Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 Les journées anonymes de la tribu de l'eau

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L.Hubs
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 15:46

Instinctivement, lorsque Garion vint la questionner, Violine plaça ses mains derrière son dos, exactement comme le faisais maître Ukap lorsqu'ils s'adressait à ses nombreux disciples. Était-ce là une position commune à tout être enclin à transmettre son savoir? Quoiqu'il en soit, l'adolescente fut heureuse de cette nouvelle curiosité de la part de l'Emkuasa. D'ailleurs, son jeune âge ne l'étonnait finalement guère. Son jeune âge...elle se surprit à rire de ses propres pensées. Elle même n'avait que quinze ans, ce qui faisait d'elle une personne bien trop peu expérimentée pour qualifier ses cadets de "jeunes". Pour un début d'enseignement, le fait de se retrouver les pieds dans l'eau constituait en tout cas la situation parfaite.

-Ce n'est pas bien compliqué à vrai dire. D'abord, tu dois sentir l'eau autour de toi. Vu qu'on est dedans, là ça ne devrait pas être compliqué. Mais ne te contente pas de la sentir, essaie de comprendre ses mouvements, de les anticiper. Il parait que c'est plus facile les yeux fermés, tu pourrais essayer si jamais ça t'arrange. Une fois que tu as compris le ressac, essaie de le suivre, comme ça.

Joignant le geste à la parole, elle mouva l'intégralité de son corps au même rythme que les va et viens des vaguelettes, sans quitter ses appuis à un seul instant. On aurait facilement pu croire qu'elle était à l'origine de cette force naturelle qui déplaçait ces centaines de litres d'eau. Noatak, qui n'avait encore réellement vu la membre de la tribu à l'œuvre, fut impressionnée par la maturité dont elle faisait preuve, tant dans ses propos que dans son comportement. Si être un fils de l'eau requérait une telle concentration, inutile de chercher plus loin les raisons de ses propres échecs en la matière. Quand bien même il aurait été d'un pouvoir naturel, il se serait très vite dissipé en voulant le travailler.

-Surtout, n'essaie pas de faire exactement comme moi. Trouve tes propres mouvements, c'est le plus importants. Et une fois que tu auras réussi cette étape, il faudra que tu essaies de soulever l'eau, en restant bien dans son rythme surtout. L'eau ne t'obéira pas si tu ne vas pas dans son sens. Comme ça:

À titre d'exemple, elle fit basculer ses bras vers la plage lors du ressac et fit léviter une masse aqueuse avant de la rejeter dans la mer. D'un hochement de tête encourageant, elle proposa à Garion d'essayer.

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 19:47

Garion ne s'attendait pas à ce qu'elle lui propose d'essayer immédiatement. A vrai dire, il avait surtout imaginé un long et assommant cours théorique. Toutefois, n'était-ce pas en forgeant que l'on devenait forgeron ? Aussi oublia-t-il une fois de plus ses doutes, et accepta-t-il de se prêter au jeu.
Ayant écouté avec attention les propos de Violine, il ferma les yeux et cessa de bouger. Le ressac des vagues se mêla alors à sa respiration avec une synchronisation impressionnante. L'adolescent, quoique surpris, resta de longues secondes immobile au-dessus de l'eau. Un calme profond l'envahissait peu à peu. Il percevait le mouvement lancinant des vagues contre ses mollets nus, ainsi que le bruit qu'elles faisaient en léchant ses jambes et le sable. Pour la première fois, il sentit l'eau, avec une aisance curieuse. Lorsqu'il eut compris le va-et-vient langoureux des vagues, il ressentit le besoin de bouger. C'était comme si son corps prenait les rênes, décidait de tout, et lui se laissait guider, obéissant à un instinct qu'il ne comprenait pas. Si ses mouvements étaient différents de ceux de Violine -qui étaient plus souples, plus déliés en somme plus féminin- il ne le vit pas. Les paupières closes, il était comme coupé du reste du monde. Plus rien n'existait en dehors de lui, et de l'eau qui caressait sa peau. Il écarta les doigts de sa main droite, et il crut percevoir la puissance de l'eau monter jusqu'à elle. Il écarta le bras, et la force palpable reflua lentement. Alors, encouragé par cette sensation de plénitude, d'osmose, presque, qui le liait à l'eau, il lui ordonna de léviter.

Cela ne se passa pas exactement comme prévu.

Trop brusque, son ordre n'eut pas l'effet espéré: une vague se haussa devant lui et vint se briser contre son torse, le faisant basculer en arrière. Se redressant en toussant et crachant, trempé de la tête au pied, il secoua la tête, peinant à retrouver le fil de la réalité. Dans son dos, Belsambar retenait tant bien que mal un rire, qui fit vibrer son amour propre. Cependant, il décida de l'ignorer: après tout, il avait bien droit à un ou deux échecs au début, non ? De plus, le timbre du rire du prince héritier était gentiment moqueur, et pas spécialement cynique comme celui qu'il avait pu avoir quelques heures plus tôt.
Éternuant, Garion jeta un regard désolé sur Violine. Quel piètre élève il faisait! Vraiment, ça n'allait pas être de la tarte.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 20:13

Violine s'était éloignée de quelques pas pour observer Garion faire sa première tentative. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il comprenne où elle voulait en venir, encore moins qu'il puisse maîtriser l'eau instantanément. Elle même, malgré ses fameuses facilités dont on n'avait cessé de lui parler à l'académie avait eu besoin d'un temps d'adaptation avant de s'avérer assez calme pour ce genre d'exercices. Enseigner la maîtrise des éléments à des adolescentes en leur faisant comprendre l'intérêt de l'harmonie avec l'environnement n'était pas toujours de tout repos. Noatak aussi fixait l'Emkuasa, curieux de voir comment il allait s'en sortir. Ayant souvent vu ses frères et soeurs pratiquer, il pensait être à peu près apte à juger de la réussite ou non du garçon des marais. Très vite, ce fut pourtant vers Violine que son attention se reporta: elle avait l'air sidérée, et l'était tout à fait. Si elle avait, au cours de la démonstration, tenté de suivre les mouvements de l'eau, Garion ne faisait qu'un avec eux. Même Ukap n'avait jamais été en telle osmose avec son élément, aussi loin qu'elle puisse se souvenir. Elle n'entendit même pas Belsambar ricaner. Elle s'approcha de son élève, bouche bée.

-C'est absolument incroyable! Tu as réussi à faire une vague assez puissante pour te faire tomber à la renverse dès la première fois, avec un bras en moins! Tu n'étais même pas censé réussir à suivre le ressac avant plusieurs tentatives!

-Il est si exceptionnel que ça? demanda Noatak, les yeux allant des adolescents à sa carte.

-Crois moi, je sais de quoi je parle et je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi naturellement doué. Garion, si tu t'entraînes tu pourrais vraiment devenir un maître de l'eau exceptionnel.

C'était donc cela, l'Emkuasa. Non content de pouvoir contrôler les quatre éléments, cet être élu disposait d'aptitudes innées et latentes qui ne demandaient qu'à être réveillées. Restait à voir comment Garion concilierait ses différents enseignements, mais il n'aurait probablement aucun problème pour atteindre un haut niveau dans chacun d'entre eux. Violine envoya un sourire radieux à son compagnon et l'aida à se relever.

-Bon, inutile de te surcharger vu que tu vas probablement bientôt commencer à apprendre la maîtrise du feu, mais si tu pouvais continuer de te concentrer sur les courants marins, pendant la traversée par exemple, je pense que ce serait un bon exercice.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 30 Oct - 10:33

Devant les réactions de ses compagnons, Garion écarquilla les yeux. Il ne s'était pas vraiment attendu à une telle surprise de leur part! Pourtant, au fur et à mesure qu'il revenait à la réalité et rejoignait la rive, le pantalon gorgé d'eau, il ne put s'empêcher de frissonner. Ce qu'il avait ressenti en écoutant l'eau qui le berçait, n'était pas comparable. Tante Pol avait parlé d'un élément primitif, inné, presque. Se pourrait-il que pour lui, ce soit l'eau ? Se laissant tomber sur le sable chaud, il entreprit d'essorer le devant de sa chemise, en pleine réflexion. Le calme qui l'avait envahi quand il avait compris le va et vient de l'eau réveillait quelques échos en lui. Il se rappela le sentiment bizarre qui naissait en lui lorsqu'il restait longtemps les pieds dans l'eau sur la plage ou, tout petit déjà, lorsque Tante Pol l'obligeait à prendre un bain. Il aimait toujours rester dans le bac, même lorsque l'eau était devenue froide.
Se pourrait-il que l'eau soit son allié le plus précieux, en fin de compte ? Perplexe, le jeune garçon fronça les sourcils et posa son menton sur ses genoux mouillés. D'une certaine manière, sa "communion" avec l'eau lui était apparue naturellement. Il se remémora les paroles de Violine: "Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi naturellement doué". Avec un peu de chance, apprendre à contrôler les autres éléments ne serait pas beaucoup plus difficile.
Inspirant, décontenancé, Garion croisa le regard de Belsambar. Le jeune homme, ayant abandonné l'idée de dormir, le regardait d'un air étrange.

- Quoi ?

- Non, rien. Tu devrais enlever ta chemise pour qu'elle sèche plus vite, blondinet.

Haussant son épaule valide, Garion n'en fit rien. Si se déshabiller devant Tante Pol petit ne l'avait jamais dérangé, depuis quelques-temps l'idée de se dénuder devant d'autres personnes le gênait. A l'inverse, les filles de la ferme semblait beaucoup plus enclin à délacer leur corset, ce qui était paradoxal. Mais de toute manière, Garion n'avait jamais rien compris aux filles. Au moins, Violine ne semblait pas faire partie de celles qui prenaient plaisir à le rendre fou.
Au bout d'un certain temps, Garion se tourna vers Noatak qui, toujours penché sur sa carte, semblait s'être coupé du reste du monde.

- Comment ça se fait que... enfin, que l'Emkuasa soit le seul à pouvoir manipuler d'autres éléments que le sien ? Pourquoi est-ce que les autres maîtres en sont incapables ? C'est pas un truc dans le sang, qui se transmet de génération, pas vrai ? Alors ce serait un truc qui... enfin, comme une "idée", qui choisit son destinataire ? Un don autonome ?

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 30 Oct - 11:38

Noatak avait enfin déterminé un itinéraire précis, par lequel ils ne rencontreraient pas le moindre obstacle. Ils n'y aurait même pas à faire de détour: c'était une véritable voie pavée qu'on leur offrait. La question de Garion lui tira le nez de la carte mais le laissa perplexe. Si le garçon voulait avoir des réponses concrètes au sujet de l'Emkuasa, le soldat n'était pas forcément le meilleur interlocuteur possible. Il tenta toutefois d'apporter le maximum à l'adolescent, qu'il valait mieux mettre dans de bonnes dispositions. Peut-être que comprendre le pourquoi de son titre l'aiderait à l'appréhender avec pragmatisme.

-C'est sûr que on ne devient pas Emkuasa de père en fils, mais je crois que l'hérédité joue sur la maîtrise des éléments. Peut-être que si tu as l'eau dans le sang, tu ne peux pas contrôler les trois autres, tout simplement. Mais bon, étant le seul à ne pas pouvoir jouer avec mère nature ici, je n'y connais pas grand chose! En revanche...ce ne sont peut être que des rumeurs hein, mais j'ai entendu dire que l'Emkuasa pouvait entrer en contact avec ses incarnations antérieures; comment, je ne sais pas. Ça pourrait t'être utile si jamais tu as des questions importantes. C'est pas tout, mais je vais faire le tour de l'île, histoire de voir si je peux trouver quelques fruits!

Noatak s'enfonça dans la petite jungle constituant le cœur de l'îlot tandis que Violine, suivant l'exemple de Belsambar, alla s'allonger tranquillement dans le sable chaud. Elle n'était pas une grosse dormeuse, pourtant le voyage en bateau l'avait fatiguée, une petite sieste ne serait pas de refus. Lorsque Noatak revint quelques minutes plus tard, les bras chargés de victuailles dont il ne soupçonnait jusqu'à lors pas l'existence, il eut la surprise de la trouver endormie. Tant pis, ils lui garderaient quelques fruits pour la fin de la traversée. Le soldat en proposa quelques uns à ses comparses puis, aventureux, goûta une énorme baie violacée. Il s'avéra bien vite qu'elle n'était pas comestible, et le jeune homme dut se rincer la bouche à l'eau salée en poussant toute une série de jurons pour ne pas finir empoisonné. On décida alors de laisser tous les aliments à l'allure douteuse de côté. Vers quatorze heures, jaugeant qu'ils devaient partir dès à présent pour arriver au Rocher Brûlant d'ici au lendemain, Noatak réveilla ceux qui s'étaient endormis puis les invita à remonter sur leur embarcation. Reposée, Violine prit le premier tour en créant quelques courants marins favorables.

-Tu veux essayer? demanda-t-elle à Garion.

Il avait fait forte impression toute à l'heure et maintenant qu'il avait compris les bases de la maîtrise de l'eau, il désirait peut-être passer à la pratique. Elle resterait de toute manière concentrée pour éviter tout débordement, sait-on jamais.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 30 Oct - 13:33

Rassasié, ils étaient remontés à bord du voilier, et avaient repris leur route. La réponse de Noatak avait plus ou mois convaincu Garion, néanmoins le jeune garçon s'interrogeait encore: si l'hérédité avait son rôle à jouer, cela voulait-il dire que plus haut dans son arbre généalogique, l'un de ses ancêtres avait lui-même été Emkuasa ? Son père, son grand-père, ou un homme dont il ne savait absolument rien ? Ce qu'il redoutait, parmi tant d'autres choses, c'est de se retrouver irrémédiablement seul, sans personne pour le guider. Apprendre seul le terrifiait. Certes, Violine et Belsambar seraient là pour l'épauler dans son apprentissage, mais ce n'était pas la même chose.
Peut-être existait-il un sanctuaire où il pourrait se renseigner, ou parler avec une personne qui connaissait mieux que lui le cycle de l'Emkuasa, quelqu'un qui pourrait l'instruire. La possibilité que la mémoire de ses ancêtres resurgisse l'intriguait, mais il décida de ne pas trop s'y fier.

Il fut interrompu dans ses pensées par la voix de Violine, qui lui proposait d'essayer. Oui, mais essayer quoi ? Garion mit quelques instants à comprendre. Timide, il se leva et s'approcha de l'endroit où se tenait la jeune fille. Fermant les yeux comme quelques minutes plus tôt, il étendit son champ de perception. L'eau était plus forte ici qu'au bord de l'îlot, et l'adolescent fut décontenancé par sa puissance, à laquelle il ne s'attendait pas. Il rouvrit les yeux en sursautant, inspira calmement à quelques reprises, puis s'isola du reste du monde. Le fracas des vagues contre la coque du navire emplissait son esprit et, à nouveau, sa respiration se calqua sur le rythme de l'eau.
Prudemment, il étendit sa perception jusqu'à elle, l'effleura, avant d'oser s'aventurer plus loin encore. Avec prudence, il lui imposa sa volonté, avec un léger mouvement de la main droite. Une vague violente le trempa à nouveau, et il entendit derrière lui Belsambar qui vociférait, trempé lui aussi:

- Eh! Fais tes expériences plus loin, blondinet!

Sans l'écouter, Garion ferma à nouveau les yeux. Plus rapidement, il retrouva le chemin de l'esprit de l'eau. Comprenant peu à peu son mode de fonctionnement, presque instinctivement, et ignorant la remarque de Belsambar ("Quoi, il va recommencer en plus ?") il poursuivit. Toutefois, arrivé au moment d’insuffler sa volonté à l'eau, il ne lui ordonna pas de se mouvoir, mais le lui suggéra. Le résultat fut immédiat: une légère secousse ébranla le voilier, puis la force devint régulière, autonome. Rouvrant les yeux, secoué mais étrangement apaisé, Garion croisa le regard des autres, qui le fixaient. Piquant un fard, détestant être ainsi le centre d'attention, il bégaya quelque-chose comme: "Désolé pour... de vous avoir trempés."
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 3 Nov - 13:32

Alors que Garion tentait tant bien que mal d’apprivoiser l’eau, Violine demeurait concentrée, canalisant les quelques débordements de son tout nouvel élève. Elle ne put malgré cela pas empêcher à ses camarades une douche salée dont ils se seraient bien passés. Bon enfant, Noatak préféra rire des erreurs du jeune Emkuasa. Il faisait relativement chaud et il ne s’agissait jamais que de quelques éclaboussures. Après avoir félicité l’adolescent comme elle se devait de le faire – après tout, il avait tout de même réussi à faire avancer leur embarcation- la jeune fille de la tribu du pôle Sud lui accorda un repos bien mérité, jaugeant qu’il ne valait mieux pas le surmener. On ne le ressentait pas toujours immédiatement, mais maîtriser les éléments consommait beaucoup d’énergie. Comme pour tout muscle gagnant en endurance au fil des entraînements, c’était en pratiquant souvent que l’on devenait apte à utiliser ses pouvoirs plus longtemps. Il s’était avéré, de surcroît, que les formes les plus grossières de maîtrise fatiguaient plus que celles plus raffinées. Ainsi, plus un élève gagnait en précision, plus il gagnait en puissance et en endurance. Garion, malgré d’évidentes facilités et une certaine résistance probablement due à son statut d’Emkuasa, faisait encore partie de la catégorie des débutants !

Tenant paisiblement la barre, Noatak observait d’un œil protecteur ces deux là. Quatorze et quinze ans, et portant déjà embarqués dans un imbroglio dont ils ne ressortiraient pas de sitôt. Tant de par son âge que de par son statut, le soldat se sentait responsable d’eux. Si jamais il leur arrivait malheur, lui seul pourrait être tenu pour fautif. La situation était très différente pour Belsambar. Drôle de garçon, pas antipathique mais quelque peu distant, à part dans le groupe hétérogène qu’ils formaient. Se dire que ce gaillard, avachi à leur côtés était le prince de la fédération de l’air, destiné un jour à diriger le pays le plus étendu au monde. Sa vocation de guide l’avait poussé à se rendre sur l’archipel de l’Ouest pour les rejoindre, mais il aurait probablement un autre rôle à jouer dans cette histoire. Tôt ou tard, son identité le rattraperait, peut-être d’ici peu, lorsqu’il aurait inculqué son savoir à Garion. D’ailleurs, qu’en était-il de sa maîtrise de l’air ? Il le leur avait montré en faisant souffler un vent favorable sur les voiles du navire, toutefois Noatak aurait aimé avoir une plus ample démonstration, pour se rendre compte du niveau de leur camarade. Cela dit, plus tard Belsambar aurait à s’en servir, mieux ce serait : les combats ne pressaient pas. Le jeune homme leva les yeux au ciel. À force de discuter à droite à gauche, il n’avait pas vu le temps passer et le soleil se couchait déjà, Violine avec lui. Les courants d’air continuaient de les guider dans la bonne direction, ce même sans l’appui du prince de la fédération.

-Vous pouvez dormir si vous voulez, je vais continuer un moment.

-Parfait, lança Violine en étouffant un bâillement. Mais n’hésite pas à dormir toi aussi si besoin…

Exténuée par cette journée, l’adolescente s’endormit très vite, plus ou moins confortablement installée. À partir de cet instant, Noatak ne dit plus aucun mot, ne se demanda pas si les deux autres étaient eux aussi plongés dans la torpeur. Cet instant, seul, dressé sur ce frêle esquif, faible forme mouvante dans les ténèbres dévorant, lui semblait inoubliable. Pour la première fois de sa vie, il découvrait le calme à l’état pur, tel qu’il ne l’avait jamais abordé auparavant. Ses pensées s’envolèrent, vagabondèrent librement durant de longues heures, avant que son regard ne se pose, presque par inadvertance, sur sa boussole. Celle-ci n’indiquait plus le Nord, ni aucune autre direction d’ailleurs : elle déraillait complètement, s’affolant sans raison apparente. Ce fut en tentant de résoudre ce mystère que Noatak aperçut, loin sous la surface de l’eau, une ombre titanesque, trois fois plus large que leur bateau et au moins cent fois plus longue. Il resta bouche bée face à l’immensité de cette chose, qui grossissait de plus en plus, comme si elle se rapprochait.

-Venez voir ! parvint-il finalement à articuler suffisamment fort pour que ceux s’étant assoupis fussent tirés de leur sommeil.

Se traînant difficilement jusqu'au bord du navire, Violine ne put que lâcher une exclamation ébahie. Quelle que soit cette chose, il était évident de part ses mouvements qu'elle les avait repéré et qu'elle ne leur voulait pas de mal, faute de quoi, vu la taille supposée de la créature, ils seraient déjà tous morts.

-Eh, Violine, tu es une fille de l'eau, hein? Tu pourrais parler à ce poisson géant?

-Bah oui, évidemment. Je parle aux poissons moi. Je fais pousser des cocotiers au pôle Sud aussi, t'étais pas au courant?

La jeune fille aurait pris un malin plaisir à employer un ton des plus cyniques d'accoutumée, cependant la conviction n'y était pas, si bien que la pique sombra tout naturellement. Noatak n'avait de toute manière pas écouté la réplique, bien trop occupé à fixer, à tour de rôle, la bête et sa boussole. Presque sans s'en rendre compte, il fit tourner le gouvernail, suivit les mouvements serpentineux de l'ombre titanesque. Aucun doute possible: elle souhaitait les guider!

Bien plus au Nord, un jeune homme, assis en tailleur sur le pont d'un titanesque vaisseau de guerre, fait se mouvoir des figurines métalliques sans les toucher. Un chevalier avance, décapite sans vergogne une hideuse créature sortie des mythologies les plus obscures du royaume de la terre. Malgré le son sec de l'acier tranchant la matière, le jeune homme ne peut s’empêcher de faire les bruitages par-dessus. Son long manteau bordeaux, déjà abîmé, traîne derrière lui; et nombre de soldats le dévisagent. Peu l'importe, il s'amuse bien, et aujourd'hui est un grand jour: Guamokoshran est enfin tombée. Ne reste plus qu'une seule place forte de la république du feu, le Rocher Brûlant. Un amiral venait de crier "cap vers l'Ouest", à s'égosiller. La formidable mécanique nautique se mit en place tandis que les restes des figurines du jeune homme se distordent pour redevenir un simple bracelet, directement autour du poignet de son possesseur.

-Monsieur, avez vous des prérogatives?

Le jeune homme se retourne, fait face à l'amiral en question. L'un des meilleurs soldats de l'armée de la Terre, décorée à de nombreuses reprises, et faisant office de second à l'unique maître du métal pour cette conquête à grande échelle. Darius Maffert fait non de la tête, puis se dirige vers la proue et fixe l'horizon. Il sentait qu'il trouverait sur ce caillou perdu quelque chose de bien plus intéressants que ces maîtres du feu.


Désolé du temps de réponse, j'ai été pas mal occupé ces derniers jours et je viens tout juste de rentrer chez moi! ^^

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 5 Nov - 13:24

Étendu à l'arrière, Garion sommeillait, bercé par le roulis des vagues s'entrechoquant sur la coque du voilier. Lorsque Violine l'avait autorisé à arrêter son exercice, le jeune garçon avait opiné, sans pour autant comprendre la raison de ce soudain abandon. Pourtant, ce fut quand il avait esquissé quelques pas qu'il avait compris: ses forces le quittaient soudainement, il sentait son énergie s'amenuiser, comme aspirée hors de son corps. Terrorisé, il n'avait rien pu faire, et craignait de tomber raide mort. Heureusement, le phénomène s'était arrêté à un certain stade, le laissant vidé. Tout en s'adossant, le jeune garçon s'était alors demandé comment Belsambar et Violine avaient fait pour monopoliser autant d'énergie sur une si longue durée. Et puis ses yeux s'étaient fermés, et il n'avait pas tardé à sombrer dans un sommeil réparateur.

Ce fut le cri de Noatak qui le tira des bras de Morphée: debout à la proue du navire, le jeune soldat pointait du doigt l'horizon. Mal réveillés, Garion et Belsambar grognèrent à l'unisson, avant que le premier daigne se lever tandis que le second se réinstallait confortablement sans plus prêter attention aux autres.
Ce que vit Garion le réveilla instantanément: une gigantesque masse noire serpentait au-devant d'eux, immense, majestueuse, inquiétante. Des tas de scénarios tous plus inquiétants les uns que les autres lui traversèrent la tête, et la plupart se concluaient par eux, avalés, et le voilier au fond de l'océan. Chassant ces idées noires, l'adolescent jeta un regard à ses compagnons qui, tous, avaient l'air au moins aussi inquiets et bouche bée que lui. Sans plus de ménagement, Garion revint vers Belsambar, lui fourra deux ou trois coups de pied dans les côtes, esquivant de justesse un poing mal ajusté, qui frôla son genoux. La manoeuvre réussit plutôt bien car, hors de lui, le prince héritier bondit hors de sa couche et resta figé devant le spectacle qui s'offrait à eux.
A la suggestion de Noatak, le jeune homme lâcha, peu amène:

- La suivre. Bien sûr. Voilà une décision ô combien sensée. Bon, je vais me recoucher, vous me réveillerez lorsque l'on sera au fond de son estomac.

Excité, Garion le rattrapa par la manche et lui désigna la bête. Ravalant une remarque acerbe, Belsambar soupira et daigna retourner auprès d'eux. Il remarqua alors deux choses: la première était qu'ils étaient toujours en vie, alors que la bête les avait, de toute évidence, déjà repérés. La seconde était que la boussole de leur chef ne fonctionnait plus, et cela de manière soudaine. Se pourrait-il qu'il y ait un rapport entre les deux ?

- On ne devrait pas la suivre, le temps qu'on revienne sur nos pas le Rocher Brûlant aura disparu...

Néanmoins, il sentait que ses mots n'étaient guère assurés. Pour faire bonne figure, il désigna Garion, l'air contrarié:

- Non mais, c'est vrai. Que le blondinet soit le héros qui va devoir tous nous sauver, soit. Mais se laisser guider de nuit par une baleine que nous ne connaissons pas, ça non!
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 5 Nov - 17:29

Noatak leva les yeux au ciel. Soit le prince de la fédération faisait preuve d'un cynisme à toute épreuve, soit ses connaissances du monde animalier demeuraient sérieusement à désirer. Cette chose, longue, élancée, ne ressemblait en rien au titanesque mammifère marin. Il fallait dire que les rorquals s'avéraient plus communs aux abords des toundras gelées de l'île de l'eau que sur les côtes du continent, mais tout de même! La créature inconnue se déplaçait bien plus vite que leur embarcation, si bien qu'elle se stoppait net très souvent, formait des cercles sous l'eau puis repartait lorsqu'ils arrivaient de nouveau à leur niveau. Ce petite manège semblait toutefois l'agacer, aussi Violine fit-elle l'effort d'accorder de son énergie à la propulsion de leur embarcation malgré la fatigue. La traversée se poursuivit à l'aurore. Les courts dialogues étaient principalement constitués de "qu'est-ce que c'est?", "est-ce qu'on fait bien de suivre cette chose?", et autres interrogations similaires. Après tout, il y avait de quoi. Noatak n'en restait pas moins convaincu qu'il fallait absolument suivre leur nouveau guide, et le temps lui donna raison. Alors que les premiers rayons du soleil s'élevaient, la petite troupe put apercevoir une île verticale plantée au centre d'un univers aqueux. De multiples bâtiments s'y dressaient, majestueux, à même les falaises escarpées ou au centre de ce lieu féerique dont l'architecture faisait rêver. Enfin, ils étaient arrivés.

-Eh, debout grosse larve.

Voyant que ses mots n'avaient aucun effet, Violine envoya une gerbe d'eau sur le soldat endormi. Après avoir montré aux autres comment tenir la barre, le jeune homme s'était accordé un peu de repos bien mérité. À présent, ils étaient tous plus ou moins frais. Alors qu'ils apercevaient une plage où accoster, l'ombre gargantuesque disparut dans les profondeurs de l'océan. D'instinct, Noatak observa sa boussole: l'aiguille déraillait toujours, n'indiquant aucune direction précise. Leur allié éphémère n'était donc pour rien dans ce dysfonctionnement. Plus haut, dans une salle vide ornée de multiples bougies, Mavis Sozin se tenait assise en tailleurs, les yeux fermés. Au moment où la troupe de l'Emkuasa posa pied à terre, elle fut tirée de sa méditation. Un changement infime dans la température de l'air lui avait indiqué une arrivée humaine sur l'île. Comme aucun moine n'était de sortie, il ne pouvait s'agir que de voyageurs. Comme d'accoutumée, elle savait qui envoyer pour les accueillir. La directrice du Rocher se mit en marche, traversa plusieurs salles puis se campa devant sa fille, mains sur les hanches. Celle-ci avait incorporé trois plumes à une coiffure des plus chaotiques et s'était recouverte le visage de motifs guerriers ancestraux. Elle marchait sur les mains sur la balustrade d'un balcon et prenait un malin plaisir à tenter de déceler une once d'inquiétude sur le visage de sa génitrice, la tête en bas.

-Dora, nous avons des invités sur la plage Sud. Tu peux t'en charger s'il te plait?

Le ton était calme, voire doux, pourtant nul n'aurait pu douter qu'il s'agissait bel et bien d'un ordre. La principale intéressée se laissa basculer pour se retrouver assise sur la balustrade, et jaugea la situation en se penchant au maximum pour voir les dits invités. Rien n'y fit, ce bâtiment n'avait pas la bonne orientation. La jeune fille se massa les pieds quelques secondes, fit mine de réfléchir, puis annonça, tout sourire:

-Non pas envie!

Déjà exaspérée, Mavis ne laissa rien paraître et se contenta de répéter mot pour mot ses deux précédentes phrases, effectuant comme un retour dans le temps et faisant obstruction sur la réplique insolente de l'adolescente. Avoir une fille aussi ingérable l'aidait considérablement à repousser encore plus loin son seuil de patiente. La deuxième tentative n'eut pas beaucoup plus d'effets que la première, et sans tambours ni trompette, Pandora fusa vers la salle aux bougies. Elle savait que sa mère lui courrait après et qu'elle détestait ça. Une situation plutôt jouissive à vrai dire. Plus vive que Mavis, la jeune fille arriva la première et se hissa de nouveau sur ses mains, un sourire figé sur le visage. La directrice ne tarda pas à la rattraper.

-Dora!

Ce fut cette fois-ci un véritable cri de rage. Lorsque ces syllabes furent prononcés, les flammèches consumant les mèches se transformèrent momentanément en brasiers miniatures avant de reprendre leur taille initiale. Pandora ne put se retenir d'éclater de rire. La colère n'allait pas du tout à sa mère, surtout quand cela lui déformait ainsi le visage. Elle qui était d'habitude si calme se retrouvait avec les sourcils froncés, les dents serrées, les veines du cou saillantes...un joli spectacle en somme! Malgré tout, la petite fille du feu ne paya mine. Quand madame-je-suis-aussi-calme-qu'un-arbre s'énervait, mieux valait lui obéir. Elle poussa un soupir résigné.

-Ça va, je m'en occupe...et arrête de m’appeler comme ça, maman.

Acrobate dans l'âme, Pandora décida de dévaler la falaise plutôt que d'utiliser les escaliers, trop conventionnels à son goût. Lorsqu'elle risquait de chuter, elle utilisait des jets de flamme pour retrouver l'équilibre puis reprenait sa course vertigineuse. Enfin, elle aperçut l'étendue de sable fin et se rendit compte que les voyageurs en question étaient bien plus jeunes que les moines du Rocher Brûlant! Certains même avaient son âge. Remotivée, elle sauta enfin dans un escalier, bousculant au passage par mégarde un vieil agriculteur local, puis finit sa descente en sûreté jusqu'à arriver face au petit groupe. Noatak observait cette véritable fusée humaine, l'air quelque peu inquiet. Tous les habitants du coins étaient-ils aussi casse-cou et se peignaient-ils le visage ainsi?

-Salutations, étrangers! lança la jeune fille. Je suis Pandora, et vous êtes ici sur mon île! Toi, toi et toi, peu m'importe qui vous êtes, mais toi...

Joignant le geste à la parole, elle désigna successivement Noatak, Violine et Belsambar, avant de se pencher vers Garion. Mains jointes dans le dos, pommettes légèrement rosées, elle approcha son visage décoré de celui de l'Emkuasa. Il était sacrément mignon! Un sourire malicieux se peignit au coin de ses lèvres.

-Je veux savoir qui tu es...conclut-elle.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 10 Nov - 9:58

Ils avaient fini par débarquer sur le Rocher Brûlant. En suivant la... chose, qui les y avait, de tout évidence, guidés. Belsambar descendait du voilier en grommelant que c'était un coup de chance, tandis que Garion, bouche bée, contemplait les alentours. Lui qui ne s'était jamais vraiment éloigné de la ferme se retrouvait embarqué dans quelque-chose qui le dépassait. Les paysages abordés au cours de la traversée en mer l'avaient déjà fait se sentir minuscule, mais ce qui se dressait devant lui dépassait presque l'immensité des flots. Dans le bateau, Sambar lui avait à contre-coeur parlé de l'histoire des habitants du rocher, et découvrir ainsi tous ces gens, reclus, écartés, forcés de vivre cachés, lui serrait le coeur. Les yeux piquants autant par sa soudaine tristesse que par le sel porté par les embruns, Garion emboîta le pas de ses aînés et fit quelques pas sur la terre ferme, lorsqu'une furie surgit d'on ne sait où. Il s'agissait en vérité d'une adolescente d'environ son âge, le visage barbouillé et encadré par deux couettes qui rebondissaient à chacun de ses mouvements. Elle devait avoir revêtu la tunique locale, et s'était autorisé quelques bracelets. Garion songea instantanément que ce n'était pourtant pas vraiment le genre de fille à être coquette, mais il décida de chasser cette idée de sa tête. Il n'y avait que des maîtres du feu, sur cette île, mieux valait ne pas courir le risque de finir carbonisé avant la fin de la journée. Cette fille avait beau être petite, elle ne devait pas en être moins dangereuse.
Lorsqu'elle s'adressa à ses comparses d'un ton dédaigneux -qui pouvait brièvement rappeler celui de Belsambar- et s'intéressa plus particulièrement à lui, Garion déglutit avec difficulté. Il bredouilla quelque-chose d'indistinct, incapable de répondre. Au bout de quelques secondes d'humiliation, le jeune garçon releva le menton et répondit sur un ton qui se voulait assuré:

- Moi ? Je suis Garion. Garçon de ferme de ma profession, et Emkua..."
Un cri de douleur remplaça la fin de sa phrase: une semelle venait d'entrer brutalement en contact avec ses orteils. Belsambar le poussa sans ménagement et prit le relais, arborant son plus beau sourire:

"Ce n'est qu'un blondinet sans importance. Mais dites-moi jeune dame, nous avons fait un long périple, nous sommes exténués, pourriez-vous je vous prie nous mener au dirigeant de cet endroit ? Nous avons semble-t-il certaines choses à voir avec votre éminent homme d'état, choses des plus pressantes par ailleurs."

En arrière plan, Garion glapissait toujours en étreignant avec douleur ses orteils meurtris. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi ce crétin de prince l'avait empêché de parler, après tout tout le monde saurait un jour ou l'autre qu'il est l'Emkuasa, quelle différence que cela se fasse maintenant ? Mais comme il ne pouvait décemment pas lui poser la question maintenant , il se contenta de serrer les dents et d'attendre la suite, en maudissant la famille royale sur plusieurs générations.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 10 Nov - 11:01

Lors du changement d'interlocuteur, Pandora fit l'effort colossal d'écouter ce que ce grand brun ténébreux avait à dire, sans pour autant dissimuler une moue réprobatrice. Les hommes d'états...comme s'il y en avait sur le Rocher! L'adolescente n'appréciait pas particulièrement son cadre de vie, mais elle ne pouvait qu'admirer la liberté dont jouissaient les moines locaux, justement du fait de l'absence de toute implication dans la vie politique. Chacun avait un rôle que lui-même choisissait et qu'il emplissait avec joie, les autres l'en remerciaient en remplissant eux aussi une tâche définie, et tout allait bien ainsi. Ce genre de garçons n'étaient que des fauteurs de troubles dont la présente perturberait, voire détruirait la sérénité de leur communauté. Autant dire qu'après réflexion, Belsambar venait de marquer nombre de points auprès de la jeune fille. Ce fut sur un ton quelque peu lunatique qu'elle lui répondit, en prenant bien soin de lever les yeux au ciel pour montrer à quel point il l'ennuyait. Surjouer, encore et toujours.

-Oui oui, on fera comme ça...Dis moi, blondinet sans importance dont le nom est Garion, ça te dirais que je te fasse visiter notre maaaaagnifique île?

Elle le fixait en faisant des yeux de biches, ce qui eut le don d'exaspérer Violine. Ce genre de filles, moins elle les voyait mieux elle se portait. Poings sur les hanches, elle la jaugea un instant. Avec sa démarche chancelante et son visage recouvert de peintures, celle-ci avait tout de même le mérite de l'intriguer. De plus, il s'agissait visiblement de la personne désignée pour les accueillir sur l'île - les autres moines alentours se contentaient de brefs signes de main. Ils devraient donc se contenter de cette adolescente turbulente, qu'il valait mieux ne pas mettre de mauvais poil. Violine avait entendu quelques bribes de conversations entre les garçons sur le navire: selon leurs dires, presque tous les habitants du Rocher Brûlant étaient des maîtres du feu. Facile, dans ces conditions, de comprendre pourquoi cette forteresse tenait encore debout.

-Excuses moi, on te laisseras Garion après, mais pour le moment on a vraiment besoin de voir quelqu'un qui puisse faire office de représentant, tenta la fille de l'eau.

Pandora poussa un soupir résigné. C'était toujours la même chose, lorsque de nouveaux arrivants faisaient leur apparition ils désiraient toujours s'entretenir avec sa mère, la personne la plus incroyable de la terre. Elle leur fit signe de la suivre, renfrognée.

-C'est bon, on y va, suivez moi.

Pour le moment, Noatak préférait garder le silence, se demandant comment il aborderait le sujet de l'Emkuasa auprès de la personne qu'ils allaient rencontrer - un adulte cette fois, il l'espérait. Le jeune homme n'avait aucune dent en particulier contre les plus jeunes, toutefois la présence d'une oreille plus mature n'aurait pas été déplaisante. Pandora leur fit monter de grands escaliers, lesquels traversaient l'intégralité des constructions alentours. Ainsi, en utilisant ces voies communes, on pouvait aller des grands champs aux étables en passant par les quartiers réservés aux habitations. Le soldat ne put que constater que cette communauté formait une véritable société utopique. Après quelques minutes, le petit groupe arriva devant le bâtiment d'où l'adolescente était descendue.

-Voilà, c'est là. Allez. Entrez.

Elle les poussa presque à l'intérieur. C'était une salle presque vide, où seuls quelques canapés trônaient. Leur guide les invita à s'asseoir puis elle disparut dans les couloirs après avoir stipulé qu'il fallait attendre son retour. Lorsqu'ils furent seuls, Noatak se tourna vers ses compagnons.

-Les gens sont étranges ici! Entre cette gamine totalement allumée et ces moines qui ne nous adressent pas la parole...


HRP: Ouais, de même...pas de problème pour le temps de réponse, on est pas pressés Smile

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 10 Nov - 12:03

Une fois dans la petite pièce, Belsambar s'affala sans retenue sur l'un des canapés. Le prince héritier, s'il ne l'avouait pas ouvertement, se passait difficilement du luxe et du confort dus à son rang, ce qui contrastait avec son désir d'affranchissement. A la remarque de Noatak, il s'étira voluptueusement:

- Je suis d'accord. Sans compter que cette gamine fait les yeux doux à notre jeune prodige de la nature.

Garion ne put s'empêcher de piquer un fard, et haussa une épaule.

- Je la trouve gentille.

- Tu la trouves gentille parce-qu'elle papillonne des cils.

- Peut-être que si tu papillonnais des cils toi aussi, tout le monde t'apprécierait d'avantage ?" répondit le jeune garçon avec sérieux. Mouché, Belsambar lui jeta un regard sombre, mais ne put dissimuler le vague amusement ressenti à la réponse du blondinet.

"Ça reste une fille couverte de tatouages bizarres sur la figure. J'espère que le chef de ce bout de caillou sera un peu plus... normal. Si ça se trouve, ces gens sont des cannibales qui poussent leurs proies par dessus-les falaises et descendent ensuite les grignoter en toute impunité.

Cela éveilla une vive inquiétude chez Garion, qui se tourna vers Noatak:

- Je ne veux plus aller me promener avec cette fille.
Mais, déjà, Belsambar poursuivait:

- Et puis, vous avez vu le regard dédaigneux qu'elle nous a jeté ? Comment ça se fait que, même quand ils ne savent pas qui il est, les gens n'ont d'yeux que pour Garion ? C'est injuste, c'est tout de même grâce à nous qu'il saura tout ce qu'il saura! On est les tuteurs du héros, ses professeurs!"

Garion songea que pour l'instant, le tuteur du héros ne lui avait pas enseigné grand chose, mais il tint sa langue et demanda plutôt:

"D'ailleurs, pourquoi je n'ai pas le droit de dire aux gens que je suis l'Emkuasa ?
Son intéressé le regarda comme s'il était idiot, puis écarta les bras sur le ton de l'évidence:

- Eh! Elle avait de la peinture sur la figure!"

Bien que cette réponse ne le satisfaisait pas tout à fait, Garion décida de l'ignorer et s'approcha plutôt de Noatak. Discuter avec Belsambar ne servait à rien, mieux valait converser avec un mur. Ou une falaise. Garion songea qu'il était beaucoup question de falaises ces derniers temps. Grattant son bras en écharpe de ses doigts valides, il s'assit aux côtés du jeune soldat:

"Et maintenant, on fait quoi ? Je veux dire... si jamais ils ne nous croyaient pas ?"
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 10 Nov - 13:04

Violine ne put s’empêcher d'afficher un sourire satisfait lorsque Garion envoya pour la première fois une boutade à Belsambar, d'autant qu'il avait visé juste. Quelqu'un lui rabattait enfin le clapet, pourtant l'adolescente ne ressentit pas cette cruelle joie à laquelle elle s'attendait. Il fallait croire qu'elle commençait à s'habituer au prince de la fédération. Elle alla s'installer à ses côtés et observa rapidement l'architecture de la salle. Comme partout ailleurs sur cette île, les formes étaient simples, l'ergonomie passant avant l'esthétique. Tout avait été fait pour que la vie soit la moins sophistiquée possible; ce qui ne collait définitivement pas au caractère de leur petite guide. Noatak, perdu dans ses pensées, en fut tiré par Garion lorsqu'il vint demander son avis. Ce fut un air méfiant qu'il répondit:

-Je ne sais pas trop. C'est vrai que s'ils ont tous cette peinture sur la tête...

Un soupir agacé se fit entendre. Violine fixait le soldat, dubitative.

-Il y avait d'autres gens quand on est arrivés et aucun n'en avait, tu ne regardes donc jamais autour de toi? Et quand bien même, c'est quoi votre problème avec la peinture?

-Oh mais aucun, je t'assure! se défendit Noatak. Enfin...du moment qu'on ne nous oblige pas à faire de même, ça me va. Et vu comment ces gens sont bizarres, ça ne...

-Qui est bizarre?

Le jeune homme poussa un grand cri sous le coup de la surprise, tenta tant bien que mal de se retourner, s'emmêla les pieds et tomba lourdement sur les fesses. Il releva la tête et ses yeux se posèrent sur une femme d'une quarantaine d'années au maximum, les cheveux de jais, vêtue d'une longue robe beige. Son regard ne semblait pas exprimer la moindre expression, si bien que Noatak ne parvint pas à déterminer si cette inconnue prenait la remarque avec humour ou s'en vexait. Il se redressa au plus vite, bafouilla quelques excuses incompréhensibles. La nouvelle arrivante lui intima le silence en levant la main.

-Vous êtes ici sur le Rocher Brûlant, dont je supervise toutes les activités. Mon nom est Mavis Sozin. Puis-je savoir comment et pourquoi vous avez arrimés ici?

Voyant que Noatak peinait à reprendre contenance, Violine prit les devants en se levant à son tour. Au pôle Sud, on lui avait appris qu'il fallait toujours se mettre au même niveau que son interlocuteur, question de politesse élémentaire. Impossible de savoir si ces us s'appliquaient ici aussi, mais elle ne risquait rien à tenter le coup.

-Nous...notre boussole a perdu contenance, et une créature dont nous ignorons la nature nous a guidé jusqu'ici.

Mieux valait pour l'instant en rester à un semi-mensonge, en omettant d'évoquer la présence de l'Emkuasa parmi eux. Impossible de savoir, ni à l'expression de son visage ni au ton de sa voix, si l'explication convenait à Mavis.

-Je vois. Le Rocher Brûlant émet des ondes magnétiques qui ont probablement perturbé votre appareil. J'ignore, en revanche, pourquoi le léviathan vous a guidé jusqu'ici.

Le léviathan! Telle était donc l'identité de la bête. S'il ne s'agissait que de la stricte vérité, ils pouvaient se targuer d'avoir rencontré une véritable légende. Et celle-ci ne les aurait pas aidé sans raison, Mavis le savait surement. Noatak et Violine se tournèrent vers Garion. Il était l'Emkuasa, le choix de révéler ou non son identité lui appartenait pleinement.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 10 Nov - 14:09

La femme qui leur faisait face était de toute évidence très belle. Mais ce qui intimida Garion, ce fut sa noblesse: nul n'aurait pu douter de son rang. Toutefois, il fut soulagé de constater que son visage empli de grâce n'était en aucun cas recouvert de peinture ou d'arabesques. Sa voix était ferme, et autoritaire, mais néanmoins égale, ce qui lui rappela Tante Pol. Son coeur se serra lorsqu'il comprit que la ressemblance ne s'arrêtait pas là: tout comme sa mère adoptive, Mavis Sozin arborait une splendide chevelure d'ébène, ainsi qu'une robe simple, mais qui mettait son teint en valeur. Il sentit son regard sévère se poser sur lui, ce qui le fit détourner les yeux. Heureusement, Violine prit la parole. Après qu'elles aient échangé quelques commodités d'usage, l'attention se tourna irrésistiblement vers le jeune garçon. Assailli de toute part, Garion recula d'un pas sans réfléchir, comme si l'intérêt des personnes présentes étaient identiques aux menaces de multiples dagues pointées dans sa direction. Comme à son habitude, il ouvrir la bouche plusieurs fois sans qu'aucun son n'en sorte. Et puis, agacé, il croisa à nouveau le regard de la femme en beige, et il sut ce qu'il avait à dire.

- Je vous remercie de bien vouloir nous accepter momentanément au sein de votre communauté, c'est très gentil de votre part." Gentil n'était peut-être pas le mot plus sérieux qu'il ait pu utiliser, mais en l'occurrence, il convenait plutôt bien. "Nous ne vous cachons pas que, de toute manière, notre destination était le Rocher Brûlant. Nous cherchions depuis le début à parvenir sur votre terre, car une quête importante nous oblige à... nous avons besoin de l'enseignement de maître du feu. J'ai besoin de cet enseignement, rectifia-t-il juste après. Alors... tout ça peut vous paraître incroyable, mais... si cette chose que vous nommez Léviathan a pris la peine de nous guider jusqu'ici, c'est que quelque-chose à bord du bateau était important, pas vrai ? Et bien ce quelque-chose, c'est moi." Il inspira, et ajouta presque avec résignation: "Je suis l'Emkuasa."
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 10 Nov - 14:38

L'Emkuasa. Mavis ne fut qu'à moitié surprise par cette révélation. Au cours de toutes les grandes guerres que les humains s'étaient livrés, ce personnage emblématique faisait son apparition. À chaque occurrence, il parvenait à régler le conflit et les hommes retrouvaient la paix, pour un temps du moins. Transmettre son savoir à une colombe éphémère en valait-il vraiment la peine, d'autant plus que sa présence ici risquait d'ameuter l'armée de la terre? En temps normal, la trentenaire aurait refusé sec, toutefois ce garçon semblait avoir un petit quelque chose en plus. Pas au niveau de son physique ou de son caractère, non, quelque chose d'ancré en lui, modifiant sa nature même. Il n'était pas seulement l'Emkuasa. Si le léviathan avait accepté de guider ce petit bonhomme jusqu'ici, c'était -comme il le disait si bien- qu'il y avait une raison. Soit; elle enseignerait à l'être élu.

-On peut dire que vous saviez où chercher. C'est effectivement ici que sont tous les meilleurs maîtres du feu, et je suis la meilleure d'entre eux. Si c'est là ce que vous désirez, je vous inculquerais les bases dès ce soir, mais pas avant. Vous êtes épuisés, cela se voit sur vos visages. Je vais vous montrer où vous pourrez loger durant votre séjour ici. Oh, bien évidemment, il va de soi que si l'Emkuasa se devra de travailler dur, il en va de même pour ses camarades. Certains auront sans doute besoin de votre aide pour quelque aide que ce soit, surtout de votre part à tous les deux.

Du bout de l'index, elle désigna successivement Belsambar et Noatak. S'ils n'avaient pas une carrure impressionnante, on pouvait toutefois deviner rien qu'à leur silhouette qu'ils disposaient d'une fine musculature encline aux travaux manuels. Il faudrait des bras robustes pour labourer la terre, ils feraient donc parfaitement l'affaire. Violine fut quelque peu vexée d'être considérée comme plus faible que ses camarades mais ne fit pas la moindre remarque. Lorsque Mavis fit volte face et leur intima de lui emboîter le pas, elle posa tout de même la question qui lui brûlait les lèvres depuis quelques minutes:

-Où est passée la fille qui nous a emmené ici?

-Ah oui, je l'avais oubliée tiens! s’exclama Noatak. C'est de votre faute, vous m'avez fait peur.

-Ma fille est repartie vaquer à ses activités.

Ainsi Mavis était la mère de cette énergumène. Malgré le lien de parenté, elles étaient vraiment le jour et la nuit. Très vite, ils arrivèrent sur une placette circulaire de laquelle s'élançaient nombre d'escaliers, menant tous à une petite habitation. D'ici, le petite groupe avait une vue splendide sur la falaise en contrebas. Il s'agissait en somme d'un quartier résidentiels des plus agréables. Quelques moines passaient par-ci par-là, s'inclinant devant Mavis avant de repartir comme si de rien n'était. Noatak se souvint d'avoir déjà entendu parler de cette femme. Si sa remarque quant à son niveau de maîtrise du feu pouvait paraître emplie d'une certaine prétention, il n'en était rien; ou n'était en tout cas pas mensongère. On leur avait appris que la dirigeante du Rocher Brûlant était considérée comme la meilleure dans son domaine, de très loin.

-Vous pouvez vous installer deux par deux, leur indiqua cette dernière. Aujourd'hui, libre à vous d'agir comme bon vous semble. Je vous rejoindrais ici à sept heures, ne soyez pas en retard.

Sans tambours ni trompettes, elle repartit de sa démarche posée et disparut bientôt au détour de ce qui semblait être un temple. Comme à son habitude, Noatak décida de faire le point.

-Eh bien, on aura vite été intégrés. C'est bien, nous n'avons pas de temps à perdre. Pour les chambres, moi je vais avec Sambi!

Il annonça cela avec un grand sourire en donnant une tape amicale dans le dos du principal intéressé. Cette escale serait le moyen pour eux tous de mieux faire connaissance. Violine se tourna vers Garion.

-Si tu veux, on peut aller travailler un peu la maîtrise de l'eau sur la plage. Qui sait, ça te sera peut-être utile pour ce soir.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 12 Nov - 17:49

Garion apprécia la discrétion de Mavis : s'il n'en avait pas encore fait l'expérience, il savait qu'il détesterait qu'on commence à lui baiser les pieds, ou une autre fatalité de ce genre. La gloire l'attirait un peu, mais tout ce que ça encourait, beaucoup moins. Si posséder quelques groupies était toujours agréable (il se remémora le regard admiratif de Cie lorsqu'il avait gravi la falaise), être poursuivi ou embêté constamment pouvait vite devenir agaçant. Il s'imaginait mal passer le reste de sa vie avec un capuchon sur la tête pour éviter d'être reconnu...
La mise en garde de son interlocutrice ne le rassura guère, mais l'adolescent carra les épaules et hocha simplement la tête. Comme à son habitude, s'il devrait affronter des ennuis, il repousserait l'échéance le plus tard possible. Pour l'heure, le temps n'était pas à se morfondre ! Avec un plaisir presque perfide, Garion sourit lorsque Mavis désigna Noatak et Belsambar pour les faire travailler. Ça risquait de faire une belle jambe au prince héritier ! Comme pour appuyer ses dires, l'intéressé grimaça et détourna les yeux, morose. Il offrait gentiment son aide à un un super-héros, et voilà comment on le remerciait ? Il avait vraiment autre chose à faire que manier une hache ou une canne à pêche ! Il lui restait encore à apprendre à manier le Vent au blondinet, et Dieu seul savait combien ça pouvait prendre comme temps.

Ils furent menés devant deux belles pièces, mais néanmoins moins spacieuses que celles du palais de la nation du Vent. Belsambar s'apprêtait à protester, car dormir en compagnie de quelqu'un n'était pas dans ses habitudes, lorsque Noatak lui balança une bonne claque dans le dos en décrétant qu'ils iraient ensemble. Grinçant des dents pour la énième fois de la journée, l'intéressé lui jeta un regard assassin. Pourtant, il appréciait l'initiative du jeune chef de l'équipée : ça lui évitait d'avoir à partager sa nuit avec le blondinet. Il n'était pas sûr de pouvoir survivre à ça. Ce gamin pouvait poser un nombre de questions ahurissant !

Garion, lui, fut mortifié en comprenant qu'il dormirait dans la même pièce que Violine. A la ferme, les parents étaient généralement très vieux jeu, si bien que même les frères et soeurs dormaient séparément. Cela ne le dérangeait pas, mais il avait la désagréable sensation de braver l'interdit. Il sentait presque Tante Pol se dresser derrière lui avec un regard menaçant. Violine le tira de l'embarras en lui proposant de descendre sur la plage pour l'entraîner à la manipulation de l'eau. Garion acquiesça avec plaisir, et pas uniquement parce-que cela signifiait qu'il n'aurait pas à rester cloîtré avec Violine dès maintenant. Lors de ses précédents essais, il avait pris beaucoup de plaisir à contrôler l'eau. C'était comme s'il retrouvait une vieille amie, et qu'il apprenait à la connaître un peu plus à chaque rencontre. Aussi emboîta-t-il le pas de la jeune fille avec entrain.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 12 Nov - 19:45

Violine fut ravie de constater à quel point la maîtrise de l'eau passionnait Garion. Il était tellement plus facile d'enseigner lorsque l'élève montrait un réel intérêt pour la matière! Les deux adolescents se dirigèrent vers une plage située en contrebas, directement reliée à la grande place par un énième escalier de pierre. Pour des maîtres du feu, les habitants de l'île avaient un rapport avec le roc pour le moins inhabituel. On pouvait toutefois voir sur nombre de bâtiments de hautes torches et des fresques représentant plus ou moins artistiquement l'emblème de la république. Malgré leur indépendance, les autochtones ne reniaient pas leur origine. Lorsqu'ils arrivèrent à destination, la jeune fille ôta ses bottes et remonta son pantalon jusqu'aux genoux, puis remonta le gant qui couvrait son avant-bras gauche. Elle appréciait la pression que le tissu exerçait sur sa peau, cela l'aidait à gérer les diverses intensités lorsqu'elle jouait avec son élément. Ukap leur avait souvent parlé de ce phénomène: tous les maîtres avaient leurs propres repères, leurs habitudes propres. En s'approchant du rivage, Violine se surprit à scruter de toute part, cherchant des yeux ce fameux Léviathan. La bête mythique ne semblait pas encline à faire une seconde apparition publique. Résignée à ne plus le revoir, elle se tourna vers l'Emkuasa, main droite sur la hanche. Malgré ses réticences initiales suite à l'annonce de son statut, Garion paraissait somme toute très sympathique. Les journées qu'ils pourraient passer ensemble leurs donneraient l'occasion de mieux ce connaître!

-Bon, approche. Avant de retourner à la pratique, il faut que je te touche deux mots par rapport à la nature, hum...philosophique de la maîtrise de l'eau. C'est plus ou moins un résumé de ce que mon maître m'a enseigné, alors écoute bien, parce qu'il n'est pas impossible que je me perde en route.

Elle se concentra un instant. Se souvenir puis restituer tous les enseignements des professeurs de la tribu du pôle Sud en seulement quelques phrases, cela tiendrait de l'exploit. Elle se risqua à l'expérience:

-L'eau un élément qu'il faut utiliser avec intelligence, créativité et respect. Créativité parce que l'eau peut se manifester sous trois formes: liquide, solide ou gazeuse.

Considérant qu'une image aiderait Garion à comprendre exactement où elle voulait en venir, Violine fit s'élever une gerbe d'eau, lui fit décrire des moulinets un court instant, la figea tout à coup en une sculpture de givre improvisée, puis la fit s'évaporer en créant un nuage de vapeur, qu'elle fit se dissiper au plus vite. L'objectif n'était pas de se plonger dans une quasi-cécité.

-Selon la situation, une forme ou une autre peut s'avérer inefficace, il est donc important de toutes les maîtriser. Ensuite, second point, le respect. On ne peut pas faire n'importe quoi avec l'eau. Si elle te dicte une direction, tu ne dois pas la faire aller à contre-courant mais plutôt lui faire prendre une courbe harmonieuse qui conviendra tant à toi qu'à l'arme qu'elle forme. Ça peut paraître anodin dit comme ça, c'est sûr, mais si tu comprend ce point tu pourras arriver à des résultats splendides. Enfin, venons-en à l'essentiel, le troisième point: la créativité. Là, nous sommes à côté de l'océan, alors tu n'as pour le moment pas rencontré de problème pour maîtriser l'eau, mais le jour où te retrouveras sur la terre ferme, tu sera démuni, car il est impossible de créer de l'eau! C'est sans doute ce qui constitue le point faible de cet élément par rapport aux autres. Où qu'on soit, on trouve de la terre, de l'air, et on peut faire apparaître des flammes. Pourtant, lorsqu'on fait bien attention, l'eau est partout. Tu as peut-être déjà vu des gens de chez toi faire ça: on peut utiliser l'eau des végétaux, celle présente dans l'air, dans certains objets aussi. Lorsqu'on y prête un peu d'attention, on arrive toujours à la trouver. Enfin, cette même créativité s'applique aussi aux confrontations. Si tu tentes de frapper de front avec ton eau, tu n'obtiendras que peu de résultats. Contre la terre, par exemple, il te faudra toujours faire un détour pour vaincre. En bref, il y a toujours plusieurs solutions à un problème avec la maîtrise de l'eau! Des questions?

Elle soupira d'aise, plus ou moins satisfaite de sa petite leçon. Ukap aurait probablement été fière d'elle!

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 12 Nov - 20:20

La plage sur laquelle ils étaient descendus était déserte. Garion appréciait de plus en plus les vastes étendues d'eau, même s'il s'attendait plus à en être dégoûté, après cette longue traversée en mer. C'est donc surpris de son propre plaisir qu'il entreprit de graver les mots de Violine dans sa mémoire. La jeune fille s'était déjà révélée une professeure douée, et l'adolescent espérait que cela continuerait. Il ne fut pas déçu. Étrangement, les paroles de son enseignante coulaient en lui avec clarté, il n'avait aucune difficulté à comprendre le sens de ses explications. Au contraire : il situait même plutôt bien le phénomène de "respect" qu'elle mentionnait. Il avait bien senti que l'eau était un élément à manier avec précaution, comme possédant sa propre volonté. Il ne savait pas s'il devait se réjouir de cette proximité ou pas. Lorsque Violine lui demanda s'il souhaitait lui poser quelques questions, il acquiesça aussitôt :

- Tout à l'heure, quand j'ai essayé de faire avancer le bateau, une fois que j'ai relâché ma volonté, c'est comme si... si je sentais mon énergie quitter mon corps (Garion frissonna en se remémorant ce mauvais souvenir). C'est normal ? Comment ne pas dépasser le point de non-retour ? Est-ce que si on perd trop d'énergie, on peut mourir ?

Ce point l'obsédait depuis plusieurs heures déjà, et il avait horriblement besoin qu'on le rassure. Il s'imaginait déjà manier l'eau durant trop longtemps, et sentait presque ses forces le quitter, jusqu'à la mort subite. Avalant sa salive, il poursuivit :

- Tu dis qu'on peut "puiser" l'eau autour de nous. J'avoue que si je comprends le principe, j'ai un peu de mal à imaginer ce que ça peut donner. Est-ce qu'on ressent l'eau, et on l'appelle, ou bien se manifeste-t-elle d'elle-même quand on en a besoin ? Je demande ça parce-que... (il baissa les yeux, gêné et inquiet de passer pour un idiot) j'ai l'impression que l'eau est dotée d'une conscience propre. Parfois, j'ai l'impression qu'elle accepte de faire ce que je lui demande de bonne grâce, plutôt que je ne lui impose mes choix.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 12 Nov - 20:43

L'eau, une volonté propre? Violine ne ressentait pas les choses de cette façon, mais elle avait compris au fil de sa propre éducation que chacun avait une approche unique de son don. Parmi ses camarades, il y en avait même un qui prétendait pouvoir suivre le trajet d'une particule de son sang dans son corps. Ces mouvements naturels, selon lui, lui permettaient d'appréhender la maîtrise d'une autre manière. Ses condisciples n'avaient jamais compris de quoi il voulait parler mais respectaient ce sentiment. Elle tenta de répondre avec le plus de justesse et de sincérité possible.

-Je ne sais pas si l'eau nous appelle; mais à force de la contrôler, on la ressent bel et bien. Tu sauras d’emblée si telle ou telle chose est constituée d'eau ou non une fois que tu aura acquis des bases solides. Par exemple, cette barque là bas.

De l'index, elle désigna une petite embarcation qui devaient probablement servir de temps à autres aux pécheurs du Rocher Brûlant. Elle paraissait sèche car inutilisée depuis plusieurs jours. Violine tendit les deux bras vers ce vaisseau de bois et en tira une masse aqueuse, certes réduite mais suffisante pour remplir une gourde, qu'elle renvoya ensuite dans l'océan.

-Tu vois, on ne s'en doute pas de prime abord mais à force de tremper, le bois s'était gorgé d'eau. Et je ne le sais pas parce que j'ai des connaissances en nautique, loin de là. Simplement, j'ai sentit qu'il y avait de l'eau là dedans. C'est pareil un peu partout. Pour ce qui est de ta première question, c'est normal que tu sois fatigué quand tu utilise ton élément trop intensément, surtout quand c'est un travail contre-nature. Là, c'est une mise en pratique parfaite de cette notion de respect. Propulser l'eau ainsi, ce n'est pas naturel. L'océan t'en veut que tu fasse n'importe quoi, alors il te prend plus d'énergie. Et rassures toi, ça m'étonnerais qu'on puisse en mourir, surtout pas toi! Vu l'aisance avec laquelle tu débutes, tu dois sans doute avoir des réserves incroyables. Mais assez de blabla, tu comprendras mieux tout ça en passant à la pratique!

Elle lui prit la main et l'entraîna un peu plus loin, jusqu'à qu'ils aient les mollets immergés. Ainsi, ils seraient dans des conditions optimales. Elle mit plusieurs mètres de distance entre eux et tira de la mer un filin aqueux d'un bon mètre de longueur pour dix centimètres de diamètre. Elle le fit onduler autour d'elle comme pour l'échauffer, puis expliqua l'exercice à Garion.

-Bon, je vais te le lancer lentement. Le but du jeu, c'est que tu parviennes à le récupérer, à le faire tourner à ton tour puis à le renvoyer. Considère que si tu es prêt à l'accueillir, l'eau viendra tout naturellement vers toi. On y va!

Enjouée, elle envoya le filin vers son disciple, pressée de voir comment il allait s'en sortir. Plus haut, Noatak s'était penché à un muret de la grande place pour observer les deux jeunes s'entraîner. Même s'il faisait bonne figure, il les jalousait vraiment. Lui aussi aurait aimé avoir des pouvoirs exceptionnels. Enfin, il était un excellent tireur à l'arc et se débrouillait en l'escrime, c'était déjà ça. Il se retourna vers Belsambar, ne sachant que trop penser du prince. Nul n'aurait su dire s'il était satisfait ou non de se retrouver ici.

-Alors, qu'est-ce que tu voudrais faire? Moi, j'aimerais bien découvrir la maîtrise du feu, c'est quelque chose que je n'ai jamais vu. Eh, d'ailleurs, tu penses que la gamine de toute à l'heure en était une?

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 12 Nov - 21:10

Belsambar, comme à son habitude, s'était allongé de tout son long sur la surface la plus moelleuse qu'il ait pu trouver. En l'occurrence, il s'agissait d'un lit couvert de coussins brodés de velours pourpre, et parsemé de pétales de fleurs qu'il avait nonchalamment éjectés de sa couche. Une main posée sur ses yeux, il se laissait bercer par le ressac de l'océan, qui restait audible même à l'intérieur.
A la question de son compagnon de chambrée, le jeune homme se contenta de répondre avec assurance :

- Non, bien sûr que non. Elle était beaucoup trop frivole et cinglée pour contrôler un élément. Il faut un minimum de prestance, tu sais. Je suis d'ailleurs étonné que le blondinet parvienne à maîtriser l'eau, il n'a vraiment rien à envier. A part la couche de crasse qui recouvre ses haillons, peut-être...

Il avait dit cela sur un ton narquois et moqueur, mais il n'était pas certain de le penser tout à fait. A force de pratique, le sarcasme devenait un réflexe.

Poussant un soupir désabusé, le jeune homme se retourna et s'étira paresseusement:

- Je serais bien resté là à méditer, mais puisque tu ne tiens pas en place..." il jeta un sourire mi-figue mi-raison à Noatak. "La méditation est très importante chez le peuple du Vent, tu sais." C'était complètement faux, bien sûr, mais Belsambar aimait bien s'inventer des choses. Ça l'amusait. Et quelque-chose lui disait que Noatak ne devait pas être en reste. Un détail lui revint en mémoire et, courroucé, il demanda subitement: "Comment tu m'as appelé il y a quelques minutes ? Samby ?"

Garion fixait Violine, décontenancé. L'exercice qu'elle lui proposait semblait beaucoup plus compliqué que les précédents et, même si ses réponses l'avaient rassuré, il redoutait un éventuel échec. Jusque-là, tout s'était bien passé. Rassemblant ses pensées en un seul objectif, il tenta de se concentrer.
Mais lorsque la jeune fille eut cessé de faire tournoyer le filin aqueux pour le lui lancer, Garion perdit pied: le ressenti avec l'eau était différent cette-fois ci: elle était autour, et devant lui, ce qui le décontenançait. Il ne savait plus où diriger son attention, il n'avait plus aucun repère. Le filin fondit vers lui à faible allure, mais il ne put rien faire pour l'arrêter. Éclaboussé, Garion grogna mais fit signe à Violine de recommencer. Il ne laisserait pas tomber aussi facilement. Cette fois, il dirigea son attention sur le filin dès qu'il commença à tournoyer autour de l'adolescente. Il put maintenir le contact jusqu'à ce qu'il parvienne à sa hauteur, puis le trait retomba à nouveau. Il fallut plusieurs essais avant que Garion ne parvienne à garder un contact permanent avec le filin, et cela à chaque étape de son trajet. Le plus difficile était de ne pas "sortir" du lien qu'il possédait avec lui durant ses changements de direction. Au bout de quelques fois, le jeune garçon se sentit plus à l'aise, se détendit, ce qui lui permit d'accroître ses perceptions. Ses résultats n'en furent que meilleurs. Alors qu'il venait enfin de réussir l'exercice, après un temps qui lui avait paru extrêmement long, Garion demanda, à peine satisfait:

- Si j'ai bien compris, chaque maître possède sa propre relation avec l'élément qu'il peut manipuler. Mais est-ce qu'il y a un état, une condition généralisée dans laquelle on peut se plonger pour être au mieux avec son élément ? Lorsque je suis détendu et que je ne pense à rien, j'ai l'impression que c'est beaucoup plus simple, presque naturel, alors que quand je me concentre et me fixe un point, ou un objectif, ça ne fonctionne pas. Ça te fait quoi, toi ?
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 12 Nov - 23:05

Noatak renvoya simplement un sourire à Belsambar et évita de répondre à sa dernière question. Samby...ce petit surnom lui allait si bien. À partir de maintenant, ce serait ainsi qu'il l'appellerait dès que l'occasion se présenterait, et il comptait bien partager cela avec les deux autres membres du groupe. Restait toutefois en suspens la question de cette fameuse méditation. Surement à cause de son éducation militaire, le jeune homme ne voyait pas l'intérêt de rester à faire le vide dans son esprit quand bien même on pouvait agir. Certes, réfléchir portait toujours ses fruits, mais notre entourage et l'histoire ne se souvenaient que des actes, pas des introspections profondes de ses héros. Qu'importait; il s'agissait probablement d'une différence culturelle entre la tribu du pôle Sud et la fédération, quelque chose de liés aux éléments auxquels ils correspondaient respectivement. Noatak sortit de leur petite habitation se promena plus ou moins au hasard dans les ruelles de la cité verticale en compagnie du prince de l'air. Lorsqu'ils croisaient des autochtones, ils se rendaient compte que ceux-ci étaient justement très enclins à la méditation. Le soldat se risqua à en tirer un homme pour lui demander s'il pouvait lui faire une petite démonstration, et ce dernier lui répondit avec un sourire que la maîtrise du feu n'avait pas pour vocation de se donner en spectacle. Les quatre suivants répondirent par des sermons plus ou moins similaires. Noatak semblait se résigner lorsqu'une silhouette basse passa en courant tout près d'eux, les bousculant au passage.

-Waow, attention, lança-t-il.

Le petit personnage s'arrêta net. Il s'agissait de cette drôle de gamine, toujours le visage orné de motifs ancestraux, des pinceaux fourrés dans les poches. Noatak remarqua le tatouage sur son bras droit: était-ce là une marque commune à tous les habitants du Rocher Brûlant, un sorte de signe de reconnaissance? Il n'eut pas vraiment le temps de se poser la question.

-Hahaha, c'est vous, les grands messieurs pas vraiment très intéressants qui accompagnent le moins grand monsieur bien plus intéressants. Vous faites quoi au juste, vous embêtez les moines?

Le soldat écarquilla les yeux en fronçant un sourcil. Jamais il n'avait entendu quelqu'un parler à un tel débit.

-Quoi? Non, pas du tout, on...

-Dommage. Si vous embêtiez le monde, ça vous aurait rendu un poil plus intéressants. Mais aujourd'hui je suis gentille, alors je vais vous demander pourquoi vous parlez aux moines sans pour autant les embêter.

-On voulait simplement voir à quoi ressemblait la maîtrise du feu, mais de toute manière on pourra sans doute assister à une démonstration ce soir.

Pandora sembla intéressée par cette information. De toute évidence, sa mère avait prévu d'enseigner la maîtrise du feu à l'un d'entre eux. Il ne pouvait pas s'agir du plus âgé ni de la blondinette: ils étaient tous deux membres de la tribu de l'eau du pôle Sud, cela se voyait, tant dans leur manière d'être que dans leur physique. Quant au grand garçon, il n'avait pas l'esprit nécessaire à cette discipline: trop conformiste à ses yeux. Il ne pouvait donc s'agir que du dernier, celui avec le bras en écharpe. Or elle l'avait vu manier l'eau quelques minutes auparavant. Cela ne pouvait signifier qu'une chose: Garion était l'Emkuasa. Mavis le savait, prévoyait de l'aider, et n'avait informé personne! À moins que tout le monde soit déjà au courant sauf elle, comme souvent. Décidée à vérifier cette supposition, la jeune fille repartit telle une furie sans se soucier de ses interlocuteurs. Après quelques pas, elle se retourna tout de même et continua de courir en arrière tout en fixant les deux hommes.

-Eh, regardez! Maaaaaaaîtrise du feu!

Elle donna un coup de poing dans le vide: de ses phalanges jaillit une gerbe de flammes qui se dissipa très vite. Pandora disparut ensuite. Noatak, tout sourire, se retourna vers Belsambar.

-Haha, je te l'avais dis Samby! C'est une fille du feu.

-Nous le sommes tous sur cette île, fut remarquer une vieillarde qui avait observé la scène d'un œil amusé.

Quoiqu'en disent certains et malgré l'apparente froideur de Mavis, les étrangers étaient toujours appréciés sur le Roche Brûlant, pour peu que leurs intentions soient louables. Pour le moment, les moines se méfiaient, mais ils ne sauraient tarder à accorder leur confiance en ce petit groupe. Plus bas sur la plage, Violine constata les efforts de Garion. Vu ses capacités hors-norme, elle s'était presque attendue à ce qu'il réussisse du premier coup mais redevint bien vite pragmatique: nul n'était capable d'un tel exploit. Il progressait toutefois de minute en minute et parvint bien vite à renvoyer l'eau vers sa destinatrice. Une seule passe, c'était largement suffisant pour un début. L'adolescente décida de mettre fin à la séance, d'autant qu'il était déjà quinze heures passées. Elle sortit de l'eau et sécha ses pieds ainsi que ceux de son camarade en faisant s'évaporer toutes les particules aqueuses qui les mouillaient. En remettant ses bottes, elle donna ses dernières recommandations à Garion.

-N'oublie pas le plus important, il y a toujours plusieurs solutions à un problème quand on maîtrise l'eau. Je suis sûr que c'est pareil pour les autres éléments, alors n'hésite pas à penser de la même manière quand tu te frotteras aux flammes ce soir!


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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 13 Nov - 9:11

- D'ailleurs, à ce propos..." commença Garion en grinçant des dents. A ce propos, aurai-je plus de difficultés à manier le feu ? Me rendrai-je ridicule devant cette femme si impressionnante, et devant mes nouveaux compagnons ? Finalement, il décida de garder ses inquiétudes pour lui. Inutile d'embêter Violine avec de telles questions. Il se contenta de rechausser ses bottines crottées. En découvrant leur état, Garion s'assombri : il se voyait mal passer les mois suivants avec de telles... choses aux pieds. Aussi attendit-il que Violine se fut un peu éloignée avant de faire une expérience. Vérifiant que personne ne l'observait, il s'accroupit et étendit sa perception jusqu'à l'eau. Une fois qu'il eut comme "attiré son attention", il lui proposa de venir jusqu'à lui, ce qu'elle fit de plus ou moins bonne grâce. Il avait parfois l'impression que l'eau était une jeune femme capricieuse qui le considérait avec dédain. Elle se serait bien entendue avec Belsambar.
Une fois que les vagues eurent commencé à pourlécher la pointe de ses bottines, Garion ouvrit sa main en coupe. Une petite quantité d'eau se détacha alors du sol, flotta jusqu'à ses pieds, puis s'y déposa. Sans relâcher sa volonté, Garion incita l'eau à effectuer un mouvement de va et vient sur ses chaussures, ce qui réussit plus ou moins bien, car les-dits mouvements étaient saccadés et l'éclaboussaient au passage. Le visage fendu d'un sourire jusqu'aux oreilles, il oublia son travail et une gerbe d'eau macula bientôt son visage, qu'il essuyât d'un revers de manche. Il commençait à être habitué.
Une minute plus tard, les bottines enfin propres, le jeune garçon se redressa et courut pour rattraper Violine. Arrivé à sa hauteur, l'air de rien, il croisa les bras, les décroisa, esquiva son regard, avec la sensation d'avoir fait une bêtise, se gratta les tâches de rousseau, arrêta de se les gratter, se passa la main dans les cheveux, eut un petit rire gêné. Enfin, il se racla la gorge et fit :

- Hum... il fait beau ici, pas vrai ?


Belsambar marchait aux côtés de son compagnon de chambrée, sans trop savoir quoi penser de lui. Certes, il avait probablement été dans l'erreur en le considérant comme stupide de croire à l'Emkuasa, surtout que le-dit Emkuasa allait dormir à quelques mètres d'eux. Mais ce Noatak avait un petit côté gamin, il fallait bien l'admettre, non ? Quoiqu'il en soit, la répartie du jeune homme ne déplaisait pas au prince héritier ce qui faisait que, au fond, il l'appréciait plutôt bien.
Ils étaient déjà passés devant plusieurs moines, juchés sur un pied comme une grue, assis en tailleurs, debout les mains croisées, et aucun n'avait accepté de leur montrer leur don. Belsambar en était arrivé à bougonner qu'ils avaient tous un balais coincé quelque-part dans leur anatomie, lorsqu'une furie bouscula Noatak. Le prince reconnut la fillette qui les avaient conduits à Mavis Sozin, sa mère, donc. Quand elle leur demanda s'ils embêtaient les moines, il s'apprêtait à répondre par l'affirmative, mais son nouveau compagnon le précéda. Quelques instants plus tard, la furie s'éloignait de nouveau en courant, avant de projeter vers eux une boule de feu. Après que Noatak eut fanfaronné, Belsambar grinça en entendant son nouveau surnom, et lâcha, une étincelle dans les yeux :

- Je rectifie ce que j'ai dit. Cette fille n'est pas cinglée, elle est cool. Je pense qu'on devrait convaincre le blondinet de sortir avec elle plus tard, il rate peut-être quelque-chose. Tu sais, ajouta-t-il après une courte hésitation, je me demande s'il ne vaut pas mieux que ce soit elle qui apprenne la maîtrise du feu à notre blondinet national. Sa mère fait froid dans le dos, et si c'est pour qu'il devienne comme ces moines hyper coincés... je ne suis pas sûr que ce soit profitable. Déjà qu'il est pas très dégourdi." Un horrible soupçon naquit, et il poursuivit, inquiet: "J'espère que je n'aurai pas trop de mal à lui enseigner la maîtrise du vent. Et toi, là, gros tas ! Y a pas de raison que tu sois le seul à ne pas t'improviser professeur ! Tu comptes lui apprendre à manier l'épée ou la hache ?" Termina-t-il en jetant un poing dans les côtés de Noatak, bourru.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 13 Nov - 12:22

Noatak se frotta les hanches en rit de bon cœur après la frappe amicale, puis considéra les remarques de son compagnon avec sérieux. À ses yeux, même s'il ne les connaissait pas vraiment, Mavis ferait un maître bien plus compétent que sa fille. Il fallait dire qu'ayant reçu une éducation militaire, le jeune homme aimait quand les choses filaient droit. À en juger l'aisance avec laquelle elle avait fait jaillir la gerbe incandescente, nul doute que la gamine demeurait douée, mais probablement pas assez pour prendre comme disciple l'Emkuasa! Son caractère ne paraissait pas non plus approprié. Vint ensuite la question de Belsambar. Ferait-il un bon professeur? Garion semblait l'apprécier, alors il n'y avait aucune raison que les choses se passent mal. De toute manière, la légende de l'Eldarion parlait de ces fameux guide, et leur échec n'était pas mentionné. Noatak eut une pensée pour le benjamin du groupe. Il faudrait lui dire un jour ou l'autre qu'il n'était pas "simplement" le maître des quatre éléments. Il s'en rendrait de toute manière compte lorsqu'il se retrouvait face à l'Eldarak qui, selon beaucoup, était le général des armées du royaume de la terre. Pour finir, la hache. Une hache. Un objet conçu pour couper du bois.

-T'es pas dingue toi, je ne veux pas faire de lui un barbare. L'épée, à la limite, pourquoi pas; mais bon, vu tous ses supers-pouvoirs, je doute qu'il aie besoin de ça.

Un cyclone ou un ouragan formeraient une bien meilleure arme qu'une lame lorsqu'il faudrait se battre, cela ne faisait aucun doute. Noatak leva les yeux pour observer la position du soleil. Ils devaient se retrouver sur la grande place à dix-neuf heures, ce qui leur laissait encore largement le temps de vagabonder. Autant en profiter pour discuter avec le prince de la fédération. Il désigna un grand bâtiment ressemblant à un temple dont la beauté, même de loin, s'avérait éblouissante; cela promettait une visite des plus intéressantes. En chemin, les mains dans les poches, le jeune homme remarqua que nombre de regards se posaient sur lui, probablement à cause de la lame accrochée à sa ceinture et de son carquois. Les moines comprenaient sans difficulté qu'il s'agissait d'un guerrier, ce qui ne leur plaisait guère. Ici, moins on entendait parler du conflit mondial, mieux on se portait. Personne ne faisait pour autant la moindre remarque, aussi Noatak n'eut-il aucune difficulté à faire obstruction.

-Au fait, qu'est-ce que tu peux faire avec la maîtrise de l'air? C'est pas que je trouve ça moyen, mais je n'ai vu que peu de bons fils du vent jusque là.

Encore une chose qu'on ne lui avait pas apprise: la nature des autres éléments. On leur montrait simplement comment faire face à des adversaires les maîtrisant, mais en aucun cas on ne leur expliquait l'essence de ces pouvoirs. Depuis qu'il avait en tête de retrouver l'Emkuasa, Noatak s'intéressait de plus en plus à ce sujet, et il aurait sans doute de quoi faire, entre Belsambar, Violine et tous ces maîtres du feu. Il ne resterait plus que la terre à intégrer, et cela poserait probablement plus de difficulté, mais l'heure n'était pas à ces préoccupations. Violine, en contrebas, observa les mimiques de Garion, amusée. Qu'avait-il encore fait pour se retrouver dans un tel état? Elle aurait pu le taquiner de moult façons là dessus mais préféra ne pas le mettre mal à l'aise. Ils ne se connaissaient pas vraiment, plaisanter comme le feraient de vrais amis aurait pu s'avérer déplacé.

-Il fait trop beau...j'ai du mal à m'habituer à cette chaleur. Mais il va sans doute falloir faire avec ici. Oh, regarde!

Elle désignait Belsambar et Noatak, plusieurs mètres au dessus. Ils ne les avaient apparemment pas vu. Tout sourire, l'adolescente intima à son élève de la suivre sans faire de bruit: elle comptait bien surprendre les garçons. Ils n'eurent aucune difficulté à les rattraper et à se glisser derrière eux. Il sembla toutefois à Violine que le prince les avait aperçu, aussi lui fit elle une fois de plus signe de garder le silence. Au moins, ils pourraient avoir le soldat! Lorsqu'elle fut assez près, elle lança un grand "bouh" qui le fit sursauter. Noatak se retourna en poussant un grand cri, posant par réflexe la main sur le manche de sa lame recourbée.

-Waow! Mais t'es totalement dingue, tu m'as fais peur.

La main droite sur la hanche comme à son habitude, elle le dévisageait, ravie.

-Non, sans blague? J'ai pas fais exprès!

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 13 Nov - 13:24

L'amitié bourrue qui naissait peu à peu entre lui et Noatak intriguait Belsambar. Ce n'était pas vraiment le genre de personne avec qui il aurait pu prendre du plaisir à parler, du moins avant les derniers évènements. La remarque du soldat le laissa perplexe : être un maître des éléments pouvait se révéler utile dans un combat, mais pour contrer un coup d'épée, rien ne valait un bon bouclier, ou autre lame. Le prince se demanda s'il lui serait possible de désarmer un adversaire rien qu'avec la maîtrise du vent. Il n'avait encore jamais eu le loisir de se lancer dans un véritable combat, d'une part car cela était interdit au palais (même si les interdits n'avaient que peu d'effet sur lui), d'autre part car les "bons" maîtres étaient rares, comme venait de le faire remarquer Noatak. Après avoir jeté au tapis tous les maîtres du palais, Belsambar s'était vite ennuyé et peu entraîné, si bien que sa pratique demeurait rudimentaire, brutale, souvent expérimentale. La finesse et la grâce de Violine, pour lui, c'était du blabla incompréhensible.
Il répondit néanmoins :

- On peut faire pleins de trucs avec le vent. L'astuce, c'est de toujours garder un oeil sur lui, car sinon, on a vite fait de causer des dégâts. C'est probablement l'un des éléments les plus imprévisibles, ce qui demande une attention continue. Mais une fois qu'on a réussi à le... "dompter", on peut faire pas mal de choses intéressantes." Belsambar sourit en se remémorant un souvenir. "Une fois, j'ai essayé de voler. Ça n'a pas marché du premier coup. Et, quand je dis voler, je n'entends pas "voler comme un oiseau", hein, simplement... léviter à quelques centimètres du sol. Comme ça."
S'arrêtant, le prince ferma les yeux et rassembla sa volonté. Une fois qu'il eut repéré les différentes sources de vent des environs, il forma un coussin en mouvement sous ses semelles, qui se soulevèrent de quelques centimètres. Il arrêta d'amplifier le coussin invisible lorsqu'il sentit qu'il atteignait le point de rupture, donnant ainsi l'impression de flotter à trente centimètres du sol. Ses pieds retombèrent sur le sol lorsqu'il effaça le coussin d'un geste dédaigneux de la main, avant de poursuivre : "Sinon, il y a les classiques repoussements, qui s'effectuent grâce à une pression d'air dans un espace réduit, les cyclones, les tornades, et tout le pataquès. Ces choses là requièrent moins d'expérience parce-qu'il s'agit surtout de force brute. Mais dès que l'on s'aventure dans des choses élaborées, ça devient plus compliqué, c'est pour ça que les maîtres de la fédération sont réputés pour leur... heu, comment dire, fit-il en arquant un sourcil et en en fronçant un autre. Pas pour leur barbarie, c'est un peu extrême, mais pour leur manque de grâce, d'élégance, tout ça. On est un peu aux antipodes des maîtres de l'eau, question fonctionnement. Je suis curieux de savoir comment ils font, ceux du feu et de la terre.

Il en était là dans ses explications, lorsqu'il remarqua Violine et Garion, qui s'approchaient à pas de loup. Souriant intérieurement, il plaça sa main sur l'épaule de Noatak et conserva l'attention du soldat pour éviter qu'il se retourne :

- En tout cas, je ne pensais pas dire ça, mais je suis content que tu sois parmi nous ! C'est beaucoup plus... drôle.


Garion s'était suffisamment approché pour entendre le cri d'effroi de Noatak lorsque Violine le surprit. Esquissant un mouvement de recul lorsque le soldat empoigna son arme, le jeune garçon reprit vite contenance, espérant que personne n'avait remarqué son sursaut. A la ferme, hormis les pioches et les râteaux, les armes étaient rares.
A son grand soulagement, il vit que Belsambar interrogeait Violine :

- Dis-moi ma jolie, vous les maîtres de l'eau, vous pouvez contrer des armes classiques grâce à votre élément ?

Garion fronça les sourcils, perplexe : l'eau contre une épée ? Ça lui semblait un peu contre-nature, mais étant donné que ses connaissances étaient toutes récentes, il laissa Violine répondre. Toutefois, il s'autorisa une expression dubitative, qui ne manqua pas d'interpeller Belsambar :

- Quoi ? Qu'est-ce que tu t'y connais en armes, toi ? T'as déjà manié une lance peut-être ?

- Non, mais je me débrouille plutôt bien avec une pelle."
Garion fut ravi de constater que son interlocuteur levait les yeux au ciel.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mer 14 Nov - 23:50

Violine ne manqua pas de hausser les sourcils sous le coup de la surprise. Ainsi, Belsambar n’était pas convaincu de l’efficacité des éléments face à une lame lambda. Peut-être que la maîtrise de l’air n’encourageait pas aux affrontements directs et que cela altérait la vision du prince héritier. L’adolescente s’apprêtait à répondre sans tiquer sur le « ma jolie » quand elle fut prise d’un léger fou rire à la remarque de Garion. Elle se figurait son compagnon, une pelle à la main, faisant face à des hommes armés. Ce ne fut qu’après s’être calmée qu’elle put reprendre, ou plutôt commencer :

-Évidemment qu’on le peut. L’eau est très versatile tu sais, et la plus affutée des épées ne saurait pas briser un mur de glace ou faire fuir la vapeur. Tiens, bah je vais te montrer, ce sera plus simple. Noatak, tu veux bien m’attaquer s’il te plait ?

La jeune fille se plaça sur ses appuis pour pouvoir réagir au plus vite. Le soldat, lui, émit silencieusement deux réticences. D’une, après le coup fourré de sa partenaire, il se méfiait considérablement ; et de deux il ne voulait pas la blesser au cas où elle échouerait dans sa manœuvre. Il finit par se dire avec parcimonie qu’il était de toute manière assez expérimenté pour stopper son attaque au dernier moment si jamais les choses tournaient mal. Résigné mais pas vraiment motivé, il se plaça donc à un pas de Violine, en garde. Il resta immobile quelques secondes, puis passa à l’action en un éclair. Sa main fusa vers son fourreau, en jaillit avec la lame, dessina une courbe parfaite vers le visage de son adversaire. Cette dernière fut plus rapide encore. Vu la chaleur qui se dégageait du Rocher, l’océan alentours émettait de nombreuses vapeurs. De ce fait, l’air était lui-même gorgé d’eau. Violine la fit littéralement jaillir du néant et la fit en une seconde passer à l’état solide. La lame recourbée se stoppa net face à cet épais bloc gelé. Les parties périphériques reprirent alors leur forme liquide et s’enroulèrent autour du bras armé avant se congeler de nouveau, immobilisant le jeune homme. Il n’avait pas pour autant dit son dernier mot. Les doigts de sa main gauche s’ouvrirent, laissant choir l’épée qui fut rattrapée par sa main droite. La lame s’arrêta à quelques centimètres du coup de Violine. Sur le visage de Noatak, une fierté enfantine se dessinait.

-Comme quoi, aussi douée soit-tu, tu ne fais pas le poids, héhé.

-Je n’irais pas si vite en besogne à ta place, gros bêta !

Noatak baissa les yeux. La glace enroulée autour de son bras avait grimpé jusqu’à s’approcher de sa nuque en présentant un redoutable tranchant. Les deux camarades se jaugèrent un instant. Impossible de dire qui aurait tué l’autre en premier s’ils étaient de véritables ennemis. L’acier et l’eau se retirèrent.

-Eh bien on dirait que ça fait une égalité, annonça Violine. Au moins, tu as la preuve qu’on peut faire arme égale sans les outils traditionnels ; et puis il faut dire que tous les adversaires ne sont pas aussi doués que notre chef.

L’intéressé n’eut pas le temps de rougit sous le compliment, car de francs applaudissements retentirent. La même vieille femme que toute à l’heure s’avançait vers eux, souriant franchement. Tant de par son statut d’autochtone et celui d’ancienne, elle aspirait à un certain respect. Malgré sa gaîté apparente, elle observait l’arme de Noatak d’un œil mauvais.

-Nous savons qui vous êtes et connaissons vos intentions, commenta-t-elle, mais la violence n’en reste pas moins malvenue ici. Nous autres, moines, sommes désintéressés, mais il n’en est pas de même pour Mavis. Vous savez, elle ne vient pas d’ici et ne partage pas exactement nos valeurs, elle est bien plus…mystique. Oh, elle n’en reste pas moins très sympathique et, croyez le ou non, emplie d’humour, mais mieux vaut ne pas la contrarier. Or il y a fort à parier que ce genre de joute, si elles plaisent au plus jeunes, contrarie notre chef à nous. C’est donc vous qui dirigez ce petit groupe, hein ?

-Oui madame, répondit Noatak du tac au tac, comme un enfant à qui une institutrice aurait fait une remarque.

La vieillarde les dévisagea un à un, s’arrêtant sur la silhouette élancée de Belsambar, le bras en écharpe de Garion, le collier de Violine, le visage du soldat. Celui-ci avait l’impression qu’elle tentait de sonder leurs esprits…et qu’elle y arrivait sans problème !

-Bien, très bien, reprit-elle. Oh, une dernière chose, Mavis a une fille, Pandora. Surtout, ne vous mêlez pas de leur relation, vous risqueriez de vous retrouver entre les deux feus de leurs tempéraments…et croyez moi, c’est bien plus dangereux que les flammes qu’elles peuvent produire, ce n’est pas peu dire. Si vous avez du temps à perdre, vous devriez visiter notre temple, c’est tout en haut. Allez, à ce soir les jeunes.

Elle s’éloigna en leur adressant un dernier signe de main. Une femme très charmante, pensa Violine, malgré ses étranges manies. Il était toujours agréable de rencontrer des personnes âgées à l’aise avec les nouvelles générations. L’idéal restant de suivre ses recommandations, le petit groupe entreprit de grimper les multiples escaliers de pierre de la cité verticale.


Hrp : Je te laisse décrire le temple ? =)

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