Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 Les journées anonymes de la tribu de l'eau

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Ven 16 Nov - 8:56

Garion et Belsambar fixaient Violine avec stupeur. Les deux garçons étaient encore sous le choc de la démonstration qu'elle venait de leur proposer à l'instant. Le prince en particulier, était passablement jaloux : l'air était beaucoup moins efficace lorsqu'il s'agissait de contrer une arme, notamment parce-qu'il n'était pas palpable et solide comme pouvait le devenir l'eau.
Garion, lui, hésitait encore entre l'abattement et l'ébahissement, car il doutait un jour d'être capable de faire la même chose. Violine faisait ça avec tant d'aisance...

Après que la vieille femme se soit éloignée, Belsambar s'ébroua comme pour reprendre le fil de la réalité. Il désigna le temple en haut de l'allée, et fit l'air de rien :

- Bon, c'est pas qu'on s'ennuie, mais un peu quand même.

Suivi de ses compagnons, il arpenta l'avenue pavée jusqu'à l'édifice. Plus ils se rapprochaient, plus il leur semblait immense. Entremêlement efficace et artistique de bois exotique, de chaux et de marbre blanc, le temple du Rocher Brûlant n'avait rien à envier à ses lointains confrères. La gigantesque porte en bois brut était encadrée par deux colonnes, sur lesquelles avaient été sculptés plusieurs visages. Garion supposa qu'il s'agissait là de figures mythologiques liées à la nation du feu mais, dans son ignorance, n'en reconnut aucune. Certaines arboraient des expressions vraiment inquiétantes. Néanmoins, l'ensemble donnait irrémédiablement envie d'entrer pour découvrir l'intérieur. Ils s'arcboutèrent donc sur un pan de la porte, et faillirent tomber en avant lorsqu'elle s'ouvrit en douceur, surpris par son poids léger. Il ne devait, à coup sûr, pas s'agir d'un bois ordinaire.
Comme timidement, ils avancèrent dans l'allée principale. L'intérieur du temple était vaste, bien plus qu'on n'aurait pu le penser en le regardant de l'extérieur. Une dizaine de bancs gigantesques étaient disposés par lignes de deux, et une ou deux personnes y étaient assises et psalmodiaient des choses incompréhensibles en murmurant d'une voix rauque. Garion frissonna, et leva les yeux avant d'avoir le souffle coupé : le toit s'élevait en une coupole gracieuse, dont le creux était couvert de scènes peintes. On y retrouvait là encore quelques personnages emblématiques de la nation du feu, des dieux aux simples mortels. Des torches, accrochées en hauteur, suffisaient à éclairer les lieux et projetaient des ombres inquiétantes sur les murs blancs. Là encore, plusieurs colonnes, en marbre veiné de pourpre, cette fois, supportaient le toit. Et enfin, en continuant d'avancer le nez en l'air, le jeune garçon aperçut l'autel, installé en haut d'une petite estrade. Derrière lui, Belsambar se raidit et voulut faire un pas en avant, avant qu'il ne se cogne dans Garion, ce qui l'empêcha d'aller plus loin. Le prince héritier fixait l'autel comme s'il s'agissait de son pire ennemi : il y en avait des biens trop semblables à la fédération. Sauf que ceux-ci étaient maculés de sang séché ou encore humide. Ce qui n'était pas le cas pour celui-là, réalisa-t-il soudainement.
Le pourpre qui couvrait l'autel n'avait en aucun cas été répandu par le sang d'esclaves, mais était celui d'une nappe de velours, sur laquelle étaient disposés plusieurs coupes et pots en terre. Belsambar supposa qu'il devait s'agir d'objets religieux dont se servait les prêtres lors de leur sermons. Il y avait des phrases écrites dans une langue inconnue sur certains pots, qui attisèrent la curiosité des deux jeunes garçons. Pour finir, les deux compères se laissèrent tomber sur un banc, et soufflèrent à l'unisson. A présent, la majesté du temple semblait les écraser. Garion remarqua une odeur épicée, presque une odeur de souffre, et se demanda si elle venait des matériaux utilisés pour ériger le temple, ou d'un encens distribué par les moines durant l'office. En tout cas, le parfum lui chatouillait les narines tout en lui donnant envie de somnoler, ce qu'il se refusa de faire.

Comme à son habitude, Belsambar poussa un profond soupir, mais personne ne su vraiment s'il était ennuyé ou abasourdi, jusqu'à ce qu'il lâche d'une voix un peu trop forte :

- Bon, et bien au moins, ils ont de bons architectes.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Ven 16 Nov - 22:56

Pourtant habituée à la lumineuse splendeur de Vohanna, Noatak eut le souffle coupé en découvrant ce fameux temple. Il en emmenait une certaine majesté qui intimait le silence aux visiteurs, si bien que le soldat n'osait pas prononcer le moindre mot. Violine agissait d'une manière somme toute similaire, surtout pour ne pas déranger les autochtones visiblement adonnés à la prière. Cette hypothèse ne lui était pas encore survenue jusqu'à lors, mais il était tout à fait probable que l'intégralité des habitants du Rocher Brûlant soient adeptes d'un même culte religieux, ce qui expliquerait qu'un tel monument ait été édifié. En vérité, seule la moitié de cette communauté s'y adonnait, tandis que la seconde ne croyait pas en grand chose d'autre qu'en la coopération entre les hommes et le désintérêt matériel. Ces deux branches n'avaient pas le moindre souci pour cohabiter, dans la mesure où leurs valeurs étaient similaires. Après tout, les fondateurs initiaux de cette société utopique se définissaient en premier lieu par leur qualité de pacifistes. Noatak finit par répondre à la remarque de Belsambar tout bas, en murmurant presque malgré lui:

-Tu m'étonnes...comment est-ce qu'ils ont fait pour construire ça ici? Où est-ce qu'ils ont trouvé les pierres d'abord?

Difficile en effet d’imaginer toute une flotte en provenance des grandes îles de la nation du feu avec à son bord des tonnes de rocs. Violine se dit qu’aujourd’hui, plus personne ne devait savoir le comment de la construction d’un tel monument. En y réfléchissant bien, la même problématique pouvait d’ailleurs se poser pour l’intégralité de la ville verticale. Certains mystères, après tout, gagnaient à le rester : cela ne faisait qu’ajouter au mysticisme de l’île. Loin d’être aussi fatigués que leurs camarades, les membres de la tribu de l’eau continuèrent leur exploration. Au pôle Sud, on était très friand de constructions de l’extrême, ce qui expliquait l’intérêt de deux membres du groupe. Un moine à l’allure fort sympathique consentit quelques minutes plus tard à leur expliquer les bases de leur religion, où les esprits de la nature étaient adulés et non pas un dieu unique. Les prières étaient en réalité plus une forme de méditation qu’autre chose, et le seul véritable culte résidait dans le fait de vivre en suivant un credo simple qui éloignait de tout conflit. Il enchaîna en leur apprenant que cet édifice servait tant aux rassemblements au sein de leur caste qu’aux conseils ou diverses réunions pour l’ensemble du Rocher. Comme présagé, nul ne se souvenait d’avoir vécu ici sans ce temple, lequel les avait donc tous précédé. Un monument venu du fond des âges. Finalement, à force d’explorer, de s’entraîner, de discuter et de plaisanter, le temps passa relativement vite. Ce fut ce même moine qui leur rappela qu’ils avaient rendez-vous –comment le savait-il ? Les informations devaient circuler très vite sur cette île. Les quatre compères se hâtèrent donc de retourner sur la place et y parvinrent tant bien que mal, même si Noatak faillit les perdre à plusieurs reprises en leur indiquant des directions erronées. Avec une carte, il s’en sortait à merveille, mais son sens de l’orientation intuitive laissait à désirer. Mavis les attendait déjà sur place, le visage neutre, mais croisées derrière le dos.

-Ponctuels. C’est une qualité que j’apprécie.

-Il ne nous serait pas venu à l’idée d’arriver en retard, chère dame, affirma Noatak en s’inclinant légèrement.

-Cela va de soi. Bien, je vais vous expliquer comment les choses vont se dérouler à présent. Nous allons prendre notre repas tous ensemble sur la plage, comme il est de coutume en cette saison chaude. Ensuite, Emkuasa, je vous donnerais votre première leçon, à laquelle vos amis pourront assister si tel est leur désir. En ce qui vous concerne, tentez de profiter du repas pour trouver quelqu’un qui aurait besoin d’aide pour quelque tâche que ce soit. Suivez-moi.

À pas rapides, Mavis les traîna jusqu’à la plage Ouest, d’où ils pouvaient voir le soleil couchant. Avec ce ciel obscurcit survenait une légère chute de température qui ne manqua pas de ravir Violine. On passait enfin de caniculaire à agréable. Deux autochtones s’étaient installés derrière une grande marmite et remplissaient les assiettes de divers légumes et de poisson. Ceux qui étaient déjà servis s’installaient sur les grandes nappes à même le sable, en petit groupes. De prime abord, ils se plaçaient tout à fait au hasard : il fallait dire que le voisin de table importait pu étant donné que tout le monde s’appréciait. Noatak, bien moins à l’aise, jugea bon d’aller s’installer auprès de cette vieille moine dont ils avaient croisés la route dans l’après-midi. Les autres le suivirent. Voyant qu’ils se fondaient bien dans le décor, Mavis décida de ne plus les surveiller du repas, d’autant qu’elle avait d’autre soucis. Sa fille venait d’arriver, une assiette à la main, près d’un des types de la marmite.

-Salutations, Ji-ji ! lança-t-elle, assez fort pour que la plage entière l’entende.

-Bonsoir Pandora. Il est bon de te voir dans une telle forme, mais je me permettrais de ta rappeler que mon nom est Kioru.

-J’n’en doute pas. Merci. Eh bien bonne soirée Ji-ji !

La dirigeante lança un regard noir à l’adolescente, qui lui tira ostensiblement la langue en repartant vers les niveaux supérieurs du village. Cette petite ne respectait rien, ni les gens ni les traditions. L’intéressée ne voyait pas les choses de la même manière ; elle était simplement occupée ailleurs et préférait manger en terminant ce qu’elle avait à faire plutôt que de perdre son temps au milieu de ces gens tout raides, d’autant qu’il n’y avait pas le moindre jeune à l’horizon. Elle se stoppa net à mi-chemin. Bien sûr qu’il y avait des jeunes, surtout ce blondinet ! Enfin, trop tard à présent, si elle faisait demi-tour sa mère pourrait prendre ça comme un signe de soumission. Hors de question de lui accorder ce plaisir.

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 17 Nov - 10:06

La manière dont Mavis s'adressa à lui inquiéta Garion : bien sûr, elle était en tout point différente de Violine, il s'y était attendu. Mais la femme, si froide, si noble, lui faisait froid dans le dos, en même temps qu'il éprouvait un sincère respect envers elle. Ce fut donc perplexe et angoissé que le jeune garçon emboîta le pas à ses camarades. Une fois servis, ils s'installèrent auprès d'une vieille femme qu'ils avaient déjà croisé plus tôt dans l'après-midi.
Affamé, Garion se contenta de saluer les autochtones présents d'un bref signe de tête, et se jeta sur sa nourriture. Il se rendait seulement compte à quel point il avait faim.
Belsambar l'observait, perplexe. L'Emkuasa n'avait définitivement pas le physique de l'emploi, il suffisait de voir comment il s'empiffrait. Néanmoins, le prince haussa une épaule, et frissonna en santant la présence de la vieille dame à sa droite. Il n'avait jamais aimé les vieilles personnes, qui sentaient mauvais les potions médicinales, et la vieille poussière. Mais le peu de politesse que son père avait réussi à lui inculquer se réveilla, et il demanda d'un ton courtois :

- Alors, ma bonne dame, auriez-vous par hasard quelque idée des taches ô combien ingrates que mes amis et moi même pourrions exécuter ce jour, ou le suivant ?

Garion écoutait plus ou moins la conversation du prince et de la vieille autochtone, se contentant de remplir son estomac douloureux. Après avoir vidé une bonne moitié de son assiette, il s'appuya sur les coudes et poussa un soupir d'aise. A ses côtés, Noatak et Violine mangeaient eux aussi avec appétit : si la nourriture du Rocher Brûlant n'avait pas fière allure, elle était en revanche d'un goût agréable. A la ferme, on mangeait principalement des pommes de terres au goût iodé, et des crustacés ou de petits poissons, comme les sardines. C'était étonnant de constater que le thon n'avait pas du tout la même saveur. Gourmand, Garion se fit la réflexion que ce voyage ne serait peut-être pas si désagréable, si cela lui permettait de goûter à de nouvelles choses.
Saisissant à nouveau sa fourchette, il demanda à Noatak, plus pour le plaisir de parler que par réel intérêt, quoique la vie des soldats l'intriguait beaucoup :

- Alors, comment est-ce que tu es devenu soldat ? Par vocation ?
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 17 Nov - 17:18

La vieille moine semblait apprécier la compagnie de ce groupe de jeunes. Comme d'accoutumée, lorsque des voyageurs passaient par le Rocher Brûlant, Mavis leur avait proposé l'hospitalité en échange de leur force de travail. Souvent, c'était alors elle, l'une des doyenne, qui prenait en charge ces nouveaux venus. Ceux là avaient l'air particulièrement dégourdis et sympathiques. Avec un rictus bienveillant, elle répondit donc au prince héritier.

-Oh, rien d'ingrat là dedans, ne t'en fais pas. Peut être retourner la terre, s'occuper du bétail...ça peut effrayer, mais ça ne prend pas si longtemps que ça. Vous savez, ici, on ne travaille que pour avoir de quoi se nourrir, se vêtir et se loger. Le reste n'a pas vraiment d'importance, c'est là le secret de notre bonheur.

Noatak opina, tout comme Violine. Il était tout à fait naturel de se prêter au jeu. L'adolescente précisa tout de même qu'elle ne pourrait pas être aussi assidue que les garçons, car l'entraînement de Garion ne faisait que commencer. La vieille femme ne marqua pas la moindre surprise: elle avait parfaitement conscience de la véritable identité du plus jeune d'entre eux, Mavis le lui avait confié. Ici, il n'y avait aucune raison d'avoir des secrets. Tout le monde pouvait faire confiance à tout le monde. Lorsqu'un conflit apparaissait, plutôt que de le laisser fermenter, on exposait clairement les choses dès le départ et on tentait de trouver une solution. Jusque là, cette méthode préventive avait toujours porté ses fruits, créant ainsi une cohésion sur laquelle le Rocher Brûlant se reposait. Les guerriers ne pointaient quant à eux jamais le bout de leur nez ici, à cause des champs magnétiques émis par l'île. Aucune boussole ne pouvait décemment les aider, si bien que la cité verticale n'avait jamais été recensée sur la moindre carte, ou bien de façon très approximative. Enfin, pour les rares qui parvenaient quand même à les trouver, le léviathan faisait sa sélection. Sa seule présence suffisait d'ailleurs à dissuader les bougres animés de mauvaises intentions: face à un serpent de mer long d'une cinquantaine de mètres, on perdait en général de son ardeur. Noatak fut surpris de la question de Garion. On lui demandait rarement de raconter sa propre histoire, chose qu'il venait lui-même à faire au fil du temps. Grand bavard, cela ne le dérangea pas le moins du monde de satisfaire la curiosité de son compagnon.

-Je te l'ai déjà dit, tous les membres de ma famille sont des fils de l'eau. Ils ne sont pas aussi exceptionnels que Violine, c'est sûr, mais leurs pouvoirs sont déjà une réussite en soi. Moi, je n'y ai pas eu droit. Même s'ils ne me mettaient pas la pression, c'était dur à assumer d'être le seul enfant "normal". Au final, j'avais l'impression d'être le seul à ne pas l'être. Comme l'histoire des nations me plaisait bien, je me suis lancé dans des études, je me suis fait des amis, j'ai traîné sans vrai but. J'ai rencontré ma femme à peu près au moment où le conflit a éclaté. J'ai compris qu'il faudrait à la tribu du pôle Sud une armée organisée pour s'en sortir. J'ai fais tous les efforts possibles pour parvenir à prouver ma valeur, et ça a bien réussi puisque j'ai été intégré à la meilleure troupe d'infiltration de mon pays. En résumé, je suis devenu soldat pour que ma famille soit fière de moi et pour protéger ceux que j'aime. Bon, je te l'accorde, c'est aussi parce que c'est sacrément classe.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 19 Nov - 16:26

Au fur et à mesure que la vieille femme énonçait les tâches à effectuer, le visage de Belsambar s'assombrissait. Retourner la terre, garder des vaches ! S'il n'avait aucune idée de comment on le faisait, il savait en revanche qu'il n'avait aucune envie d'apprendre. Morose, il s'efforça à sourire et à remercier l'autochtone pour son amabilité, bien qu'il n'en menait pas large. Le programme qui l'attendait ne l'enthousiasmait guère, il n'avait pas l'habitude de se salir les mains, ou plutôt : d'être obligé de le faire. Pour cacher sa mauvaise humeur, il se détourna de manière soudainement impolie, et dirigea son attention sur Noatak et Garion. Le gamin semblait beaucoup s'intéresser à l'existence du soldat en général, et le prince se fit la réflexion que connaître quelques petits trucs militaires ne serait pas néfaste à l'Emkuasa. Après tout, le blondinet devrait probablement participer à de nombreuses batailles, savoir "comment ça marchait" pouvait lui être utile. Il se promit d'en toucher deux mots à Noatak, et avala une gorgée de soupe. Pauvre blondinet, tout de même, il n'était pas né au meilleur moment.

De son côté, Garion buvait littéralement les paroles de son aîné. Devenir soldat, braver tous les dangers, combattre avec courage, voilà qui faisait de Noatak un héros ! Certainement bien plus qu'il ne le serait jamais. Poussant un profond soupir, l'adolescent frissonna. De nombreuses questions le tourmentaient : Pourquoi lui ? Comment est-ce l'Emkuasa le devenait, étaient-ce les Dieux qui faisaient leur sélection ? "Toi non, toi oui, toi peut-être, toi certainement pas, toi, gros potentiel !" Il n'avait pourtant rien d'exceptionnel. Ses parents l'étaient-ils, eux ? Le problème venait peut-être de là. Garion regretta tout à coup de ne pas avoir insisté les rares fois où Tante Pol avait daigné lui parler de ses géniteurs. Tout ça était incompréhensible. "Allons", se rassura-t-il tant bien que mal. "La Prophétie parle aussi d'un Eldarion, avec un peu de chance, il viendra m'aider. Je ne serai pas tout seul..."
Plus le repas avançait, plus Garion redoutait le moment où Mavis l'appellerait. Il avait hâte et peur à la fois de cette confrontation inévitable qui, dans sa tête, prenait des airs de mise à mort. Il ne connaissait rien au feu. Tante Pol le laissait remuer les braises, et c'est tout !
Le jeune garçon chercha Pandora des yeux : il avait plus ou moins compris que l'adolescente était une maître du feu elle aussi, peut-être aurait-elle pu lui enseigner deux ou trois petites choses avant que sa mère ne le fasse. Mais comme il ne la trouvait pas, Garion se renfonça dans le sable. Il n'avait plus qu'à prier pour que tout se passe bien...
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 19 Nov - 17:18

Les derniers moines finirent leur repas au moment même où le soleil se coucha. Comme ils se devaient de débarrasser les divers couverts, certains se tinrent debout, placèrent leurs mains en coupelles devant eux, et y firent apparaître une flamme dansante, devenant ainsi de véritables bougies humaines. La lumière ainsi produite permit aux autres de remettre de l'ordre sur la plage, puis tous s'en allèrent vaquer à leurs occupations nocturnes. Avant de partir, la vieille femme indiqua simplement à Belsambar -qu'elle semblait bien apprécier- un point de rendez vous pour le lendemain matin, sans lui donner d'horaire précise. Elle se doutait bien qu'après leur voyage, ces jeunes avaient besoin de repos, aussi leur demander de se lever à l'aube aurait été ingrat. Bientôt, il ne resta que les quatre compères et Mavis sur le rivage. Cette dernière s'approcha de Garion.

-J'espère que tu es prêt, Emkuasa. Suis moi, je vais t'emmener là où je m'entraîne, un lieu où règne le calme.

Elle fit également signe aux autres de suivre le mouvement, puis se mit en marche. Ils retournèrent dans ce même bâtiment où Pandora les avait guidés à leur arrivée, mais n'empruntèrent pas les mêmes couloirs. Cette fois-ci, ils descendirent dans ce qui semblait être une cave. Impossible toutefois de déterminer la nature exacte de la pièce tant il y faisait sombre. Par un procédé quelconque, probablement du fait de l'habitude, Mavis n'avait pour sa part aucun mal à se guider. Les visiteurs se contentaient donc de la suivre tant bien que mal en tentant de ne pas se cogner les orteils contre une pierre mal placée, chose qui ne manqua pas d'arriver à Noatak. Le soldat eut toutes les peines du monde à se retenir de lancer une série de jurons dont il avait le secret. Il savait que d'une, Violine lui ferait payer son impolitesse en lui écrasant de surcroît le pied dores et déjà meurtri, et de deux qu'il passerait pour un grossier personnage auprès de leur hôte. Nul ne put le voir, mais un sourire amusé se peignit discrètement sur le visage de cette dernière lorsqu'elle entendit le jeune homme grommeler.

-Il est bon de voir que, dans une certaine mesure, vous savez vous maîtriser. Nous sommes arrivés.

Le groupe s'arrêta. Violine eut beau s'arrêter pour scruter, elle ne parvenait même pas à discerner les bouts de ses doigts. Le froid, en revanche, s'affirmait de plus en plus, fait étrange sur cette île aux chaleurs exotiques. L'adolescente pouvait de plus ressentir une certaine humidité dans l'air, plus encore qu'auparavant. Mavis mit fin à ces interrogations. Elle écarta ses bras, paumes ouvertes. Un trait incandescent jaillit de chaque main pour aller allumer une ligne de bougies chacun. L'endroit était à présent parfaitement éclairé: il s'agissait d'une grotte circulaire d'un diamètre de vingt mètres pour au moins sept de haut. L'abondance d'eau s'expliquait probablement par le fait qu'il s'agisse d'une cavité sous-marine. Il était aisé de comprendre ce que la matriarche du Rocher Brûlant entendait par "calme" dans de telles conditions. Elle alla se placer à quelques mètres d'eux.

-Bien, vous autres, écartez vous un peu, il serait bête que vous soyez blessés.

-Le feu est-il dangereux au point que même vous risquiez de nous blesser en l'utilisant? s'étonna Violine.

-Il ne s'agit pas de moi. Garion pourrait vous blesser.

Violine avait envie d'objecter qu'une telle remarque n'était pas vraiment adéquate pour mettre le nouvel Emkuasa en confiance, mais elle se contenta d'opiner et alla s'adosser à une paroi avec les garçons. La jeune fille se mit ensuite en écoute. Ukap lui avait conseillé de trouver sa propre voie, ce qu'elle comptait faire petit à petit, et ces leçons seraient la première étape. À ses yeux, chaque maîtrise avait quelque chose à apprendre des trois autres. En observant le feu, elle espérait pouvoir améliorer ses propres aptitudes. Mavis plongea son regard dans celui de Garion. Il était temps pour lui de s'ouvrir à ce nouvel apprentissage.

-Je vais peut-être te répéter des choses que tu as déjà entendu, mais cela ne pourra pas te faire de mal. Le feu est un élément particulier. Il est la représentation même de ce que doit être l'Emkuasa: une entité en accord avec son moi intérieur, capable de se détacher de sa condition initiale pour devenir un être complet. Ce que cela signifie concrètement est simple. Tu ne trouveras que rarement du feu à contrôler, il te faudra donc au préalable le créer; et si tu ne contrôle pas ton énergie, tu ne pourras jamais le créer. Je suppose que l'on t'as déjà recommandé de ne pas jouer avec le feu, et on a eu raison de le faire. On ne fait pas n'importe quoi avec le feu. Si on est incapable de créer une véritable flamme, alors on s'abstient de le faire, et je vais te dire pourquoi. Un courant d'air, une gerbe d'eau, un petit caillou, quelle importance? Tu t'en tireras avec quelques égratignures. En revanche, une simple flammèche suffit pour détruire une forêt. Enfin...si de longs discours sont nécessaires pour enseigner la maîtrise du feu, ils sont vains si le disciple n'a pas auparavant eu de contact avec les flammes. Pour en créer une, fais obstruction de tout ce qui existe autour de toi, ressent ton énergie, concentre là, et mets là en mouvement. Utilise tes poings, tes pieds, ta gorge, tout ce qui te semble nécessaire. Cette étape ne devrait pas te poser de problème, mais elle est nécessaire.

Violine s'attendait à un exemple, mais il n'en fut rien. Mavis demeurait droit comme un i, les mains jointes, observant Garion.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 20 Nov - 10:58

Il faisait froid dans la grotte, et le dos de Garion était parcouru de frissons. Après la descente dans l'escalier, traître, ils avaient fini par arriver là, et les lieux n'avaient rien de très enthousiasmant. Pour le jeune garçon, qui aimait le grand air, les vastes espaces, et sentir les bourrasques au-dessus de lui, la transition était rude. De plus, le comportement de son nouveau professeur ne le rassurait pas : la manière dont elle l'appelait par son titre, l'Emkuasa, lui donnait l'impression de ne plus vraiment exister. De n'être qu'un concentré de dons. De ne plus être personne, comme si l'Emkuasa l'avait effacé. Ce n'était qu'une impression, bien sûr, mais elle était bien là et, quoiqu'on en pense, cela lui faisait mal.
Garion écouta les propos de Mavis, droit comme un i. Les mots de son professeur ne l'atteignaient pas, il peinait à suivre son raisonnement, et lorsqu'elle eut terminé, il se passa quelques secondes avant qu'il ne réalise que c'était à lui de passer à l'action. Pourtant, il n'avait aucune idée de comment faire, ou même de quoi faire. Paniqué, il jeta un regard implorant à Violine, mais son attention fut irrémédiablement tournée vers Mavis qui, stoïque, le fixait sans ciller. S'obligeant au calme, Garion inspira profondément à plusieurs reprises, et tenta de se remémorer les dires de son professeur. Ah, si seulement il avait été moins angoissé ! Et pourquoi fallait-il que ce soit dans une grotte ? Et puis, les propos de Mavis n'avaient rien de très encourageants : "Garion pourrait vous blesser". Il ne manquait plus qu'il brûle ses compagnons au troisième degré en manquant son coup ! Avalant sa salive, il ferma les yeux et se concentra : "Fais obstruction de tout ce qui existe autour de toi, ressent ton énergie, concentre là, et mets là en mouvement. Utilise tes poings, tes pieds, ta gorge, tout ce qui te semble nécessaire. Cette étape ne devrait pas te poser de problème, mais elle est nécessaire. " A l'instant, il n'avait nul autre désir que d'utiliser son énergie pour fuir le plus vite possible, ce qui ne l'aidait pas vraiment.
Comme il sentait le regard intolérant de Mavis posé sur lui, le jeune garçon tenta d'entrer en communion comme il le faisait pour l'eau. La sensation fut bien là, mais la plénitude, non. Il percevait les énergies alentours, la sienne, celles de ses amis, et même celle d'un papillon de nuit posé sur une stalactite, au-dessus d'eux. Mais pas la moindre trace de flamme, évidemment. Mavis lui avait bien dit qu'il devrait les créer. Comme lorsqu'il manipulait l'eau, il tendit un bras, et modifia son vouloir. Sur le papier, cela n'avait rien de compliqué, mais Garion désespérait de ne jamais réussir. De longues minutes s'écoulèrent ainsi, et il eut beau essayer encore et encore, cela ne servit à rien. La fatigue s’abattit sur lui brusquement, et, couvert de sueur, l'adolescent chancela avant de se retenir à un rocher. Tremblant, il n'éprouvait rien d'autre qu'un sincère dégoût, un désespoir violent. Il sentait le feu, quelque-part en lui, mais ne parvenait pas à le faire jaillir comme les maîtres du feu le faisaient. Lui se sentait incapable de virevolter comme Pandora devait savoir le faire, incapable de frapper le vide et de faire apparaître des flammes au bout de ses pieds, de ses mains. Tout ça, ce n'était pas lui. Il n'avait même pas envie d'essayer vraiment. C'était comme si sa gorge brûlait de l'intérieur, comme si son sang était devenu de la lave. Au bout d'un moment, il se redressa, et osa regarder Mavis, frissonnant encore de cette horrible sensation.

"Je... je n'y arrive pas. Je ne sais pas comment faire. Ni même quoi faire. Et... " il voulut ajouter quelque-chose à propos de son ressenti, mais finit par laisser tomber. Il ne connaissait pas cette Mavis, et s'il la respectait, elle ne lui inspirait que raideur et inquiétude.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 22 Nov - 13:41

Violine passa probablement des instants aussi longs que ceux de Garion. Dès les premières secondes, elle avait comprit ce qui n'allait pas chez son ami mais n'osa pas intervenir, espérant que les choses s'arrangent et qu'il parvienne de lui-même à faire jaillir ces maudites flammes. L'adolescente se sentait responsable de ce qui arrivait, s'en voulait, et sentait que Mavis lui en voulait aussi lorsque leurs regards se croisèrent, malgré l'air impartial de cette femme. Malgré leurs éléments opposés, toutes deux voyaient que le jeune Emkuasa se mouvait comme un fils de l'eau; probablement adoptait-il également leur philosophie. Violine le lui avait inculqué et lui avait recommandé de s'en servir pour les autres maîtrises, l'erreur venait sans aucun doute de là. Un rictus se peignit fugitivement sur les lèvres de la dirigeante du Rocher Brûlant. L'exercice était certes compliqué, mais la situation imposait à l'élu d'assimiler en simultané deux pouvoirs naturellement antagonistes.

-Je vois, souffla la trentenaire. Pour ressentir puis utiliser le feu, tu dois comprendre que tu ne peux pas le domestiquer. Lorsque tu projettes des flammes, tu leurs montre une direction, mais une fois lancé il est presque impossible de diriger sa course. Pour comprendre cela, tu dois toujours avoir en tête que le feu est à la fois dangereux et effrayant, seulement alors tu saisiras la manière de l'appréhender. Et pour cela...

Mavis effectua un mouvement ample et fulgurant. Les flammes des bougies grandirent à l’unisson, fondirent vers Garion, se stoppèrent à quelques mètres de lui pour former un cercle parfait, si haut que plus personne ne pouvait voir l'adolescent ainsi emprisonné. D'abord frêle, tiède et immobile, l'incendie maîtrisé s'intensifia jusqu'à répandre sa lumière et sa chaleur dans toute la grotte. Noatak, qui avait voulu intervenir et qui avait porté par réflexe sa main à son fourreau, demeurait à présent immobile, de stupeur. Il ne s'agissait pas d'une démonstration des plus formellement impressionnantes, pourtant la majesté de ces gerbes incandescentes créées par leur hôte imposait le respect, l'admiration, ou peut-être bien la terreur. Le soldat déglutit en imaginant l'état du benjamin du groupe à l'intérieur de cette cage. Violine fut bien plus réactive, mais malheureusement aussi peu efficace. Elle tenta d'utiliser l'humidité pressentie plus tôt. Toute l'eau s'était malheureusement transformée en vapeur. Certes, l'adolescente était assez puissante pour changer l'état de son élément, pourtant la chaleur de l'air était si élevée qu'elle n'y parvenait pas. Impossible de venir en aide à son ami!

-N'intervenez pas, les dissuada Mavis, toujours aussi sereine. Garion! Le feu est un redoutable adversaire et compte parmi les plus effrayant, mais tu ne dois pas le craindre! Comprends ce qu'il est et fais lui face, ne cherche pas de solutions détournées: il n'y en a pas. Tu n'as nulle part où t'enfuir, alors file droit.

Mavis demeurait inflexible. Elle ferait tout pour que son disciple ne se mette pas en danger et interromprait l'exercice si celui-ci devenait trop risqué, mais n'arrêterait pas avant que l'Emkuasa aille dans la bonne direction.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 22 Nov - 14:07


Belsambar n'avait jamais été un vrai sentimental. Il n'était pas dans ses habitudes de s'apitoyer sur le sort de quelqu'un, surtout si cette personne avait les moyens de se sortir de la misère. Pourtant, le manière dont Mavis Sozin traitait le blondinet révoltait le prince héritier : après tout, Garion n'était qu'un gamin, qui ne connaissait rien des dons qu'il devait posséder. Selon lui, cette femme y allait un peu dur. Il serait bien intervenu lorsqu'elle créa cette prison brûlante autour du blondinet, et avait déjà commencé à compacter l'air qui se trouvait autour de lui, lorsqu'il se souvint d'une chose, un détail infime, qui aurait pu causer quelques dégâts. L'air attisait le feu.
Maugréant, le jeune homme avait fini par relâcher sa volonté, et s'était appuyé sur le mur de la grotte, aux côtés de Violine qui, remarqua-t-il, ne semblait pas plus joyeuse que lui.

L'attitude narquoise, presque condescendante, qu'avait employé Mavis à son égard fit frissonner Garion. Il craignait de la décevoir, craignait de ne pas réussir, mais plus que tout, il ressentait une angoisse qui grandissait, grandissait, jusqu'à occulter tous ses sens. Il n'eut pas le temps de réagir lorsque la maître du feu fit jaillir d'immenses flammes, qui formèrent bientôt un cercle autour de lui. Ou plutôt une prison.
Terrifié, Garion sentait la panique monter en lui, toujours plus forte, plus envahissante. Il recula au centre du cercle lorsqu'une langue de feu lécha ses semelles, protégea son visage instinctivement. Son coeur battait la chamade, son corps était parcouru de frissons malgré la chaleur, et des images lui revenaient en mémoire, qu'il peinait à écarter. Recroquevillé sur lui-même, le dos courbé, Garion tentait vaille que vaille d'étendre sa perception jusqu'aux flammes qui dansaient autour de lui, qui semblaient rire de le voir si impuissant. Si inutile.
Et la boule grossissait toujours, prenait de plus en plus de place, et bientôt il fut incapable de discerner quoique-ce soit d'autre que le pourpre des flammes, et la moiteur de l'air, brûlant, qui picotait sur sa peau couverte de sueurs froides. Tout cela était voué à l'échec, dès le départ, il le constatait à présent. La terreur l'obnubilait, il ne pouvait l'empêcher de grossir, encore et toujours. Sa poitrine était serrée comme dans un étau, et il trébucha en voulant reculer brusquement, quand le mur de flamme s'avança vers lui. Et tout à coup, le feu fut partout : devant, derrière, sur les côtés, en haut, en bas. Garion avait l'impression que les flammes formaient un cocon duquel il ne pourrait jamais sortir, et que les pans de ce cocon se rapprochaient irrémédiablement. Les images revinrent à la charge, des couleurs, des sons, envahirent son esprit. Il distinguait par flashs très courts une maison en train de brûler, et deux silhouettes qui couraient. Il aperçut, furtif, le visage d'une femme en pleurs, et celui d'un homme qui lui ressemblait. Ils avaient les mêmes yeux. Une poutre craqua sinistrement dans la bâtisse en proie aux flammes, puis tout devint noir. Et soudainement, il était à l'extérieur, il sentait le froid mordant mêlé aux cendres sur son visage, et le parfum d'une femme, un parfum qu'il connaissait bien pour l'avoir respiré pendant quatorze années. Le visage de Tante Pol apparut devant l'incendie, mais les flammes étaient toujours là, et le cri de sa mère creva le tourbillon.
Alors, Garion se leva, et ce fut comme s'il ne contrôlait plus ses mouvements. Il recourba ses doigts comme des serres, et crocheta le vide de ses mains qui ne tremblait plus. Un cri, un seul, sortit de sa bouche :

"ASSEZ !"

Et l'incendie cessa. Les flammes cessèrent de le lécher sans vraiment le brûler, disparurent tout à fait. Les yeux de l'adolescent reprirent leur éclat habituel, mais ils étaient gonflés de larmes. L'explosion qu'il avait provoqué avaient ouvert une déchirure béante dans sa poitrine. Il ne ressentait plus qu'une douleur atroce, omniprésente, et un dégoût profond. Chancelant, Garion finit par s'effondrer, le corps parcouru de sanglots.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 22 Nov - 19:54

Après ce trop peu de réaction de la part de l'Emkuasa, Mavis ne s'attendait pas à une telle déferlante. Qu'il l'ait voulu ou non, le cri de Garion retentit dans toute la grotte, figeant la scène pendant une seconde. Les flammes se dissipèrent instantanément, aspirées par la seule volonté de l'adolescent. Sa tutrice ne comprit pas comment, mais il était indéniable que son élève venait de se livrer à une véritable démonstration de maîtrise du feu. Il s'était malheureusement blessé au cours du procédé. Habituée aux brûlures, coupures ou autres aléas de la même catégorie, la matriarche alla s'accroupir auprès du benjamin, plaça une main par-dessus la plaie, l'autre sur le front de la victime pour tenter de l'apaiser, puis se concentra. En utilisant ses dons, elle faisait en sorte que le sang coagule plus rapidement et que la déchirure cautérise. Dès qu'elle eut terminé, elle comprit que sans son intervention, le garçon aurait pu garder de lourdes séquelles. Elle se releva, l'incompréhension marquant pour une fois son visage si inexpressif. Elle avait créé des flammes, et Garion, plutôt que de les fuir ou de les combattre, en avait pris le contrôle. Il s'agissait là d'un exploit singulier que seul son statut d'être élu pouvait expliquer. S'agissait-il de ce fameux état second durant lequel les pouvoirs du maître des quatre éléments se retrouvaient décuplés? Les autres membres du groupe ne tardèrent pas à accourir eux aussi, Noatak le premier.

-Qu'est-ce que vous avez fait?! tonna-t-il.

Il était rare de voir le jeune soldat perdre le contrôle ainsi, lui qui affichait d'accoutumée un air décontracté. Aux grands maux les grands remèdes. Ils avaient fait confiance à cette femme malgré son apparente froideur, tout ça au nom de sa réputation, et voilà le résultat. Violine aurait pu se joindre à son compatriote mais elle était beaucoup trop inquiète pour Garion, qu'elle se hâta d'aller voir. Le pauvre était en nage. L'air ayant retrouvé sa composition habituelle, elle en profita pour former une fine couche de glace dans la paume de sa main, qu'elle posa à son tour sur le front de l'Emkuasa. Ce n'était pas nécessairement agréable, mais demeurait nécessaire pour qu'il ne divague pas. Ce contact gelé lui permettrait de garder son esprit au clair. La fille de l'eau frissonna de rage. Apprendre une maîtrise élémentaire par la peur...quel professeur digne de ce nom pouvait s'abaisser à de telles absurdités? Comment se faisait-il, au vu de ses méthodes, que cette affreuse femme soit considérée comme une véritable légende par ses pairs? Noatak, insistant, l'avait plaqué contre un mur en la prenant par le col. Elle ne bronchait pas.

-Je n'ai, à vrai dire, rien fait, répondit-elle.

-Rien fait?! Alors comment se fait-il que Garion soit...dans cet état?

-Il s'est blessé. Je ne l'avais pas prévu, car il est bien plus puissant que je me le figurais. Il n'y a rien d'alarmant: tous les fils du feu se sont brûlés au cours de leur apprentissage.

Noatak dut bien reconnaitre que Mavis n'était pas si responsable que ça dans cet accident, mais son comportement l'agaçait tant qu'il ne parvenait pas à la déculpabiliser. Une personne aussi froide, aussi insensible, ne pouvait être qu'animée par de mauvaises intentions. De la part d'une femme qui ne bronchait pas lorsqu'un gamin finissait à terre en sang, toute autre alternative était à exclure. La trentenaire soupira. Elle contourna le soldat et demanda à Violine de se pousser d'un geste de la main. Sans qu'elle sache vraiment pourquoi, l'adolescente obéit. Mavis se plaça en tailleurs aux côtés de Garion, mains croisées, paupières fermées.

-Garion. Tu souffres probablement à l'heure qu'il est. Il ne s'agit pourtant que d'une blessure bénigne. Elle ne touche aucun de tes organes, aucun de tes muscles moteurs. Cette blessure ne peut te gêner que si tu raisonnes comme un être humain. Mais tu n'es pas un être humain. Tu es un fils du feu, de surcroît l'Emkuasa. Ton devoir n'est pas de protéger les humains, mais de protéger la planète, ce qui inclut toutes les autres formes de vie. Cesse de penser comme un humain. Ignore ta poitrine, isole là, elle ne t'es pas utile. Si elle te gène, affronte là en te redressant, petit à petit. Je sais que ce n'est pas facile. Ni l'enseignement de la maîtrise du feu, ni l’élévation au rang d'Emkuasa ne l'est. Il ne s'agit que d'une épreuve parmi tant d'autres.

Noatak, dubitatif, écoutait sans broncher. Il ne comprenait pas les dires de Mavis, mais elle s'exprimait avec une telle sérénité qu'il était impossible de nier tous sens à ces propos. Peut-être que Garion, lui, comprenait ce qu'elle tentait de lui transmettre. Peut être, qui sait, que cette blessure l'aiderait à maîtriser le feu d'une façon ou d'une autre.


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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 22 Nov - 20:38

[HRP: Heu à vrai dire quand je parlais de déchirure ou de plaie dans la poitrine de Garion, je voulais dire que ses souvenirs le faisaient souffrir, que ça lui déchirait le coeur, enfin qu'il n'était pas blessé physiquement, quoi xD Mais je vais faire avec ! ^^]

Dès que le calme fut revenu dans la grotte, Belsambar emboîta le pas à ses comparses sans réfléchir. Instinctivement, il laissa Violine apaiser les douleurs de Garion. Si son torse était barré d'une vilaine brûlure et suintait légèrement, si son bras invalide reposait sur son flanc, inerte, quelque-chose faisait croire au prince héritier que la véritable souffrance du blondinet n'était pas physique. Les sanglots qui secouaient sa poitrine n'étaient pas ceux d'un blessé. Plutôt ceux d'un torturé. De plus, le gamin était parcouru de frissons irrépressibles, et semblait en proie à quelques mauvais rêves éveillés. Même si ses yeux étaient clos, ses paupières frissonnaient.
Subitement, Noatak saisit leur hôte par le col et la plaqua contre le mur avec violence, si bien que Belsambar se leva d'un bond, à moitié inquiet seulement. Si leur chef malmenait Mavis, ils avaient peu de chance de passer la nuit au chaud. Les insinuations de Noatak parurent de pas déranger la femme, qui répondit avec froideur, comme toujours. Piqué malgré lui, Belsambar lança d'une voix vibrante d'une colère retenue :

- Vous ne l'avez peut-être pas blessé intentionnellement, mais le mettre au pied du mur comme ça n'était pas très futé de votre part.

Il avait à peine terminé sa phrase qu'elle se levait, l'ignorant avec superbe, avant de s'asseoir aux côtés de Garion. Méfiant, Belsambar se plaça dans son dos et échangea un regard lourd avec Noatak. Violine, elle, paraissait moins furieuse que les jeunes hommes.

A cet instant, Garion n'était plus que douleur. La brûlure sur son torse était désagréable, mais la véritable souffrance était à l'intérieur. La vision qui venait de resurgir emplissait ses pensées de questions et de chagrin, une peine si forte qu'elle le dévorait. Pourtant, cela ne l'empêchait pas de percevoir ce qui l'entourait : il sentait la présence rassurante de Violine, et la glace sur son front, qui apaisait peu à peu sa fièvre. Il entendit les injonctions de Noatak et Belsambar, puis la voix si froide et insensible de Mavis. La torture de Garion se mua en une colère, qui brûlait en lui, une rage où se mêlaient désolation et aversion. Le feu l'écoeurait plus qu'il ne saurait le dire. Au fond de lui, il savait qu'il l'avait fait, qu'il l'avait contrôlé même si c'était pour le faire disparaître, pour s'échapper, même s'il se savait être incapable de réitérer cet exploit si on le lui demandait. Mais au fond, n'était-ce pas pire d'avoir réussi pour fuir ? Cela ne faisait-il pas de lui un lâche ?
Lorsque Mavis prit position à son côté, l'adolescent se redressa lentement, les yeux dans l'ombre de ses cheveux humides. Quand elle eut terminé de parler, il eut un rictus qui ne lui ressemblait pas. D'une voix à présent calme, il commença :

- Vous croyez que c'est la brûlure qui me fait du mal ? Vous croyez que c'est ce que le feu m'a infligé par votre faute ?" Il s'assit tout à fait, et peu à peu, la rage qui l'emplissait refit aussitôt surface. Il ressentait le besoin de parler, de vider son sac, maintenant, tout de suite, à quelqu'un, n'importe qui. Mais le fait que ce soit à cette femme qu'il apprenait à abhorrer peu à peu le ravissait. Il était temps qu'il hausse la voix une fois pour toute.

"Vous me dites de faire abstraction de la douleur, c'est vrai que vous êtes très douée dans ce domaine, pas vrai ? Faire abstraction, vous détacher de tout, ne plus rien ressentir ! Avez-vous seulement un coeur ? Je comprends mieux pourquoi personne ne vient jamais ici, ce n'est pas parce-que ce satané caillou est introuvable, c'est parce-que vous êtes détestable, méprisable, même, que vous considérez vos désirs et vos ordres comme les choses les plus importantes au monde ! Oui je suis l'Emkuasa, je le sais très bien, oui je vais souffrir, encore et encore, oui je dois protéger la terre entière, l'univers, même, peut-être même venir en aide aux Dieux, pourquoi pas ? Je peux ignorer la douleur physique, ça oui, pas de problème, vous savez en vivant dans une ferme on s'habitue à ce genre de chose ! Mais bon, ça ne m'étonnerait pas que vous compreniez ce que je veux dire, vous qui êtes si hautaine, si dédaigneuse ! Vous êtes au-dessus de tout ça, pas vrai ? Vous valez mieux que tout ce qui peut nous arriver !" Il parlait sans réfléchir, les mots sortaient de sa bouche sans qu'il puisse les retenir. Il était debout, à présent, et ignorait superbement les grimaces de ses camarades, ignorait même Belsambar qui, mortifié, cachait son visage derrière sa main. Finalement, peut-être ne dormiraient-ils pas au chaud ce soir...

"Mais vous voulez que je vous dise ?" reprit Garion d'une voix de plus en plus furieuse. "C'est pas tant la brûlure qui me fait mal, c'est ce que le feu représente. C'est pas ma blessure qui m'effraie, mais celles que le feu pourra infliger à des dizaines, des milliers d'autres personnes ! Le feu est un moyen de destruction, rien de plus ! Avec l'eau, on peut offrir à boire à une personne assoiffée, ou faire des vagues pour amuser les enfants ! Avec la terre, on peut faire pousser de jolies fleurs, ou même des montagnes qui sait ? Des montagnes sur lesquelles gambaderaient des chamois ! Avec le vent, on peut faire voguer des bateaux, on peut peut-être même voler, j'en sais absolument rien en fait. Mais avec le feu, qu'est-ce qu'on peut faire ? Oh, on peut se faire cuire un steak, effectivement. Mais à part ça ? Rien, hormis carboniser ses ennemis, brûler des maisons, détruire des familles, rendre des enfants orphelins. Dites moi si le feu a une autre utilité hormis causer la mort partout où il se trouve. DITES MOI !"

Hors de lui, Garion s'éloigna de quelques pas, avant d'ajouter :

"Vous ne me forcerez plus jamais à le manipuler. Je refuse d'apprendre quelque-chose qui ne sert qu'à tuer. JAMAIS !"

Puis, il tourna les talons et s'enfuit en courant. Durant sa remontée, il s'écorcha les genoux, les mains, faillit basculer à plusieurs reprises. Une fois revenu à la surface, Garion continua à courir. Il avançait sans voir où il allait, mais cela lui était égal. Ce ne fut que lorsque la brûlure sur son torse se rappela à lui qu'il daigna s'arrêter derrière une imposante statue de marbre. Frissonnant, il se laissa glisser le long du mur jusqu'à s'asseoir. Là, il bascula la tête en arrière et ferma les yeux, tentant d'apaiser les battements furieux de son coeur.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 22 Nov - 21:24

[HRP: xD zut alors, excuses, vu comment c'était tourné j'avais pas compris ça ("L'explosion qu'il avait provoqué avaient ouvert une déchirure béante dans sa poitrine"). Cet epic fail...je répond demain soir :hap:]

Edit: Ou pas en fait, je m'y attelle dès maintenant!

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 22 Nov - 22:19

Ce long monologue laissa Mavis vacillante. Elle aurait voulu rétorquer à chaque pique de Garion mais s'en était sentie incapable, de plus en plus désarçonnée au fil de ses dires. Rares étaient ceux qui osaient s'adresser à elle de cette manière, sa fille mis à part. Il y avait définitivement un conflit perpétuel entre elle et cette nouvelle génération dont le pourquoi restait à déterminer. La dirigeante se mordit la lèvre inférieure. Elle n'agissait jamais aussi froidement d'accoutumée. Qu'est-ce qui lui avait pris de se montrer aussi désagréable lorsqu'on lui emmenait sur un plateau celui qui était supposé être l'élève parfait, celui à qui elle pouvait enfin transmettre son savoir? Il aurait été tout aussi stupide de jeter un objet que l'on cherche depuis des années quand un tiers nous l'apporte. S'excuser et aborder la chose sous un autre angle serait nécessaire, mais pas ce soir. À l'heure actuelle, l'Emkuasa avait probablement besoin de se recentrer après ce qu'il avait vécu; et Mavis également. Violine ne savait pas comment réagir. Garion avait certes eu de très bonnes raisons de s'énerver, mais en arriver à un tel déferlement de haine paraissait inapproprié. L'adolescente, de surcroît, voyait que les propos de son ami avaient touchés leur hôte, d'une manière ou d'une autre. Vu la manière dont le Benjamin du groupe avait quitté les lieux, il était d'ailleurs assez improbable qu'il requière quelque compagnie que ce soit. Mieux valait le laisser seul pour le moment. Quant à eux...

-Retournez donc au village, dit soudainement Mavis.

La trentenaire était face au mur, au fond de sa grotte, dos aux groupes. Ses mains étaient crispées, pourtant elle ne ressentait pas la moindre colère. Si sa voix était plus douce qu'auparavant, aucun doute ne demeurait cependant sur la nature de ses mots: il s'agissait bel et bien d'un ordre, aussi poliment formulé soit-il. Que ce soit pour prendre la défense de Mavis ou pour envenimer la situation, Noatak aurait volontiers donné son avis une fois de plus mais n'en fit rien, conscience de la chance qu'ils avaient d'être encore les bienvenus sur le Rocher Brûlant. Étant donné que les escaliers qu'ils avaient empruntés étaient plongés dans le noir, le soldat se permit de prendre l'une des bougies de la salle et leur ouvrit le chemin. Avançant à un rythme soutenu, les trois compères arrivèrent bientôt sur la place dont ils étaient partis. D'ici, leurs habitations éphémères ne se situaient qu'à quelques minutes de marche; il suffisait en effet de s'élever de deux niveaux dans le village vertical. Alors qu'ils s'apprêtaient à reprendre la route, Violine arrêta ses deux compagnons en leur tirant la manche. Une question la turlupinait, aussi tirait-elle une mine basse.

-Dites, qu'est-ce que vous savez de Garion? On se connait depuis peu de temps et notre première rencontre à tous fut un peu brusque alors je n'ai pas eu le temps de lui poser des questions par rapport à tout cela, mais j'ai l'impression que ça n'a pas toujours été facile pour lui. Dans un sens, ça ne l'est pas plus aujourd'hui, alors, je me disais que...peut-être...qu'on met ce poids sur ses épaules pour rien.

-Qu'est-ce que tu veux dire? C'est l'Emkuasa, et l'Eldarion! On a besoin de lui, et on n'est pas les seuls!

-Oui, je le sais, Noatak! Mais si lui-même n'est pas convaincu de ce qu'il doit accomplir, est-ce que ça vaut bien le coup? Noatak, Belsambar, vous êtes des gens influents, ensemble vous pourriez former une résistance à la fédération, ce qui serait peut-être plus pertinent que de miser sur des gamins comme lui et moi.

Noatak n'en revenait pas. Cette dispute devait vraiment avoir abattu le moral de tout le monde pour que même Violine baisse les bras, elle qui était d'habitude si assidue. S'il s'agissait simplement de ce souci de maîtrise du feu, ils trouveraient un autre professeur, ce n'est pas ce qui manquait ici! Des gamins comme lui et moi...vraiment, ils auraient tout entendu. Ces gamins n'étaient autre que l'Emkuasa et une exceptionnelle fille de l'eau. L'argument avait pourtant fait plus ou moins mouche, même s'il était hors de question de le reconnaître. Le jeune homme se promit qu'après la formation de Garion, il ferait son maximum sur le territoire de l'air. Mais après. Pour le moment, il fallait remotiver ses troupes.

-Arrête un peu, je t'en prie. Tu ne disais pas toi même que Garion apprenait la maîtrise de l'eau à une vitesse incroyable? Je n'y connais pas grand chose, mais le feu est opposé à l'eau, non? C'est donc normal qu'il ait du mal, mais il va réussir, et nous on va réussir à l'y aider! On ne va pas laisser cette pie nous démoraliser, on forme une équipe tous les quatre.

Un sourire prit place sur le visage de Violine. Leur chef n'avait pas tort. Ils étaient de toute manière tous exténués par le voyage et les choses iraient probablement mieux après une bonne nuit de sommeil. Même si la méthode était différente, l'esprit demeurait le même du côté de Mavis. Assise dans la grotte sous-marine, entourée de flammes dansantes, elle avait trouvé quoi répondre à Garion lorsqu'elle le révérait. Au fond de cette grotte sombre et froide, le feu qui virevoltait à ses côtés lui apportait la lumière et la chaleur. Bien sûr, le feu pouvait tuer. C'était pour cette raison précise qu'il fallait apprendre à le maîtriser, à transformer cette arme en source de vie. Dès demain, elle retournerait auprès de l'Emkuasa pour lui offrir une autre voie, plus adaptée. Finalement, les maîtres de l'eau n'avaient peut-être pas fondamentalement tort: plusieurs solutions pouvaient coexister pour un même problème.

-Souffler...sur un petit bébé...doubi-doubi...

Pandora chantonnait tout ce qui lui passait par la tête en avançant d'une démarche incertaine. Elle mimait très bien l'ivresse, à un tel point qu'on lui avait déjà reproché d'avoir touché à des boissons interdites des heures durant avant qu'on ne se rende compte qu'elle jouait la comédie. Après avoir mangé dans son coin et peint de grandes formes abstraites sur le mur du temple -on ne manquerait pas de le lui reprocher le lendemain- elle était allée se débarbouiller et prévoyait à présent d'aller se coucher. Les cheveux relâchés et le visage exempt de tout maquillage insolite, elle paraissait bien plus jolie. Ce fut sur le chemin vers la demeure de sa mère qu'elle aperçut Garion, seul, près d'une grande statue. Une occasion rêvée de s'approcher de lui alors que ni ses camarades ni les moines ne lui tournaient autour. Elle s'approcha en sautillant.

-Te revoilà, garçon ô combien intéressant, s’exclama-t-elle d'une voix de cantatrice.

Elle déchanta très vite en voyant l'air sur le visage de l'Emkuasa. Visiblement, la première séance avec sa mère ne s'était pas passée comme prévue. Plutôt que de lui demander ce qui n'allait pas et d'enfoncer le clou, elle se pencha simplement en affichant un large sourire. D'expérience, elle savait qu'une présence gaie réconfortait bien plus que la sollicitude, si déprimante.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Ven 23 Nov - 9:27

[HRP : Rah je le savais que ce passage n'était pas clair xD Au début je voulais dire "plaie" à la place de "déchirure", mais je me suis dit "non, il va croire que Garion est blessé, et tout". Visiblement ça n'a pas suffit xD C'est ma faute !]

Le monologue de Garion les avait tous secoués. Étrangement, Mavis semblait la plus touchée par les mots du blondinet : son visage s'était radouci, mais ses poings demeuraient crispés. Belsambar crut un instant qu'elle allait retourner sa colère contre eux, mais elle n'en fit rien, ce qui le rassura instantanément.
L'ordre que la trentenaire leur donna le fit s'ébrouer. Après tout, si ce Garion voulait se bagarrer contre la maître du feu la plus spectaculaire qui puisse exister, c'était son problème ! C'était sa peau, pas la sienne. Ainsi, le reste du petit groupe quitta la grotte sous-marine pour rejoindre l'air libre. Ils n'avaient pas fait quelques pas à l'extérieur que Violine souleva une question dérangeante. Des gamins, elle et le blondinet ? Oui, bien sûr, mais des gamins surpuissants, peut-être même plus aptes à exécuter leur mission à bien que des mastodontes armés jusqu'aux dents. Il aurait voulu le dire à la jeune fille, mais Noatak le doubla, ce qui l'arrangea bien. Il n'avait jamais été doué avec les mots. Pourtant, lorsque le soldat se tut et que l'adolescente esquissa un sourire timide, il ajouta, en enlevant sa carapace de sarcasme et d'hypocrisie habituelle :

- A vrai dire, nous ne savons pas grand chose de Garion. Ni de son passé, ni de ses habitudes, nous n'avons même pas eu un véritable aperçu de son caractère. Mais jusque là, le blondinet s'est conduit de manière exemplaire, non ? C'est un maître de l'eau génial, il est agréable à côtoyer, il bronche à peine quand on lui apprend que c'est lui l'Emkuasa. De plus, ça m'étonnerait que Garion soit un lâche, il n'en a pas le profil. Ce n'est peut-être pas encore le héros que tout le monde attend, mais sa tante l'a bien élevé, a fait de lui une graine d'homme qui va exécuter des choses formidables." Il ajouta avec un petit sourire pompeux : "Oh, c'est clair que ce sera en partie grâce à nous, et qu'il nous devra tout son succès. Mais je ne pense pas qu'il faille s'inquiéter de le savoir si jeune pour l'instant. Laissons les choses se tasser, tout ça est encore tout neuf pour lui, et la façon dont se comportait Mavis envers lui n'a pas arrangé les choses. Ça s'arrangera demain ! Si elle ne le carbonise pas la première fois qu'elle le verra.

Après ces charmantes paroles, Belsambar suivit les autres jusqu'à leurs chambres. Il eut tôt fait d'ôter ses bottes et de se jeter à plat ventre sur son lit, le menton entre les mains.
De son côté, la situation de Garion était beaucoup moins agréable. Sa fièvre était partie, mais la douleur de sa brûlure se réveillait comme il reprenait le sens des réalités. Ce n'était pas une douleur omniprésente comme celle qui enserrait sa gorge encore quelques minutes plus tôt, mais ça le lançait tout de même à intervalles réguliers. Il se fit la réflexion que si Tante Pol avait été là, elle aurait étalé du baume sur son torax pour apaiser les brûlures. Mais Tante Pol n'était pas là, il était tout seul. Et dans un sacré pétrin.
Poussant un profond soupir, l'adolescent rejeta la tête en arrière : "Par tous les Dieux, qu'est-ce que j'ai fait ?" La portée de ses paroles lui revenait à présent en pleine figure, et il se liquéfiait au fur et à mesure. Et si Mavis le radiait du Rocher Brûlant ? Et s'ils ne trouvaient personne qui accepterait de lui enseigner le feu ? Cette pensée l'enthousiasmait moins, car après tout, la partie de son monologue qu'il avait réellement pensée était celle du feu. S'il pouvait reculer l'échéance, tant mieux, même s'il devrait y passer. Comme l'idée de devoir se frotter à nouveau au feu l'écoeurait, il chassa ça de sa tête. Un grognement s'échappa de sa personne : "Pourquoi moi ?" Pour la énième fois depuis son départ, il était certain de ne rien posséder de spécial ou d'exceptionnel. Violine maîtrisait l'eau bien mieux que lui, et s'il refusait d'apprendre à contrôler les autres éléments, il était mal barré.
Il en était là à se morfondre lorsqu'une frêle silhouette s'approcha en sautillant. Quand elle se fut suffisamment approchée, Garion put reconnaître Pandora, la fille de Mavis. Il fronça les sourcils : elle paraissait ivre... mais aussi beaucoup plus jolie, sans tous ces trucs sur sa figure. Aussitôt, l'adolescent piqua un fard et détourna les yeux. Toutefois, elle ne lui laissa pas le loisir de l'ignorer, car elle se pointa devant lui en se penchant. Etrangement, son sourire guilleret lui réchauffa le coeur, et il se retint de ne pas lui répondre en lui ébouriffant les cheveux : "Te revoilà, fille ô combien étrange !". A la place, il grimaça un sourire à son tour et se redressa lentement.

- Dis-moi, tu ne m'avais pas parlé de me faire visiter ton île ? Et si on commençait par l'infirmerie ?

Ce n'était pas que ça faisait vraiment mal. Mais depuis qu'il avait imaginé la fraîcheur du baume sur sa poitrine, il en rêvait presque. Et puis il lui faudrait un bandage, pour éviter de salir les draps quand il irait se coucher. En fait, il faisait ça par politesse, oui voilà ! Par galanterie, même. Ce n'était vraiment pas pour sa petite personne.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 24 Nov - 19:11

Après cette discussion, Noatak suivit docilement Belsambar jusqu'à leurs quartiers. Il fallait dire qu'ayant veillé toute la nuit, le soldat ne désirait qu'une chose: retrouver le confort d'un bon lit! Il se doutait bien qu'au cours de leur voyage ils ne pourraient pas constamment profiter d'un tel luxe, alors autant en profiter autant que possible. Les dires échangées continuaient toutefois de faire le tour de l'esprit du jeune homme. Gérer les humeurs de ces adolescents n'était pas aisé...il se demandait comment il se comporterait lorsqu'il devrait s'occuper de son enfant. Une seule chose l'effrayait: faire partie de cette catégorie de pères qui abandonnaient l'éducation de leur descendance, laissant la mère s'en occuper. Mais bon, là n'était pas le sujet: Violine avait parlé d'une résistance à organiser au pays de l'air. Le roi était dores et déjà au courant du plan de la tribu du pôle Sud, mais il n’empêchait qu'avec l'aide de Belsambar, ils pourraient sans doute donner plus d'ampleur à leur attaque surprise.

-Eh, tu connais des maîtres de l'air qui pourraient se rallier à notre cause? demanda-t-il au prince de la fédération.

Violine s'était aussi rendue dans l'habitation qu'on lui avait assignée et observait les étoiles depuis le balcon. Le ciel ici était très différent que depuis son pays natal. On y voyait plus clairement les divers astres, ce qui compensait l'absence d'aurores boréales. Chaque soir, elle avait pour habitude d'observer la voûte céleste, cela l'aidait à se détendre. D'accoutumée, elle repensait aux évènements de la journée, les voyait sous un autre angle, ce qui lui permettait d'avoir des réactions plus posées. Globalement, le contrôle de soi était une valeur importante dans la tribu, encore plus pour les maîtres de l'eau qui se devaient d'écouter leur élément pour l'utiliser de façon optimale. Cette soirée ne dérogea pas à la règle. Ce ne fut pourtant pas les faits les plus marquants comme la rencontre avec le Léviathan ou la dispute de la grotte qui lui revinrent en mémoire, mais simplement Belsambar. Ce garçon s'avérait bien plus gentil et malin qu'il ne voulait bien le faire croire de prime abord. Peut-être qu'à force de les côtoyer, il révélait sa véritable personnalité, ce qui n'était pas pour déplaire à Violine. Noatak était un véritable fanfaron. Garion, bien qu'elle l'appréciait, ne lui correspondait pas: peut-être trop impulsif. Si, finalement, Belsambar était calme et réfléchi, il pourrait faire office d'interlocuteur plus "adulte" pour la jeune fille; chose qui n'allait pas pour lui déplaire. Terrassée par la fatigue, cette dernière décida d'aller se coucher, non pas sans avoir jeté un petit coup d'œil dans les ruelles, au cas où elle apercevrait le benjamin du groupe. Non pas qu'elle se fasse du souci pour lui, il était assez grand pour rentrer tout seul quand il le voudrait, mais elle était simplement curieuse de savoir où il vadrouillait.

À la lueur d'une des torches, Pandora put apercevoir la brûlure du dit Emkuasa. Bien que déjà refermée, il s'agissait là d'une mauvaise blessure, sans aucun doute due à l'entraînement draconien imposé par sa mère. Elle imaginait parfaitement Mavis entourer son nouveau disciple de flammes en lui scandant qu'il n'avait pas à avoir peur, qu'il pouvait les dissiper par la seule force de sa volonté. Elle faisait ça avec tout le monde. Globalement, ça ne marchait pas du premier coup, même pour les fils du feu. Alors forcément, pour un étranger, ce devait être chose quasi-impossible. L'adolescente se gratta la tête, ôta au passage une dernière plume de sa chevelure ébouriffée. Initialement, elle rentrait chez elle avec comme ambition ferme de s'affaler sur son lit, mais tant pis. Garion avait besoin de soin et lui proposait de lui même de passer du temps ensemble, cela valait bien le détour. Ils n'avaient pas d'infirmerie au village, mais les moines avaient tous des notions de médecine. Ceux du temple plus précisément pouvaient guérir les maux courants.

-Ça marche, gentil blondinet. Suis moi!

Elle lui prit la main sans attendre son accord et le traîna vers les hauteurs de la ville d'une démarche guillerette, tout en chantonnant des airs somme toute relativement insolite. Il fallait dire que la mélodie et les paroles jaillissaient directement du flot abstrait de ses pensées, tantôt poétiques tantôt violentes ou obscènes. Cette attitude et tant d'autres caractérisaient la singularité de Mavis: il n'y avait pas de filtre entre son être et ce qu'elle laissait paraître. On la trouvait probablement étrange à cause de ça; et elle préférait se dire qu'elle était complémentaire vis à vis de sa mère, qui canalisait toutes ses pensées sans jamais les laisser sortir. Taquine, elle finit par se stopper un instant pour fixer Garion.

-Oh, au fait, il semblerait que tu ai omis de me préciser que tu étais l'Emkuasa...

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 26 Nov - 10:46

Il faisait beau dans la chambre, et le lit sur lequel il était étendu était incroyablement consistant et moelleux à la fois. Les paupières de Belsambar commençaient à se fermer peu à peu, lorsque la voix de Noatak brisa le silence. Se retournant sur le dos, le prince héritier se résigna à avoir une discussion avec son compagnon de chambrée, et fixa le plafond des yeux.
Des maîtres de l'air, ce n'était pas vraiment ce qui manquait, à la fédération ! Mais la plupart ne croyaient plus en la Prophétie, en l'Emkuasa. Tout ça ne représentait plus pour eux qu'un vaste recueil de niaiseries, il en était un bon exemple. S'ils allaient au palais pour présenter Garion aux maîtres, personne ne les croirait, et si le blondinet usait de ses pouvoirs, ils seraient jetés dans la rue, ou aux cachots. Son père n'appréciait pas que les étrangers fassent usage de leurs dons sur son territoire.
Belsambar poussa un soupir indécis, et finit par répondre d'une voix hésitante :

- Et bien... la plupart des maîtres de l'air ne croient pas en l'Emkuasa. Il serait compliqué de les convaincre, mais probablement pas impossible. Mais nous ne devons pas nous attendre à ce que la fédération nous accueille les bras ouverts, pour eux, l'Emkuasa n'est qu'un mythe, tu m'as bien vu lorsque Tante Pol nous a annoncé que le blondinet en était un. Les maîtres de l'air sont des gens très pragmatiques, aux idées carrées, à la logique imparable. Ils ne bénéficient pas d'une très grande ouverture d'esprit. Ce ne sont pas des gens très agréables à fréquenter, ajouta-t-il en grognant.

Lui-même avait fuit ses compagnons car il les trouvait trop barbants. Depuis son départ, les choses n'avaient pas du changer beaucoup. Certes, il avait une ou deux connaissances plutôt sympathiques, du moins qu'il avait accepté de côtoyer, et qui l'avaient bien aidé dans son apprentissage. Peut-être, en leur présentant les choses sous le meilleur angle, ces maîtres accepteraient-ils de réitérer l'expérience avec l'Emkuasa ?
Le prince héritier laissa quelques secondes s'écouler avant de poursuivre, intrigué :

- Tu penses vraiment que Garion pourrait le faire ? Je sais, j'ai dit à Violine qu'il n'y avait aucun risque, que le blondinet était digne de confiance. Et je le pense vraiment. Mais il n'a pas bénéficié de l'instruction semi-militaire que nous avons reçu, il ne connait rien au combat, aux tactiques de siège. Mais si nous levons une armée demain, dans un mois, dans un an, penses-tu que Garion saura se placer à sa tête ? Être la pointe de la flèche que tout le monde lui demande d'être ?

Garion marchait le long des couloirs sombres, aux côtés de Pandora. Enfin, marcher n'était peut-être pas le bon terme à utiliser : la jeune fille courrait en le tirant fermement par la main, et lui n'avait guère d'autre choix que de lui emboîter le pas. La simplicité de l'adolescente ravissait Garion : pour la première fois depuis un moment, il avait l'impression de ne pas être considéré comme "l'Emkuasa". En cet instant, il avait la sensation de n'être que lui, Garion, le garçon blondinet "gentil". Il venait de décider que, définitivement, Pandora lui était sympathique, lorsque la jeune fille s'arrêta brusquement et le fixa avec un regard mi-figue mi-raisin. Lorsque le mot "Emkuasa" sortit de sa bouche, Garion se figea, et son sourire disparut de sa figure. Il ne savait pas si Pandora le lui reprochait réellement, ou si elle le taquinait seulement. Au bout de quelques secondes, il finit par effectuer un mouvement d'épaule désabusé, et daigna lâcher sur le ton de la conversation :

- Oh, j'ai peut-être omis ce détail en effet. Sur le coup, ça ne m'a pas paru très important. Et puis, toi non plus tu ne m'as pas avoué directement que tu étais la fille de la patronne. Nous sommes quitte.

Et sur ce, il recommença à avancer le plus dignement possible, même si au fond de lui, il n'en menait pas large. Il avait compris que dans les situations délicates, mieux valait faire comme s'il s'agissait d'un oubli bénin. Des fois, ça marchait. Des fois, un peu moins bien.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 26 Nov - 19:51

Les révélations de Belsambar n'allaient pas pour arranger les affaires de Noatak. Ni de sa troupe d'élite. Ni de la tribu de l'eau du pôle Sud. Ni du monde entier à vrai dire. Si le roi de la fédération ne parvenait pas à réunir assez des guerriers, maîtres ou non, pour se glisser dans la brèche que les infiltrés de l'eau créerait d'ici deux mois, l'intégralité de la contre-attaque serait alors corrompue. Ils ne pourraient donc plus bénéficier de l'effet de surprise causé par la présence dans leur rang de l'Emkuasa. Garion, aussi fort serait-il le jour J, ne pourrait pas faire face à l'armée de la terre à lui tout seul. Et ce n'étaient pas les trois autres membres du groupe qui allaient changer grand chose à la donne. En plus de cela, les citoyens de l'air ne croyaient plus au mythe de l'Eldarion. Pour ce dernier point, le soldat ne voyait qu'une seule solution adéquate: prouver l'existence de son némésis, l'Eldarak. On racontait toutefois que cet être unique était actuellement à la tête des armées ennemies, aussi lui mettre la main dessus ne serait pas choses aisée, d'autant qu'à part son supposé statut il ne disposait d'aucune information à son sujet. Noatak se permit de pousser un soupir avant d'aller s'affaler sur son propre lit.

-Ça va être compliqué, souffla-il en chutant non sans plaisir dans un amas de coussins. Il faut absolument que nous réunissions assez de maîtres de l'air, coûte que coûte. Une fois que ce sera fait, Garion n'aura pas besoin de prendre la tête de l'opération, tu sais. L'un de nous ou même des généraux compétents pourront s'en charger. Je pense d'ailleurs qu'il est plus judicieux que notre apprenti Emkuasa reste le plus discret possible jusqu'au moment opportun, même pendant l'attaque. L'idéal serait qu'il fasse son apparition au moment où nous marcherons sur la capitale, car à ce moment là nous connaîtrons la plus forte résistance. L'adversaire débordera de confiance et ne se méfiera pas d'un gamin! Après, le problème, c'est ce fichu Eldarak! Tu sais quelque chose à son sujet?

Plus haut, tout près du temple vers lequel ils se dirigeaient, Pandora se stoppa net. Elle ne savait pas vraiment si son interlocuteur venait de faire preuve d’humour. La jeune fille s’amusait souvent à manier la dérision au grand désarroi des moines, mais aucun n’avait jamais la moindre répartie, préférant répondre d’un simple sourire puis ignorer cette gamine turbulente. Sur le Rocher Brûlant, elle était la seule personne à ne pas être adulte. Du coup, elle ne savait pas vraiment comment réagissaient habituellement les gens de son âge, d’où sa surprise face à Garion. Finalement, un grand sourire se peignit sur son visage. À sa place, elle aurait probablement répondu de la même manière, ce qui ne pouvait être que bon signe ! Enfin, elle avait trouvé quelqu’un qui lui ressemblait à peu près. Quelqu’un qui, en plus de cela, avait une bouille qui le revenait. Dommage qu’il soit l’Emkuasa, car son titre signifiait sans doute qu’une fois son enseignement terminé, il repartirait. Autant en profiter au maximum dans ce cas. Elle le rattrapa donc et leur choisit un itinéraire plus exotique, qui les faisait passer par les grands escaliers extérieurs bâtis sur le flan de la grande falaise. D’ici, le vent soufflait allègrement dans leurs cheveux. Au loin, en faisant bien attention, ils pouvaient même distinguer l’ombre du Léviathan sous les flots.

-J’aime beaucoup cet endroit, lança l’adolescente. C’est un des seuls où je me sens vraiment libre de faire ce que je veux, comme ça par exemple.

Elle se dressa en un instant sur ses mains, au rebord de la falaise. Le rôle de funambule de l’extrême lui avait toujours plu. Pandora ne se permit toutefois pas de faire l’idiote bien longtemps, se souvenant soudainement la raison de sa présence : elle devait emmener Garion se faire soigner. Elle monta quelques marches sans que ses pieds touchent le sol, puis en revint à une position plus conventionnelle. Ils arrivèrent à destination une paire de minutes plus tard. Un homme d’une trentaine d’année vint les accueillir.

-Ah, Wong-Wong, s’exclama la fille de Mavis. Mon copain a besoin de tes talents.

Le soigneur leva les yeux au ciel. Était-ce un souci de mémoire ou Pandora faisait-elle de son mieux pour donner à tous les habitants de l’île des surnoms plus ridicules les uns que les autres ? Le fait qu’elle le nomme Wong-Wong à chaque occurrence lui fit choisir la seconde réponse. Quand bien même, il se devait de soigner l’Emkuasa.

-Très bien, installez vous simplement sur ce banc et serrez les dents, je vais devoir recoudre, ce qui ne prendra qu’une poignée de secondes.

Il disparut pour aller chercher son matériel. L'adolescente ne put réprimer une grimace. Elle n'avait rien d'une froussarde, mais ces aiguilles ne lui avaient jamais rien dit qui vaille. La position de Garion n'avait pas grand chose d'enviable...

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 26 Nov - 20:30

La réponse de Noatak mit Belsambar mal à l'aise. Il se sentait un peu coupable de ne pouvoir apporter son aide, tout simplement parce-que son peuple était trop borné pour accepter de regarder les choses en face. Tout à coup, il eut honte de sa nation, et se promit de réfléchir à un moyen de convaincre ses pairs. Il avait toujours été doué pour les mises en scènes plutôt théâtrales.
Apprendre que Garion ne serait pas le point de mire de l'armée dès le départ le soulagea aussitôt. Pourtant, une part de lui se révoltait : le blondinet était de toute évidence le personnage le plus important sur la planète, et il n'aurait même pas droit au statut qui lui était du. Au fond, l'Emkuasa n'était qu'un instrument, qui se devait d'accomplir son devoir. Le prince héritier se demanda comment il l'aurait pris si jamais il avait été à sa place. Surement très mal. Il se hâta de répondre à la nouvelle question de son compagnon de chambre :

- Je n'en sais probablement pas plus que toi. La légende dit que l'Elderak est l'adversaire de l'Eldarion, son double maléfique, et qu'il est au moins aussi puissant que lui. Les deux devront s'affronter, et le sort de l'humanité dépendra de l'issue de ce conflit, blablabla. Les bêtises habituelles, ajouta-t-il en laissant retomber sa main le long du lit.

Il poussa un profond soupir et posa le dos de sa main sur ses yeux. Après la brusque lueur que le blondinet avait provoqué dans la grotte, ses yeux le piquaient. Une question capitale franchit le barrage de ses lèvres :

- Quand est-ce qu'on va apprendre au blondinet qu'il est aussi l'Eldarion ?


Garion avait été extrêmement soulagé lorsqu'il avait compris que Pandora ne lui reprochait pas sa discrétion. Il n'était pas certain de posséder la force de se disputer avec une seconde personne de la famille Mavis ce soir. L'adolescente le guida le long de couloirs et d'escaliers, n'hésitant pas à se dresser sur ses mains et à défier la pesanteur. Garion, qui se souvenait que trop bien sa chute de la falaise, grimaçait à chaque acrobaties de sa jeune guide. Mais il n'intervint pas, car quelque-chose lui disait que Pandora était bien plus habile qu'il ne le serait probablement jamais, et que les risques qu'elle tombe étaient presque inexistants.
Au bout de quelques minutes, ils arrivèrent dans ce qui semblait être une infirmerie. Garion écarquilla les yeux en entendant le nom de l'infirmier : Wong-Wong ! Les gens d'ici avaient vraiment des noms à coucher dehors ! Mais à la figure déconfite de l'intéressé, l'adolescent finit par comprendre que Pandora le charriait.
Docilement, il s'assit sur le banc que lui indiquait le soigneur. Sa déclaration suivante le dérangea à peine : il avait l'impression que rien ne pourrait lui faire plus mal que la déchirure ressentie lors de la manipulation du feu, tout à l'heure. Les aiguilles, en revanche, c'était une autre histoire. A la ferme, on se contentant de cataplasme et de bandages pour les plaies, et d’attelles de fortunes pour les os cassés. Et généralement, les décoctions infectes de Tante Pol suffisaient à faire passer l'envie aux malades de rester mal en point plus longtemps. Garion avait toujours pensé que les breuvages de sa tante avaient au moins autant de mérite que les soins plus habituels.
L'adolescent écarquilla les yeux lorsque le soigneur revint, brandissant une aiguille beaucoup trop grande pour ne pas l'inquiéter.

- Heu... on ne peut pas juste mettre un peu de crème et un gros pansement, non ? Parce-que vous savez, ce n'est vraiment la peine de vous déranger pour moi, hein. Je vois bien qu'il est tard, vous devez être fatigué... est-ce bien prudent de manier les aiguilles à une heure pareille ? Non, parce-que j'ai une entière confiance en vous, bien sûr, mais vous comprenez, si je dois sauver le monde, et tout, ça m'arrangerait de ne pas avoir le foie perforé, ou le coeur comme un gruyère...

Ses suppliques ne parurent pas émouvoir le soigneur, qui lui recommanda de ne pas bouger pendant qu'il enfilait du fil sur son aiguille. Puis, il lui conseilla de détourner les yeux. Garion tournait déjà la tête au maximum, et aurait bien aimé pouvoir regarder carrément dans son dos.
Lorsque l'aiguille piqua sa peau brûlée, il poussa un cri de douleur et agrippa le banc de ses doigts en serrant les dents. Les quelques secondes qu'il fallut au soigneur pour recoudre sa plaie lui parurent durer des heures. Quand enfin l'aiguille se retira, la tête lui tournait, et il dut cligner des yeux plusieurs fois pour que le paysage cesse de tanguer. Pandora le regardait avec compassion. Gêné, il se racla la gorge et remercia le soigneur. Il était déjà debout, lorsqu'il remarqua qu'il s'était aidé de ses deux bras pour se redresser. Intrigué, il avisa alors son bras blessé, qui n'était plus retenu par l'écharpe qu'il avait au départ. Probablement avait-elle brûlé lors de son expérience brûlante, tout à l'heure. Comme son coude ne le faisait plus souffrir (une légère gêne dans son épaule, et voilà tout), Garion décida qu'il lui serait beaucoup plus pratique de garder ses deux bras mobiles. Il commençait à en avoir marre de sentir un poids contre son torse, de toute manière. Il s'apprêtait à partir, lorsqu'il se rappela que ce n'était pas lui le médecin ici. Piquant un fard, il se tourna vers le soigneur, et demanda poliment :

- Je peux y aller ?
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 4 Déc - 20:33

Désolé d'avoir mis autant de temps, je suis vraiment nul >=/
Pour ma décharge j'ai eu une semaine très chargées, mais ceci n'excuse pas cela...libre à toi de finir ce topic ma vieille, je pense qu'on pourra en créer un autre pour la suite!



Noatak écoutait Belsambar avec attention et put se rendre compte que malgré ses faux-semblants, le prince de la fédération croyait probablement lui aussi à tous ces mythes concernant les êtres élus. Mais tout de même, que Garion doive affronter son double maléfique pour sauver le monde, cela paraissait gros. Le soldat se figurait mal en quel cas la confrontation de deux simples humains pourrait avoir une telle importance, lorsque des nations entières se déchiraient. Le sort de la planète semblait plutôt reposer sur les épaules des grands dirigeants politiques et des généraux. C’est du moins ce que le jeune homme de la tribu de l’eau se serait dit quelques semaines auparavant. Il ne connaissait pas bien le nouvel Emkuasa mais lui accordait déjà toute sa confiance et avait foi en lui. Le fait, justement, qu’il soit une personne lambda le rendait encore plus apte à accomplir sa destinée. Quant à son rôle d’Eldarion, la réponse semblait évidente.

-Pas la peine de le lui dire en fait, affirma Noatak. Il le saura si jamais l’Eldarak lui tombe dessus. Si finalement ce gros vilain ne montre pas le bout de son nez, eh bien inutile dans ce cas d’affoler notre petit héros ! Bon, il commence à faire sommeil…bonne nuit !

Il bailla bruyamment comme pour confirmer ses dires, puis s’affala sur son lit où il s’endormit en quelques secondes à peine. Il s’agissait là de l’une de ses nombreuses particularités : dès lors qu’il fermait les yeux avec comme intention de se reposer, il se retrouvait plonger dans un profond sommeil dont il était presque impossible de le sortir à moins que son corps estime qu’il eut pris assez de repos. Autant dire que, dans l’état actuel des choses et après sa nuit blanche, Noatak ne se lèverait probablement pas aux aurores le lendemain. Dans la maison adjacente, Violine ne tarda pas à connaître le même sort, résignée à ne pas voir Garion rentrer. Dommage, elle aurait volontiers discuté avec lui des incidents de la soirée ou de n’importe quel autre sujet, mais elle respectait le fait qu’il préfère rester seul pour le moment. À sa place, elle n’aurait pas agi très différemment. Au mieux, elle se serait réfugiée près de maître Ukap. Cette dernière pensée fit tiquer l’adolescente. Pourquoi ce vieux bonhomme était-il devenu, au fil du temps, une figure si paternaliste à ses yeux ? Peut-être à cause de sa sérénité, de la justesse de ses conseils, de sa voix réconfortante, de ses enseignements si sages. Il s’agissait en résumé de l’image idyllique qu’un professeur se devait de dégager. Elle se promit d’y aspirer aux yeux de Garion.

En haut du village vertical, le moine soigneur se montra insensible tant aux paroles qu’aux gémissements de son patient. Il en avait vu, au fil des ans, des types blessés qui faisaient tout leur possible pour ne pas se faire piquer par son aiguille devenu mythique sur le Rocher Brûlant. Le choix ne leur appartenait toutefois pas : s’ils n’étaient pas recousus, les plaies risquaient de s’infecter et dans certains cas extrêmes, la mort pouvait s’ensuivre. Une fois que les blessés avaient conscience de ce dilemme, l’aiguille devenait une alliée presque sympathique. Ce cas précis ne posa pas grand nombre de problèmes, la plaie ayant d’ores et déjà cautérisé. Cette guérison partielle ne pouvait être le fait que de la maîtrise du feu, ce qui signifiait que la personne ayant blessé l’Emkuasa n’était pas un ennemi. Le soigneur se surprit à sourire. Évidemment que ce n’était pas un ennemi, sinon Mavis l’aurait chassé hors de l’île en un instant. Cette femme était une véritable entité protectrice aux yeux de tous ici…

-C’est bon, vous pouvez y aller. Et Pandora ! Raccompagne ton ami chez lui, il a besoin de repos, compris ?

L’intéressée soupira.

-Compris, Wong-Wong. J’allais pas le faire sauter depuis le temple de toute façon.

Ni l’étrange froncement de sourcils du soigneur, ni le sourire mesquin de la jeune fille n’étaient de bons augures quant à la véracité de cette affirmation. Pandora reprit la main de Garion comme si de rien n’était et ils firent le chemin inverse, elle chantonnant de temps à autres des airs qu’elle inventait au fur et à mesure. Les habitations prêtées par Mavis se situaient assez haut sur l’île, aussi furent-ils arrivés en quelques minutes. Pandora alla s’accroupir sur un rocher en surplomb tout en accordant un grand sourire à son camarade. Avec la lune dans son dos, elle ressemblait véritablement à un prédateur nocturne, prêt à bondir sur sa proie.

-Eh bien, nous y voilà. Je n’ai plus qu’à te souhaiter bonne nuit, Garion, lança-t-elle sur un ton mielleux.

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 10 Déc - 9:29

La réponse de Noatak ne satisfit le prince héritier qu'à moitié. Si jamais l'Elderak tombait sur le blondinet sans prévenir, cela risquait de porter à ce dernier un sacré coup. Il semblait déjà avoir du mal à accepter son statut d'Emkuasa, et comptait probablement sur l'Eldarion pour le sortir de ce sale pétrin. Comme tout le monde, d'ailleurs. Réaliser qu'il était en vérité ces deux identités pouvait le déstabiliser d'avantage. A quel espoir pourrait-il se raccrocher par la suite, s'il n'avait toujours pas accru sa confiance en lui ?
Bientôt, les ronflements légers de Noatak emplirent la pièce, et Belsambar comprit que toute autre question serait inutile. Il se retourna, tira sa couverture sur ses épaules, et ferma les yeux. Il serait toujours temps de penser à ça demain.

Inutile d'exprimer le soulagement de Garion lorsqu'il put enfin quitter l'infirmerie. Pandora sautillait à ses côtés, et la chaleur de sa petite main vibrante dans la sienne lui réchauffait le coeur. Il avait le sentiment qu'il ne s'était rien passé de grave, qu'il n'avait commis aucune erreur.
Ils gravirent les escaliers escarpés menant aux habitations les plus en hauteur, et le jeune garçon se laissa submerger par la beauté du paysage, auquel il n'avait pas prêté attention quelques minutes auparavant. Lorsqu'ils furent enfin parvenus devant la porte de sa chambre, sa jeune guide se percha sur une balustrade et le fixa avec un sourire curieux, un sourire qu'il avait déjà aperçu sur le visage de quelques filles à la ferme. Il ne sut pas trop pourquoi, mais la désagréable certitude de n'être qu'une proie s'insinua en lui, et il frissonna en entendant le ton mielleux qu'elle utilisa pour lui souhaiter bonne nuit. Avalant sa salive et se forçant à sourire avec gaieté, il répondit :

- B... bonne nuit à toi aussi, Pandora."

Quand elle se fut éloignée, il s'empressa d'entrer dans la chambre et de refermer la porte derrière lui. Le dos appuyé contre le chambranle, il resta là quelques secondes, soudainement exténué. Cette fille était tout de même bizarre. Une heure, ils étaient les meilleurs amis du monde, et l'heure suivante, elle souriait comme si elle avait envie de le... de le... Garion secoua la tête : il ne savait pas au juste ce qu'elle avait imaginé, mais ça ne présageait rien de bon.
Le souffle régulier de Violine le ramena à la réalité, et il s'approcha de son lit à pas de loup. La jeune fille dormait paisiblement, quelques cheveux blonds cachaient son visage. Tout à coup, Garion s'en voulut de ne pas être rentré plut tôt : peut-être s'était-elle inquiétée ? Honteux, il se remémora son erreur, et se promit de se racheter une conduite demain. Il irait s'excuser auprès de Mavis Sozin s'il le fallait. Il ferait de son mieux. Mais serait-ce suffisant ?
Avec douceur, presque comme pour s'excuser, le garçon ramena la couverture sur les épaules de son jeune professeur. Puis, il ôta ses bottines, ainsi que sa chemise, et se glissa dans son lit. Il ne mit pas longtemps à s'endormir.
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