Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 Les journées anonymes de la tribu de l'eau

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mer 24 Oct - 12:25

Ce qu'avait craint Garion en sortant de la cuisine, ce n'était pas vraiment de finir trempé, mais plutôt de finir maculé de boue. La cour devant la ferme, détrempée, s'était transformée en un vaste marécage bourbeux, durant lequel l'adolescent s'enfonçait à chaque pas. Son bas de pantalon fut rapidement imbibé, alourdissant sa démarche déjà gauche, car la pluie l'empêchait de bien distinguer où il mettait les pieds. A l'instinct, il se dirigea vers la remise, à une centaine de mètres, à l'orée de la forêt. Ces quelques mètres furent un véritable parcours du combattant. Serrant tant bien que mal le sac de jute qu'il avait récupéré en sortant de la maison, il glissa, jura, tempêta, tomba en grognant, se releva. A plusieurs reprises, ses pieds glissèrent sur le sol instable, et il s'affala tête la première. Toutefois, il parvint à destination. Remplissant le sac de bûches de bonne taille, il s'efforçait de ne pas imaginer ce que serait le retour. Quand il pensait que Tante Pol était bien au chaud à l'intérieur, avec tous ces invités! Prenant son courage à deux mains, il chargea le sac sur ses épaules, courba le dos, et amorça son retour. Ses pieds trébuchaient constamment, aussi se retint-il pour ne pas courir jusqu'à la porte. Il l'avait fait, une fois, et depuis il n'osait plus réitérer l'expérience.
Enfin, après un temps qui lui parut effroyablement long, il enfonça la porte d'un coup d'épaule, pénétrant dans la cuisine en toussant et crachotant. Sa tunique élimée ne ressemblait plus à grand chose, à cet instant précis, mais il se moquait bien de l'impression qu'il pouvait donner aux inconnus. Ignorant le regard désapprobateur de Tante Pol, qui leva les yeux au ciel, il largua le sac près de la cheminée, fourra une bûche ou deux à l'intérieur, puis passa le dos de sa main sur son front, ce qui eut comme résultat d'y laisser une traînée brunâtre. Ce fut seulement à ce moment qu'il remarqua l'air ahuri des invités. Le dénommé Sambar le fixait, hésitant visiblement entre l'amusement ou le dépit. Les deux autres avaient l'air plutôt contents, aussi dut-il retenir une remarque acerbe, telle que "Quoi, vous n'avez jamais vu comment Tante Pol traitait ses esclaves personnels ?" Avisant un torchon posé sur le plan de travail, il s'en saisit et essuya son visage dedans, pour se donner une contenance. Derrière lui, les conversations s'étaient tues, ce qui le poussa à demander, mal à l'aise: "Quoi ?"
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L.Hubs
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 25 Oct - 8:58

D'instinct, tous jaugèrent le jeune garçon auxquels sur lequel ils ne s'étaient pas réellement attardés à leur arrivée. "Plutôt mignon" pensa Violine, mais pas bien dégourdi pour autant. Il avait cet air d'oisillon tomber du nid qui tentait de voler par tous les moyens sans réellement y parvenir. Au moins, ses interventions prouvaient qu'il avait un certain caractère. Noatak ne put que s'en satisfaire: il aurait été insupportable d'expliquer à un adolescent timoré le pourquoi de leur venue ainsi que les responsabilités dont il incombait. Une question majeure demeurait toutefois en suspens: comment annoncer à Garion qu'il était l'Emkuasa? Ses prédécesseurs, ne bénéficiant pas du statut supplémentaire d'Eldarion, avaient probablement découverts seuls leur véritable nature, au cours d'une révélation où leurs incarnations antérieures leur apportait sagesse et réconfort. Ici, les guides devraient faire face à une incrédulité tout à fait compréhensible de la part de l'être élu. Si seulement ils le connaissaient personnellement, l'instant aurait pu se doter de certains attraits solennel, or ces voyageurs ne faisaient figures que d'inconnus aux yeux du garçon.

-Qu'est-ce qu'on fait? finit par demander Violine, tout bas.

-C'est un peu compliqué...tu devrais t'asseoir Garion. Ce serait mieux. Non?

-Oui oui, ça c'est bien. Assieds toi, il faut qu'on parle, lui lança-t-elle.

Elle accompagna ses mots d'un grand sourire qu'elle voulut le plus naturel possible. Vu la situation, elle ne put que le feindre. Par où commencer? Tenter de sympathiser avec lui serait une bonne chose, surtout s'ils devaient voyager ensemble par la suite, pourtant la situation était si gênante qu'il devenait impossible de prendre ses aises. Crispée, Violine fit toutefois l'effort de se lancer.

-Bon, eh bien je m'appelle Violine Lisana, mais ça je crois que je l'ai déjà dit. Je viens de la tribu du pôle Sud, et je suis une fille de l'eau, relativement douée. Lui, dont j'ai oublié le prénom, c'est apparemment le prince de la fédération, et donc un fils de l'air je présume. Et Noatak est en quelque sorte notre chef.

-Oh, sérieusement? C'est moi le chef?

-Tu es le seul à connaître assez bien le monde pour nous guider, alors je suppose que oui.

Noatak Yakone, le chef de la troupe de l'Emkuasa. Ça sonnait plutôt bien. Après ces brèves présentations, Violine ne savait pas vraiment comment aborder la suite. Pour se donner contenance, elle but une gorgée et la boisson distribuée par tante Pol, puis lança un regard implorant vers cette dernière. Mieux valait que sa mère adoptive annonce elle-même l'essentiel du propos à Garion.

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 25 Oct - 9:43

Le ton que prenait la jeune fille pour s'adresser à lui inquiéta suffisamment Garion pour qu'il daigne s'asseoir à côté de sa tante sans protester. Apprendre qu'elle et "lui", le jeune homme parfaitement abominable venant de la fédération de l'air, étaient des maîtres d'éléments, lui fit comme un choc en même temps que cela le réjouit. Des maîtres, à la ferme! C'était tout simplement incroyable. Pourtant, son enthousiasme fut de courte durée. L'attitude gênée des invités éveillait en lui quelques soupçons, et cela ne s'arrangea pas lorsque Violine se tourna vers Tante Pol d'un air implorant. Soupirant, comme attristée de devoir lui annoncer ce qu'elle allait lui annoncer, à contre coeur, la jeune femme saisit les mains sales de l'adolescent.

"Garion", commença-t-elle d'un ton un peu trop solennel pour être tout à fait rassurant. "Je ne vais pas y aller par quatre chemins, cela serait inutile. Alors écoute-moi bien. Tu es l'Emkuasa."

Un silence pesant s'installa dans la cuisine, jusqu'à ce que l'intéressé finisse par lâcher en grognant, retirant ses mains de l'étreinte de sa tante:

" Très amusant. Bon je vais finir de récurer l'abreuvoir dehors, tu me feras signe lorsque vous aurez fini de vous ficher de moi.

- Garion, reste-là! C'est tout ce qu'il y a de plus sérieux."

Sa tante le retenait par la manche, et quelque-chose dans son expression convainc Garion de se rasseoir. Hébété, n'en menant pas large, il fixa les autres, tandis que leurs regards on ne peut plus graves finissaient de le convaincre. Bien sûr, c'était impossible. Alors il n'hésita pas à le dire, même si un filet d'inquiétude filtrait dans sa voix:

"Je n'y crois pas.

- Tu disais il y a quelques instants que l'Emkuasa était tout ce qu'il y a de plus réel, répondit sa tante d'un ton doux.

- Oui, mais tu sembles oublier une chose. Je n'ai aucun pouvoir!" il avait lâché ça d'un ton un peu trop aigu, ce qui obligea sa tante à redoubler de persuasion:

"Allons, comment crois-tu que tu as survécu à ton plongeon au bord de la falaise ? Tu n'en as aucun souvenir Garion, mais ce n'est pas la première fois que tu te tires d'une mauvaise passe. L'eau est ton élément premier, mon chou. Les autres viendront, en même temps que la mémoire de tes ancêtres te parviendra."
L'adolescent se raidissait au fur et à mesure que sa tante lui prodiguait ces paroles réconfortantes, mais qui faisaient horriblement mal. Des centaines de questions lui parvenaient par vague, dont la plus persistante était: Si c'était lui l'Emkuasa, alors qui surgirait en haut de la colline en brandissant un glaive et en sauvant l'humanité ? Il n'avait plus aucun héros en qui croire. Plus aucun espoir, presque. Il n'eut toutefois guère le temps de s'apitoyer sur son sort, car le dénommé Sambar intervint d'un ton on ne peu plus éloquent:

"Moi je dis, on est mal barrés.

- Belambar!

- Excusez-moi ma Dame, mais ce n'est qu'un gamin! Et encore... un gamin tout crotté. Il n'a aucun pouvoir, mais sait-il au moins manier une arme ? Hormis une pelle, bien entendu. Si je m'écoutais, nous n'aurions pu tomber plus bas.

- En ce cas il vaut peut-être mieux que tu ne t'écoutes pas.

- Il a raison" grogna Garion en fixant la table avec hargne. Sa tante ne répondit rien, se contentant de serrer sa main un peu plus fort. Au bout d'un certain temps, alors que personne n'osait plus rien dire, elle finit par lui expliquer ce qu'ils attendaient de lui:

"Les jeunes gens que tu vois là vont t'accompagner. Vous allez probablement faire le tour du monde pour trouver des maîtres qui sauront t'enseigner ce que tu dois savoir. Violine et Belsambar...

- Sambar tout court, grogna l'intéressé.

- ... sont tous deux respectivement maîtres de l'eau et du vent. C'est une lourde tâche qui t'incombe désormais, mon chou, mais je suis sûre que tu t'en tireras très bien.

- A t'entendre, on croirait qu'on vient juste de me nommer berger de la semaine. Tu te rends compte de ce que ça veut dire ?" ajouta-t-il, implorant et haineux, en levant les yeux vers elle. "Tu me dis que je suis l'Emkuasa, mais as-tu seulement une preuve qui pourrait prouver que c'est la vérité ? Comment sais-tu que c'est moi ? Je n'ai aucune présidpo... prédospi... j'ai rien qui pourrait faire de moi un héros dès le départ!

- Mais personne ne te demande d'être un héros, mon chou."

Vidé, Garion la fixa sans répondre, avant de plaquer son front sur la table, imittant inconsciemment Noatak qui l'avait fait quelques minutes auparavant. Il ferma les yeux, inspira profondément, et tenta de se réveiller en se pinçant le bras, mais rien à faire. Tout ça était on ne peut plus réel.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 25 Oct - 10:58

Violine observait avec compassion la détresse de l'adolescent. N'ayant que très peu de différence d'âge, elle parvenait sans la moindre peine à se mettre à sa place. Le simple fait qu'on lui demande de quitter son village avait été pour elle difficile à avaler les premiers temps. Si Ukap lui avait annoncé que le sort du monde entier reposait peut-être sur ses épaules, qu'elle devrait voyager avec des inconnus, que ce soit en territoire allié ou ennemi, et assimiler des pouvoirs radicalement opposés au sien, elle n'aurait pas payé mine. Pourtant, il n'avait pas réellement le loisir de refuser ce poste vaquant. Dans un cadre tel, son devoir était de se rallier à la cause la plus juste. S'il avait du mal à s'en rendre compte pour le moment, il finirait tôt ou tard à se glisser dans la peau du héros qu'il devrait, malgré ce qu'affirmait tante Pol, devenir. N'ayant pas grand chose de plus à lui offrir, l'adolescente posa une main réconfortante sur l'épaule de Garion. Elle n'aurait su dire pourquoi, mais elle se sentit dès cet instant proche du jeune garçon.

-Franchement, moi aussi j'ai eu du mal à y croire. Quand mon professeur m'a parlé de l'Emkuasa, je pensais qu'il délirait. Je savais qu'il existait et qu'il ferait surface mais ça me semblait si distant...et là on se retrouve avec toi, peut-être pour un bon bout de temps. Ce que j'essaie de te dire, c'est que nous savons à quel point ce que tu vis est difficile, mais que tu n'aura pas à affronter ce destin seul.

Noatak hocha la tête, approbateur. Il ne savait pas ce qu'il en était pour cet énergumène soit-disant prince, mais il avait du lui aussi quitter ce qui lui était cher pour chercher l'Emkuasa. Si leurs peines n'étaient pas en tout point similaire, ils avaient cependant conscience du sacrifice qu'une telle mission signifiait. Il s'agissait pourtant d'un mal nécessaire. Une fois que cette histoire toucherait à sa fin, tous ceux qui leurs sont proches seraient sauvés. Plus aucun danger ne menacerait ni sa femme, ni son futur enfant, ni les parents et les amis de Violine, ni tante Pol. Il ne valait mieux pas s'emballer trop vite pour autant. Le voyage ne serait pas de tout repos et méritait d'être minutieusement organisé. Avec un peu de chances, ils trouveraient peut-être un maître de l'air bien aguichant que Belsambar. L'attitude du jeune homme agaçait d'ailleurs passablement le soldat, lequel ne se fit pas prier pour le lui faire savoir.

-Si on t'écoutait, on serait déjà tous morts de toute manière. Ta solution, ce serait quoi? De ne rien faire sous prétexte que l'Emkuasa ne te convient pas? Mets toi dans le crâne qu'on a besoin d'un fils de l'air. Mais si tu n'as foi en rien, on pourra se passer de toi. Tu as le choix entre accomplir quelque chose ou rester un être absolument insignifiant. Moi, j'ai déjà choisi.

Une fois de plus, Noatak se passait de toute démagogie mais avait le mérite de parler avec son cœur. Si la prophétie concernant l’Eldarion s’avérait juste, ils ne pourraient toutefois pas se passer de Belsambar, dans la mesure où celui-ci faisait partie de ces fameux guides dont Pol leur avait parlé quelques instants auparavant. Il faudrait donc faire avec, mais cela ne signifiait pas pour autant que la confiance et la sympathie seraient instantanément acquises, surtout s’il continuait de se comporter de la sorte.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 25 Oct - 12:04

La déclaration de Noatak siffla comme un coup de tonnerre pour Belsambar. Ses yeux s'assombrirent, et les pensées le submergèrent. Non, il ne resterait pas sans rien faire. S'il avait été à la tête de la Fédération de l'Air à la place de son père, cela ferait longtemps qu'il aurait bouté hors du territoire les envahisseurs ennemis. Mais ce n'étais pas le cas, et le prince héritier savait pertinemment que ses sentiments sanguins n'avaient pas à guider ses décisions. Cela le plongeait dans une rage d'autant plus ténébreuse qu'il savait qu'un jour, il succéderait à la tête du royaume. Alors, qu'adviendrait-il de son peuple ? Tout ça représentait un poids bien trop lourd pour lui, car il se savait incapable de réfléchir posément. C'était en partie pour cette raison qu'il se refusait à succéder à son père.
Fait rare pour le jeune homme, il ne répliqua pas, se contentant de grommeler quelque-chose, des excuses, une insulte, n'importe quoi. Ce n'était pas le moment de déclarer la guerre à l'un de ses futurs coéquipiers.
Aussi, l'attention revint sur Garion. Toujours abbattu, l'adolescent écoutait les mots de Violine avec soulagement. Apprendre qu'il n'était pas le seul à se retrouver embarqué dans une histoire incroyable (un peu trop, justement) le rassurait. Au moins, il aurait une épaule sur laquelle s'appuyer en cas de coup dur. Souriant vaille que vaille à la jeune fille, une question traversa son esprit et, inquiet, il se tourna vers Tante Pol:

- Tu viens avec nous ?

Le visage de sa mère adoptive se froissa, mais elle tenta de répondre vaillamment:

- Non, c'est inutile. C'est une tâche que vous devez accomplir ensemble. Et qui nourrirait les hommes de la ferme si je m'en allais, hein ?"

A nouveau, Garion sentit son monde basculer. Il partait, seul, avec des inconnus. Il se rendait seulement compte de tout ce qu'il allait laisser derrière lui. Tante Pol, Cie, les falaises. C'était toute sa vie qu'il devrait oublier. Il sentit son coeur se déchirer, mais Tante Pol ne lui laissa pas le temps de se morfondre, si bien qu'il lui en fut reconnaissant: son côté insensible pouvait faire merveille dans ce genre de situation.

" Va te changer, mon chou, tu dégoulines partout. Je pense qu'il vaut mieux que vous partiez rapidement, les autres ne vont pas tarder à revenir des marais salants, et la cuisine va se retrouver envahie en un temps record." Elle se leva, lissa le devant de son tablier, et ajouta comme pour elle même: "C'est fou ce que peut se montrer geignard un homme qui a faim."
Garion obtempéra donc, et s'éloigna dans le couloir. Il entendit sa tante déclarer quelque-chose à propos de casse-croûtes pour la route, et ferma la porte de sa chambre derrière lui, pour ne plus entendre. Ça lui faisait trop mal.

Pol attendit le départ de Garion pour se relâcher. Soupirant, elle s'appuya au plan de travail et se tourna vers les jeunes gens qui, attablés, n'avaient pas l'air d'en mener large non plus.

"Et bien, ça s'est mieux passé que ce que je craignais. (Elle se tourna vers Noatak et ajouta sur le ton de la confidence:) Je ne pense pas que vous ayez beaucoup de problèmes avec Garion, c'est un garçon docile et censé, du moins quand il le faut. En revanche, vous allez beaucoup vous amuser avec Belsambar, je vous souhaite bien du courage.

- Eh!" s'indigna l'intéressé.

"Savez-vous où vous allez vous diriger en premier ?" poursuivit Pol sans prêter la moindre attention au jeune homme.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 25 Oct - 13:21

Noatak fut étonné que Garion accepte aussi rapidement son destin fraîchement révélé. Cela découlait probablement d’une éducation un tant soit peu rigoureuse, au cours de laquelle Pol lui aurait appris à surmonter les épreuves de la vie. C’est du moins ce que le soldat pensait deviner en observant l’air résigné de la cuisinière. Satisfait de la tournure des évènements et de l’apparente résignation de Belsambar, il sortit de son sac une carte parmi les plus précises au monde. Y figuraient les différentes nations ainsi que les principales cités et les îlots multiples. N’ayant pu étudier la géographie qu’à de rares occurrences, Violine porta à cette mappemonde une attention toute particulière.

-À vrai dire, commença le soldat, j’avais déjà réfléchi à notre itinéraire. Je m’étais dit qu’il serait inutile de retourner au pôle Sud étant donné que l’Emkuasa serait un fils de l’eau. Seulement, un doute subsiste. Je ne sais pas encore si nous devons trouver en premier lieu un maître de la terre ou un maître du feu.

Il ne s’agissait évidemment pas d’un problème aussi simple. Violine ne comprenait pas les tenants de ce dilemme : il y avait des centaines de maîtres de la terre, et l’île principale de la nation du feu, située au Sud de la fédération, ne courait pour le moment pas le moindre risque. Elle s’apprêtait à faire part de cette remarque au jeune homme, mais ce dernier lui répondit avant même qu’elle ne puisse poser sa question. En repensant à ses dires, il s’était rendu compte qu’il n’avait pas donné suffisamment de détails.

-Le souci, plus précisément, c’est que si nous entrons au royaume de la terre, on nous attaquera immédiatement, sauf à un endroit : l’île Homaü. L’armée de la terre ne s’y est pas encore installée, alors on a des chances de trouver un professeur.

-Et pour ce qui est du feu ? demanda tout de même l’adolescente. Une bonne partie de la nation est encore libre, du moins je crois.

-Tu as raison, mais il y a peu de vrais maîtres du feu. Je m’y connais autant que toi, donc presque pas du tout, mais il parait que les flammes sont incroyablement complexes à manier. Or le peu de fils du feu qui s’en sortent vraiment bien se sont réunis ici, au Rocher Brûlant.

Joignant le geste à la parole, il désigna un petit îlot perdu au Nord-Ouest de la carte.

-La nation du feu sait très bien qu’ils se trouvent là bas, continua Noatak. Une fois qu’ils auront pris Guamokoshran, la dernière cité de la nation du feu du Nord, je pense qu’ils tenteront d’exterminer d’un coup les derniers grands maîtres.

-Donc, soit on va sur le Rocher Brûlant au risque que le dernier territoire libre du royaume de la terre soit militarisé, soit on se rend sur l’île Homaü en gardant à l’esprit qu’on ne verra peut-être plus jamais le moindre fils du feu…

Noatak opina. Vu sous cet angle, le problème devait sembler plus évident aux yeux de tout le monde. Il n’était pas parvenu, seul, à déterminer la priorité absolue, aussi avait-il besoin de l’avis de ses nouveaux compagnons. À ce compte-ci, il faudrait également tenir informé Garion et lui demander ce qu’il en pensait. Après tout, le premier rôle serait le sien.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 25 Oct - 13:54

Une fois rendu dans sa chambre, Garion se laissa tomber sur sa paillasse. La pluie meublait le silence, tombant avec fracas sur le toit de chaume. L'adolescent, comme mort de fatigue, fermait les yeux et serrait son oreiller des mains. Une part de lui même tentait de se révolter contre cette vérité effroyable, et totalement irréalisable. Pourtant, le fait que Tante Pol elle même le lui ai annoncé faisait que cela ne pouvait pas être faux. Elle n'avait jamais menti depuis qu'il vivait avec elle. De plus, lors des rares occasions où elle avait cédé à son harcèlement et accepté de lui parler de ses parents, ses mots avaient réveillé un étrange écho en lui, le même écho qui résonnait à présent dans sa poitrine. Elle avait toujours refusé de lui dire ce qui était arrivé à ses parents exactement, lâchant simplement du bout des lèvres qu'elle le gardait chez elle la nuit où c'était arrivé, et que c'était pour ça qu'il en avait réchappé.
Le coeur gonflé, Garion secoua la tête et bondit de sa paillasse, comme parcouru par un courant électrique. Il tira de la malle qu'il partageait plus ou moins avec Tante Pol une chemise propre ainsi qu'un pantalon. Une fois changé, il prit le temps d'inspirer profondément. Les questions le submergeaient, une petite voix incessante répétait dans sa tête "Pourquoi moi ?", mais il savait que ce n'était pas l'heure de passer pour faible. Ce que l'on attendait de lui était peut-être démesuré, étant donné qu'il ne savait rien faire, mais sa tante lui avait enseigné qu'il valait mieux récupérer le maximum d'informations avant de prendre une décision ou de choisir de la conduite à tenir. Une fois calmé, il retourna à la cuisine.
Visiblement, ils étaient en pleine conversation, et son arrivé laissa place à un léger blanc. Histoire de prouver à tous qu'il gardait la tête sur les épaules, Garion retourna s'asseoir, et tourna la tête vers sa tante, comme pour montrer qu'il était attentif. Celle-ci ne tarda pas à lui expliquer l'état actuel des choses:

- Ah, te voilà mon chou. Nous étions justement en train de réfléchir à votre première destination. Vois-tu, Noatak nous apprend qu'il va falloir commencer par t'enseigner les quatre éléments, or les seuls maîtres ne vous ayant pas encore rejoint sont ceux de la terre et du feu."

Elle lui décrivit brièvement la situation, laissant Garion en proie à un terrible dilemme. De toute évidence, ils ignoraient quelle solution était la bonne, or lui même n'en savait pas grand chose. Pourtant, ils semblaient attendre de lui une réponse. Avalant sa salive, il décida qu'il valait encore mieux parler et dire des âneries que se taire et passer pour un ignorant, même si sa tante n'aurait pas vraiment été de cet avis:

"Et bien heu... si on commence par aller sur la nation de la terre, on risque d'être incapables de trouver un maître du feu s'ils sont tous exterminés, alors que si on fait l'inverse, même si les militaires envahissent la nation de la terre totalement, on aura toujours un petit espoir pour passer entre les mailles du filet une fois le moment venu, non ?

- Je ne pensais pas dire ça aussi tôt, mais je suis d'accord avec le gamin", lâcha Belsambar en se tournant vers Noatak. "Et qu'en dit le professionnel ?"
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 25 Oct - 16:12

Visiblement, tous tombaient d’accord pour se rendre d’abord sur le Rocher Brûlant. Noatak privilégia donc cette option. Ils devraient ensuite se préparer pour une mission d’infiltration au sein du royaume de la Terre et trouver un professeur prestigieux qui veuille bien se rallier à leur cause. Ce ne serait pas choses aisée, mais il fallait se rendre à l’évidence, ils n’avaient pas le choix. Le soldat ne manqua pas de remarquer la pointe de cynisme –d’arrogance ?- dans la voix de Belsambar mais décida de ne pas la relever ni de rétorquer quoi que ce soit dans le même esprit. Pour le moment, il parvenait tant bien que mal à supporter ce type, autant ne pas gâcher cette entente déjà fragile en se prêtant au jeu de son interlocuteur. Noatak replia la carte et la rangea soigneusement. Peu de géographes avisés en dessinaient, ce qui faisait d’elle un objet très précieux. Sans elle, ils ne pourraient pas aller bien loin !

-Bien, nous irons donc en premier lieu au Rocher Brûlant. Il nous faudra une embarcation. Je sais qu’on peut utiliser la maîtrise de l’eau et de l’air pour se déplacer bien plus vite en voilier, alors si vous vous y mettez tous les deux le voyage ne devrait prendre que quelques jours. Au Nord de l’archipel il y a de nombreuses îles sur lesquelles on pourra faire des haltes si jamais c’est nécessaire. Oh, tant qu’on y est, vous pourriez enseigner la base de vos maîtrises à Garion durant le trajet.

Ces dernières recommandations s’adressaient évidemment à Belsambar et Violine. Cette dernière réfléchissait déjà aux meilleurs moyens d’aborder la maîtrise de l’eau, tentant de se souvenir des premières leçons d’Ukap. Aussi loin qu’elle se souvienne, son mentor n’avait jamais eu à forcer avec elle tant ses prédispositions étaient exceptionnelles. Si Garion avait utilisé l’eau de manière inconsciente, cela signifiait qu’il était doué d’un certain talent. Ils auraient ainsi au moins une piste à exploiter ! Et puis, ces cours seraient une bonne occasion de nouer quelques liens entre les différents membres du groupe ; car si Violine connaissait et s’entendait plus ou moins bien avec Noatak, elle n’avait en revanche que des aprioris, positifs ou non, sur les personnalités des deux autres. L’adolescente nota d’ailleurs l’absence de fille, elle mise à part. Se retrouver uniquement avec des représentants de la gent masculine ne la dérangeait pas outre mesure, mais elle aurait apprécié un peu de compagnie féminine. Comme l’avait signalé Pol, ils n’avaient en revanche pas de temps à perdre. Noatak se leva, un éclat de détermination et d’insouciance au fond des yeux.

- Si tout le monde est prêt, allons-y ! C’est ici que débute l’épopée qui va sauver le monde, notre épopée ! Vous êtes avec moi ?

Comme il était souvent coutume de le faire dans certaines troupes de la tribu de l’eau, le soldat présenta son poing fermé au centre du cercle que formaient les convives. Violine le jaugea un moment, puis un sourire sadique se dessina sur son visage.

-J’en suis, mais ne compte pas sur moi pour ce truc ridicule ! lança-t-elle en éclatant de rire devant l’air dépité du jeune homme.

Traîtresse ! Elle qui se disait de son côté prenait-elle donc plaisir à tenter de l’humilier ainsi ? Après tout, c’était de bonne guerre. Noatak rit à son tour, puis posa ses poings sur ses hanches.

-Bon, soit. Avant tout, est-ce que quelqu’un a un navire ?

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 25 Oct - 20:13

Garion s'apprêtait à joindre son poing à celui de Noatak mais, devant le rejet de Violine, décida de ne rien en faire. Pourtant, dans les récits d'aventure que les conteurs prodiguaient aux enfants, les héros joignaient souvent leurs mains en signe de connivence, de loyauté, de symbiose universelle. Il se dit que sa vision de l'héroïsme était peut-être un peu trop clichée pour être exacte, ce qui eut pour résultat de le rendre plus tendu encore: s'il ne pouvait même plus se raccrocher aux récits, comment s'en sortirait-il ?
Comme personne ne répondait à la dernière question du jeune homme, il espéra soudainement que leur expédition avorterait avant même de s'être lancée, puisque sans bateau, impossible de se rendre sur le rocher. Malheureusement, son soulagement fut lamentablement laminé lorsque Belsambar intervint, d'un ton loin d'être sarcastique, pour une fois:

"Je suis venu ici en voilier, et "mon" bateau est amarré au port à quelques lieues d'ici. Il devrait être suffisamment grand pour tous nous transporter.

- Parfait", ajouta Tante Pol en finissant d'emballer dans un torchon plusieurs petits pains et tranches de viande séchée. "Il semblerait que tout rentre dans l'ordre, finalement.

Garion, lui, n'en menait pas large. Tout s'enchaînait bien trop vite à son goût. Il craignait d'oublier quelque-chose en partant, de ne pouvoir dire au-revoir à ses amis. Comme si elle avait lu dans ses pensées, sa tante se tourna vers lui et, avisant son air perdu, déclara avec douceur:

"Je crains que tu n'ais pas le temps de faire tes adieux, mon chou. Le temps presse, et il serait dangereux de répandre la nouvelle. J'ai veillé à ce que personne ne sache qui tu étais vraiment jusqu'ici, ce serait trop bête de tout gâcher maintenant.

- Pourquoi seulement maintenant ?" plaida-t-il d'un ton suppliant. Mais personne ne lui répondit. Sa question n'était pas très claire, mais elle traduisait bien toutes ses inquiétudes: pourquoi tout ça, et juste à présent ? Pourquoi lui ? Pourquoi ne l'avait-elle pas mis en condition dès le départ ?

Les mettant presque à la porte, Pol les poussa vers l'extérieur. La pluie s'était légèrement atténuée, mais le sol détrempé produisait des sons douteux sous leurs pas. Sa tante semblait les conduire vers l'arrière de la maison, là où ils seraient dissimulés à la vue des hommes, qui devaient déjà surement revenir de leur journée de travail. Rabattant sur son visage le capuchon de sa veste, Garion écouta Tante Pol prodiguer ses derniers conseils. Il ignorait comment elle allait expliquer sa disparition aux gens de la ferme. Il ne voulait même pas le savoir. Enfin, elle se tourna vers lui et, sans prévenir, le serra contre son coeur. Il était surpris de ce contact, car elle n'avait jamais été très expansive. Néanmoins, il son ventre se crisper et les larmes aborder ses yeux, aussi les plissa-t-il très fort pour éviter qu'elles coulent sur ses joues.

"Est-ce que... est-ce que je te reverrai un jour ? finit-il par lâcher d'une voix humide.
Sincèrement étonnée, Tante Pol se recula sans lâcher ses épaules, et répondit:

- Evidemment! Que vas-tu imaginer!" Et aussitôt, elle se détourna, souriant à Violine, mettant Belsambar en garde à propos de son mauvais comportement, donnant son entière confiance à Noatak. Et puis, elle détacha de son cou un collier, et le lui donna. Garion recueillit au creux de ses mains le pendentif, et le fourra bien vite dans sa poche de pantalon, refusant de se montrer trop sentimental devant les autres. Serrant les dents, il redressa le menton. Il ne céderait pas.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Ven 26 Oct - 11:06

Noatak ne pouvait que saluer le courage de ce garçon. Abandonner son foyer si rapidement pour se lancer dans une quête des plus hardies et endosser un rôle dont il ne pouvait que soupçonner l’existence, ce n’était pas à la portée de n’importe qui. Trouvant préférable de raccourcir ces adieux, le jeune homme remercia silencieusement Pol avant d’emboiter le pas à Belsambar, ravi d’apprendre que ce dernier disposait d’un navire, qui plus est un voilier. Après tout, venu d’un fils de l’air, tout autre type de bateau aurait été surprenant. En dirigeant à leur guise les courants, ils pourraient se rendre rapidement à bon port. Encore fallait-il retourner jusqu’à la côte sans s’engluer intégralement dans ces marais fétides ! Lorsqu’elle vit le collier passer de main en main, Violine porta instinctivement la sienne à son pendentif. Il était le seul souvenir légué par son grand père, un homme exceptionnel qu’elle avait adoré côtoyer de son vivant. Restait simplement à espérer que le bijou de tante Pol n’aurait pas la même signification pour Garion et que cette famille serait réunie d’ici peu. Ce même cadeau-souvenir fit Violine se sentir plus proche encore de l’adolescent. Geste risquant de devenir habituel, elle posa sa main gantée sur l’épaule de son nouveau camarade.

-Viens, plus vite on partira plus vite on sera rentrés. Merci pour tout, tante Pol.

Elle avait nommé la jeune femme ainsi sans même s’en rendre compte, probablement car elle avait entendu Garion le faire quelques minutes auparavant. Il fallait bien admettre que son nom se mariait à merveille avec cette dénomination. Dans une tentative louable de rendre la scène moins attristante, Violine leva sa main libre vers le ciel, paume ouverte. En se concentrant, elle parvint à faire glisser quelques goutes sur une barrière invisible les protégeant de la pluie, toutefois leur prolifération l’empêchait de mener sa démarche à terme. Il ne s’agissait pas d’une surprise, mais elle aurait tout de même aimé pouvoir y parvenir. Elle adressa un sourire navré vers ses interlocuteurs.

-On va finir trempé si on ne se dépêche pas.

-Et c’est pas en restant sur place que ça va s’arranger ! cria Noatak, déjà avancé sur le chemin.

Comme pour lui donner raison, une averse fit redoubler d’intensité les précipitations. Pour une fois que la nature ne lui en voulait pas. Attendant que les deux benjamins les rejoignent, le soldat fit rapidement l’inventaire de leur petite troupe. Belsambar semblait être un garçon relativement débrouillard, dégageant une assurance de bonne augure, du moment qu’elle ne se métamorphosait pas en arrogance. Violine, quant à elle, avait tout d’une travailleuse méticuleuse, peut-être d’ailleurs trop. Enfin, si l’on en croyait les dires de tante Pol, Garion ne serait pas un garçon difficile. Bien, au final, aucun d’entre eux ne semblait enclin à corrompre les chances de réussite de la mission. Noatak déglutit. Il espérait ne pas être le maillon faible de cette équipe à laquelle il servirait visiblement de guide. La tâche prestigieuse dont il avait toujours rêvé commençait aujourd’hui, il faudrait être à la hauteur !

-Allez, mène nous donc à ton navire, prince des vents ! D’ailleurs, tu es vraiment le prince de la fédération ?

Lors de son éducation à Vohanna, il avait entendu parler du roi de l’air, mais jamais personne ne lui avait dit que ce dernier avait un fils.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Ven 26 Oct - 12:53

A l'avant du groupe, Belsambar avançait au botte à botte avec Noatak. La question de ce dernier le fit grimacer, et il se contenta de répondre, essayant d'être le moins désagréable possible:

- Ouais, c'est bien moi. Mais je t'assure que j'échangerais ma place avec toi sans hésiter. Ce n'est pas... ce n'est pas toujours agréable. Et toi alors, tu es officier c'est ça, ou quelque-chose de ce genre ?

Derrière eux, Garion essayait de ne pas trop réfléchir. La présence de Violine le rassurait un peu, car elle était probablement la personne qu'il appréciait le plus à cet instant précis. L'étranger de la fédération de l'air, ce n'était même pas la peine d'y penser: dès la première minute, l'adolescent avait compris qu'ils ne seraient pas amis de si tôt. En revanche, il n'avait pu parler longtemps avec Noatak, mais sa foi en l'Emkuasa -en lui, donc, et cette pensée le fit frissonner de la tête aux pieds- le rendait sympathique. La pluie tapotait le dessus de son capuchon avec monotonie. De tous les côtés, le paysage était noyé sous un rideau lourd, épais et bruyant. Il était impossible de distinguer quoique-ce soit, mais Garion reconnut vaguement la route descendant au village voisin. Ils y seraient probablement dans une heure ou deux, car le chemin serpentait à travers les collines mais en descendant. Le jeune garçon imagina à quoi ressemblerait le bateau de Belsambar: il avait parlé d'un voilier. Étrangement, cela ne fit que crisper son estomac encore plus: les rares fois où il avait pu monter sur un bateau, cela s'était mal passé. Il n'avait pas vraiment le pied marin. En plus, si les deux maîtres de l'équipée utilisaient leur don pour faire accélérer l'allure à l'engin... enfin, il valait mieux ne pas y penser.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Ven 26 Oct - 20:39

L'affirmation de Belsambar laissa Noatak pensif. Il s’imaginait la vie en tant qu'hériter royal, avec des serviteurs à profusions et des richesses incommensurables. Un prince pouvait probablement faire tout ce qu'il voulait, à l'inverse d'un soldat soumis à l'autorité de ses supérieurs, mais là ne résidait pas la principale différence. Rejoindre l'armée constituait un choix, non pas une obligation due à un statut de naissance. Paradoxalement, celui qui se devait d'obéir était au final le plus libre des deux.

-Non non, je fais partie d'une troupe d'élite, mais je n'ai pas vraiment de grade. On nous a chargé d'une mission sans nous donner de prérogative quant à la façon de la mener, mes camarades ont approuvé me choix de chercher l'Emkuasa alors je m'en charge, voilà tout.

Présentés ainsi, les faits pouvaient paraître quelque peu insolite. Il n'y avait que la tribu du pôle Sud pour permettre à ses guerriers de guider une opération aussi importante de leur propre chef! Cela constituait au moins une preuve de la confiance qu'elle leur accordait. Après avoir accéléré le pas, Violine avait rattrapé les deux jeunes hommes marchant en tête, toujours accompagnée de Garion. Elle pouvait facilement imaginer le tumulte traversant actuellement l'esprit de l’adolescent mais décida de ne pas le prendre en compte et de s'adresser à lui comme à un inconnu avec qui elle aurait aimé faire connaissance - ce qu'il était.

-Alors, tu vis ici depuis toujours? Ça doit pas être agréable tous les jours. Bon, au pôle Sud c'est gelé partout alors ce n'est pas forcément plus accueillant dit comme ça, mais au moins on traîne pas dans la boue à longueur de journée...

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Ven 26 Oct - 21:34

Belsambar était stupéfait d'apprendre qu'ici, les missions les plus périlleuses étaient effectuées par un seul homme. A la Fédération, les enquêtes, les poursuites, les arrestations étaient réalisées par un commando d'au moins une dizaine de soldats. Même les tâches plus ingrates, plus secrètes, n'étaient jamais confiées à une seule personne. Aussi ne put-il taire ses doutes et demanda sur un ton circonspect:

- Un seul homme pour une mission d'une si grande importance ? Je peux comprendre le besoin de se montrer discret, mais n'est-ce pas un peu surestimer les capacités du soldat en charge de l'affaire ? Je ne dis pas ça pour vous, hein. Mais que se serait-il passé s'il vous était arrivé quelque-chose ? Ils auraient envoyé un autre homme, qui aurait disparu lui aussi, puis un autre, et ainsi de suite ? Vous avez vraiment de la chance d'être tombé sur l'Emkuasa aussi rapidement.

Quelques pas en retrait, Garion avançait en fixant le sol. Les questions l'assaillaient toujours, et il avait à présent une boule au creux du ventre, qui grossissait à chaque pas qu'il faisait et qui l'éloignait de la ferme, et de Tante Pol. Tout ça était beaucoup trop précipité. La gorge encore enrouée, il évitait de parler, s'enfonçant dans un mutisme qui pouvait passer pour de la tristesse, ou de la colère. En quelque-sorte, les deux étaient valables.
Néanmoins, il dut abandonner son silence lorsque Violine l'interrogea sur sa misérable existence. Il s'aperçut alors d'une chose: il n'avait jamais quitté son îlot. Comment ferait-il pour sauver l'humanité, s'il ignorait tout de celle-ci ? Un frisson désagréable lui parcourut l'échine, et il resserra les pans de sa veste autour de lui. Au bout de quelques secondes, il finit par lâcher:

- Il n'y a pas toujours de la boue. Il pleut souvent, c'est vrai, mais on ne patauge pas dans la boue tout le temps. Un système de rigoles permet d'évacuer l'eau vers la mer, et comme la région est vallonnée, ça descend tout seul." Étrangement, la mauvaise humeur de Garion le rendait peu agréable, lui qui était d'ordinaire d'humeur égale. Pour s'excuser, il ajouta avec un sourire contrit: "Oui, je vis ici depuis que je suis tout bébé. Avant, j'habitais ailleurs avec mes parents, mais la maison a ... enfin, se contenta-t-il de dire en détournant les yeux, Tante Pol s'occupe de moi depuis que je suis tout petit. Je ne suis jamais allé en dehors de cette île. Comment c'est, le Pôle Sud ? Surement bien plus intéressant que ce tas de cailloux..."
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Ven 26 Oct - 22:02

Noatak ne put s’empêcher de se sentir quelque peu vexé, mais n'avait d'autre choix que d'admettre cette vérité énoncée par son interlocuteur. Il avait en effet eu une certaine chance, à moins qu'il ne s'agisse de quelque chose d'autrement plus fort. Lorsqu'il avait été promu, toute sa fratrie ainsi que ses parents ne tarirent d'éloges à son sujet. Depuis le temps qu'il voulait leur prouver qu'il était capable d'accomplir quelque chose même sans maîtrise de l'eau! Pourtant, dès les premiers jours, il avait senti que sa véritable voie se situait autre part. Tout naturellement, il avait proposé à ses collègues de se charger de la recherche de l'Emkuasa, et son instinct l'avait guidé vers les marais. Les rencontres avec Violine puis Belsambar étaient-elles également dues au hasard? Le soldat en doutait. Il se devait toutefois de répondre au prince de la fédération, ce qui ne lui déplut pas le moins du monde: afin que son interlocuteur comprenne les tenants de sa tâche, il allait devoir parler stratégie, chose qu'il adorait!

-À vrai dire, l'Emkuasa n'était qu'une option. Qu'il soit là ou non, la mission à laquelle je participe aura lieu. Mais j'étais persuadé que je pourrais le trouver et qu'il apporterais un vrai plus, ce qu'on vérifiera une fois le moment venu. Lorsque la contre attaque aura lieu, Garion sera prêt! On mettra une raclée sans pitié à l'armée de la terre lorsqu'elle s'y attendra le moins, ce sera magnifique! À cette occasion, je retrouverais sans doute les autres membres de l'équipe d'infiltration.

Violine, quelques pas plus loin, pris une moue désolée. À aucun moment elle n'avait voulu parler de cet endroit de manière péjorative, malheureusement son propre dépaysement l’empêchait de garder la tête sur les épaules. Le froid mordant des ruelles à peines éclairées lui manquait presque, et la suite ne s'annonçait pas nécessairement de meilleure augure. Le Rocher Brûlant. Un nom qui, à lui seul, laissait présager des températures écrasantes! Heureuse malgré tout que Garion se prête lui aussi au jeu en posant à son tour des questions, elle lui répondit avec le plus franc des sourires.

-Ce que tu perds en cailloux, tu le gagnes en glaçon là-bas! Mais c'est vrai que ces régions sont très différentes. Au pôle Sud, on a beaucoup de grands villages côtiers, et certains bâtiments sont magnifiques. Tu verrais l'académie de maîtrise de l'eau, un véritable joyau fait de glace. À ce compte là, Vohanna toute entière est faite de glace. Je n'y suis jamais allée, mais il paraît que c'est absolument magnifique. Oh, dis moi, tante Pol nous a dit que tu avais déjà utilisé l'eau, tu penses que tu saurais le refaire? Je pense qu'en te regardant faire je saurais comment aborder ton apprentissage. Il y a quelques jours moi aussi j'étais élève, alors je ne sais pas vraiment comment m'y prendre...

L'adolescente se força à marquer une pause. À ce rythme ci, elle partait pour un véritable monologue dont elle seule avait le secret.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 28 Oct - 9:35

Ils avançaient lentement, et la pluie bruissait autour d'eux, transformant le paysage alentours en un tableau inquiétant. Le ciel était devenu sombre, cachant le soleil derrière ses épais nuages noirs. Le groupe était parvenu au sommet d'une colline, et apercevait en contre-bas l'océan avec, à son point de départ, comme un croissant brun sur l'herbe grise, le port. Il y avait bien peu de villageois sur les quais, en cet instant, tous s'étaient mis à l'abri du mauvais temps, et Garion aperçut ça et là, derrière les carreaux des habitations, quelques visages curieux. L'adolescent suivait ses aînés d'un air soucieux, évitant volontairement le regard de Violine. La question de la jeune fille l'avait laissé perdu, tétanisé: comment pouvait-il lui avouer qu'il ignorait tout de la maîtrise de l'eau ? Pour éviter de passer pour faible et défaillant dès le départ, il avait fait semblant de ne pas entendre et, depuis, s'était légèrement placé en retrait, de peur qu'elle ne réitère son interrogation.
Belsambar les guida auprès d'un petit voilier, dont les voiles repliées ne l'empêchaient pas de se faire brinquebaler sous les bourrasques. Sautant à bord, le jeune homme tendit la main à Violine pour l'aider à grimper, puis à Noatak. Garion, lui hésitait encore sur le quai, visiblement mal à l'aise. Tout ça allait beaucoup trop vite. Beaucoup, beaucoup trop. Levant les yeux au ciel, Belsambar cria pour couvrir les hurlements du vent:

"Bon, eh! En raison des dernières révélations à ton sujet, c'est pas une petite traversée en bateau qui va te faire peur!

Serrant les dents, Garion carra les épaules et finit par accepter la main que lui tendait le jeune homme. Une fois à bord, il se laissa tomber dans un coin, le dos collé contre la paroi, tremblant de froid autant que de peur. Toujours debout, immobile sur le pont, Belsambar jeta un regard à Noatak et Violine, comme s'il venait se souvenir d'un détail:

- Hum. L'un de vous sait-il conduire un bateau ?

- Tu étais bien tout seul pour venir, non ? Comment tu as fait si tu ne connais rien aux bateaux ? demanda Garion, suspicieux.

- Ce n'était pas pareil, blondinet.

Se renfrognant, resserrant les pans de son manteau autour de lui, Garion posa son menton sur ses genoux. En cet instant précis, il aurait donné n'importe quoi pour se trouver autre part, n'importe où. Fermant les yeux, il sentit la détresse resurgir, et dût serrer les dents pour ne pas céder aux sanglots qui menaçaient de l'envahir.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 28 Oct - 15:37

Violine préféra ne pas réitérer sa question, ayant parfaitement conscience de l'état de choc dans lequel son nouveau camarade se trouvait très certainement. Avant de grimper avec l'aide de Belsambar, Noatak jaugea rapidement le petit voilier. Il y avait en effet largement de quoi y faire tenir quatre personnes, et malgré son apparence somme toute banale il s'agissait à n'en pas douter d'un navire de qualité comme on en fabriquait sur la côte Ouest de la fédération. Après un petit tour d'inspection, le soldat constata que les voiles avaient une disposition pour le moins insolite, étant plus adaptées aux courants créés par les fils de l'air qu'aux bourrasques naturelles. L'appareillage de base demeurait pour autant le même, et bien que l'incapacité du prince à commander son embarcation puisse soulever quelques remarques, Noatak pensait être apte à diriger un tel engin.

-Je devrais pouvoir y arriver! hurla-t-il pour se faire entendre. Mais j'aurais besoin de ton aide, au moins les premiers temps.

-Je peux aider aussi, intervint Violine.

L'une des multiples leçons théoriques de Noatak refit surface. L'un de leur professeur, celui spécialisé dans les différentes armes de jets et véhicules de guerre, avait montré à ses apprentis comment les maîtres de l'eau contrôlaient les courants marins pour faire avancer les bateaux lorsque les courants ne suffisaient pas. Pour peu que Belsambar et l'adolescente se succèdent, ils disposeraient donc d'un moteur permanent. Pressé de quitter ces intempéries locales, le soldat entreprit de détacher la corde amarrant leur navire avant de s’apercevoir de l'état de Garion. Des regards s'échangèrent avant que celui de Violine, plus intense, intime à son camarade de poursuivre sa tâche.

-Très bien, cria Noatak en prenant le manche, cap vers le Nord! Belsambar, j'aurais besoin d'un vent adéquat!

Pendant que les garçons travaillaient d'arrache-pied, Violine fit jaillir une masse aqueuse directement depuis l'océan et la congela au dessus de leur embarcation en y ajoutant plusieurs pilonnes porteurs pour que sa plaque gelée reste en place, créant ainsi une toiture de givre. Au moins, ils pourraient être au sec. Puis, tout naturellement, elle alla s'installer auprès de Garion, prenant avec délicatesse sa main. Il tremblait, aussi la serra-t-elle pour tenter de le calmer.

-Je comprend que toute cette histoire te mette dans ces états, surtout que ce temps-ci n'est pas franchement idéal pour le début de cette quête. Au moins, on aura le soleil là où on va! Tu sais, tout ça me dépasse aussi. Dire que je n'étais venue que pour retrouver mes parents, tu te rend compte? Nous voila partis avec le prince de la fédération de l'air en personne. Enfin bref, je te dis tout ça parce que si jamais tu as besoin de parler, je suis là. Moi en tout cas j'ai besoin de parler, alors heureusement que je t'ai maintenant!

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 28 Oct - 17:32

La pluie cessa de les transir lorsque l'adolescente forma un toit de givre au-dessus d'eux. S'attelant alors à la tâche que lui avait désignée Noatak qui, de toute évidence, prenait les rênes de la troupe, Belsambar alla se placer à l'arrière du voilier, comme il l'avait fait quelques heures auparavant. Rassemblant ses forces, et se concentrant, il n'hésita pas à fermer les yeux pour accroître sa perception. Il était plus chose aisée de manipuler le vent lorsque ce dernier était déjà présent, bien plus compliqué en revanche de le créer à partir de rien. Pourtant, l'expérience pouvait s'avérer difficile si le vent était déjà en grand mouvement. Il fallait alors tenter de le canaliser.
S'asseyant en tailleurs sur le pont encore humide, Belsambar s'autorisa quelques secondes de concentration. Lorsqu'il fut certain d'avoir identifié l'origine des bourrasques, leur direction, et leur force, il passa à l'action. Un pli se forma entre ses sourcils, tandis qu'il émettait une volonté d'abord faible, puis de plus en plus insistante, sur la tempête. Bientôt, les bourrasques cessèrent de ballotter l'embarcation de part et d'autre, pour se ranger avec discipline derrière ses voiles, et de le propulser à bonne allure. Rouvrant les yeux, Belsambar ignora la fatigue qui commençait à l'envahir, et s'accouda pour garder un oeil sur le vent qui s'était finalement plié à sa volonté. Ce n'était pas un vent brutal, ce qui demandait plus d'énergie, plutôt un genre de brise régulière, et suffisamment puissante pour pousser le voilier à bonne allure. Toutefois, il allait devoir veiller à ce que le vent ne lui fasse pas un coup en douce. C'était un élément assez capricieux. Jetant un coup d'oeil à Noatak, qui s'était placé à la barre, il lança l'air de rien:

"Tu as une boussole pour savoir quelle direction prendre ? Je n'ai pas tellement envie de me retrouver perdu au milieu de l'océan!"

Toujours prostré dans un coin, Garion accueillit la présence de Violine avec raideur. Il était incapable de décider s'il était heureux que l'adolescente le rejoigne, ou frustré, parce-qu'il craignait de donner une mauvaise image de lui. Toutefois, les paroles réconfortantes qu'elle prononça lui réchauffèrent le coeur. Incapable de garder pour lui ses doutes, ses douleurs, ses questions, qui le tenaillaient incessamment, il répondit sans la regarder:

"Je n'ai jamais maîtrisé l'eau. J'ignore ce que Tante Pol t'a raconté pendant que je n'étais pas là, mais je ne sais absolument rien faire. J'ai l'impression que je... qu'on ma donné un titre qui ne correspond pas à ce que je suis réellement." Il serra contre son ventre son bras en écharpe: "Je suis un fermier stupide, faible, ignorant. Je ne sais pas écrire, et à peine lire. Je n'ai reçu aucune éducation comme celle que tu as du recevoir dans le Sud. Tout ça arrive bien trop vite, trop tôt, trop soudainement. Si encore Tante Pol m'avait averti de qui j'étais réellement -ou plutôt de qui elle dit que je suis-, si j'avais grandi en en ayant conscience, peut-être que ce serait différent. Mais je ne sais rien faire, je me retrouve embarqué dans tout ça, et... j'ai horriblement peur" souffla-t-il enfin, de légers trémolos dans la voix, gêné. "Je sais très bien comment ça va finir. Une fois que j'aurais appris à maîtriser les éléments, Noatak va me confier à l'armée, qui va m'envoyer sur le champ de bataille. Je vais affronter nos ennemis, et ils vont me tuer. Je sais que c'est indigne de l'Emkuasa de se conduire comme ça, mais j'ai peur. J'ai toujours souhaité que l'Emkuasa renaisse de ses cendres et nous sauve, mais pas comme ça. Pas moi. J'en suis incapable. Tout ce que j'ai fait dans ma vie c'est récurer des chaudrons, labourer les champs, tomber des falaises. J'ignore ce que Tante Pol, toi, et les autres attendez de moi, mais je sais déjà que je serai incapable de le faire. Franchement, regarde-moi!" explosa-t-il en se tournant vers la jeune fille. "De quoi j'ai l'air ? Surement pas d'un héros qui s'apprête à sauver l'humanité. C'est Belsambar qui a raison. Avec moi, vous êtes perdus."

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 28 Oct - 19:38

Violine aurait souhaité plus que tout au monde trouver les mots justes pour réconforter son compagnon, pour dissiper ces doutes auxquels il était en proie. Pourtant, malgré tous ses efforts, elle ne parvint pas à se détacher de ce fond de vérité dont ses paroles étaient imprégnées. Effectivement, lorsqu'elle s’imaginait l'Emkuasa, elle voyait un emprunt de sagesse et capable de renverser les montagnes, ce que tous les prédécesseurs de Garion avaient été! Personne ne prenait la peine de tenter de se figurer ces héros à leurs débuts, lorsqu'on leur annonçait la tâche qui leur incombait, alors même qu'ils étaient comme eux à l'heure actuelle de simples adolescents, peut-être sans le moindre talent. S'il avait confiance en soi et qu'il se prêtait au jeu, nul doute que le jeune garçon des marais pourrait devenir comme ces élus d’antan! Le voulait-il cependant? Se démarquer d'eux pourrait être une bonne chose. Cela n'aidait pourtant pas la jeune maîtresse de l'eau, incapable à l'heure actuelle de lui apporter plus de soutien. Fort heureusement, Noatak, écoutant la conversation depuis le début -sans entendre la partie concernant l'armée- prit la liberté d'intervenir.

-En toute honnêteté, moi aussi j'étais mort de peur. Je ne sais pas si c'est le cas, mais tu rêvais peut-être de l'Emkuasa comme d'un héros. Moi, je voyais tous les membres de la troupe d'infiltration de la tribu de l'eau comme de véritables légendes vivantes. Lorsqu'on m'a annoncé que j'en ferais partie, ma famille débordait de joie, comme ta tante semble heureuse que tu sois l'Emkuasa. Moi, j'avais simplement peur. Je savais que là où on la troupe se rendrait il y aurait des morts, dont peut-être moi. Et ce qui me faisait plus peur encore, c'était de ne jamais voir mon enfant naître, de ne pas pouvoir l'élever avec ma femme. En fait je ne sais pas vraiment pourquoi j'utilise le passé, cette peur est encore là! On est tous dans le même bateau, et...eh! Le même bateau!

Comme pour s'assurer que les autres avaient compris ce jeu de mot involontaire, il désigna à plusieurs reprises la coque du navire sur lequel tous quatre se tenaient, puis, constatant que personne ne semblait enclin à rire de sa plaisanterie somme toute lamentable, il reprit, se raclant la gorge pour reprendre contenance:

-Et on occupe des places qu'on a pas forcément choisi! Violine mise à part, elle qui est une élève prodige à qui tout sourit...

-Je t'ai rencontré, mettons que ça fait un gros point noir.

-Ça je le retiens! Regarde, Belsambar est un prince qui ne veut pas de son trône, moi je suis soldat car je suis le seul raté de ma fratrie à ne pas maîtriser l'eau, toi tu es l'Emkuasa alors que tu ne veux pas l'être. Aucun de nous n'a vraiment eu le choix, nous avons tous nous défauts, non des moindres. Tu es autant perdu avec nous qu'on ne l'est avec toi. C'est pour ça qu'on doit s'unir! D'ailleurs, à propos d'être perdus, rassure toi Sambar, j'ai emporté une boussole. Enfin, je crois.

-Elle est dans ton sac, idiot! Tu me l'a montrée au moins une dizaine de fois avant qu'on accoste.

-Ah oui, c'est vrai. Et évidemment que je te l'ai montrée une dizaine de fois, elle est splendide!

Joignant le geste à la parole, il fouilla rapidement dans son sac et en sortit un objet argenté finement orné, qu'il prit soin d’exhiber longuement avant de reprendre la barre. Scrutant l'horizon, les courants d'air parcourant ses cheveux, il se sentait bien dans ce rôle de capitaine. Diriger une troupe constituée de soldats disciplinés et ultra-compétents aurait-été d'un ennui mortel. Ses camarades, au contraire, avaient encore beaucoup à apprendre, tout comme lui. De toute manière, n'était-ce pas le fait de chercher à atteindre un objectif qui s'avérait jouissive, plus que la réalisation de cet objectif en soi? Ils mourraient tous de toute manière un jour ou l'autre, alors autant le faire en tentant d'accomplir quelque chose d'unique et d'amusant. Il suffisait de voir ce voyage comme une simple pérégrination à grande échelle entre amis, avec quelques épreuves disséminées sur leur parcours. Lorsqu'ils seraient fin prêts, la joute finale ne constituerait alors qu'une formalité dont ils auraient vite fait de se débarrasser.

-Au fait, comment tu t'es fait ça? demanda Violine à Garion en désignant son bras blessé.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 8:35

Il s'attendait à ce que Violine éclate de rire et se moque de le voir aussi pleutre, aussi Garion fut-il surpris de la voir sincèrement navrée. Pourtant, ce ne fut pas elle qui lui répondit, mais Noatak. L'adolescent sursauta lorsque le jeune soldat éleva la voix, mais fut rapidement rassuré. Au fond, il n'était pas le seul à se retrouver embarqué dans une histoire dont il ne comprenait rien. Au contraire, se plaindre sans cesse, revenait à se montrer égoïste: Violine avait dut quitter son pays natal, Noatak sa femme et son enfant. Baissant les yeux en rougissant, Garion sentit que les paroles que le soldat lui prodiguaient lui faisaient l'effet d'un baume cicatrisant. Essuyant ses yeux d'un revers de manche, il constata que même Belsambar le fixait avec un air un peu moins hostile que d'habitude.
Lorsque Violine et le chef de l'équipée se chamaillèrent à propos d'une boussole -qui était d'ailleurs le plus bel objet que Garion n'eut jamais le plaisir de contempler jusqu'ici-, il esquissa un sourire humide. Il se sentait vraiment idiot d'avoir craqué devant tout le monde. Détournant les yeux, désirant rien de moins que de se glisser dans un trou de souris, il dut toutefois répondre à l'adolescente, qui désignait son bras en écharpe.

- Je suis grimpé sur la falaise, et je suis tombé. Tante Pol dit que le courant m'a jeté contre les rochers en bas de l'à-pic. D'ailleurs", ajouta-t-il soudainement," elle dit que c'est un miracle que j'ai réussi à survivre à ça. Je me rappelle plus ou moins m'être évanoui lorsque je me suis assommé contre le bas de la falaise. Elle n'a pas voulu m'expliquer comment j'ai fait pour m'en sortir quand je lui ai posé la question. Tu crois que... enfin, que j'aurais pu... utiliser l'élément de l'eau inconsciemment ?
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 9:56

Grimper au sommet d'une falaise. Il n'y avait que de très rares massifs au pôle Sud aussi Violine n'avait-elle jamais eu l'occasion de s'y risquer, et elle n'aurait sans doute pas eu le courage de le faire même si on lui avait vanté la beauté du paysage depuis là-haut. Pour avoir agi de la sorte, Garion devait être soit sacrément inconscient soit diablement courageux; voire peut-être un peu des deux. En tout cas, son témoignage s'avérait des plus intéressants. S'il était parvenu à survive à une chute mortelle en s'en sortant uniquement avec un bras endommagé, cela ne pouvait tenir que de la maîtrise de l'eau ou bien du miracle!

-Ce n'est pas impossible.C'est même plus que probable, vu que tu es censé être un fils de l'eau! Ça te dirais d'essayer de nouveau lors de notre prochaine pause?

Qu'il le veuille ou non, Violine lui montrerait de toute manière les bases à connaître, afin qu'il puisse s'imprégner des mouvements. Le seul souci provenait du fait que pour que l'eau obéisse, il fallait lui faire suivre des courbes précises, harmonieuses, dessinées avec les bras. Si le garçon n'en avait qu'un seul de valide, cela risquait de lui causer du tort. Pourvu simplement qu'il guérisse vite. La petite troupe navigua plusieurs heures avant de sortir de la tempête. Les vents, plus cléments, cessaient de faire chavirer leur navire, et la pluie s'était arrêtée. On ne distinguait pas la moindre terre à l'horizon. Le soleil étant au zénith, la faim commençait à se faire sentir, aussi Noatak annonça-t-il qu'ils accosteraient pour déjeuner dès qu'ils apercevraient un îlot. Ils auraient certes pu se contenter de grignoter en mer, mais le contact avec la terre ferme ferait du bien à tout le monde.

-Tu veux que je te remplace? demanda Violine à Belsambar, toujours occupé à animer les courants en leur faveur.

Elle n'avait jamais tenté d'utiliser la maîtrise de l'eau pour faire avancer un vaisseau mais l'expérience ne la rebutait pas.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 10:35

Garion sentit ses inquiétudes resurgir lorsque Violine lui proposa de lui montrer comment manipuler l'eau, mais il se força à acquiescer le plus bravement possible. Ce n'était pas en se lamentant sur son sort que les choses s'arrangeraient, et penser à autre chose à sa petite personne lui ferait du bien. Son estomac grogna de protestation: il n'avait pas avalé grand chose ce matin, et cette virée en mer le remuait un peu trop à son goût, même si les intempéries s'étaient calmées. Garion se demanda si le prince de la fédération était responsable de cette accalmie, mais n'osa pas le lui demander directement, de peur de se faire encore traiter d'imbécile. Il fut rassuré lorsque Noatak annonça qu'ils accosteraient sur le premier tas de terre qu'ils rencontreraient.

Depuis que la tempête avait cessé de l'importuner, le travail de Belsambar s'était révélé presque plaisant. Désormais, contrôler la brise qui propulsait le bateau demandait beaucoup moins d'effort, car il n'avait plus à "garder un oeil" sur les bourrasques voisines.
Néanmoins, la torpeur l'envahissait peu à peu. Il n'avait pas beaucoup dormi cette nuit, et n'avait pu se reposer de la journée, si bien que si son esprit était sur le qui-vive, son corps, lui, réclamait son quota de sommeil. Lutant pour garder les yeux ouverts, il sentait ses muscles se détendre, et sa tête piquer du nez inéluctablement, ce qui pouvait se révéler dangereux: il avait manipulé le vent en dormant, une fois, accidentellement bien sûr. La grange dans laquelle il avait fait sa sieste s'était retrouvée en morceaux à son réveil. Baillant à s'en décrocher la mâchoire, le jeune homme en était à réciter l'une des leçons d'histoire de ses précepteurs pour tenter de se garder réveillé. Il accueillit la proposition de l'adolescente avec plaisir, et relâcha aussitôt sa volonté sur le vent. S'asseyant à quelques pas de Garion, il ôta sa veste, la place sous sa nuque, et ferma les yeux avec soulagement.

Se retrouvant seul, Garion observa Violine se mettre en place, curieux, inquiet et intrigué à la fois. Il avait peur et hâte en même temps de voir l'adolescente passer à l'action.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 11:39

Après que Belsambar lui ai cédé sa place, Violine s'installa en tailleurs, fermant les yeux pour aborder cette nouvelle branche de l'arbre des possibles propre à la maîtrise de l'eau. Pendant près d'une minute, elle se concentra sur les remous du navire, identifiant les courants marins, cherchant une solution pour les isoler sans pour autant passer à l'action. Ayant enfin trouvée ses marques, elle se releva, plaça une mai droit devant elle, l'autre légèrement en retrait, puis entama dans le vide d'amples mouvements, comme si elle voulait chasser une eau invisible. Petit à petit, leur embarcation accéléra, sans pour autant atteindre la vitesse à laquelle Belsambar les propulsait. Ce ne fut que lorsqu'elle fut totalement habituée à cette pratique que l'adolescente décida d'augmenter la cadence. Elle prit des appuis plus fermes, pencha son buste en avant. Ses deux bras se tendirent droit devant elle, paumes vers l'extérieur, avant qu'elle ne les rabatte violemment vers l'arrière. L'effet fut immédiat: à l'arrière, on put voir des gerbes d'eau propulsées de toute part, comme si un puissant moteur venait de faire son entrée. Le choc fut tel que leur embarcation se souleva un instant avant de retomber sur l'eau, plus rapide que jamais.

-C'est absolument génial! cria Noatak, presque euphorique. Je vois déjà un îlot là bas, allons y!

Ils ne purent malheureusement pas conserver cette soudaine accélération. Si le pouvoir déployé par Violine s'avérait impressionant, il demandait en revanche beaucoup de ressources de la part de la jeune fille. La maîtrise de l'eau n'était pas faite pour ce genre d'activité brutale. En tant qu'élève particulièrement douée, elle pouvait se permettre ce genre de choses, mais même elle en ressentait le contrecoup. Très vite, elle décéléra pour en revenir aux mouvements initiaux, plus lents mais bien moins fatigants. Après quelques minutes, ils débarquèrent une motte de terre perdue en plein milieu de l'océan, d'à peine cinquante mètres de long sur vingt de large. Force était toutefois d'apprécier la beauté du lieu, avec cette étendue ce sable fin et la végétation luxuriante. La petite troupe mit pied à terre.

-Pfiou, il fait incroyablement chaud ici...

-Tu comptes te plaindre à chaque fois qu'on arrivera à un nouvel endroit?

Pour toute réponse, Violine tira la langue à Noatak puis alla s'asseoir dans le sable, non loin du rivage. Elle se sentait bien ici, entourée d'une eau bien plus saine que celle de l'archipel de l'Ouest. Ce serait un endroit parfais pour montrer quelques mouvements à Garion et pour prendre un peu de repos. Belsambar plus que tout autre semblait d'ailleurs en avoir particulièrement besoin. Une fois la nourriture distribuée, Noatak déploya sa carte et ouvrit sa boussole.

-On a été bien plus vite que prévu! annonça-t-il. Avec un peu de chance, dès demain on arrivera au Rocher Brûlant.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 13:17

Ce que Violine nommait "maîtrise de l'eau", Garion le comparait plus à une danse. La jeune fille mouvait ses bras et son buste avec grâce, légèreté, et le jeune homme doutait d'être un jour capable d'autant de magnificence. Le résultat de cette danse lascive, presque langoureuse, était audible et même visible: d'énormes gerbes d'eau propulsèrent l'embarcation à vive allure, et ce jusqu'à ce que la jeune fille ne revienne à un rythme moins saccadé et plus raisonnable. Il constata en se penchant avec prudence au-dessus de la rambarde que l'eau semblait se mouvoir d'elle-même sous le bateau, formant comme un tapis sur lequel le voilier glissait sans bruit. Violine semblait littéralement "onduler", ce qui finit de l'inquiéter.
Il ne serait jamais capable de bouger comme ça, constata-t-il en se rasseyant. Belsambar, qui dormait seulement d'un oeil, avisa son air dépité et ne put s'empêcher de lui faire remarquer:

"T'en fait pas, blondinet. Au pire, tu te mettras à la danse orientale, ça pourra aider."

Le voilier s'échoua souplement sur un petit banc de sable fin et doré, bien différent de celui, gris et froid, aux alentours de la ferme. La pluie n'était définitivement rien de plus qu'un mauvais souvenir, et Garion remarqua le soulagement de ses compagnons lorsqu'ils débarquèrent. Lui-même ne cacha pas sa joie de retrouver le plancher des vaches, et s'installa auprès de Violine, ôtant sa veste pour la faire sécher. Le soleil transperça alors sa tunique de lin, et il savoura un instant la morsure chaude sur sa peau frigorifiée. En face d'eux s'était affalé Belsambar, allongé sur le dos, un bras au-dessus des yeux. Sa respiration prenait un rythme lent et régulier, ce qui informa le jeune garçon sur l'état de fatigue extrême du prince héritier, même si ce dernier tentait tant bien que mal de le cacher.
Mâchouillant une lamelle de viande séchée, Garion observait la petite troupe sans oser piper mot. Si la panique s'en était allée, elle avait laissé place à un sentiment de bizarrerie qu'il avait du mal à nommer. Puisque tout le monde mangeait en silence, hormis Belsambar, qui n'avait encore rien avalé d'autre qu'une ou deux gorgées d'eau fraîche avant de sombrer dans un profond sommeil, Garion décida de rompre ce moment intimidant. S'adressant à Noatak, il demanda timidement:

"Excusez-moi, mais... quel âge avez-vous ?"
Cette question le hantait depuis qu'il était revenu à un état presque normal. Noatak ne semblait pas bien vieux. Mais d'un côté, c'était leur chef, alors Garion hésitait sur la conduite à tenir avec lui: le tutoiement était peut-être trop familier, mais le vouvoiement lui donnait l'impression de tenir une conduite trop guindée.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 15:05

Noatak ne put réprimer un sourire face à la question du garçon. On lui demandait souvent son âge, probablement du fait de son propre comportement. S'il se devait d'être sérieux, il ne pouvait pas s’empêcher de plaisanter ou de se chamailler avec ses compagnons, quels que soient les âges de ceux-ci. Il était ainsi, trop gentil, toujours à se soucier des autres, quitte à en faire trop malgré lui.

-J'ai vingt-cinq ans, répondit-il. Et toi? Attend...hum...je parie que tu en a quinze!

-Moi je dirais seize, lança Violine à tout hasard.

Elle était heureuse de cette amorce de changement en Garion. Lancer le dialogue restait la meilleure solution pour initier une véritable amitié commune au sein de leur groupe. Si au contraire chacun restait dans son coin à ruminer ses pensées...cette seule pensée lui faisait froid dans le dos. Tout en attendant la réponse de l'Emkuasa, Violine avala une dernière bouchée de pain puis ôta ses bottes, remonta son pantalon puis alla se tremper les pieds dans l'eau. L'utilisation de son pouvoir sur le bateau ne constituait pas un exemple que Garion se devait de garder en tête. Il s'agissait d'une force contraire au principe même de la maîtrise de l'eau, à savoir l'harmonie, la créativité. Comme pour se repentir de l’entorse ainsi faite à sa culture natale, Violine fit léviter une gerbe d'eau, la guidant de ses bras pour que cette dernière tournoie autour d'elle, l'englobe, éclate, se recompose, forme un véritable ballet. Tout à coup, la jeune fille interrompit le mouvement, se figea pendant que l'eau qu'elle utilisait devenait progressivement une mosaïque de glace. Puis, brusquement, elle se tourna vers Noatak, paumes tendues vers lui. Un petit bloc de givre fusa vers le soldat.

-Réflexes! cria l'adolescente.

Mouvement parfaitement contrôlé, le défenseur fit jaillir sa lame courte de son fourreau et fendit l'air. Le bloc éclata en milliers de tessons étincelants, lesquels ne tardèrent pas à fondre au soleil.

-Espèce de malade, préviens avant de frapper!

Il avait beau crier, chacun pouvait comprendre à son sourire que ce genre d'exercices l'amusaient plus qu'autre chose.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 29 Oct - 15:18

Ainsi, Noatak n'était pas si âgé que ça! Finalement ce n'était pas très étonnant. Il s'agissait là d'une découverte qui permettait à Garion de le tutoyer, ce qu'il fit avec soulagement en répondant, presque gêné de les décevoir lui et Violine:

- Je n'ai que quatorze ans."
Il allait poser la même question à Violine, mais celle-ci venait de filer en direction du bord de l'eau, déchaussée. Impressionné, il l'observa concevoir une sphère liquide, la faire léviter autour d'elle en une danse souple et déliée. Lorsque l'adolescente propulsa une boule de glace vers Noatak, Garion se baissa, de peur que le tir de la jeune fille ne l'atteigne lui plutôt que sa cible. Mais son inquiétude était infondée: le chef de l'équipée fendit le projectile d'un grand coup de sabre. Les débris parsemèrent le sable autour d'eux et, tandis que Noatak invectivait Violine avec un air faussement contrarié et que Belsambar grognait quelque-chose d'indistinct, Garion ramassa un morceau de glace, échoué à ses pieds. Le glaçon fondit rapidement au creux de sa main, formant une petite mare sur sa paume. Il plongea ses yeux dans la gouttelette, essayant de percer les secrets qu'elle renfermait. Comme il ne discernait rien d'autre qu'une partie de son reflet, il écarta les doigts et laissa l'eau s'écouler sur le sable, presque agacé de sa propre bêtise. De toute évidence, il était le seul des quatre à n'avoir aucune connaissance en la matière. Même Noatak devait en savoir plus que lui.
Refusant de se laisser abattre par son ignorance, il rejoignit Violine au bord de l'eau. Le vent s'engouffrait dans ses boucles blondes, mais il continua d'avancer jusqu'à l'adolescente. Une fois à sa hauteur, il lui demanda, très sérieux, peut-être un peu trop:

"Comment tu fais ?"

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