc jusqu'au temple et s'y réfugièrent, mais la curiosité l'emportait toujours malgré cela. Violine avait eut la bonne idée d'emporter avec elle une masse d'eau glacée, figée dans son dos. Elle pouvait ainsi la transporter sans s'encombrer et s'en servir à tout moment, sait-on jamais. Noatak, bientôt suivi des deux adolescentes, se pencha à une balustrade pour observer la suite des évènements. Droit comme un i, le léviathan imposait sa majesté au décor, si bien que le soldat ne voyait pas qui pourrait franchir un monstre pareil. La réponse fut précédée d'un roc de plusieurs tonnes, fonçant droit vers le serpent de mer. Il y eut deux impacts, plus terribles l'un que l'autre: le premier lorsque la pierre heurta leur défenseur, la second lorsque ce dernier chuta de tout son long dans l'étendue azur. Ne s'avouant pas vaincu pour autant, il se redressa en poussant un hurlement à déchirer les cieux. Le navire de guerre fut enfin à portée de vue. Il s'agissait d'un vaisseau fait d'acier, long de plusieurs centaines de mètres et dont le pont était empli de maîtres de la terre. Violine déglutit péniblement. On ne pouvait pas les compter tant les silhouettes fourmillaient, mais aucun doute, ils étaient autrement plus nombreux que les moines.

Sur le pont, Darius fixait son adversaire géant, un sourire sur les lèvres. Le léviathan, l'une des quatre créatures mythiques. Un adversaire à la mesure de l'Eldarak et de sa troupe. Le jeune homme leva un bras, puis le rabaissa d'un coup sec. Une centaine de maîtres de la terre firent valser des rochers de tailles diverses vers la créature, puis une autre centaine prirent le relais. Aussi habile soit-il, le protecteur du Rocher Brûlant ne put esquiver les assauts répétés et dut battre en retraite. Darius profita de la brèche pour modeler l'acier que des sous-fifres lui apportaient. Son œuvre achevée, il la propulsa d'un simple mouvement du poignet. Ce fut une pieux long d'une quinzaine de mètres qui transperça le serpent de part en part. Gravement blessé, il préféra se retirer. L'esquisse d'un sourire se dessina sur le visage de l'élu de la prophétie: sa cible n'avait pas péri et reviendrait sans doute à l'assaut. Elle aurait droit à sa deuxième chance. Leur victoire éphémère leur accordait le droit de passer! Mavis, observant la scène depuis la grande place, plus bas dans la ville, fut parcourue d'un frisson. Ils n'affrontaient pas seulement l'armée de la terre. Ils affrontaient l'Eldarak en personne...et ils ne comptaient pas perdre. Qu'il vienne se frotter à eux, les plus grands maîtres du feu. Surpuissants individuellement, ils formaient une entité invincible s'ils se battaient en faisant corps commun. Les mains de tous les moines se tournèrent vers les nuages et des hautes gerbes de flammes s'en échappèrent dans un ensemble parfait. Dans les yeux de Darius, les flammes brillèrent. Le spectacle pyrotechnique avait enfin commencé.

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Ven 21 Déc - 13:14

Garion savait que Noatak désapprouvait son comportement égoïste, mais il s'en moquait. Pour l'heure, il n'était pas en capacité de réfléchir, même si le choix semblait évident : il devrait apprendre à manipuler le feu, coûte que coûte. En silence, ils descendirent pour rejoindre le reste du groupe. Garion se dérida en constatant que Pandora était bel et bien en leur compagnie, mais fut refroidi en se remémorant son bonsoir de la veille. Il espérait qu'elle avait cessé d'être... bizarre. Ne sachant sur quel pied danser, il s'approcha de Belsambar, intrigué par leur mine défaite, à lui et à Violine. C'était comme s'ils venaient d'apprendre une mauvaise nouvelle. Il allait demander de quoi il retournait, quand subitement, les flots se soulevèrent. Le léviathan poussa un rugissement, balayant les vagues sur son passage.
Et, bientôt, ce fut la débandade : sans qu'il puisse réaliser ce qui était en train de se passer, Garion comprit que les choses étaient anormales. Mavis déboula de nulle part, tandis que les moines se rassemblaient sur les hauteurs. La matriarche leur enjoignit de décamper, ce que le jeune garçon fit sans réfléchir. La réponse de Mavis lui glaça le sang. Attaqués. Alors ça y était, la nation de la terre passait à l'attaque. Avec effroi, il se demanda si cela arrivait à cause de lui. Et si leurs ennemis avaient été avertis de la présence de l'Emkuasa sur le rocher brûlant ? Et si des gens mouraient par sa faute ? Il n'eut guère le temps de se morfondre, car bientôt, le flot l'éloignait de la plage. Il percevait les rugissements de fureur du léviathan, et les crépitements de l'acier le percutant. Il n'existait aucun maître du métal, c'était impossible. Garion ne pouvait observer le combat qui se livrait en contrebas sur l'océan, mais les bruits qui s'en dégageaient le faisaient trembler.
Une gerbe d'eau éclata lorsque le géant marin se laissa couler, de toute évidence blessé. L'étau dans la poitrine de Garion se resserra : et s'ils ne parvenaient pas à retenir les envahisseurs ?
Belsambar lui hurla de se baisser, et il eut juste le temps de le plaquer au sol lorsqu'un boulet de taille imposante fracassa un mur devant eux. Se relevant avec difficulté, Garion fut à nouveau entraîné, toujours plus vite, toujours plus haut. Le prince de la fédération détalait à ses côtés, manifestement plus à l'aise que lui dans cet exercice, ses foulées étaient régulières, et il tendait l'oreille de toute part, à l'écoute. De temps à autre, Garion trébuchait, et sa poigne solide le maintenant debout pour lui éviter de basculer dans le vide.

Tout à coup, les nuages devinrent pourpres. Les moines passaient à l'attaque. Garion fut incapable de décider si cela était une bonne chose ou non, il se contenta donc de rattraper Noatak, quelques mètres devant lui.

- Bon sang, c'est quoi tout ça ? lâcha-t-il d'une voix un peu trop aiguë à son goût.

Un douloureux point de côté naissait dans sa poitrine, et il osa jeter un coup d'oeil en arrière. Son coeur manqua un battement : un gigantesque vaisseau de métal avançait vers le rocher, et propulsait des boulets à une vitesse inquiétante. Mais non, se reprit l'adolescent en plissant les yeux : ce n'étaient pas des catapultes qui les mitraillaient. Il discerna une silhouette humaine, et son pressentiment fut concrétisé : c'était bel et bien un maître du métal. Alors là, c'était la fin du monde.
Soudainement terrorisé, Garion accéléra encore. Il espérait juste que personne ne lui demanderait d'affronter... ça. Il constata que Violine avait emporté un bloc de glace, ce qui le rasséréna un peu. Pandora saurait probablement faire reculer d'éventuels attaquants, tout comme Belsambar, et Noatak devait être un excellent escrimeur. Tout n'était peut-être pas fichu, en fin de compte. Réalisant qu'il était le plus démuni, il en fut agacé, mais à nouveau dut oublier sa faible situation pour bondir et éviter un éboulement de pierres, qui aurait pu le faire basculer dans le vide plusieurs mètres plus bas. Enfin, ils aperçurent le temple. En quelques enjambés, ils parvinrent devant les lourdes portes. Le temple était vide, hormis quelques très vieilles personnes agenouillées devant l'autel et psalmodiant à voix basse. Les moines étaient tous partis au combat. Reprenant son souffle, appuyé sur un des immenses bancs, Garion laissa son regard errer sur les murs luisants, jusqu'à la porte que Belsamabar avait close, en abaissant la barre en bois. Le prince héritier paraissait à peine essoufflé par cette course effrénée, et se contenta de lancer un regard soudainement sérieux à Noatak :

- Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ?
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mar 14 Mai - 17:57

Les maîtres du feu tentèrent de se répartir au mieux sur le flan du Rocher Brûlant, tandis que le groupe de l'Eldarion, Mavis et les quelques hommes trop âgés se barricadaient dans le temple au sommet de l'île. Véritable mastodonte des mers, le navire de guerre continua son inexorable avancée jusqu'au cotes sans se soucier des gerbes de flammes. Darius parvenait à les stopper sans le moindre effort. Dès qu'un moine se risquait à les attaquer, un myr venait se placer près de son créateur. La créature convulsait une paire de secondes avant de reprendre sa forme initiale: de l'acier pur, simple, dont l'Eldarak se servait pour former des boucliers mobiles. Sa maîtrise parfaite permit à la troupe de la terre d'accoster sans la moindre égratignure. Avec le sable et les pierres, l'armée ennemie pouvait désormais passer à l'action. Noatak observait la scène depuis l'une des fenêtres du temple. Il n'avait, à cet instant, aucune réponse à apporter à Belsambar. Sa formation le préparait aux infiltrations, à l’espionnage, aux assassinats pour se sortir des pires situations; certainement pas aux sièges et aux grandes batailles. Une vérité numérique ne manqua pas pour autant de le frapper: il y avait dix fils de la terre pour chaque riverain. Il leur fallait compter sur leurs capacités légendaires s'ils voulaient s'en sortir. Mais d'un autre côté, n'était-ce pas l'occasion rêvée d'envoyer un message fort au roi Dei Long? L'Eldarak, leur némésis, venait se livrer à eux. Même si Garion ne pouvait pas en venir à bout, pourquoi ne pas profiter de leurs talents à tous dès à présent? Le soldat fouilla dans sa sacoche et en sortit une longue vue, avec laquelle il scruta Darius. Il ne put retenir un hoquet de surprise. Ce garçon venait de créer quelque chose! Un monstre fait d'acier, haut d'un mètre tout au plus, au crâne allongé et incurvé. Il en avait déjà entendu parler, mais les voir avait une toute autre dimension.

-Noatak!

Il sursauta. Le cri strident de Violine venait de lui rappeler qu'on lui avait posé une question et que tout le monde attendait sa réponse. Le jeune homme se sentit rougir mais eut vite fait de se reprendre. En tant que chef désigné de ce groupe, il ne pouvait pas se permettre de flancher.

-Excusez moi. Pour le moment, je n'en ai aucune idée, j'ai besoin de plus d'information. Madame Sozin, est-ce que les maîtres du feu peuvent l'emporter?

-Non, répondit-elle sèchement. Si même le Léviathan n'a pas pu le stopper, il serait stupide de croire que nous pouvons y faire quoi que ce soit.

-Alors laisse moi aller les aider! intervint Pandora. Je peux vous être utile, tu sais que je suis plus forte que n'importe qui sur cette île!

Mavis n'eut pas besoin de mettre des mots. Son regard en disait assez long: hors de question de laisser sa fille prendre le moindre risque. Elle n'avait pas foncièrement tort en affirmant être puissante, mais la force seule ne faisait pas tout. En fonçant tête baissée, elle ne récolterait que des coups. En contrebas, Tradoran Chouer commençait son massacre. Alors que les myrs se contentaient de désarmer puis d'assommer, le général n'hésitait en revanche pas à tuer sans vergogne. Son premier adversaire fut un homme d'une quarantaine d'années. Il n'eut pas le temps de lancer la moindre attaque. Tradoran fouette l'air de ses poings joints et fermés. Au dernier instant, une masse rocailleuse y apparut, allant cueillir le fils du feu en plein visage. Le soldat frappa le sol du pied. Celui-ci se déroba sous le corps du moine puis se referma l'instant d'après, compressant la victime à lui en broyer les os. Assis sur la plage, Darius détourna les yeux de la scène lorsque le craquement caractéristique se fit entendre. Il n'y avait rien en ce bas monde qu'il ne parvenait à haïr plus que ces méthodes barbares. Noatak regarda une fois de plus dans sa longue vue et se rendit compte que, depuis le temple, ils avaient une ligne de mire absolument parfaite. Une telle manœuvre avait peu de chance d'aboutir mais, au final, ne leur coûterait rien...le soldat se tourna vers Belsambar.

-Sambar, est ce que tu pourrais propulser une de mes flèches? Ou augmenter sa vitesse si je la tire avec un arc, quelque chose de ce style-ci?

-Qu'avez vous en tête, Noatak? s'enquit Mavis.

-J'ai une vue parfaite, mais l'ennemi est trop loin. Avec les pouvoirs d'un fils du vent, j'ai en revanche toutes mes chances d'atteindre l'Eldarak! Il est là-bas, dans le sable! Il s'amuse avec ses jouets en métal, c'est maintenant ou jamais!

Discrètement, Mavis se mordit la lèvre inférieure. Les choses n'allaient sûrement pas se passer aussi facilement, oh que non. C'était pour porter le coup de grâce à la nation du feu qu'ils étaient venus, et nul doute que leur chef suprême bénéficiait d'une protection conséquente. Cela sentait mauvais...

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mer 15 Mai - 9:56

L'air hagard de Noatak n'était pas pour rassurer Garion. Tétanisé, le jeune garçon restait adossé au banc, incapable du moindre mouvement. En bas, le combat faisait rage, et les cris effroyables qui s'en dégageaient ne faisaient qu'ajouter à se terreur. Là où il avait grandi avec Tante Pol, rien de tout ceci n'était jamais arrivé. La ferme semblait bien paisible à côté de ce cauchemar, et l'adolescent dut résister pour ne pas enfouir sa tête entre ses bras. Il se savait lâche, et en cet instant précis, il détestait que son premier réflexe soit la fuite ou les larmes.

Un peu plus loin, Belsambar suivait le bref échange de Noatak et de la matriarche. Bien sûr que les maîtres du feu n'avaient aucune chance. Il n'y avait qu'à voir comment les envahisseurs étaient organisés : le prince de la fédération avait beau ne pas connaître grand chose en tactiques militaires, il en savait suffisamment pour estimer leurs chances de victoire avec réalisme et exactitude : aucune. Lentement et sûrement, les forces ennemies se déployaient sur la plage, leurs créatures de métal et d'acier terrassaient tout sur leur passage. Le jeune homme se demanda combien de temps il restait à l'îlot rocheux avant d'être totalement dévasté.
Lorsque Noatak s'adressa à lui, ce fut comme si un choc électrique le réveillait brusquement. Sursautant, il se tourna vers le chef de leur petit groupe et évalua sa demande : faire voler un projectile n'était pas très compliqué, si l'on savait comment ajuster le tir en fonction des vents qui risquaient de dévier sa trajectoire. Ils avaient beau être au bord de la mer, les fortes bourrasques salées étaient trop prévisibles pour représenter un gros problème. D'ordinaire, Belsambar aurait ricané et pavané pour répondre à Noatak, mais il se contenta d'un hochement de tête. L'heure n'était plus aux fanfaronnades. Il fallait tenter quelque-chose, et l'idée du soldat n'était pas si mauvaise. Un peu trop optimiste, peut-être, mais ça ne coûtait rien d'essayer... il ne pouvait rien se passer de grave.

Lorsque Noatak banda son arc, Belsambar inspira profondément et se mit en position. Quand la corde se détendit et que la flèche fusa, le fils du vent créa une puissante spirale horizontale qui propulsa le projectile si vite qu'il était difficile de distinguer la houppe de la flèche. Seul l'éclat argenté de sa pointe de fer luisait au soleil tandis qu'elle se rapprochait de sa cible.
Satisfait, Belsambar se redressa : aucun homme ne pourrait survivre à une force de frappe pareille. La pointe traverserait ses côtes entièrement, ne laissant qu'un trou béant dans sa poitrine. A moins d'un miracle, l'Elderak ne pourrait l'éviter.

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mer 15 Mai - 12:09

Le trait d'acier délétère fusait à une vitesse ahurissante. L'un des soldats s'en rendit compte avant les autres mais n'eut le temps ni de hurler, ni de mettre leur dirigeant à l'abri. Le roi leur passerait un sacré savon s'ils perdaient son fidèle bras droit. Darius ne prit pas la peine de tourner les yeux. Avec une rapidité surprenante, il tendit une paume vers le projectile. La flèche s'arrêta net à quelques mètres de lui. Le regard du jeune homme se tourna enfin vers le sommet du village vertical. Ainsi, il y avait un maître de l'air perché dans le temps, et un guerrier. Deux éléments étrangers au Rocher Brûlant. Un sourire se peignit sur son visage. Ce qui s'annonçait initialement comme un simple assaut de routine allait peut-être s'avérer plus intéressant que prévu. En attendant le retour du Léviathan, il pourrait s'amuser un peu avec ces ennemis-ci. Pour le moment, la bataille tournait clairement à leur avantage. Cela ne lui plaisait pas. Aucune victoire ne devait être si écrasante. Où était le plaisir? L'Eldarak s'adressa à l'un de ses hommes.

-Trouvez Tradoran et demandez lui de cesser immédiatement l'offensive, s'il vous plaît. J'ai une idée.

-Monsieur Maffert, avec tout le respect que je vous dois, une telle décision semble insensée, se risqua un sous-officier.

Darius lui adressa un sourire lumineux.

-Bien sûr que ce l'est, raison de plus!

Il y eut un moment de flottement, puis l'ordre finit par être exécuté. Une paire de minutes plus tard, le général et ses hommes étaient alignés sur la plage. L'élu de la prophétie leur fit simplement signe de se taire, sans plus d'explication. Enfin, il se releva. Après avoir dépoussiéré son manteau parsemé de sable, il fit faire un mouvement circulaire à son poignet. La flèche, lévitant encore, fit lentement volte-face. De sa main gauche tendue, il dirigeait la pointe. De la droite, il préparait l'impulsion. Sa seconde paume recula jusqu'à ses hanches. Enfin, il frappa l'air. La flèche effectua un retour à l'envoyeur fulgurant. Noatak ne dut qu'à ses réflexes de ne pas finir décapité. L'impact fut tellement puissant qu'après la fenêtre, le projectile passa à travers le plafond en traversant les pierres épaisses. Ce n'était certainement pas ces rocs qui allaient stopper un fils de la terre.

-Mais il est pas vrai ce gars là! Comment il a fait ça? demanda le soldat à qui voulait bien l'entendre.

-Euh...Noatak! Ça revient!

Violine pointait du doigt la même flèche, qui venait à nouveau de faire volte face pour se pointer vers eux. Ce simple objet inanimé était devenu un redoutable prédateur. À plusieurs reprises, elle passa puis repassa à travers le temps. À un moment, la fille de l'eau parvint à l'emprisonner dans un cercueil de glace. L'arme ne mit qu'une paire de secondes à s'en libérer, faisant voler le givre en éclat. En contrebas, Darius s’esclaffait d'un rire enfantin. Ce jeu là était vraiment très amusant! Dommage qu'il faille y mettre fin...ils avaient d'autres chats à fouetter, et mieux valait ne pas être distrait lorsque la créature légendaire des océans ferait son retour. La flèche s'arrêta net en plein milieu de la pièce. Noatak dégaina son épée, bien décidé à la briser en deux. Le projectile évita le coup comme si de rien n'était, pointa son extrémité vers le soldat...puis disparut dans une gerbe de flamme. Calmement, Mavis laissa retomber son bras.

-Désolée, j'avais besoin qu'elle s'immobiliser avant de la détruire. Ce garçon là-bas est l'Eldarak, vous n'escomptiez pas le vaincre aussi facilement?

Les fils du feu s'étaient regroupés sur la place de la fontaine. Eux non plus ne savaient que faire. La minuscule embarcation dont ils disposaient ne leur permettrait pas d'évacuer tout le monde. Et quand bien même l'intégralité des habitants parviendraient à s'y entasser, le navire de guerre de la nation de la terre les rattraperait en quelques instants. Cette histoire avait décidément un arrière-goût amer. N'y avait-t-il donc pour eux aucun moyen de s'en tirer indemne? Certains proposaient de rejoindre Mavis, prétendants qu'elle parviendrait à trouver une solution. Mais entre eux et leur dirigeante, il y aurait des fils de la terre, et non des moindres. Dans le temps, la dirigeante questionna du regard les plus anciens moines. Ils acquiescèrent d'un hochement de tête. Quitte à mourir, autant que ce soit en faisant quelque chose d'utile.

-Pandora, emmènes tes amis dans les grottes sans tarder. Je vais aller aider les autres, et nous vous rejoindrons tout de suite après. Faites vite.

-À vos ordres chef! répondit la petit funambule. Vous autres, suivez moi, vite!

Elle passa prudemment la tête par la porte arrière du temple, puis se mit à dévaler les marches du flanc du village. L'entrée des grottes se trouvait en contrebas, s'ils se dépêchaient ils pourraient passer sans être vus. Violine s'apprêtait à partir à sa suite lorsqu'elle entrevit l'état de Garion. Comme souvent ces temps-ci, il semblait apeuré. Personne n'aurait pu le lui reprocher, pas après tout ce qu'il avait du subir en à peine quelques jours. Mais l'heure n'était pas à se soucier de la santé mentale de son camarade. Elle lui tira le bras et se dépêcha à la suite de Panodora. Noatak s'apprêtait à les suivre, mais la voix de Mavis les arrêta.

-Belsambar, Noatak. Attendez un instant. Nous vivons peut-être au autarcie, mais nous ne sommes pas dupes ni ignares pour autant. Je sais qui vous êtes. Toi un soldat de la nation de l'eau, et toi un membre de la famille royale de la fédération. J'ignore tout de Violine, mais je n'ai jamais vu de fille de l'eau aussi douée qu'elle. Garion a besoin de vous trois, autant que le monde a besoin de lui, qui est à la fois l'Emkuasa et l'Eldarion. Vous êtes les deux seuls adultes de ce groupe, alors c'est à vous que je dois confier ma mission. Dans les grottes où vous emmène Pandora, il y a un canal qui rejoint l'Océan. Vous y trouverez une barque de fortune. Cela ne fera certainement pas votre bonheur mais vous pourrez fuir. La nation du feu est condamnée depuis longtemps, mais l'Eldarak ne dois pas savoir que Garion est ici. C'est pourquoi nous décidons de vous offrir nos vies.

Noatak demeurait abasourdi. Jamais il n'aurait deviné que les fils du feu puissent faire preuve d'une telle noblesse. Mais un sacrifice comme celui-ci allait à l'encontre même de toutes les valeurs du soldat. Il ne pouvait simplement pas accepter de filer pendant que d'autres se battaient à sa place. Il allait répliquer. Mavis ne lui en laissa pas le temps.

-Ma décision n'est pas discutable.

-Non, c'est absurde! Vous disiez que Garion a besoin de nous, mais il a encore plus besoin de vous! Vous êtes la plus grande maîtresse du feu que le monde ait jamais connu depuis les dragons. Sans votre enseignement, il ne pourra jamais devenir l'Emkuasa et vaincre l'Eldarak!

-C'est vrai. Nul ne saurait mieux enseigner la maîtrise du feu à Garion que moi-même. Mais il me faudrait un temps dont nous ne disposons pas. Je sais qu'il a besoin des quatre éléments, et c'est pourquoi j'ai, outre ma mission, une requête à vous formuler. Je veux que vous emmeniez Pandora avec vous et que vous preniez soin d'elle.

Que répondre, que dire face à une telle demande? Le jeune homme restait bouche bée. Mavis ne put retenir un sourire satisfait. Enfin, elle se sentait revivre. Pour la première fois depuis des années, elle retrouvait cette fougue propre à la jeunesse. De ses actes allaient peut-être dépendre la suite des événements. Les moines du feu seraient accepteraient leur sort sans broncher. Ensemble, ils feraient tout leur possible pour retenir l'armée de la terre et laisser le temps à la troupe de l'Eldarion de prendre la fuite. La dirigeante ne laissa pas à ses interlocuteurs l'occasion de protester: elle partit rejoindre ses confrères.

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Sam 18 Mai - 9:39

Le brusque revirement de situation laissa Belsambar stupéfait. Tout donnait l'impression de s'enchaîner à une vitesse alarmante. Alors que l'Emkuasa et les jeunes filles filaient, Mavis lui avait demandé (ordonné serait plus juste) de rester un instant, ainsi qu'à Noatak. Il comprenait à présent pourquoi.
Ce qu'il savait des moines de ce rocher se résumait à peu de choses : sectaires, peu loquaces. Mais de toute évidence, il devrait rajouter la noblesse à la liste. Ce que proposait cette femme n'était ni plus ni moins qu'offrir sa vie et celles de ses semblables pour leur permettre de s'enfuir.
A la réaction de Noatak, Belsambar comprit qu'il n'était pas le seul à être surpris par cette soudaine dévotion. Il acquiesça aux protestations de son aîné en hochant la tête, mais cette molle contestation représentait bien sa certitude : Mavis ne cèderait pas. Et, en effet, la matriarche refusa toute proposition.

Avec l’insensibilité qui lui était coutumière, Belsambar réfléchissait déjà aux détails tels que la maîtrise du feu : cette gamine saurait-elle l'enseigner à Garion ? Il faudrait aussi annoncer à la fillette que sa mère était morte. Car il en était certain, elle ne survivrait pas en combattant en première ligne. Une explosion en contrebas le tira de ses pensées. Mavis partait déjà rejoindre son peuple. Sambar savait qu'ils ne s'en sortiraient pas vivants, et si par miracle quelques un d'entre-eux survivaient à ce combat meurtrier, ils seraient impitoyablement exécutés ou capturés par les soldats ennemis. Il secoua la tête et attrapa Noatak par la manche pour le faire réagir :

- Allez, viens. C'est pas le moment d'être sentimental.


A une bonne distance de là, Garion cavalait aux côtés de Violine. Pandora avançait à une vitesse phénoménale pour une personne de sa taille, bondissant de rocher en rocher, n'hésitant pas parfois à frôler le vide et défier la gravité. Le garçon espérait que les grottes dont Mavis avait parlé n'étaient plus très loin. A bout de souffle, il s'appuya une seconde contre un mur et ferma les yeux tandis que Pandora jetait un oeil dans une rue pour vérifier qu'aucun ennemi ne rôdait dans les parages. La fuite le terrifiait. Il entendait le vacarme du combat qui faisait rage sur la plage. Il entendait les hurlements, les cris d'agonie, les explosions. C'était comme s'il sentait sur sa nuque le souffle rauque des créatures d'acier qu'il avait aperçues. Mais au fond de lui, la colère se mêlait à la crainte. Le combat était inégal. Les choses que l'on avait dit à propos de la Nation de la Terre étaient vraies. Il ravala sa rancœur pour rejoindre les jeunes filles, et la course folle reprit.
Bientôt, les toits des masures laissèrent place à la roche, le sol poli fut remplacé par une surface inégale et encore vierge. Le grondement de la guerre s'atténua jusqu'à ne devenir qu'un murmure lointain. Le silence dans les grottes était oppressant, et plus d'une fois Garion eut l'impression qu'on l'observait. Toutefois, comme cela n'était probablement que le fruit de son imagination, il laissa ça de côté et emboîta le pas à Pandora qui les menait toujours plus loin. Inquiet pour Noatak et Belsambar, il jeta un coup d'oeil par dessus son épaule, espérant les voir revenir. Mais il n'y avait rien.
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Sam 18 Mai - 17:51

Pandora courait sans se retourner. Ils ne risquaient pas de rencontrer les soldats adverses sur ce flanc-ci de l'île, mais mieux valait ne pas tenter le diable. À plusieurs reprises, elle emprunta des raccourcis pour le moins incongru, passant outre les marches taillées prévues à l'effet des déplacements. De par le fait, elle imposait une cadence démentielle à ses deux camarades et leur faisait même prendre des risques. Pour une fois qu'on lui confiait un travail sérieux, elle ne lésinerait pas sur les moyens, quitte à bousculer un peu les habitudes de leurs invités. Elle ne s'en inquiétait pas pour autant. Si elle n'avait aucune idée de l'étendue des pouvoirs de Garion, elle avait en revanche conscience qu'en cas de chute, Violine serait tout à fait apte à les rattraper en vol. Il n'y eut de toute manière aucun incident à déclarer . Le trio arriva entier à l'entrée des grottes. Un véritable labyrinthe souterrain se profilait devant eux. Ici, miracle mis à part, seuls les riverains pouvaient se repérer convenablement. Dès les premières minutes, certains moines s'étaient demandés pourquoi ils ne s'y dissimulaient pas. La réponse, évidente, fut bien vite apportée : se cacher sous terre n'était pas la meilleure façon de faire face à l'armée royale du même élément. Dès les premiers pas à l'intérieur du dédale, deux points frappèrent Violine : l'humidité et l'obscurité. Partout autour d'elle, elle pouvait ressentir l'eau sous forme liquide et gazeuse. Il y avait fort à parier qu'ils arriveraient sous peu en-dessous du niveau de la mer.

-On n'y voit absolument rien ici ; fit remarquer l'étudiante.

-Oh, j'avais oublié. Excusez-moi.

L'adolescente ferma le poing et fouette l'air. Des volutes incandescents en jaillirent pour aller embraser une torche accrochée au mur. Au fil du temps passé à explorer les grottes, Pandora avait appris à s'y repérer, même dans le noir, et oubliait ainsi souvent qu'elle était l'une des seuls à pouvoir s'en vanter. Il y avait des dizaines d'autres torches, accrochées sur le même pan de la paroi. Ils n'auraient plus qu'à les allumer au cours de leur avancée. Quoique...en agissant ainsi, ils laissaient un chemin tout tracé pour l'ennemi. Oui, mais tout tracé vers quoi ? Une barque qu'ils allaient emprunter. Finalement, les risques étaient minimes.

-Où sont Noatak et Sambar ? finit par demander Violine. Ils auraient dû nous rattraper, non ?

-Boh, t'en fais pas pour eux va. On a qu'à avancer, ils n'auront qu'à suivre mon splendide tracé de lumière. Allez, en route ! Il n'y a pas une seconde à perdre, le destin du monde est entre nos mains !

Pandora disait cela sur le ton de la plaisanterie sans savoir qu'elle avait peut-être raison. Violine se retint de lui faire la moindre remarque. Elle laissa un message à l'entrée du labyrinthe pour indiquer à leurs amis qu'il fallait suivre les torches, puis suivit ses deux compagnons. Noatak courait, les dents serrées. Il n'acceptait toujours pas leur couardise. Laisser une femme se battre à leur place, c'était indécent ! Et maintenant, à cause de leur conversation, ils avaient même perdu la trace de leur jeune guide. Heureusement, grâce aux indications vagues de Mavis, les deux garçons purent arriver à bon port sans trop de difficultés. La visite de l'île la veille leur aura servi à quelque chose en fin de compte. De fines lettres de givre formaient un message collé à la paroi extérieur. Le soldat s'approcha pour le lire. « Suivez les torches, - Violine ». Au moins, ils étaient sûr de ne pas s'être trompés. Ils s'apprêtaient à poursuivre leurs cadets, mais Noatak posa une main sur l'épaule de Belsambar, le coupant dans son élan. Il le dévisagea, l'air grave. Le voir aussi sérieux constituait un fait rarissime pour quiconque le connaissait un minimum.

-Tu avais raison il y a un instant. Ce n'est pas le moment d'être sentimental. Mais avant qu'on les rejoigne, il faut quand même décider de ce qu'on fait pour Pandora. Si on lui annonce que sa mère se sacrifie et qu'elle doit monter avec nous dans le bateau, je ne suis pas sûr qu'elle le prenne bien. Et je ne sais pas pour toi, mais je ne sais pas si je pourrais la retenir lorsqu'elle voudra rejoindre les siens.

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mer 29 Mai - 9:04

Le discours de Noatak laissa Belsambar songeur. Le soldat avait raison : ils ne pouvaient s'embarquer dans une énième galère sans prendre de décision. De toute évidence, empêcher Pandora de sauter de l'embarcation poserait problème. Mais ne rien lui dire... était-ce vraiment humain ? La colère de la fillette risquait d'être démesurée lorsqu'elle apprendrait qu'ils lui avaient caché la vérité. De plus, s'ils se taisaient, il faudrait également mettre Violine et le blondinet dans la confidence, sans quoi ils risqueraient de tout faire capoter. Mais s'ils ne parvenaient pas à tenir leur langue ? Peut-être valait-il mieux les laisser dans le mensonge eux aussi, après tout.

- On ne lui dit rien. On lui apprendra la mauvaise nouvelle quand on sera loin de cette île, en sécurité. D'ici là, on se tait et on évite de parler de sa mère. On a qu'à lui dire qu'elle est partie venir en aide à un moine blessé et qu'on l'a perdue de vue, un truc comme ça. On ferait bien de ne rien dire au blondinet non plus, il serait capable d'oublier de se taire. Par contre, on peut mettre Violine dans la confidence. Elle saura tenir sa langue, elle.

Il dévisagea le soldat qui lui faisait face, et ajouta en grimaçant :

- On attendra que le blondinet soit en mesure d'empêcher Pandora de nous faire rôtir vivants pour lui avouer la vérité. Je pense que c'est plus prudent.

Un peu plus loin dans les grottes obscures, Garion s'était rapproché de Violine. Sa présence le rassurait, elle lui donnait la certitude de ne pas être seul. Il n'osait imaginer ce qui pourrait se passer dans ces grottes sombres, aux recoins plongés dans l'obscurité. Plus que tout, il redoutait que les torches allumées par Pandora ne s'éteignent brutalement, soufflées par une bourrasque. Ça et là, des gouttes d'eau s'écrasaient sur le sol. Le bruit étant régulier, Garion calqua inconsciemment sa respiration dessus, tentant de calmer les battements frénétiques de son coeur terrifié.
Enfin, après plusieurs minutes de marche, le bruit familier de l'eau se fit audible. A la lueur des torches, ils discernèrent les contours d'une barque austère, qui paraissait fragile. Garion s'accroupit près de l'eau et, sans trop savoir pourquoi, plongea ses mains écorchées dedans. Le liquide froid lui fit du bien, il s'autorisa un soupir de soulagement. Sans bouger, il demanda, rasséréné :

- Et maintenant ? Quand Sambar et Noatak seront arrivés, quelqu'un a une idée de l'endroit où il faut aller ?

Le jeune garçon se rappelait que trop bien la discussion qu'ils avaient eu dans la cuisine de Tante Pol. On lui avait demandé de choisir entre le Rocher Brûlant et la nation de la terre. Maintenant qu'ils avaient visité et fait ce qu'ils pouvaient sur le premier, il espérait secrètement que personne ne soufflerait l'idée de se rendre sur la seconde.
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mer 29 Mai - 18:20

Violine se laissa dans un premier temps guider par Pandora en bonne et due forme. Elle ne connaissait absolument pas ces souterrains et son petit doigt lui disait qu'il ne valait mieux pas s'y perdre: ils marchaient depuis déjà dix bonnes minutes et devaient s'être enfoncés très profondément. Retrouver seule la sortie serait tout bonnement impossible. Mais après avoir grandement entamé leur avancée, la jeune fille commença à ressentir la présence abondante d'eau. À présent, même sans sa cadette, elle aurait pu parvenir jusqu'à la barque. Malgré la délicatesse de leur situation, elle ne put retenir un sourire lorsque Garion plongea ses mains de le petit canal souterrain. Il avait appris à maîtriser et à apprécier cet élément à une vitesse ahurissante. Ce n'était pas l'Emkuasa pour rien. Elle aussi, mine de rien, se sentait à son aise ici. Avec cette abondance de liquide, elle se sentait en sécurité. Dressée, l'adolescente jeta un coup d'œil derrière eux. Que faisaient les garçons? Ils étaient pourtant en meilleure condition physique qu'eux. Pandora aurait peut-être pu les distancer, mais certainement pas les deux fils de l'eau. Pourvu qu'il ne leur soit rien arrivé en cours de route. Comme pour répondre à ses inquiétudes, une secousse se fit soudainement ressentir, suivie de plusieurs bruissements sourds. Ce bruit-là, on pouvait le reconnaître entre mille. La foudre tombait sur le village vertical. Plusieurs fragments du plafond de la grotte s'effritèrent avant de tomber non loin du trio. La maîtrise de la terre de l'armée d'en face faisait s'écrouler le labyrinthe! La hâte serait désormais de mise. Violine s'apprêtait à répondre à Garion lorsque des bruits de pas retentirent non loin. Enfin, les garçons arrivaient.

-Vous en avez mis du temps! leur reprocha Violine.

-Ouais, désolé. On a été retenu un petit moment. Mavis et les autres nous rejoignent plus tard, dépêchons nous de monter!

La jeune fille opina, heureuse de constater que malgré l'immaturité dont il pouvait habituellement faire preuve, Noatak savait garder la tête sur les épaules le moment venu. Elle lui parlait comme à une connaissance amusante, aussi avait-elle parfois tendance à oublier qu'il était avant tout un militaire de formation et de par le fait un homme rigoureux. Le soldat observa tour à tour Pandora et Belsambar, inquiet. Il n'avait pas la moindre idée de la manière dont allait réagir la fille du feu. Serait-elle assez crédule? Il lui semblait que son mensonge sonnait bien. Visiblement, elle y avait cru, car elle fut la première à monter dans la barque, en emmenant au passage Garion avec elle. Les trois autres y mirent pied à leur tour. Il s'agissait à présent de trouver leur chemin, car le canal prenait nombre d'embouchures; et se retrouver à jaillir sur l'océan du même côté que le navire de guerre de leurs adversaires aurait été fatal. Une nouvelle fois, l'obscurité s'avéra être un problème. C'est à peine s'ils pouvaient distinguer le bout de la barque.

-Je me charge de ça, annonça l'adolescente de la tribu du pôle Sud.

Elle alla décrocher l'une des torches du mur de la grotte puis créa une longue proue de glace au bout duquel elle laissa un socle suffisamment large pour y déposer ladite torche. Ils durent, pour le reste, s'en remettre aux indications de Pandora, qui sut parfaitement les guider. Rapidement, une pâle lueur apparut et se transforma bientôt en éclat de lumière. Ils étaient parvenus à déboucher sur le grand océan.

-Qu'est-ce qu'on fait maintenant? Vous avez mis au point un plan avec Mavis?

Noatak se sentit succinctement rougir. Belsambar avait vu juste, ils devraient dire la vérité à Violine d'ici peu. Mais pour le moment, il fallait la tromper elle aussi afin de se mettre en sécurité. Ils ne pouvaient certainement pas se permettre de perdre Garion maintenant, pas après avoir trouvé trois des quatre professeurs dont il avait besoin. L'avenir du monde en dépendait...Mavis ne le leur avait que trop rappelé. Encore une fois, il dévisagea Pandora. Cette petite semblait si heureuse parmi eux. Elle lançait des grands cris d'encouragement lorsqu'elle apercevait des gerbes de flammes, pensant sans doute que ses compatriotes employaient la technique de la terre brûlée avant la grande retraite. Ils ne pouvaient pas lui avouer que sa mère allait se sacrifier pour eux. Mais peut-être qu'après tout, mentir était plus odieux encore. Le soldat sentit ses mains trembler et les larmes lui monter aux yeux. Il ne devait pas se détourner de son objectif! Qu'importe la tristesse d'une fillette quand des milliers d'autres mouraient. Son chef lui aurait dit ça, et il aurait eu raison. Seulement Noatak ressentait d'avance la douleur qui terrasserait leur nouvelle camarade.

-Je...on se rejoindra plus tard, parvint-il finalement à articuler. Pour le moment, on fait comme prévu, et on va sur Homaü. L'armée de la terre n'y a pas encore établi de poste avancé. On pourra peut-être trouver un professeur pour le quatrième élément. À moins que tu ne préfères te concentrer sur les trois autres pour le moment Garion, auquel cas nous pouvons nous rendre n'importe où du moment que c'est reculé.

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mar 29 Avr - 12:30

Leur humble embarcation voguait paisiblement sur l'eau. Cela semblait parfaitement incroyable, quand on levait les yeux vers le rocher qui les surplombait, et qui abritait maints conflits. Comment une telle paix pouvait-elle côtoyer une telle fureur ? Garion sentit une certaine forme de colère enfler en lui, et il s'efforça de la faire taire. Il détourna les yeux. Au fond de lui, une rage sourde grondait. Le jeune garçon aurait voulu être capable de rivaliser avec ceux qui propageaient souffrance et terreur, afin de redonner à ce territoire paisible toute sa quiétude. Serrant les mâchoires, il fixait l'horizon sans le voir, attendant de s'éloigner de cet endroit. Cependant, il entendit son nom prononcé, et fut forcé de sortir de son exil. Ses yeux clairs se posèrent sur Noatak, qui le regardait en retour. Qu'avait-il dit, déjà ? Le soldat avait parlé d'Homaü, de maître de la terre. Par associations d'idées, Garion put deviner qu'il s'agissait de déterminer leur prochaine destination.
Ses doutes refirent soudainement surface, mais l'inquiétude avait laissé place à la colère. L'adolescent brûlait désormais de rejoindre la nation de la terre afin de faire payer à leurs ennemis tout le mal qu'ils avaient causé. Mais une petite voix lui soufflait que la rage ne l'aiderait pas à apprendre convenablement. De toute manière, était-ce réellement la soif d'apprendre à maîtriser la terre qui le motivait à se rendre là-bas ? Bien sûr que non. A l'heure actuelle, il se fichait pas mal de la terre, et comptait simplement se venger. Il ferma les yeux et détourna la tête en soupirant, aux affres de l'incertitude. La vengeance n'était certainement pas digne de l'Emkuasa que tous attendaient. On ne réglerait pas la guerre par la guerre. Mais d'un autre côté, puisque l'attention de l'armée ennemie était dirigée sur le Rocher Brûlant, peut-être était-ce le moment idéal pour se rendre en territoire adverse ? Bon sang, jamais encore il n'avait pensé à de telles choses. Arguments et idées se mêlaient dans sa tête, cela l'agaça.
Finalement, il lança quelques mots à l'adresse de Noatak, peu convaincu par sa propre réponse :

- Je préférerais me concentrer sur les trois éléments à ma portée pour l'instant. J'ai peur de ne pas pouvoir tout gérer à la fois. On pourrait rejoindre Homaü plus tard. Rien ne presse.

Assis à l'opposé, Belsambar fronça les sourcils : Garion leur cachait quelque-chose, le blondinet était aussi doué pour le mensonge que pour la stratégie. Mais ils n'avaient pas vraiment le temps de s'attarder sur ce problème.

- Puisque le blondinet veut faire ses devoirs, on pourrait rejoindre Kumano. Qui penserait à chercher des maîtres des éléments là où ils n'ont pas le droit d'aller ?
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mar 29 Avr - 15:17

Noatak faisait fi de sa force physique, supérieure à celle de ses camarades, pour ramer le plus rapidement possible. Leur frêle esquif ne leur permettrait certainement pas de s'échapper à ce rythme-là. Violine avait beau y mettre du sien en manipulant l'eau tant bien que mal, elle ne parvenait pour autant pas à se concentrer sur ce qu'elle faisait. Ses pensées et son regard étaient tournés vers l'île d'où les volutes rougeâtres se faisaient de moins en moins nombreux, preuve de l'affaiblissement de la résistance. Aucune autre embarcation ne semblait les suivre. Les fils du feu avaient-ils échoué à repousser leurs ennemis ? De ce qu'elle en avait compris, ils étaient pourtant censés les rejoindre promptement. L'adolescente tenta de jauger ses deux aînés, derniers à être arrivés. Ce qu'elle vit dans leurs yeux ne lui inspira rien de bon. Pandora, d'abord guillerette, s'était vite calmée en découvrant l'état de Garion. Il semblait préoccupé. Mais plus encore, ses propres inquiétudes vinrent ajouter à sa confusion. Ni sa mère, ni aucun autre moine n'était à portée de vue. Penchée par-dessus bord, elle plissait les yeux pour tenter de discerner la moindre silhouette, mais seuls des éclats de roches allaient et venaient, au loin. Leur minuscule navire se stoppa soudainement. Violine se tourna vers Noatak, qui avait enjambé Garion pour aller s'accroupir à côté de Pandora. Lentement, presque avec douceur, il posa une main sur sa nuque. La jeune fille se retourna, curieuse de connaître le pourquoi d'un tel geste, puis sentit soudainement s'abattre ses paupières. N'essayant plus de retenir les larmes qui coulaient sur ses joues, le soldat rattrapa cette gamine qu'il venait d'étourdir avant qu'elle ne heurte le sol.

-On ne vas pas sur Kumano, fit-il d'une voix frêle. Elle est déjà à moitié envahie...Garion. On peut retourner sur l'archipel si le cœur t'en dis.

Violine était déboussolée. Elle ne le connaissait que depuis peu, mais jamais Noatak ne lui avait semblé si faible qu'à cet instant. Silencieusement, elle interrogea Belsambar. Au sommet du Rocher Brûlant, le corps inanimé d'un vieillard fut brutalement projeté sur le dallage du temple. Le dernier des moines venait d'être vaincu. Tradoran et ses hommes formaient un cercle compact de plusieurs mètres de diamètre dont le centre était Mavis. Agenouillée, essoufflée, elle avait luté de toutes ses forces pour retenir aussi longtemps que possible les envahisseurs, mais il avait fallu se rendre à l'évidence : même elle n'était pas de taille à lutter contre la troupe d'élite de l'Eldarak. Ce dernier s'avança à travers les rangs et parvint à tirer un haussement de sourcils à la dirigeante de l'île. Il n'avait pas plus d'une vingtaine d'années. C'était encore un simple enfant, dont des nations avides de pouvoirs se servaient. Le plus grand des conflits allait dépendre de son affrontement avec Garion. Mais cela signifiait aussi qu'il restait un espoir. Ce fils de la terre n'était pas malfaisant. Tradoran s'avança à son tour, et leva le poing. Tout un pan de la façade du temple s’affaissa avant de léviter jusqu'à lui, puis de se tailler en une multitude de pointes acérées, dirigées vers la femme qui leur faisait face.

-Ne la tuez pas, intervint Darius.

-Ne pas la tuer ? C'est sans doute la personne la plus dangereuse au monde !

Le visage de Darius s'illumina d'un sourire enfantin, presque effrayant dans ces circonstances.

-Justement ! Faire disparaître un tel adversaire aussi brutalement n'aurait aucun sens. Mavis Sozin ? Je suis Darius Maffert, dirigeant suprême des troupes du roi Dei Long III, et Eldarak. Vos moines ont fait de formidables opposants, et je sais que vous êtes bien meilleurs encore ! Allez donc, je vous laisse fuir, pour que nous puissions nous affronter de nouveau.

Joignant le geste à la parole, le jeune homme s'écarta et intima à ses troupes d'en faire de même. Incrédule, Mavis considéra la possibilité de profiter d'une telle opportunité, avant que son pragmatisme ne la rattrape. Une fuite, alors qu'elle avait promis de retenir ces monstres le plus longtemps possible ? Et quand bien même, où irait-elle ? Nul ne serait prêt à l'accueillir à la nation du feu, et rejoindre sa fille signifierait signer l'arrêt de mort de celles-ci. D'autant plus qu'il y avait de fortes chances qu'il s'agisse d'un simple piège. Tandis qu'elle tentait de visualiser tous ses possibles, Darius se pencha par-dessus le gouffre créé par Tradoran, et aperçut, point sombre sur l'étendue bleutée, une risible embarcation qui était en train de prendre le large. Sans pouvoir distinguer les silhouettes, il sut que ses passagers étaient les étrangers aperçus toute à l'heure. Ses prochaines cibles. Il aurait été facile de torturer Mavis pour apprendre leur identité, mais la chasse aurait alors perdu tout son charme.

-Belle diversion en tout cas, maître du feu, commenta-t-il.

Ce fut cette fois-ci sur le visage de la matriarche qu'un sourire apparut. Lentement, elle se redressa et joignit ses mains, laissant le tissu des manches de sa robe les recouvrir. Ses yeux se fermèrent.

-Je suis une pacifiste, Darius Maffert.

-Je le sais.

Le tissu commençait à se consumer. De lourdes gouttes suintaient des pores de la peau de Mavis, dont les premières couches tombaient en lambeaux. Une désagréable odeur de brûlé se répandait rapidement dans toute la pièce, ce malgré ses multiples ouvertures. Darius écarquilla les yeux lorsqu'il comprit ce qu'elle prévoyait de faire. Mavis souriait à pleines dents. Une pacifiste, hein ? Elle n'était pas du Rocher Brûlant. Elle n'était pas un moine. Depuis son enfance, elle était une fille du feu exceptionnelle, capable de défaire n'importe quel ennemi. Nombre d'accidents étaient survenus. Brûlures, incendies...En causer était à la fois désolant et grisant. Le feu était une entité libre, puissante. Il pouvait être contenu, mais certainement pas réduit en esclavage. À un moment ou un autre, son âme demandait à s’exprimer. Quel moment était plus approprié que celui-ci ? Elle était une pacifiste. Mais ce garçon risquait de faire du mal à sa fille.

-Et pour maintenir la paix...continua-t-elle.

Sang et nerfs à vif, Mavis se consumait, entourée de flammes dont la hauteur et l'intensité allait crescendo.

-Il faut éliminer ceux qui la troublent .

Belle excuse pour se libérer une bonne fois pour toute. Se retenir d'utiliser les flammes était frustrant, et ce l'était encore plus lorsqu'elles étaient si puissantes. La minute précédente, la jeune femme avait tout d'un ange. À présent, avec ses os luisants à travers le brasier, elle tenait bien plus du démon. L'explosion fut titanesque. Depuis la barque, les membres du groupe de l'Emkuasa pouvaient voir un pilier incandescent s'élever à des dizaines de mètres au-dessus du temple. Le sort des moines ne faisait plus aucun doute.

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mar 29 Avr - 16:47

Kumano, envahie ? Belsambar fixait Noatak, stupéfait. Depuis toujours, il croyait ce territoire neutre en dehors du conflit mondial. Un lieu pacifique au-delà des misères du monde. Comment une telle information avait-elle pu lui échapper ? Subitement, il se rappela les nombreuses leçons de géopolitique qu'il avait délibérément séchées pour s'amuser au bord des falaises. Cela n'avait pas eu que du bon apparemment. Frustré d'ignorer une information aussi capitale, il refusa d'admettre que son propre comportement en était la cause. Sa fierté l'en empêchait. Ses yeux se posèrent sur le corps de Pandora, qui reposait paisiblement, inconsciente du drame qui se jouait autour d'elle. En face de lui, Garion n'en menait pas large. Comme Noatak et Violine le fixaient avec insistance, Sambar se passa la langue sur ses lèvres sèches. Il était temps d'avertir la jeune fille de ce qui avait lieu là-haut. Lui-même aurait préféré laisser le blondinet en-dehors de tout ça, mais Noatak n'avait pas neutralisée Pandora sans raison. Le soldat ne pouvait plus retenir sa détresse, attendre plus longtemps aurait été un choix inconsidéré : les larmes du jeune homme les auraient trahis tôt au tard. Il regrettait juste que ce soit lui qui ait à annoncer la mauvaise nouvelle.
Au moment où Sambar allait prendre la parole, une explosion surgit sur le Rocher. Une gerbe de flammes monta à plusieurs dizaines de mètres dans le ciel, crevant presque le doux manteau de nuages. Le souffle de l'explosion malmena l'embarcation, et tous durent se raccrocher à ce qu'ils pouvaient pour ne pas être projetés par-dessus bord. Poussant un juron, Belsambar observa la colonne de feu monter encore, encore, puis redescendre et se muer en un brasier incandescent. Il n'avait aucun doute sur la personne qui était à l'origine de ce bazar. La mère de Pandora avait mis son plan à exécution, et donné sa vie pour leur offrir une chance de s'enfuir. Lorsque la barque eut cessé de tanguer, le jeune homme croisa le regard terrifié de Violine. Alors, il parla.

- Mavis n'a jamais prévu de nous rejoindre. Elle sait... (il inspira profondément avant de se corriger) Elle savait que les moines ne parviendraient pas à repousser les forces ennemies. Alors elle s'est sacrifiée.

Constatant que les autres le fixaient avec horreur, il ajouta plus bas :

- Ils se sont tous sacrifiés.

Garion entendait son coeur battre dans sa poitrine. Il sentait le sang battre contre ses tempes. Mais aux explications de Sambar, son corps devint subitement muet, et lui sourd à ce qui l'entourait. Il serra les poings si fort que ses jointures blanchirent. Il aurait voulu hurler, frapper quelqu'un ou quelque-chose, agir. L'impuissance le rendait fou. Il avait la sensation que le monde était subitement devenu vide de sens ou de raison. Seuls persistaient les cris de ceux qui étaient morts sur le Rocher. De ceux qui étaient morts à sa place. Tout à coup, il oublia toute contenue. Sans qu'il puisse se retenir, il banda son vouloir. Les vagues commencèrent à s'intensifier dans son dos, menaçant de faire basculer la barque. Ce n'est que lorsqu'une vague trempa sa chemise qu'il réalisa le danger, et le choc chassa sa haine. Il restait stupéfait et terrifié à l'idée de ce qui avait failli se passer. Hors de question de perdre le contrôle maintenant. Il ferma les yeux, tâchant d'apaiser les battements de son coeur et sa respiration. Lorsque ce fut fait, il rouvrit les yeux et répondit calmement, d'une voix presque insensible :

- On oublie l'archipel. On va à Homaü. Plus tôt je saurai me défendre, mieux ce sera.

Mais au fond de lui-même, il pensait : Défendre les autres. Je dois défendre les autres. Et seulement après je leur ferai payer.
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Mar 29 Avr - 17:48

Violine demeurait immobile, ébahie par ce qu'elle venait d'apprendre. Jamais elle n'aurait cru que les moines de l'île se seraient sacrifiés pour eux. Tant parce qu'ils se tenaient hors des conflits de ce monde que parce qu'ils répugnaient la violence. Difficile des les imaginer en train de calciner d'autres hommes. Pour que l'Emkuasa puisse survivre, ils avaient été jusqu'à sacrifier leurs principes moraux. Le regard de l'adolescente se posa sur la jeune fille inconsciente. Évidemment. Leur sacrifice n'avait pas que Garion pour bénéficiaire. Les flammes qui s'étaient élevées au sommet du Rocher Brûlant étaient l'incarnation même de la force des fils du feu. La démonstration effectuée par Pandora plus tôt dans la matinée faisait pâle figure en comparaison. Pourtant, ces gerbes ne parvinrent pas à attirer son attention, bien vite détournée par une source de maîtrise bien plus imposante encore. C'était Garion ! Pour une raison ou une autre, ses talents de fils de l'eau se catalysaient, jusqu'à atteindre une intensité autrement plus écrasante que tout ce qu'elle avait pu sentir jusqu'à lors. Maître Ukap lui-même n'avait jamais pu effleurer un tel niveau. Puis, une vague déconcentra leur jeune ami et ce pouvoir éphémère s'envola. Avait-il seulement eu conscience de ce qu'il était en train de faire l'instant précédent ? Noatak tentait de se recentrer. Il acquiesça à la décision de Garion et alla se placer au centre du petit navire.

-Violine, j'aurais besoin d'un mat s'il te plaît.

Son ton était monocorde, étrangement indifférent. Le soldat était passé dans un état second, mais ne perdait pas son sens des responsabilités pour autant. Violine s'empressa de suivre ses directives, faisant grimper la glace à plus de deux mètres de haut, tandis que son aîné y tendait un long drap fin. Peu résistant, il pourrait tout de même faire office de voile pour le temps de la traversée, ou du moins jusqu'à qu'ils trouvent un meilleur navire. L'adolescente avait du mal à réaliser que Noatak avait été jusqu'à prévoir qu'une telle situation puisse arriver. Malgré ses airs fanfarons, il était vraiment professionnel. Abasourdie par les événements récents, Violine alla ensuite s'installer auprès de Belsmbar, en face de Garion.

-Qu'est-ce que Mavis voulait qu'on fasse de sa fille ? demanda-t-elle au prince de la fédération.

Au sommet du temple, les cendres retombaient tandis que l'incendie se propageait petit à petit. Au centre de ce chaos incandescent, une hutte improvisée faite d'acier se rétracta, révélant Darius, Tradoran, et quelques soldats ayant pu être protégés in-extremis par l'Eldarak. Le métal se regroupa en une sphère compacte aux pieds du fils de la terre, avant de se diviser pour former une demi-douzaine de myrs. Autour d'eux, les cadavres défigurés jonchaient au sol. Cette Mavis n'avait pas fait les choses à moitié, ils avaient bien failli tous y rester. Même l'acier de Darius était sur le point de fondre à l'apogée de ce déferlement. Mais il fallait croire que même une légende vivante ne pouvait pas le vaincre. Dommage pour elle, elle avait gaspillé sa seconde chance. Maintenant, il s'agissait de rattraper ce bateau. Avec leur navire de guerre, ce serait fait en moins de deux. Le manteau du jeune homme claqua derrière lui tandis qu'il entamait une marche rapide vers son bâtiment tout en donnant des ordres ça et là. Tradoran, lui, tremblait encore. Il n'avait beau n'être qu'un gamin, ce chouchou du roi était définitivement plus compétent que lui. Darius traversa le champ de bataille, grimaçant à chaque corps sur son passage. S'il y avait eu un moyen de gagner une guerre sans faire de victimes, il aurait été preneur.

-Quelqu'un aurait une longue-vue ?

Un soldat accourut pour lui tendre l'objet de sa recherche, dont il se servit aussitôt pour constater l'avancée de leurs proies. Voilà qu'ils avaient une voile maintenant. Bien, ils compliquaient un peu les choses. Avec un peu de chance, la partir durerait plus de cinq minutes.

-Parfait. Myrs, préparez le navire, nous partons dès que possible. Capitaine, rassemblez les survivants, quel que soit leur camp. On emporte tout le monde.

L'ordre fut suivi d'une approbation de la part de l'officier, puis de la détonation tonitruante provoquée par la nouvelle apparition du léviathan. Ainsi, le serpent géant avait recouvré sa vitalité et venait de nouveau les provoquer en duel. Parfait ! Darius n'avait finalement pas perdu sa journée, et aussi prestigieuse sa victoire sur Mavis soit-elle, elle ne vaudrait pas les titres dont il écoperait une fois qu'il aurait abattu cette bête mythique. La créature hurla, forçant tous les êtres vivants alentours à faire tout leur possible pour atténuer leur ouïe. Dans le cas des hommes, les mains se plaquèrent sur les oreilles. Profitant de l'étourdissement, le léviathan projeta puissamment sa queue, soulevant une gerbe d'eau qui alla s'abattre sur les rangs adverses. Puis, alors qu'ils crachaient, toussaient et s'égouttaient, les soldats ne purent qu'observer, impuissant, leur long navire sombrer dans les eaux opaques, tracté par leur ennemi. Darius, allongé sur le sol humide, les bras en croix, observait les nuages passer. D'un coup, il se redressa, et posa son visage entre ses mains placées en coupelle. Tradoran détalla en s'adressa à lui en hurlant.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ?!

-Ça m'embête.

-Encore heureux ! On a perdu le vaisseau !

-Pas ça, l'eau. Je suis mouillé. Et j'aime pas l'eau.

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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Jeu 1 Mai - 19:08

La question de Violine ne surprit pas Belsambar. Après-tout, elle ne faisait que réitérer une interrogation déjà formulée un peu plus tôt. Il regretta de ne pas avoir préparé de réponse, et s'efforça de ne rien laisser paraître sur son visage. Un regard rapide lui apprit que Pandora restait assoupie dans un coin, paisible. A la voir, on pouvait sans peine imaginer qu'elle ne se réveillerait jamais tant sa douceur contrastait avec les horreurs auxquelles ils venaient d'assister. Le prince de la nation du vent inspira calmement et répondit en regardant Violine droit dans les yeux :

- Mavis nous a simplement demandé de veiller sur sa fille, de prendre soin d'elle. Et c'est ce que nous allons faire. Elle sera l'un des professeurs de Garion et lui apprendra à manier le feu.

Les regards de Sambar et de l'adolescent se croisèrent. Garion comprit l'insinuation de son compagnon : il lui indiquait qu'il devrait apprendre à contrôler l'élément qui lui faisait horreur, qu'il le veuille ou non. Les deux garçons se défièrent du regard, mais ce fut le plus jeune qui détourna les yeux le premier.
Subitement, des remords tiraillèrent le jeune prince. Il regrettait d'être porteur de mauvaises nouvelles, tout comme il s'en voulait de forcer la main au blondinet. Celui-ci devrait tôt ou tard mettre de côté son appréhension, mais il était si jeune, et un poids si lourd pesait sur ses frêles épaules ! Malgré lui, Belsambar avait acquis au fil des années quelques principes de morale qui faisaient surface de temps en temps. Cela le surprenait toujours, mais il savait à quel point ces piques de conscience étaient justes. Il y avait des choses contre lesquelles on ne pouvait pas luter.
Son regard couvait Pandora. Le vent qui soufflait le fit frissonner, et il ôta sa veste pour la poser délicatement sur les épaules de la jeune fille. Si lui avait froid, cela devait être pire pour elle. Comme si ce geste lui permettait de se faire pardonner pour ce qu'il allait lui cacher. Un peu.

- On ne dit rien à Pandora pour l'instant. C'est trop tôt, il vaut mieux attendre qu'on se soit éloignés du Rocher. Débrouillez-vous pour garder votre langue.

Puis, il s'installa plus confortablement, croisa les bras sur son torse et ferma les yeux. Une brusque fatigue l'envahissait peu à peu, comme si tout le stress de la journée retombait subitement. Tandis qu'il sombrait petit à petit dans une sorte de demi-sommeil, il eut une pensée qui lui fit comme un frisson à l'intérieur de sa tête, chatouillant son amour-propre : il n'était peut-être pas un si mauvais bougre, finalement.

Leur embarcation de fortune filait à bonne allure, voguant au creux des vagues tranquilles. Le vent se maintenait, et Garion se demanda si Sambar en était à l'origine, avant de rejeter cette idée : il fallait qu'il cesse de voir une maîtrise des éléments partout. La nature conservait un pouvoir qui lui était propre. Perdu dans ses pensées, il avait écarté sa colère et était désormais envahi d'un calme serein. Inconsciemment, il avait étendu sa conscience jusqu'à celle de l'eau et cela l'avait aidé à s'apaiser. De temps à autres il fermait les yeux et se contentait de savourer la morsure des bourrasques sur sa peau, le sel fouettant ses cheveux. La mer était tellement paisible !
Lorsqu'il ne se laissait pas bercer par le roulis des vagues, il fixait l'horizon, attendant de voir apparaître la côte de leur destination. Evidemment, cela était trop tôt, bien trop tôt. Mais il lui tardait d'arriver. Murmure rassurant et maternel, l'eau l'incitait à la patience. Il y avait un temps pour toute chose, disait-elle. Et l'heure n'était pas venue de se venger. Pas encore.
Au bout de plusieurs minutes, Garion étira son esprit et quitta celui de l'eau, envahi par un vide étrange mais serein. Noatak était assis à la "proue" de la barque. Si l'on pouvait appeler ça comme ça. Il était difficile de se déplacer sans écraser quelqu'un tant l'espace était réduit. Cela conférait à l'espace un côté convivial et chaleureux, même si les raisons de leur présence ici n'avaient rien de réjouissantes.
D'une voix rauque de ne pas avoir parlé depuis un moment, Garion interrogea le soldat, supportant mal le silence qui s'était installé. De plus, le jeune homme avait l'air vraiment abattu, et l'adolescent supportait mal de le voir dans cet état. Cela ne lui ressemblait pas.

- Hé, Noatak... (il désigna le mat et la voile bricolée à la va-vite ) Où est-ce que tu as appris à être aussi inventif ?
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MessageSujet: Re: Rocs et flammes sur le Rocher Brûlant   Ven 2 Mai - 13:17

Violine grimaça. Un compagnon de plus n'était pas nécessairement bienvenu, surtout s'il s'agissait de faire profil bas. En outre, elle avait des doutes sur la capacité de Pandora à enseigner la maîtrise du feu. Cet élément avait donné suffisamment de preuves qu'il était dangereux et nécessitait un contrôle parfait. Mais ils n'avaient plus réellement le choix à présent, compte tenu du fait que l'adolescente était l'une des dernières filles du feu encore en vie. Son niveau n'égalait pas celui de sa mère, mais il serait tout de même difficile d'en trouver un de meilleur acabit. Quant au secret que Belsambar leur conseillait, voire ordonnait de conserver, Violine n'était pas certaine de pouvoir y arriver. La vérité était bien trop lourde pour pouvoir être ainsi dissimulée. Mais ni Garion, ni Noatak n'avaient bronché. Elle s'y tiendrait. Le soldat, plus avant, faisait tout son possible pour maintenir le cap vers Homaü. Il n'avait pour ça qu'une voile de fortune et une paire de rames. Du coin de l'œil, il observa Belsambar et Violine. Aucun d'eux ne semblait enclin à utiliser leur maîtrise une fois encore, et il ne pouvait pas leur en vouloir. De toute manière, avec leur navire coulé, la flotte de la terre ne les rattraperait pas de sitôt. Garion vint le tirer de ses pensées. Curieux, comme à son habitude. Sa candeur était toujours réconfortante dans ces moments-ci.

-Au centre de formation, répondit-il. Chez nous, au pôle Sud, être créatif c'est une prérogative.

-C'est la qualité primordiale pour la maîtrise de l'eau, rappela Violine, distante.

Noatak acquiesça d'un hochement de tête avant de reprendre.

-Dans ma troupe, il y a plusieurs rôles. Moi, je suis un éclaireur. Je dois savoir me faire discret, brouiller les pistes, et survire seul pendant plusieurs semaines. Au début, j'étais vraiment mauvais, et je paniquais au moindre petit problème...et pour en avoir, tu peux me croire, il y en a des problèmes dans ces cas-là !

Le jeune homme entreprit de raconter l'une de ses escapades vers la fédération, alors qu'il faisait office d'espion pour le conseil de Vohanna. Le rôle n'était pas enviable, d'autant que s'il était découvert, c'était l'incident diplomatique assuré. Mais il avait su remplir sa mission, en avait pu assurer à ses supérieurs que le roi était encore leur allié fidèle. Le tout avait duré plus de trois mois, et il avait du survivre en plein désert pendant plusieurs semaines tant il était difficile d'être clandestin à Ettonzo. Durant ce périple, il avait du fuir une tempête de sable qui donnait clairement l'impression de le suivre à la trace. Heureusement, à la lisière de l'étendue sablée, elle avait fait demi-tour. Ç'avaient été les jours les plus difficiles de sa vie de soldat, et sans doute la mission la plus risquée qu'il ait eu à remplir. Du moins jusqu'à lors. Noatak regardait sa carte, sceptique. À vois haute pour que tous puissent l'entendre et donner leur avis, il dressa un petit bilan.

-Bon, il nous faut un maître de la terre pour Garion. Homaü semble désignée, mais elle est loin, et notre navire ne va pas tenir le coup très longtemps. Je me disais qu'on pourrait passer au pôle Sud, mais Vohanna est une cible prioritaire pour nos ennemis. Garion...on peut trouver un moyen de transport plus approprié sur l'archipel ?

Il savait pertinemment que son jeune ami avait hâte d'en finir avec son enseignement, mais il ne fallait pas se leurrer : à la moindre vaguelette plus haute que les autres, ils tomberaient tous par-dessus bord. Et puis, un élément ne s'apprenait pas en quelques jours ; alors quatre...Ce serait en outre l'occasion pour leur jeune héros de revoir Tante Pol. Il en avait l'occasion aujourd'hui, et rien ne leur assurait que ce serait le cas ultérieurement avant la fin de cette guerre.

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