Le pot à crayon

Avec un crayon, on peut écrire dessiner, faire de la musique en tapant partout avec. On peut créer avec un crayon.Alors imaginez ce qu'on peut faire avec un pot à crayon!
 
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 Les journées anonymes de la tribu de l'eau

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L.Hubs
Marchombre
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MessageSujet: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 24 Sep - 22:19

Sept heures du matin en cette froide et sombre journée de printemps. Le soleil peine à se lever au pôle sud, pourtant ses quelques rayons volatiles parviennent à passer entre les volets fermés de la demeure familiale des Lisana pour se poser délicatement sur le doux visage de Violine, dont un filet de bave s'échappe, humectant un oreiller dont l'état laissait à désirer. À sa décharge, on pouvait lui accorder sa longévité: il trônait sur ce même lit depuis désormais près de dix ans! La propriétaire de ce dit meuble l'aurait volontiers changé, toutefois sa bourse ne le lui permettait pas. Le conseil lui accordait de quoi se nourrir et poursuivre ses études, sans pour autant lui permettre de dépenser dans quelque loisir que ce soit. Tirée de son sommeil, Violine se plongea la tête dans ses couvertures pour se protéger de l'astre du jour, bien que cela ne soit pas vraiment sensé. À partir du moment où on la réveillait, la jeune fille avait un mal fou à se rendormir. Tenter de gagner quelques minutes ne fut pas déplaisant pour autant...sauf qu'on était samedi. Or, le samedi, la matinée entière se consacrait à la maîtrise de l'eau. Si elle ne se dépêchait pas, elle qui se croyait en avance finirait peut-être en retard.

-J'vais me lever...une minute...allez...j'me lève...non, dans une minute...

Elle continua de marmonner ainsi durant quelques secondes, tentant tant bien que mal de se motiver, puis se redressa d'un coup. Après moult tentatives au cours de grasses matinées tout aussi nombreuses, cette méthode-ci s'avérait de loin la plus efficace. Enfin consciente de ses gestes, Violine se dirigea vers ce qui lui servait de salle de bain. D'un geste négligeant de la main, elle fit virevolter de l'eau depuis un grand sceau jusqu'à son visage, se brossa rapidement les cheveux, puis finit par s'étirer longuement. Ses muscles jaillissaient un à un de cet affreux état d'ankylose. Il s'agissait là d'un dilemme abject. Dormir longtemps lui faisait le plus grand bien, mais elle regrettait constamment d'avoir gâché sa matinée. Ceci dit, il ne se faisait pas bien tard. Violine alla chercher dans sa penderie un pantalon noir, enfila sa tunique fétiche par-dessus, revêtit une paire de bottes puis mit un grand manteau en fourrure, duquel elle rabattit la capuche sur son crâne. Elle était prête à affronter les courants gelés du pôle sud! Sa porte s'ouvrit et le décor morne de sa petite demeure faite de pierre et de bois se dissipa, laissant place à une étendue éclatante de neige et de glace, parsemée de chaumières et autres bâtiments. Toutes les cités de la tribu de l'eau ressemblaient à celle-ci. Violine inspira une grande bouffée d'air frais. Elle adorait son village plus que n'importe quel autre! En bordure de l'océan, peuplé de gens sympathiques, Vohanna faisait pâle figure à côté! Le sourire aux lèvres, la jeune fille avança d'une démarche tranquille vers l'académie, observant au passage les travailleurs matinaux. Parmi ceux-ci, un type d'une cinquantaine d'années remontait un filet de pêche avec quelques collègues.

-Oh, Violine, salut! Tu vas au cour de maître Ukap ce matin?

-Bonjour monsieur Skoak! lui répondit-elle d'un ton enjoué. Oui...il va encore nous épuiser! Mais c'est passionnant.

-Eh, tu n'as qu'à venir manger à la maison ce midi! Madeline prépare du kraken.

Les Skoak étaient un couple sans enfant, des travailleurs bons vivants. Depuis le départ de ses parents, ils avaient toujours été très attentionnés envers elle. Si cette situation ne lui déplaisait pas forcément, Violine s'y accommodait un peu trop à son goût, profitant malgré elle du fait que ces quinquagénaires voyaient en elle la fille qu'ils n'avaient jamais eu. Refuser du kraken n'aurait toutefois pas été décent! Après avoir fait signe qu'elle acceptait volontiers l'offre en remerciant allègrement son interlocuteur, l'adolescente pressa le pas. Elle ne pourrait pas s'arrêter tous les quinze mètres. Quelques minutes plus tard, elle se retrouva devant les portes d'un bâtiment impressionant, fait entièrement ou presque de glace. Créé par les fils de l'eau et entretenu par le froid ambiant, il ne fondait jamais. Son immense cour intérieure possédait un point d'eau profond, ce qui en faisait un lieu idéal pour les entraînements, d'autant que maître Ukap voyait souvent les choses en grand, surtout avec elle. Lorsque Violine entra, personne ne lui posa la moindre question, tous étant parfaitement habitués à sa présence ici. Divers maîtres la regardaient avec envie, jaloux qu'Ukap ait écopé d'une élève si brillante, tandis que ses enviaient toutes les éloges qu'elle récoltait. Quelques jeunes s'échauffaient déjà dans la cour, en se concentrant à plusieurs pour faire léviter plusieurs dizaines de litres d'eau, laquelle passait de temps à autres à l'état solide, adoptant pour l'occasion des formes toujours plus insolites. Lorsqu'ils virent arriver Violine, trois jeunes l’interpellèrent et projetèrent leur eau droit sur elle, tentant de la prendre par surprise. Accoutumée à ce genre d'exercices de la part de son tuteur, la jeune fille n'eut aucun mal à parer l'attaque. D'un geste fluide, elle fit un quart de tour, décrivit deux arcs de cercles avec ses bras; la masse aqueuse se sépara en deux avant de se retourner contre les envoyeurs, lesquelles tombèrent sur le sol gelé, trempés.

-Pas cette fois les gars!

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Margogotte
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mer 26 Sep - 9:24

[HRP: Bah alors, j'croyais que tu me laissais commencer ? :p Laisse-moi le temps d'écrire, que diable! xD]


Marais salant du clan, Garion.
Le soleil perçait à travers les épais nuages, se reflétant sur les gouttelettes qui recouvraient l'herbe haute. Un vent frais et humide soufflait sur la colline, promenant dans son sillage les touffes verdoyantes, qui ondulaient avec légèreté. Allongé sur le dos, observant le ciel, Garion mâchouillait un brin d'herbe. Il profitait de ce premier jour de beau temps de la manière qui, à ses yeux, était la plus agréable, la paresse. Depuis le début de la matinée, il n'avait cessé de courir partout: aider au marais salant, nettoyer l'écurie du cheval de trait, graisser le harnais de ce dernier... c'était à croire que Tante Pol s'était mis en tête de l'empêcher de n'avoir ne serait-ce qu'une minute rien que pour lui!
Soupirant d'aise, l'adolescent s'étira de tout son long, et ne put retenir un sourire. La vie sur l'Île n'était pas tous les jours agréables, mais quand on arrivait à sortir au bon moment, on avait lieu à des paysages aériens magnifiques. Les anciens du villages racontaient que le vent venait directement de la Nation éponyme, et que ces bourrasques étaient les plus puissantes de tout l'univers, elles charriaient des nuages de tailles imposantes. L'après-midi, quand le soleil les éclairait de l'intérieur, comme une bougie projette sa lumière sur une toile, et donnait vie à ces monstres immaculés. Avec suffisamment d'imagination, on pouvait facilement y distinguer des visages de trolls, des chevaliers, ou même des dragons. Garion était en train d'admirer la silhouette encore floue d'un oiseau, lorsqu'une voix qu'il connaissait bien l'appela du bas de la colline. Avec un soupir à fendre l'âme, le jeune garçon se releva et dévala la pente à toute allure, au risque de se tordre le cou. Sachant pertinemment où il trouverait sa tante à cette heure de l'après-midi, il se dirigea vers la cuisine.
Garion aimait bien cette pièce constamment enfumée, donc l'air saturé des fumets des plats donnait du coeur au ventre et réveillait en un rien de temps une faim inassouvie. De temps à autre, l'adolescent passait en coup de vent pour subtiliser une ou deux brioches. Tante Pol était probablement la meilleure cuisinière de tout le clan, voire de toute la région.

Comme à son habitude, elle était affairée devant le feu, tournant le contenu d'une casserole en chantonnant doucement. Les autres femmes de la ferme avaient du vaquer à leurs occupations quotidiennes, car Tante Pol était seule. Plutôt grande pour une femme, ses épais cheveux noirs cascadaient le long de son dos, et sa taille fine était entourée d'un tablier blanc. Depuis toujours, Garion se demandait comme sa Tante faisait pour ne pas salir ce tablier, qu'elle ne lavait pourtant jamais. Il y avait pleins de choses en rapport avec Tante Pol, qui ne s'expliquaient pas.
Il n'eut pas besoin de l'avertir de sa présence et, même si elle lui tournait le dos, elle fit:

"Où étais-tu passé, mon chou ?"
C'était toujours ainsi qu'elle l'appelait. Même s'il n'appréciait pas que les autres adolescents du clan se moquent de lui à cause de ce surnom enfantin, Garion aimait bien qu'elle continue à le faire.
"Sur la colline", se contenta-t-il de répondre.
"Je vois. Tu dois surement avoir pleins d'obligations, n'est-ce pas ?
- En fait, non, pas grand chose", répondit-il sans réfléchir. Il n'aurait pas du dire cela, car sa Tante enchaîna aussitôt: "Dans ce cas, tu peux récurer ces chaudrons-ci. Et, mon chou ?" enchaîna-t-elle alors qu'il se détournait en grommelant. "Essaie de ne pas les rayer."

Ruelles de la capitale de l'Île des Vents, Belsambar.
Les sons que faisaient les bottes de ses poursuivants martelaient la ruelle. Ils ne se rapprochaient pas, mais demeuraient bel et bien là. Belsambar esquissa un sourire sarcastique: les hommes de son père étaient téméraires, on devait leur laisser ça. Sans cesser de courir, il bondit au-dessus d’un mur bas, contourna un bâtiment, et vit les gardes royaux qui l’avaient pris en chasse s’éloigner peu à peu. Pour leur donner le coup de grâce, le jeune héritier avisa un étal marchand surmonté d’une tonnelle en tissu. Sans hésiter, il prit son élan, se réceptionna sur la toile, qui plia dangereusement sous son poids. Il entendait le marchand scandalisé le traiter de tous les noms d’oiseau. Bondissant à nouveau, Belsambar s’accrocha au toit du bout des doigts, puis se hissa en grognant. Il roula sur le dos, se releva, et reprit sa course.
Ce fut seulement quelques mètres plus loin, dissimulé derrière une imposante cheminée, qu’il put reprendre son souffle. Ricanant, il regarda ses poursuivants faire demi-tour en maugréant. Son père les réprimanderait certainement -comme d’habitude, d’ailleurs.
Belsambar réajusta sa chemise en lin, et descendit en s’accrochant à une gouttière. Il traversa la cité rapidement, esquivant adroitement les quelques patrouilles, ou les commerçants qui n’auraient pas hésité à signaler sa présence. Lorsque, enfin, il aperçut les pics lointains qui surmontaient le plateau stérile, il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Sans se préoccuper de savoir s’il en avait le droit ou non, il détacha les rênes d’un cheval qui attendait que son propriétaire termine sa visite de la capitale, l’enfourcha prestement et talonna. Le galop de la bête lui fit du bien et, penché en avant, il apprécia le vent sur sa figure, jouant dans ses cheveux, qui essayait de l’arracher à la selle. Belsambar aimait le vent depuis qu’il était tout petit. Il représentait quelque-chose de fort, mais d’insaisissable. Il était comme lui.
Le prince jeta son dévolu sur une des innombrables falaises entourant la cité. Le ravin qu’il avait choisi était sinistrement nommé « la tombe », en raison des nombreux accidents mortels qui avaient eu lieu à cet endroit précis. Divers imprudents avaient voulu regarder la rivière qui coulait en en contre bas, et étaient tombés, emportés par les bourrasques qui plongeaient dans le vide. Belsambar n’avait cure du risque qu’il prenait en venant ici. Il dissimula sa monture derrière un amas rocheux, cracha dans ses mains déjà poussiéreuses, et commença son escalade.
Il venait ici depuis qu’il parvenait à échapper aux gardes royaux, si bien qu’il connaissait chaque pierre, chaque accroche, chaque fente qui habillaient cette paroi rocheuse. Plus rapidement qu’aucun alpiniste expérimenté, il parvint sur la petite plateforme invisible d’en haut, et s’installa, appuyé sur ses coudes. Il aimait venir ici, car la poussière, emportée dans cette immense brèche, était brinqueballée de part et d’autre par le vent, qui, du coup, devenait visible. L’on pouvait observer le va et vient incessant des bourrasques, les arabesques gracieuses et incontrôlables qu’elles formaient. Belsambar aimait comparer cela à une danse, solitaire, lancinante.
Puis, comme il avait peu dormi cette nuit, il ferma les yeux et ne tarda pas à s’assoupir.
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L.Hubs
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mer 26 Sep - 12:42

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(J'ai écrit en écoutant ça, je trouve que ça va bien avec, mais libre à vous de zapper la musique ^^)


L'aube. Une splendide aquarelle colorée, aux milles reflets chatoyants. Les rayons timorés du soleil jouaient avec le paysage antarctique, diffusant leur lumières divine à travers la capitale de la nation de l'eau. De l'avis commun, Vohanna était l'un des plus beaux joyaux de ce monde: une merveille faite de glace et d'eau, se dressant majestueusement au milieu d'un paysage époustouflant. Assis en tailleurs sur son balcon malgré la température dissuasive, Noatak ne prêta pas vraiment d'attention à ce spectacle. Il n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit. Qui aurait pu en faire autrement alors qu'il était sensé assister à l'un des conseils de guerre les plus importants de toute l'histoire de sa nation? Une mission d'infiltration au royaume de la terre. Si leurs différentes tâches d’espionnage et de sabotage fonctionnaient, cela pourrait changer le cours de la guerre; avec un peu de chance ils déstabiliseraient suffisamment leurs ennemis pour que la fédération de l'air puisse lancer une contre-offensive massive. Si, entre temps, l'Emkuasa pouvait se manifester et se rallier à eux, le tableau serait parfait. Le rêve du jeune homme était en phase de s'accomplir: il deviendrait un héros, reconnu à sa juste valeur, respecté par toute la tribu du pôle Sud, voire par le monde entier. Seulement, tous gardaient à l'esprit un fait dérangeant: beaucoup d'entre eux ne reviendraient sans doute pas. Noatak soupira. La fumée s'échappant de sa bouche lui rappela à quel point il avait froid dans sa tenue de combat légère, déjà revêtue depuis la vieille au soir. Sans s'en rendre compte, il se mit à trembler. Les courants frais n'y étaient pour rien.

-Noatak...

Il se retourna. Sa femme venait de s'accroupir derrière lui, posant une main réconfortante sur son épaule. Ses sens étaient aiguisés, pourtant le stress l'avait empêché de l'entendre venir. Aucun mot ni regard ne furent échangés durant une longue minute, passée à scruter l'horizon. Même sans ces futilités, ils se comprenaient.

-Tu n'es pas obligé d'y aller, tu sais. Tu es encore jeune, tu auras largement le temps de faire tes preuves.

Dans un autre contexte, ces paroles auraient été dotés d'un indéniable fond de vérité, toutefois...si personne n'agissait, il n'y aurait plus rien à prouver. Pris dans leur folie destructrice, le roi de la terre et l'Eldarak n'hésitaient pas à piller, brûler, exterminer. Le stade de la simple conquête était dépassé depuis longtemps, les fils du feu du Nord en avaient fait l'expérience. Seule une coalition active pourrait mettre fin à ce conflit, débuté depuis trop longtemps déjà. Lui, Noatak Yakone, avait réussi à prouver aux plus grands généraux de son pays qu'il était un guerrier d'exception, ayant outrepassé son statut de non-maître. S'il avait bien une obligation à présent, c'était celle de participer à cette mission.

-C'est maintenant que je dois faire mes preuves, Élie. Si l'équipe se défile, c'est peut-être le monde entier qui en pâtira.

Elle ne put s’empêcher de sourire. Noatak était certes plutôt beau garçon, mais c'était surtout pour cette attitude si altruiste qu'elle l'aimait tant. Depuis qu'ils se connaissaient, il avait toujours fait en sorte de la protéger, quitte à être parfois agaçant! Un caractère bien trempé, celui d'un gentil garçon, bien plus intelligent et doué qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Personne ne parviendrait à lui faire changer d'avis quoi qu'il arrive.

-Fais ce qui te semble bon, mais essaie de revenir entier!

Ou de revenir tout court. Si aucun d'eux ne l'énonça, cette idée parcourut l'esprit des deux conjoints. Le jeune homme se tourna enfin, agrippant avec force la main d'Élie, posant la seconde sur son ventre légèrement rebondi; celui d'une femme habituellement svelte. Aucune guerre ne lui ferait louper cela. La voix pleine d'émotion, il reprit:

-Oh que oui, je reviendrais. Et le monde sera en paix, pour qu'il puisse pousser calmement...

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 27 Sep - 9:15


Cuisine de la ferme, Garion.
Le soleil était haut dans le ciel à présent, et ses rayons traversaient la vitre, baignant le plan de travail d'une lumière blafarde. Le son de la brosse sur l'émail du chaudron remplissait la pièce, et Tante Pol chantonnait toujours. Garion, à quatre pattes devant l'énorme casseroles qu'il était en train de récurer, était au moins aussi trempé de sueur que de l'eau qui l'éclaboussait dans un geste maladroit. Sentant son bras douloureux s’alourdir encore, il soupira et sortit la tête du chaudron, avant de se passer la main sur le front, mouillant celui-ci par la même occasion. La pile des marmites qu'il avait déjà lavées luisait en bas de l'étagère. Par chance, il ne lui en restait plus qu'une! L'adolescent détendit ses pauvres muscles endoloris et se remit au travail rapidement. Il se hâta, rinça, passa un furtif coup de torchon sur l'extérieur du chaudron pour le faire briller, et le plaça avec les autres. Il se redressait déjà pour sortir de la cuisine lorsqu'il sentit la présence de sa tante derrière lui. Les poings sur les hanches, son éternel tablier négligemment noué autour de la taille, ses longs cheveux d'ébène prenant un reflet miel sous l'éclat du soleil, c'était assurément une très belle femme, malgré la pauvreté de sa mise. Elle avait un regard froid et sévère, mais qui savait se faire doux et chaleureux. Garion savait que sa tante était très jolie, car tous les hommes du clan la saluaient en ôtant leur chapeau de leur tête quand ils la croisaient, et certains d'entre-eux se retournaient parfois. Aucun des fermiers n'était aussi bien élevé avec les autres femmes, il en aurait mis sa main à couper. Pourtant, Tante Pol avait refusé leurs avances, avec fermeté mais distinction. Garion se rengorgeait parfois quand elle l'embrassait sur la joue en riant et en lui assurant qu'il resterait le seul homme de sa vie. Ça lui donnait l'impression d'être spécial, lui qui n'était au final qu'un pauvre garçon de ferme.

Sa tante le fixait l'air méfiant. "C'est étrange, tu ne termines jamais aussi tôt, d'ordinaire." Garion songea que, d'ordinaire, il tombait des trombes d'eau, et que dans ces cas là il était au moins aussi bien au sec en restant à l'intérieur. Là, le soleil brillait, c'était la première belle journée depuis longtemps, et il n'avait pas du tout envie de la gâcher à récurer des casseroles. Mais il se contenta de sourire avec l'air innocent qu'il prenait toujours dans ces cas là. Après avoir inspecté méticuleusement tous les chaudrons uns par un, sa tante fut obligée de reconnaître qu'elle n'avait aucune raison pour le garder à l'intérieur cette fois-ci. "Ça va gredin, file!" lui dit-elle au bout de quelques secondes, à moitié amusée, en ponctuant cette déclaration d'une petite tape sur sa tête. Elle le retint néanmoins le temps de lui préparer un casse-croûte, qu'elle enveloppa dans un torchon et qu'il fourra au fond de sa poche. Tandis qu'il s'éloignait en courant, Garion ne vit pas le regard soucieux de la jeune femme qui le veillait, jusqu'à ce qu'il disparaisse à sa vue.

Plateforme de la falaise, Belsambar.
Il avait du dormir quelques heures à peine, car le soleil l'avait que peu avancé dans le ciel. Reprenant son avancée, Belsambar était remonté après s'être secoué un peu. En haut de la falaise, il avait retrouvé sa monture, et s'était éloigné au trot, en direction d'un petit village côtoyant la citadelle.
C'était toujours ainsi que se déroulaient les début d'après-midi: il faussait compagnie aux gardes, il passait quelques temps sur sa plateforme secrète, puis il vaquait là où le vent le menait. En l'occurrence, les bourrasques le portèrent à l'Ouest.
Arrivé aux portes du village, il ralentit l'allure et observa l'animation: c'était de toute évidence un jour de marché, car de nombreux étals occupaient les ruelles pavées. Les citoyens et les touristes flannaient le long des allées, discutaient, les nobles se pavanaient dans leurs étoffes richement brodées. Belsambar ne prit pas la peine de se mêler à eux, et préféra traverser cette foire, s'enivrant des odeurs, des bruits, des couleurs. Lorsque la tête lui tourna, il prit le chemin d'un quartier moins animé de la petite ville. Les bâtiments n'étaient guère haut, ici, si bien que les architectes avaient décidé de mettre en place des rues sur les toits plats des maisons. Ainsi, divers ponts surmontaient les pavés ça et là. Belsambar aimait guetter les jeunes filles et, quand celles-ci traversaient, il se concentrait, exécutait un petit geste de la main, et la jupe de la demoiselle se retroussait brusquement au-dessus de ses cuisses. Quand il eut assez de ce petit jeu puérile, et contemplé une dizaine de jolies jambes fuselées, le prince héritier décida que c'en était assez pour aujourd'hui. Il fit demi-tour, et rentra au palais à bâton rompu. Bien sûr qu'il allait se faire disputer, si jamais il se faisait prendre. Mais après-tout, ça en valait la chandelle, non ?
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L.Hubs
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 27 Sep - 22:02

-Lorsque vous aurez fini de patauger, vous pourrez peut-être penser à saluer votre maître lorsque celui-ci fait son apparition.

Violine, laquelle aidait ses camarades à se relever non sans partager quelques rires avec eux, fit immédiatement volte face suite à cette réplique sortie de nulle part. Comme d'accoutumée, Ukap se déplaçait en glissant sur l'eau, sans pour autant que ses jambes ne cessent d'être raides. Un exercice d'une extrême complexité, demandant de la part de l'exécuteur une concentration à toute épreuve. Pourtant, cet homme s'y prêtait sans la moindre difficulté apparente, rappelant ainsi par sa seule démarche que ses apprentis avaient encore un très long chemin à faire s'ils escomptaient devenir un jour l'élite des enfants de l'eau. Peu à peu, la quinzaine de jeunes se mirent en rang après avoir replacé l'eau dans le bassin, s'inclinant à l'unisson.

-Bien. Allez, tout le monde assis.

L'étonnement fut bel et bien présent. Si maître Ukap leur enseignait souvent des savoirs théoriques, il le mettait toutefois constamment en lien avec la pratique, en les faisant participer activement. La discipline l'emporta toutefois sur le reste, aussi personne ne contesta l'ordre ainsi donné. Une fois que tous furent installés aussi confortablement que le sol gelé le permettait, leur tuteur tourna autour du petit groupe, les scrutant un à un. Il n'était pas bien grand, pourtant son regard perçant, sa crinière de cheveux blancs reliés en une queue de cheval et sa fine moustache tombante lui donnaient un air impressionant. Ses prouesses techniques seules n'avaient certainement pas assurées son siège quasi-permanent au conseil de la tribu: il s'agissait aussi d'un homme d'esprit. Après plusieurs minutes d'un silence pesant, il alla de nouveau se braquer face à eux, puis les désigna un à un en citant leur prénom tout en les pointant du doigt, joignant ainsi le geste à la parole.

-Ce qui fait l'intégralité de votre groupe, conclut-il. Tous, sans exceptions, tremblez. Oh, la température ici est effrayante, un homme n'y étant pas habitué périrait. Mais! Vous êtes des fils de l'eau. Plus que cela, vous êtes mes élèves, et je constate que vous n'avez rien saisi du tout!

Quelques jeunes se regardèrent, interloqués. Pourquoi ce sermons alors qu'il ne tarissait pas d'éloges à leur propos depuis des mois? Un revirement de situation peu commun de la part d'un homme si fidèle à sa ligne de conduite.

-Oh, vous savez manier l'eau, je n'ai rien à redire là dessus. Vos congénères lambda n'auraient aucune chance contre vous. Pourtant, si vous vous retrouvez face à un vrai maître, vous n'aurez aucune chance, car il vous sera impossible d'accéder aux hautes sphères de vos pouvoirs tant que vous n'en aurez pas saisi l'essence.

-Mais quel rapport avec le fait que nous tremblions? demanda un élève.

Les autres grimacèrent. Tous se posaient cette même question, pourtant personne n'aurait osé interrompre le maître. Violine en avait fait l'expérience à ses débuts, lorsqu'elle n'avait pas encore bien saisi la logique hiérarchique de cette académie. Il fallait dire qu'elle s'y était inscrite tardivement suite aux divers soucis dont elle avait écopé. Très rapidement, elle avait du apprendre à obéir, pour son plus grand bien. Dans le cas précis, si leur camarade pouvait s'attirer à lui seul toutes les foudres d'Ukap, nul n'allait pour autant s'en plaindre. Il fallait croire que leur tuteur était dans un bon jour: il se contenta d'un regard noir, largement suffisant pour faire taire définitivement l'intervenant.

-La maîtrise de l'eau est un art ancestral, reprit-il. Il s'agit non seulement d'entraîner un corps, mais aussi un esprit. Ce n'est que lorsque ces deux-là formeront un tout que vous comprendrez de quoi je parle. Je n'ai pas assez centré votre éducation sur l'esprit, aussi vais-je rectifier le tir dès aujourd'hui. À ma manière, cela va de soi. Voici les faits: vous tremblez tous à cause du froid. Savez vous seulement où nous nous trouvons? Nous vivons sur une titanesque plaque de glace, entourée d'océans, et l'air ici est plus humide que celui d'un sonna de la nation du feu. Dans des conditions si optimales, un fils de l'eau ne peut se permettre d'être distrait par des futilités telles que le froid. L'eau est l'élément de l'harmonie et de la créativité. Ressentez ce froid, servez vous en, mais ne tremblez pas! Au travail à présent!

Il fallut du temps pour que la troupe entière comprenne que leur maître leur faisait simplement une réprimande anodine mise en scène par ses soins. Lorsque l'informations fut assimilée, certains sourires naquirent. Ukap les forçait à se surpasser par la peur, mais de cette manière ses enseignements restaient gravés à jamais! Quelques exercices annodins reprirent, d'une difficulté crescendo, sans rien de réellement nouveau au cours de cette leçon. Aucun d'eux ne trembla. Aux alentours de midi, ils furent libres de partir. Violine, dont les pensées fusaient vers le kraken de Madeline Skoak, fut l'une des premières à quitter la cour.

-Violine, un instant veux-tu?

L'adolescente se stoppa net et parcourut à pas rapide la distance la séparant du maître de l'eau. Il y avait cet air inhabituel gravé sur son visage...de l'anxiété? Cela méritait en tout cas une réelle attention.

-Oui, maître?

-J'ai cru comprendre qu'en plus de tes cours à l'académie, tu poursuivais un cursus scolaire habituel...et que tu avais commencé depuis peu à travailler de nouveau?

-C'est exact.

Rien ne servait de lui cacher quoi que ce soit, il finirait bien par savoir la vérité. Elle n'aurait pas su dire ce qui le dérangeait exactement dans ce fait, toutefois à l'écoute de sa réponse, le vieil homme tira une moue désapprobatrice, laquelle ne présageait rien de bon. Allait-il lui demander d'abandonner quelque cours ou son travail pour se consacrer à la maîtrise de l'eau? Concilier ses divers enseignement et sa faible rémunération n'était déjà pas chose aisée, alors si les choses se compliquaient encore...

-Tu n'auras jamais le temps pour tout ça. Il n'est plus nécessaire pour toi de venir à mes cours, je t'ai appris tout ce que je pouvais t'apprendre.

Ce fut un véritable choc. Elle n'arpentait sa voie que depuis quelques mois alors que certains élèves suivaient Ukap depuis leur plus jeune âge. Affirmer qu'elle les avait tous surpassé et terminé sa formation en un laps de temps si court n'avait aucun sens. Elle s'apprêta à répliquer quelque chose, mais le tuteur leva la main, lui intimant ainsi un silence qu'elle n'osa lui refuser.

-Tu est loin d'être une maîtresse de l'eau aussi douée que moi Violine, ce qui est une chose tout a fait normale. Toutefois, tout comme un peintre ne peut tout apprendre à un élève sans risquer de le brimer, je ne peux t'inculquer l'intégralité de mes savoirs. C'est à toi de trouver ta voie, ta maîtrise de l'eau.

Un froncement de sourcils, habitué d'un sourire en coin. Un sourire. D'Ukap.

-Avez vous une idée en tête?

-As-tu déjà entendu parler de l’Emkuasa, Violine...?

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 30 Sep - 10:01

Marais salant du clan, Garion.
Les moments où Garion pouvait quitter l'enceinte de la ferme étaient rares, suffisamment en tout cas pour qu'il profite de cette aubaine comme elle le méritait. Dévalant le versant nord de la colline sur laquelle il était allongé quelques heures plus tôt, il put contempler les vastes étendues des marais salant, qui formaient comme un gigantesque patchwork étincelant. Plus à l'est, les terres d'élevage de krakens, et les cultures de roseaux. Le paysage, comme éclairé par la lumière blanche qui filtrait à travers les nuages, n'avait sans doute jamais été aussi beau. L'eau reflétait le ciel azur, l'herbe verdoyante dansait sous la légère brise, qui charriait l'air iodé de la côté.
Sans cesser de cours, l'adolescent parvint au bas de son lieu d'observation, et emprunta le chemin arborisé qui menait aux marais. Il entendait déjà les rires chantants des femmes, qui lavaient le linge dans la rivière près de là, et les voix graves des hommes qui ratissaient le sol. Sortant du bois, Garion fut de nouveau aveuglé par la lumière blafarde, et du mettre son bras devant ses yeux pour les protéger d'une éventuelle brûlure. Il trottina néanmoins jusqu'à une imposante silhouette facilement reconnaissable, pataugeant dans le sabre humide, et trempant par la même occasion son bas de pantalon.

"Uther!" scanda Garion pour que sa voix parvienne au géant qui se tenait devant lui. Ce dernier se retourna, essuya son front ruisselant, et sourit au garçon. Uther était probablement l'homme le plus imposant de la contrée, mais il était également le plus adorable. Marié depuis ses seize ans, il avait donné naissance à six enfants, dont les quatre premiers (tous des garçons) étaient déjà en âge d'aider à la ferme. Du haut de ses deux mètres, et de ses énormes épaules basanées, Uther était le chef du domaine, mais n'hésitait pas à mettre la main à la pâte.
"Où est Cie ?" fit l'adolescent quand il fut certain d'avoir capté l'attention de l'homme. Ce dernier fronça les sourcils: si Garion allait encore embêter sa fille pendant ses heures de travail... mais il se ravisa vite: les jeunes ne tenaient jamais en place, il en était une preuve vivante, se dit-il en songeant à son mariage caché. Baissant les armes, il ne retint pas toutefois un rire tonitruant, et désigna un point à l'horizon. Sans prendre le temps de le remercier, Garion s'élança à nouveau, bondissant littéralement par-dessus les barrières de sable, éclaboussant par la même occasion les hommes qui travaillaient là. De nombreux jurons le poursuivirent, emportés bien vite par le vent. Plus Garion s'éloignait des marais cultivés, plus il discernait la silhouette de son amie: Cie était l’aînée des fille d'Uther, et avait hérité de la petitesse de sa mère. Mesurant moins d'un mètre soixante, elle était vêtue d'un jupon qu'elle relevait pour ne pas mouiller, et d'un cache-coeur trop grand. Le tout accompagné de ses bottines usées, héritées de ses grands frères, et d'un gilet en lin tâché d'encre. Comme à son habitude, Cie avait les cheveux lâchés, et ceux-ci sautillaient sur sa nuque au gré de ses mouvements. Au loin, Garion cria son nom en secouant la main et, le temps que le son lui parvienne, Cie l'appela à son tour de la même manière. Le garçon courut à son encontre, essoufflé par sa course, le devant de ses vêtements éclaboussés à de maints endroits. Cie avait les joues rouges à cause du vent frais, et elle le saisit par la manche pour le guider ver un rocher qui émergeait de l'eau, à quelques pas de là. Dans une fissure se trouvait une petite boule de plumes grises, que Garion mit quelques secondes à reconnaître. "C'est un bébé oiseau", se contenta d'expliquer son amie en chuchotant pour ne pas alerter l'animal. "Il a du tomber de la falaise", ajouta-t-elle en levant les yeux. Un pic hérissé de pierres anguleuses surmontait la mer à quelques centaines de mètres. La marée était déjà haute à ce niveau, si bien que les vagues se fracassaient sur le pied rocheux avec un bruit de tonnerre. Tante Pol avait de nombreuses fois recommandé à Garion de ne pas grimper là haut. Elle lui avait raconté de nombreuses histoires horribles d'enfant qui se croient plus intelligents et plus forts qu'ils ne le sont réellement et finissent par mourir, emportés par les flots mortels. Enfant, cela le terrifiait, si bien qu'il n'avait jamais songé à contester ses dires. Mais aujourd'hui, la présence de son amie le rendait plus sûr de lui, et le cas du bébé oiseau de mer ajoutait au caractère pressant de la situation. Il retroussa ses manches, bomba le torse et fit: "Bon, ben y a plus qu'à le ramener là-haut!" Sans plus de précaution, il fourra la main dans la fissure du rocher, et porta l'oisillon à sa poitrine. Il se mit en route.

Belsambar, cour du palais.
Le prince héritier était rentré à la capitale rapidement. Il avait rattaché sa monture là où il l'avait "trouvée", et s'était dirigé vers le palais en sifflotant allègrement, encore ivre de sa récente escapade. En chemin, il avait allègrement dérobé une choppe de bière, qu'il savourait en marchant. Le ciel s'était noirci à présent, si bien que les fenêtres du palais semblaient plus lumineuses. Arrivé dans la cour, il jeta sa choppe vide contre un mur, certain qu'un serviteur accourrait aussitôt pour nettoyer les dégâts. Depuis sa naissance, dès qu'il faisait une bêtise, quelqu'un s'empressait de réparer. Il se demandait parfois si, dans le cas où il assassinait quelqu'un, si un domestique s'occuperait de cacher le corps et de nettoyer la scène du crime. Tout ça prenait souvent des dimensions trop importantes, c'en était ridicule.
Soupirant, Belsambar s'approcha de la porte à double-battant, gardée par deux soldats en uniforme. Il leur fit signe de l'ouvrir, et entra sans se dépêcher. Il était un prince, après tout, il avait bien le droit d'entrer par la grande porte si cela lui chantait. Il allait se faire disputer quoiqu'il arrive. Et il ne se trompait pas: à peine eut-il fait quelques pas dans le hall, qu'un majordome accourut sur ses talons en trottinant: "Votre Altesse, votre père le Roi demande à vous parler. Immédiatement", ajouta-t-il après une courte hésitation. Sans lui répondre, Belsambar essuya son menton, et prit le chemin des appartements royaux. Cela faisait longtemps que son père ne siégeait plus dans la salle du trône, terrifié à l'idée que les problèmes s'abattent sur lui. C'était en partie pour ça que Belsambar détestait son géniteur: il était lâche. Les courtisans avaient depuis longtemps déserté le palais, rendu parfaitement ennuyant. Et le roi passait le plus clair de son temps dans son bureau, à rédiger nul ne savait quels mémoires abrutissants. Franchement, qu'aurait-il à raconter s'il ne sortait jamais le nez de sa chambre ?
Sans frapper, le prince héritier pénétra dans l'appartement. Les murs étaient recouverts de riches tentures colorées, et le sol en parquet sombre dégageait une odeur de cire qui donnait mal à la tête. Un lustre en cristal pendait au plafond haut, éclairant la vaste pièce meublée avec soin. Le roi était, comme à son habitude, installé derrière son bureau noir.
"Tu voulais me parler, je crois ?" lâcha Belsambar sans prendre de gants. "Pour nous éviter de perdre notre temps à tous les deux, je vais faire comme si j'étais honteux, m'excuser, échanger quelques phrases bateaux avec toi, évoquer le bon vieux temps, promettre certaines choses que je ne ferai jamais, te souhaiter une bonne soirée et quitter la pièce. Bon, et bien je suis affreusement désolé, père, et..."
A son grand étonnement, son père l'interrompit:
"Cesse de prendre ce ton insolent avec moi, veux-tu. J'ai à te parler, c'est vrai, mais cela n'a aucun rapport avec ton escapade d'aujourd'hui."
Surpris, Belsambar dissimula néanmoins son trouble derrière une façade narquoise. Il s'adossa au mur, croisa les bras et fixa le roi avec un regard arrogant. Ce dernier croisa ses yeux froids, soupira et croisa ses mains sur son bureau, comme pour se préparer à la rafale d'injures qui allaient suivre.
"Je ne suis plus tout jeune, Belsambar. En tant que prince héritier, tu dois prendre conscience qu'un jour, tu devras accéder au trône à ma place. Un royaume ne peut survivre sans monarque, et...

- Oh, je t'en prie, grinça l'intéressé en levant les yeux au ciel. Tu sais très bien ce que je pense de tout ça. Mon cousin Auguste tiendrait ce rôle bien mieux que moi.

- Surement, mais ton cousin n'est pas héritier. Il ne pourrait accéder à ce titre que si tu venais à disparaître.

- Fuir ne me poserait aucun problème." Désarçonné, le roi laissa passer deux ou trois secondes avant de poursuivre, abattu:

"Tu laisserais donc ton pays ? Tu trahirais ta patrie pour une autre ?"
Un long silence équivoque suivit cette question laissée sans réponse. Au bout d'un certain temps, la voix du roi se fit plus dure, et il martela: "Tu monteras sur le trône que tu le veuilles ou non. Tu es mon fils, le prince héritier, et tu prendras ma place quel qu'en soit le prix. Je t'enfermerai dans ce palais s'il le faut. Tu n'as pas le choix, tu ne l'as jamais eu, d'ailleurs, et je pense que tu le sais.

- Tu oses me parler de choix ? Qui est-ce qui a laissé l'armée de la terre envahir un morceau de ta nation ? Ne fais pas comme si tu n'aurais rien pu faire, nous savons très bien que c'est faux. Tu sais papa, si je refuse en partie de devenir roi, c'est surtout parce-que j'ai peur de devenir comme toi!"
Sur-ce, il quitta la pièce et claqua la porte derrière lui. Parfaitement hors de lui, il calma néanmoins sa respiration irrégulière, et lissa ses cheveux en arrière. Le majordome qui l'avait averti du désir de son père le rejoint en trottinant à nouveau: "Comment cela s'est-il passé, Votre Altesse ? Désirez-vous vous sustenter ?" Sans répondre, Belsambar accéléra le pas. Il poussa la porte de sa chambre, et se posta devant sa fenêtre. Il faisait nuit tôt, ici, si bien que les étoiles étaient déjà visibles entre deux ou trois nuages. Lorsqu'il se fut tout à fait calmé, il alla à sa penderie. Pendu à la tringle en bois, le manteau royal, bordé d'hermine blanche, semblait l'attendre. Il le saisit, insensible à la douceur de l'étoffe, et s'approcha de sa cheminée. Sans un mot, il jeta la cape dans le feu, qui eut un sursaut et s'embrasa d'avantage, avant de reprendre une allure normale. Silencieux, Belsambar observa l'hermine se consumer lentement. Il ne serait jamais roi. Tout cela ne l'attirait pas. Alors, il détourna les yeux, pour ne plus voir l'hermine, symbole de royauté, qui mourait lentement.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 1 Oct - 17:17

Noatak:

Tressaillant de froid une énième fois, Noatak se décida enfin à entrer, longtemps après sa femme. La réunion ne tarderait sans doute pas à débuter désormais, aussi n’aurait-il pas le temps de se prélasser. Le jeune homme se contenta d’adresser un dernier salut à sa compagne, enfila un manteau de fourrure typique de la tribu du pôle Sud, puis s’avança dans la capitale. Le soleil n’avait pas encore pénétré les ruelles les plus étroites, et un blizzard commençait à se lever. Noatak releva son col, baissa la tête et avança en direction du centre-ville. On n’y croisait pas grand monde à cette heure-ci. Cela pouvait bien sûr s’expliquer par le fait que cette période de l’année soit celle où, traditionnellement, chacun prenait ses vacances, toutefois ce seul facteur n’expliquait pas une telle désertion. Peut-être que les civils lambda se sentaient plus à l’abri chez eux. Peut-être qu’ils n’avaient pas totalement tort de penser cela. La république du feu avait été assiégée, pourquoi pas la tribu de l’eau ? Si la flotte de la terre attaquait par le Sud, malgré leur avantage naturel ils ne pourraient pas repousser leurs adversaires. L’Emkuasa l’aurait pu, seulement il semblait avoir disparu pour de bon. Restait cette prophétie, à laquelle certains croyaient. Il paraissait toutefois évident que l’Eldarion serait l’Emkuasa. Ces augures s’avéraient donc également obsolètes.

-Déclinez votre identité.

Le jeune homme sursauta de surprise. Perdu dans ses pensées, il n’avait pas réalisé qu’il se trouvait désormais devant l’entrée du conseil de guerre. Deux gardes à l’allure patibulaire lui bloquaient le passage. Des soldats ayant reçu un bon entraînement, faisant office de force de dissuasion. Face à une véritable attaque, ils ne feraient toutefois pas long feu.

-Noatak Yakone, lança-t-il.

Le type l’ayant interpellé interrogea son collègue du regard. Ce dernier déroula un parchemin, le parcourut en jaugeant de temps à autres Noatak du coin de l’œil, histoire de s’assurer qu’il ne ferait pas n’importe quoi. Il hocha la tête en signe d’approbation lorsqu’enfin il tomba sur son nom. Étonné, il le laissa passer : on ne voyait pas de si jeunes recrues accéder à la salle du conseil tous les jours. Lorsqu’il pensait que lui-même se contentait de faire le pet depuis une décennie. La grande salle n’était pas aussi luxueuse que celles des autres instances de la tribu. On y trouvait simplement une grande table, agrémentée de moult cartes, entourée de coussins sur lesquels les membres pouvaient s’installer. Plusieurs miliciens surveillaient les entrées et quelques larbins se tenaient à disposition des hauts gradés, au cas où ceux-ci auraient besoin de quelque chose. Manger lors d’une réunion n’avait rien d’impoli…du moment qu’on avait la bonne place au sein de la hiérarchie. En voyant certains d’entre eux, des vieux hommes bien en chair, se placer en bout de table, Noatak ne put réprimer un soupir. Cela allait encore durer des heures, alors que la troupe d’élite s’impatientait. À croire que jouer avec leurs nerfs leur procurait d’incommensurables onces de plaisir. Le jeune homme eut un frisson. Et si c’était le cas ? Si les officiers testaient ainsi leur résistance au stress ? Cette hypothèse demeurait viable.

Tout se déroula comme prévu. La tactique fut mise au point, les encouragements affluèrent, on leur promit la gloire en cas de réussite. Pourtant, un détail continuait de titiller Noatak. S’ils parvenaient à ouvrir une brèche via un soulèvement intérieur, seule la fédération de l’air pourrait lancer une contre offensive. Or, il s’avérait que le roi n’était pas du tout au courant des plans de la tribu de l’eau. S’il ne plaçait pas ses hommes au Nord de son pays pour se préparer, il n’aurait pas le temps de repousser l’envahisseur, lequel reformerait bien vite ses troupes. Qui plus est, même en misant sur la force des fils de l’air, la coalition ne serait probablement pas assez forte. L’idéal aurait été d’envoyer des guerriers de leur pays par le Sud pour prendre l’ennemi en cisaille, et de compter sur un appui de la république du feu. Deux détails n’ayant pas été pris en compte. Ce plan, de toute évidence, avait été fait à la va vite pour donner espoir au peuple. Noatak se ressaisit. Toute cette pression lui faisait voir le mal partout. S’ils jugeaient que la nation de l’air seule pourrait vaincre la terre, les généraux avaient sans doute de bonnes raisons. Le soutien de l’Emkuasa aurait tout de même été de bon augure. Mais si celui-ci était un fils de la terre ? Rien ne l’empêcherait de défendre son pays. Non. Historiquement, quelle que soit son origine, cet être élu avait toujours œuvré pour la paix, avec plus ou moins de succès. Noatak leva les yeux au ciel: le soleil était au zénith. Ils avaient le temps de manger, puis ils partiraient pour l'île de la terre...



Violine:

L’Emkuasa. Une entité ne pouvant s’incarner qu’une fois en même temps dans l’univers, et transigeant les lois de ce monde : il pouvait maîtriser les quatre éléments. Une fois que ses capacités atteignent leur paroxysme, il est à même d’entrer dans un état secondaire, dans lequel sa puissance est décuplée. Une personne élue, désignée pour restaurer l’équilibre du monde lorsque celui-ci est menacé, ou pour le conserver en temps de paix. Violine savait déjà tout cela depuis longtemps et se demandait pourquoi maître Ukap lui en avait parlé aussi longuement, à elle en particulier. Selon le vieillard, cet élu apparaissait de manière cyclique au sein d’une des quatre nations. Celui actuel devrait donc, si l’on s’en référait au dernier connu, être âgé d’une quinzaine d’année et faire partie du peuple de l’eau. Tous s’accordaient à dire qu’elle faisait partie de l’élite parmi les fils de son élément…se pouvait-il que son mentor ait pensé à elle en tant qu’Emkuasa ? Elle se faisait sans doute des idées : si elle avait eu quelque chose de spécial, elle le saurait. Or Ukap était un homme intelligent, il ne lui avait pas dit tout cela pour rien. Tant de mystères. Exténuée par les cours de la matinée, Violine se dépêcha de se rendre chez ses voisins en chassant ce discours de son esprit ; elle aurait largement le temps d’y penser plus tard. Comme prévu, le Kraken préparé par Madeline Skoak fut délicieux. Au cours du repas, la maîtresse de maison en vint à demander des nouvelles de son invitée, laquelle répondit avec le sourire aux lèvres :

-J’ai visiblement fini ma formation de maîtrise de l’eau ! Il faut désormais que je trouve « ma propre voie », fit-elle en imitant avec plus ou moins de réussite Ukap. Du coup, comme je suis en vacances et que je ne commence le travail que dans quelques semaines, je vais avoir du temps libre.

Madeline rendit un sourire à l’adolescente, heureuse de constater sa joie, tandis que son mari prit un air plus grave. Après s’être raclé la gorge, il demanda :

-Quitte à profiter de ton temps libre, tu ne voudrais pas aller voir tes parents ?

Un grand silence s’installa. Depuis leur départ, les quelques mots échangés par les Lisana et leur fille avaient été cinglants. Leur cadre familial se détériorait petit à petit, la distance n’arrangeant pas les choses. Elle leur en voulait de l’avoir abandonné et d’être si lâches, eux ne comprenaient pas la virulence de leur protégée. Un véritable conflit de générations dans un monde où les mœurs évoluaient à une vitesse folle. Évidemment, l’idée de se rendre aux marais, ne serait-ce que pour quelques jours, lui avait déjà traversé l’esprit. Le temps lui fit défaut jusqu’à lors, mais désormais…

-Je ne sais pas trop. Ce n’est pas forcément donné de voyager en bateau vers l’ouest.

-Une fille de l’eau aussi douée que toi a-t-elle vraiment besoin d’un bateau ? demanda Madeline, laquelle ne connaissait pas grand-chose au sujet.

Violine prit le temps d’y réfléchir. Si maître Ukap pouvait se mouvoir sur l’eau, sans doute en serait elle également capable avec un peu d’entraînement. Cela dit, maîtrise de l’eau ou non, un navire s’imposerait si traversée il y avait. Peut-être qu’un commerçant en partance accepterais de la prendre à ses côtés, la tribu ne manquait pas de gens sympathiques. Cette question méritait en tout cas d’être étudiée. L’adolescente passa le reste de sa journée à vagabonder dans les rues aux côtés de quelques amis de l’académie, tous lui demandant ce qu’il s’était passé avec leur mentor après le cours. Lorsqu’elle leur annonça qu’elle ne les suivrait plus, aucun n’en revint. L’un des étudiants, faisant partie des plus doués, allait déjà sur son vingt-deuxième printemps. Elle, à côté, bouclait son apprentissage à quinze…c’en devenait presque rageant. Malgré l’affection qu’elle leur portait, Violine omit toutefois volontairement d’évoquer l’Emkuasa. Quelque chose lui disait que cette partie de la conversation devait rester secrète, jusqu’à qu’elle soit parvenue à en déchiffrer le sens.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 1 Oct - 20:13

Garion, pic de la côte.
Ses doigts crochetaient tant bien que mal les prises à sa portée. Serré contre sa poitrine, l'oisillon tremblait de tout son corps, et ses quelques plumes le chatouillaient, si bien que la montée de l'adolescent était encore plus difficile. Il n'avait jamais été un bon grimpeur, ni même un bon sportif, d'ailleurs.
Le début de l'escalade avait pourtant été aisée: il lui avait suffi de rejoindre le sentier qui sinuait à travers les dunes avant de partir à l'assaut de l'à-pic. Les premières centaines de mètres n'avaient pas posé de problème, mais au fur et à mesure que le chemin devenait de plus en plus escarpé, les choses s'étaient compliquées.
Garion poussa un grognement lorsque sa main s'égratigna sur une pierre affutée. Un mince filet de sang coula au creux de sa paume, et il déglutit avec inquiétude: peut-être était-il en train de faire une grosse bêtise ? Après tout, il n'était pas vraiment sûr d'être capable de grimper jusqu'en haut...
Mais il sentait le regard pressant de Cie posé sur lui, tout en bas, sur la plage. Alors il continua à grimper. Après qu'il eut dépassé un cap particulièrement difficile, il ne prit pas le temps de se reposer, et se contenta de s'essuyer le front d'un revers de manche. Il reprit son ascension. Le vent jouait dans sa tunique, s'amusant le soulever, parfois de très peu, parfois de beaucoup. Il n'aurait pas fallu grand chose pour qu'il bascule dans le vide. Les bourrasques étaient puissantes, là-haut, et Garion n'était pas de taille à résister. Toutefois, il parvint au sommet. Il avisa un nid, de grande taille, un peu plus loin. Il s'approcha, mais remarqua alors que la vue était dégagée, et son regard se perdit momentanément à l'horizon, caressant la courbe que formait l'océan, tout là-bas. Il contempla les vagues rebelles s'enlaçant au loin, les albatros majestueux qui réalisaient des pirouettes incroyables, apparaissant ça et là, au gré de leur pêche. Certains disparaissent même dans les nuages avant de reparaître en plongeant, presque en chute libre. Garion se perdit dans ce balet incessant, et resta longuement à le contempler, immobile, insensible au froid qui engourdissait ses doigts douloureux. Pourtant, l'oisillon le rappeler à l'ordre d'un faible pépiement, et l'adolescent fut ramené à la réalité. Il songea alors que la vue devait être tout aussi spectaculaire côté terre, alors il se retourna. Mais au moment où son poids se déplacait d'un pied sur un autre, une fissure invisible dans la roche émit un craquement sourd. Le sol s'ébranla sous ses jambes, se déplaça, se tortilla comme un serpent se met à vivre. Garion cria, tenta de rétablir son équilibre, se jeta en avant, espérant s'éloigner de l'éboulement, mais il n'eut pas cette chance. Bientôt, il n'y eut plus sous ses pieds que du vide, et il bascula. Malmené par les bourrasques, sa chute fut brève néanmoins. Quand son corps meurtri percuta l'eau glacée, un puissant courant électrique parcourut ses muscles: battant des pieds et des mains, il tenta de revenir à la surface, point lumineux innaccessible. Les vagues le balottaient contre son bon désir, l'approchant dangereusement des rochers bordant l'à-pic. Ses vêtements, allourdis par l'eau, l'attiraient inexorablement vers le fond. Incapable de résister, Garion refusa toutefois de renoncer. Il était presque parvenu à l'air libre lorsqu'une vague plus puissante que les autres le propulsa vers la falaise: son corps se brisa contre le roc, une vive lumière blanche l'aveugla un instant. Le gout du sang envahit sa bouche. Puis, il sombra dans l'obscurité.

Belsambar, chambre du prince héritier.
Les restes de ce qui avait été un manteau d'hermine finissaient de se consumer dans la cheminée. Les faibles crépitements parvenaient au prince qui, étendu de tout son long sur son vaste lit à baldaquin, tentait de s'isoler. Cela faisait plusieurs minutes à présent qu'il désirait partir. D'ordinaire, cela ne l'avait jamais dérangé: il sautait par la fenêtre, aggripait la goutière, et glissait lestement jusqu'en bas. Mais cette fois-ci, c'était... différent.
Une vaste colère, sauvage, contenue, l'envahissait. Une colère froide à laquelle il était habitué. Un seul désir l'habitait: quitter le palais. Cet ordre, ce besoin impétueux semblait envahir ses pensées, sa tête, son esprit. Cela sonnait si fort en lui qu'il n'était plus certain que cela fut véritablement issu de son propre corps.
"Va-t-en" répétait cet ordre, sans cesse. Pour ne plus l'entendre, Belsambar étouffa un grognement et plaqua l'un de ses oreillers sur ses oreilles. "Va-t-en. Va-t-en." Se relevant, le jeune homme déambula dans sa chambre, comme habité par une conscience qui n'était pas la sienne. Décidant de ne plus se poser de question, il baissa les armes, incapable de résister à ce besoin naturel: il saisit un sac, y fourra une gourde, quelques vêtements chauds, et les restes du dîner -en grande partie intact- que lui avait apporté un domestique. Il jeta toutefois la quiche de légumes dans son placard, car il n'avait jamais aimé ça. Il laça ses bottes solidement, enfila une chemise à la va-vite, noua une ceinture autour de sa taille, dans laquelle il glissa sa dague préférée, celle dont la lame était recourbée. Puis, il dissimula son visage sous la capuche de sa veste en laine brune, et ouvrit sa fenêtre.
Belsambar était habitué à sortir en douce la nuit, aussi connaissait-il par coeur les précautions à prendre: vérifier que les gardes en faction patrouillaient de l'autre côté de la cour, s'accrocher à la gargouille, se laisser glisser à la gouttière, se réceptionner sur les pavés en n'oubliant pas de plier les genoux pour amortir et la chute, et le bruit de cette dernière. Puis, il suffisait de se dissimuler dans l'ombre, et d'attendre le second passage des soldats, avant de filer par la ville-basse, qui était moins bien gardée que les grands axes de la cité. Cette partie du plan ne posa aucun problème. Etrangement, Belsambar ne ressentit pas l'envie de s'enfuir vers les steppes arides qu'il appréciait d'habitude. Ses pas le guidèrent vers les quais.
La nuit était propice aux chargements des bateaux marchands, et de nombreux marins occupaient le port. Belsambar se fit discret, et suivit son instinct. Les pavés défilaient sous ses bottes tandis que, silencieusement, il parcourait le quai jusqu'à un voilier, amarré plus loin. Visiblement, il ne s'agissait pas là d'un bateau marchand, car aucune cargaison n'attendait d'être chargée. De plus, le vaisseau était bien trop finement ouvragé pour être relégué à un tel travail. Sautant à bord, Belsambar laissa faire ses mains, qui s'occupèrent de hisser les voiles, de relever l'encre, de caresser la barre. Il n'avait jamais manipulé de bateau de sa vie, car il ne savait pas nager. L'eau lui faisait peur. Pourtant, il savait exactement ce qu'il devait faire, et cela l'étonnait à peine. Il n'avait pourtant pas bu tant de vin ce soir... Le voilier s'ébranla doucement, et quelques mots étonnés fusèrent parmi les marins assemblés sur le port. Bientôt, le vent portait le vaisseau, mais Belsambar dénigra cette allure monotone, trop lente à son goût. Il eut un geste des mains, banda sa volonté et, aussitôt, une bourrasque propulsa le voilier à vive allure. Il ignorait où il allait. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il devait y aller. L'empressement de son départ avait laissé place à une inquiétude et, durant une fraction de seconde, ses yeux crurent distinguer un visage jeune, auréolé de boucles blondes. L'image disparut toutefois, laissant le jeune homme désemparé. Les yeux azur qu'il avait cru appercevoir le hantaient encore lorsqu'il distingua une côte, au loin. Il était presque arrivé.

Garion, chambre à coucher.
Tout ce que Garion sentait, c'était une vive douleur, et une sensation d'étouffement. L'un de ses bras le faisait atrocement souffrir, de même que son crane. La moindre pensée lui était douloureuse. Le sang imprégnait toujours sa langue pâteuse, et il poussa un grognement de dégoût. Ce son lui parut atrocement fort, et réveilla aussitôt une migraine d'imposante dimension. Quelques bribes de souvenirs remontèrent à la surface de son esprit embrumé: de l'eau, partout, puis le choc contre la roche, et la nuit. Etait-il mort ? Si c'était le cas, il ne put s'empêcher d'être déçu. Il espérait que la mort aurait été indolore, or ce n'était pas le cas. Le moindre de ses muscles le faisait souffrir.
Brusquement, il sentit une présence près de lui, et une main fraîche se posa sur son front. Il reconnut inconsciemment le toucher de Tante Pol, et ne put résister à la tentation d'ouvrir les yeux. La femme était penchée au-dessus de lui, manifestement inquiète. Leurs regards se croisèrent un instant, mais sa Tante se redressa bien vite, et son visage reprit son expression un peu dure:
"Bon sang, Garion!"
Le pire, c'était qu'il savait exactement ce qu'elle allait dire. Alors il préféra l'interrompre avant qu'elle ne se lance dans un monologue qu'il serait impossible d'arrêter:
"Je sais oui, je suis désolé, je n'aurais pas du monter la haut, j'ai été stupide, excuse-moi. Mais c'était pour ramener l'oisillon dans son nid, et... Un frisson le prit. Le bébé oiseau était resté avec lui durant sa chute. Il y avait peu de chances qu'il ait survécu à la noyade. Soudainement démoralisé, il se renfonça dans ses oreillers. Ce n'était pourtant qu'un bête oiseau, mais il se sentait affligé d'avoir failli à sa tâche. Cie serait surement très déçue.
"Je t'ai répété je ne sais combien de fois de ne pas grimper là-haut..." souffla Tante Pol avant de soupirer, abattue elle aussi, mais pour d'autres raisons. Elle finit par le serrer dans ses bras: "Tu m'as fait attrocement peur aujourd'hui. L'étreinte de sa tante lui fit mal au bras gauche, qu'il avait d'ailleurs en écharpe, mais il n'osa pas l'en avertir, bien trop heureux, qu'elle le prenne ainsi. Mieux valait une Tante Pol morte d'inquiétude qu'une Tante Pol en colère. Malgré lui, Garion rougit d'avoir eu cette pensée injuste. Une question vint à lui: "Qui est-ce qui m'a sauvé ?
- Personne, mon chou[/b], répondit sa tante, un peu surprise.
- Comment j'ai fait pour me sortir de là tout seul, alors ?
- Le courant a du te ramener sur le rivage, et voilà tout. Il faut que tu te reposes encore. Je suis juste à côté si tu as besoin de quoique ce soit." Elle ajouta, un étrange petit sourire sur les lèvres, comme si elle avait lu dans ses pensées: "Ton bras cassé va te permettre de m'aider à la cuisine. Il n'est pas nécessaire d'avoir deux mains en état de marche pour attiser le feu sous une marmite. Repose-toi bien, mon chou."
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mer 3 Oct - 14:47

L’idée proposée par monsieur Skoak avait fait le tour de l’esprit de Violine durant une bonne partie de la soirée, puis de la nuit. A aucun moment avant ce déjeuner il ne lui serait venu à l’esprit de visiter ses parents. Désormais, cela la trottait. Au petit matin, sa décision était prise : elle se rendrait dans les marais de l’ouest, mettrait une bonne fois pour toute les choses au clair avec le reste de sa famille et ne se formaliserait pas si cela ne leur convenait pas. Certes, son âge n’en était pas un où l’on pouvait tout se permettre, toutefois abandonner sa propre patrie au nom de la frayeur pour se terrer dans un endroit où seule la sécurité des grenouilles et des algues était assurée, cela relevait de la démence ! Encore faudrait-il trouver un navire, mais l’adolescente se persuadait elle-même que cela ne poserait pas le moindre souci une fois le moment venu. Mais à ce compte là, pourquoi attendre ? Les vacances débutaient, ce pour plus de la semaine, mieux valait se mettre en route tout de suite. Par politesse, elle passerait saluer une dernière fois les voisins et ses amis, ainsi que maitre Ukap. Vu l’angle du soleil, la matinée était déjà bien entamée. Elle trouverait donc facilement monsieur Skoak sur la côte, et Madeline chez elle. Quant à ses condisciples, il lui suffirait de les attendre devant l’académie une fois les douze coups de midi sonnés. En général, leur mentor les libérait à cette heure-ci.

Noatak, à l’autre bout du pays, ressortait d’une caserne. Après entretient avec l’un de ses supérieurs, il avait entendu ce qu’il voulait entendre : les membres de l’équipe d’élite demeurait libre de s’organiser comme bon lui semblait. De ce fait, nul ne crierait au déserteur si jamais il disparaissait un certain temps. Loin de lui l’idée d’abandonner ses camarades face au danger, loin de là ; il les rejoindrait simplement plus tard. Et pendant qu’ils s’occuperaient d’organiser la mutinerie au royaume de la terre, lui partirait à la recherche de l’Emkuasa ! Ainsi, leurs chances de l’emporter lors de la contre-offensive seraient décuplées. Un pari certes risqué, pouvait paraître incertain, pourtant le jeune homme était convaincu d’agir ainsi de la bonne manière, pour le mieux de tous. Historiquement, l’enfant des quatre éléments avait toujours été là lorsqu’il y avait un conflit majeur à résoudre. Quelle que soit l’issue de cette guerre, elle semblerait dans tous les cas injustifiée si une figure aussi emblématique ne s’en mêlait pas, ne réunifiait pas les peuples. Qui plus est, si l’Emkuasa ne faisait pas de nouvelle apparition, les spéculations concernant la rupture de son cycle n’en seraient que plus nombreuses. Mieux valait en tout cas se faire discret, pour son propre intérêt. Il n’emprunterait donc pas un navire de l’armée, mais embarquerait plutôt sur un bateau commercial lambda afin de passer inaperçu.

Par un heureux croisement des circonstances et des dates, le transport de Noatak fit escorte dans un village de la tribu de l’eau, situé au Nord de l’île principale. Un village au paysage gelé, décoré uniquement de basses chaumières boisées, la grande académie mise à part. Un village ridicule face à la somptuosité de Vohanna. Un village dans lequel vivait une jeune fille de l’eau particulièrement douée. Le capitaine annonçant qu’il en avait pour une bonne heure, son passager décida de visiter les lieux pour faire passer le temps. Bientôt midi. Il pourrait éventuellement en profiter pour grignoter un petit quelque chose dans une auberge du coin. Avant de partir, il avait prévenu ses coéquipiers de son plan audacieux. Tous ne l’approuvaient pas nécessairement mais ne l’empêchèrent pas d’agir pour autant. De manière plus ou moins inavouée, eux aussi espéraient un retour de l’être élu. Nul besoin donc pour le soldat de se faire discret tant qu’il se trouvait encore sur sa terre. Violine, en arrivant à l’académie, avait demandé l’avancée du cours à un adjoint passant par là. Ce dernier lui avait annoncé qu’Ukap ne comptait pas libérer ses apprentis avant quelques heures. Tant pis, elle les retrouverait d’ici peu de toute manière. Il ne lui restait donc plus qu’à rentrer préparer ses affaires puis à trouver une embarcation. Marchant d’un pas dynamique tout en passant en revue ses éventuelles connaissances qui accepteraient de l’emmener, elle ne vit pas cet homme au détour de la rue et le percuta de plein fouet. Tous deux tombèrent à la renverse. Aussitôt, l’adolescente entreprit de dresser à l’oral une liste non exhaustive des excuses qui lui revenaient en mémoire.

-Je suis désolée ! Excusez moi, je ne faisais pas attention, et…

-Ca va, je n’ai rien ! Du calme enfin.

Noatak la fixait, l’air amusé, tandis qu’elle le dévisageait. Il n’y avait pas grand monde au village, et Violine se souvenait de tous les visages qu’elle avait déjà rencontré, ou presque. Avec ses longs cheveux blonds et son air un peu ahuri, elle n’aurait pas oublié un type comme lui. Il ne pouvait donc s’agir que d’un voyageur ou d’un étranger, selon toute vraisemblance. Sa curiosité étant attisée, elle lui demanda :

-Vous n’êtes pas du coin, n’est-ce pas ?

Son interlocuteur acquiesça d’un hochement de tête.

-A ce propos, je cherchais une auberge. Vous ne sauriez pas où je pourrais en trouver une ?

-Non, désolé. Ce n’est pas vraiment un relai gastronomique ici vous savez. Quant à moi je cherchais un bateau, vous ne sauriez pas où… ?

Le dialogue s’était installé intuitivement. Alors qu’ils ne se connaissaient pas, tous deux avaient ressenti quelque chose de tout à fait particulier chez l’autre. Bien plus qu’un affect ou qu’une simple coïncidence, non, il s’agissait là d’une force autrement plus importante. Le destin ? Sans vraiment qu’elle ne sache comment, Violine avait trouvé comment se rendre chez ses parents. Une heure plus tard, les deux membres de la tribu de l’eau du pôle Sud étaient assis sur le pont d’un navire marchand, en partance vers les marais occidentaux. Ils eurent tout le temps de sympatiser durant le voyage, lequel dura près de trois jours. Ainsi, il apprit que l'adolscente était une maîtresse de l'eau tout à fait remarquable malgré son jeune âge. En contrepartie, il n'hésita pas à lui révéler à elle et à elle seule les tenants de son plan. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance et qu'il devait lui révéler tout cela. Noatak éspérait, en cas de réussite, qu'elle accepte d'apprendre son élément à l'Emkuasa. Violine, elle, espérait qu'il réusirait pour les mêmes raisons. Cela pourrait changer sa vie du tout au tout! Cela dit, le pragmatisme restait de mise. Ce soldat n'était peut-être qu'un affabulateur légèrement timbré...

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 7 Oct - 16:26

Belsambar, port de pêche
Le soleil se levait à peine quand le bateau arriva en vue de la côte. Le vent s'était enfin manifesté, si bien que Belsambar avait pu relâcher sa volonté: les voiles se gonflaient seules à présent. Fatigué de cette nuit blanche, et de l'énergie qu'il avait du dépenser pour propulser le voilier, et ce durant plusieurs heures d'affilée, le jeune homme chancela et s'appuya contre le mat, soudainement essoufflé. Lorsqu'il usait de son don, c'était comme s'il ne ressentait aucune fatigue, aucune douleur. Mais dès qu'il relâchait son pouvoir, l'éreintement déferlait sans prévenir. Certaines personnes disaient que si l'on abusait de son don, on pouvait en mourir lorsque l'énergie nous quittait. Le flot était impossible à retenir, c'était comme si vous étiez vivants et en bonne forme un instant, puis mort la seconde suivante.
Néanmoins, Belsambar sentit avec soulagement son coeur battre dans sa poitrine. Ses limites n'avaient pas encore été approchées.

Il laissa le navire voguer en direction de la côté, qu'il apercevait au loin, et en profita pour avaler quelques bouchées du pain qu'il avait emmené. Ce dernier avait durci durant le voyage, mais cela était égal au prince héritier. La nourriture tomba brutalement au fond de son estomac vide, et il grimaça, avant d'avaler une ou deux gorgées d'eau à sa gourde.
Lorsque les contours des falaises furent bien visibles, Belsambar prit la barre, et mena le navire vers l'ouest. Il ignorait où il allait, mais chaque pas qu'il faisait le comblait d'un sentiment encore jamais éprouvé. Pour la première fois dans sa vie, le jeune homme avait l'impression d'être là où il devait être.
Le port dans lequel il accosta était de plus petite envergure que celui de l'Île des Vents, mais cela l'arrangeait: son visage n'était guère connu de part le monde, encore moins en ces terres reculées, qu'il supposait être une île de la Nation de l'Eau. Peu de risques donc que quelqu'un ne l'accoste. Il donna deux pièces à l'homme chargé de l'enregistrement des bateaux, et s'éloigna, son sac sur l'épaule. Il dépassa les rues du village, parvint en bordure d'un bois, et commença sa longue marche. Le sol était détrempé ici, l'herbe haute et grasse, les arbres bas et gris. Pourtant, le ciel était d'un joli bleu azur, ce qui était plutôt rare pour la région. D'après les quelques livres de géographie que ses précepteurs étaient arrivés à lui faire ouvrir, la Nation de l'Eau était surtout réputée pour sa météo pluvieuse et grisâtre. Il avait de la chance de ne pas encore être trempé.
Il ne demanda pas son chemin, car celui lui aurait été inutile. Il ne connaissait pas le nom des paysages qu'il admirait tout en avançant, mais quelque-chose lui disait qu'il ne s'était pas trompé de route. Et, au bout de quelques heures supplémentaires de marche, qui le laissèrent fourbu, il su qu'il n'avait pas eu tort. La colline qu'il avait grimpée surmontait une ferme de belle taille, agrémentée de quelques habitations. Il distinguait les champs de cultures et les marais salant au loin, ainsi que le chant d'une femme, provenant de ce qui semblait être une cuisine, en raison des fumets délicieux qui en émanaient. Inspirant profondément, Belsambar ajusta la lanière de son sac, et commença à descendre.

Garion, cuisine
- ... et il faut plus de braises, mon chou."
Grommelant quelque-chose d'indistinct, l'adolescent s'arcbouta sur l'énorme soufflet, qui daigna descendre sous son poids de quelques centimètres. Le faible courant d'air qui émana de l'engin aviva momentanément les braises, sur lesquelles fumaient quelques saumons. Malgré tous ses efforts, le charbon refusait de luire, ce qui le faisait râler depuis une bonne heure déjà. Dans son dos, Gristel, la femme d'Uther et la mère de Cie, eut un petit rire moqueur:

"Dis-moi Pol, que lui donnes-tu à manger à ce pauvre garçon pour qu'il soit aussi peu costaud ? Confie-le moi pour deux ou trois repas, je te le requinquerai, moi!
Garion songea aux plats de Gristel: elle cuisinait toujours pour dix, et gras -comme l'attestait son imposant tour de taille- et même si la nourriture était bonne, Tante Pol était bien meilleure cuisinière. C'est pourquoi il fut rassuré d'entendre cette dernière répondre:

- Ce n'est pas le premier petit garçon que j'élève, Gristel. Je saurai me débrouiller, mais merci. Si ses yeux commencent à s'enfoncer dans leurs orbites, je te ferai signe." Même si elle l'avait traité de "petit garçon", Tante Pol restait tout de même une valeur sûre en matière de cuisine. Toutefois, la jeune femme s'aperçut de sa relâche, et fronça les sourcils. Il se remit aussitôt au travail, tenant son bras en écharpe contre son torse, appuyant avec son autre coude sur le gigantesque soufflet de cuir. Il avait probablement de la suie plein la figure, et il sentait la fumée. Pourtant il aimait bien observer le comportement des femmes à la cuisine: l'odeur donnait souvent de faux espoirs à son estomac, même si, par moments, une femme plus attentionnée ou de meilleure humeur lui glissait une brioche entre les pattes. C'était donc un travail plutôt agréable, quoiqu'il en dise. Et puis au moins il était au chaud et au sec, même si le ciel bleu qu'il distinguait à travers les fenêtres l'attirait inexorablement. A cette heure-ci, Cie était surement en train de pêcher des krakens avec son père et ses frères.
Soupirant pour la forme, Garion voulu masser ses muscles endoloris, mais se souvint qu'il n'avait plus les moyens de le faire. Cela le mit d'une humeur exécrable. Poussant un énième soupir à fendre l'âme, il jeta un regard noir à sa tante, qui le regarda avec indifférence, et se replongea dans la contemplation des braises désespérément noires. La journée serait longue.
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 9 Oct - 8:34

La question de l’Emkuasa ne fut plus évoquée, ni au cours du voyage ni lors de leur arrivée aux marais de l’Ouest. Après avoir chaleureusement remercié le capitaine du navire marchand, les deux compagnons de voyage scrutèrent l’horizon à l’unisson. Aucun des deux ne savait vraiment où il devait se rendre à présent, Violine n’ayant demandé aucune indication à ses parents et Noatak se basant sur de simple suppositions. D’un commun accord, ils continuèrent à marcher ensemble, se dirigeant vers ce qu’il leur semblait être un village sur pilotis. Les autochtones se devaient effectivement de surélever leurs bâtiments tant le sol était marécageux. Ils parvenaient toutefois, par le biais de moyens ingénieux, à travailler la terre pour y faire pousser divers fruits et légumes. Le bétail, quant à lui, se faisait certes rares mais avait l’air délicieux : il fallait dire que chaque bête était employée pour les travaux quotidiens, aussi leur viande avait-elle le temps de s’affermir, pour un résultat exquis après cuisson. Il ne s’agissait là que d’une infime partie de leur réserve alimentaire, laquelle se trouvait principalement sur les côtes. Tout comme la tribu de l’eau du pôle Sud, les habitants des marais vivaient principalement de la pêche. Du moins ceux de cette région. Le soldat proposa de demander des informations aux habitants, l’adolescente approuva et prit les devants.

- Excusez-moi ! interpella-t-elle une femme qui passait à proximité, vous ne sauriez pas où vivent les Lisana par hasard ?

Son interlocutrice fit mine de réfléchir un instant, puis lui répondit d’un ton sec :

-Jamais entendu parler.

Elle s’apprêtait à reprendre sa route comme si de rien n’était, sans même prendre la peine de saluer les deux voyageurs. Cela eut le don d’exaspérer Violine, plutôt à cheval sur la politesse. Noatak rattrapa la femme ; il avait lui aussi une question à lui poser. Le regard noir, l’adolescente le suivit. Elle aurait volontiers recommandé quelqu’un d’autre à son compagnon.

-Attendez ! Sauriez-vous quelque chose à propos de l’Emkuasa ?

Cette fois-ci, la villageoise parut plus intéressée. Elle dévisagea le soldat, puis reprit finalement ce même ton sec, cette-fois ci emprunt d’une certaine dose de cynisme.

-Ah ! Ils pensent tous qu’ils peuvent trouver l’élu ! « Oui, mais selon le cycle, c’est un fils de l’eau des marais », blablabla. Je vais vous dire une bonne chose blondinet, le cycle est rompu, y’a pas d’Emkuasa, encore moins ici, et même si c’était le cas il ne servirait à rien. De toute manière, la guerre n’atteindra jamais nos paisibles marais, alors remballez l’uniforme, vous n’êtes pas les bienvenus.

Noatak fit tous les efforts du monde pour se retenir de rétorquer quoi que ce soit. Ils étaient tombés sur un cas, mieux valait ne pas s’attarder là-dessus et passer à quelque chose d’autre. Violine ne partageait visiblement pas ce point de vue. Bien plus impulsive, elle n’hésita pas une seule seconde à exposer ses quatre vérités. Le soldat eut heureusement le temps de la faire taire en plaquant une main sur sa bouche avant qu’elle n’ait pu commencer. Leur interlocutrice s’en alla sans leur adresser le moindre regard, mais en arborant une démarche presque dédaigneuse. Une fois qu’elle fut éloignée, Violine mit ses poings sur ses hanches et fusilla Noatak du regard.

-Je peux savoir pourquoi tu ne m'a pas laissé rabrouer cette mégère?

-À quoi ça t'aurais servi? répliqua-t-il, employant un ton qu'il voulait empli de sagesse. Inutile de chercher le conflit avec les autres, ce n'est qu'une perte de temps.

La jeune fille ne paya mine mais comprit qu'il avait raison. Ils finiraient bien par trouver quelqu'un de plus aguichant dans le coin. Encore faudrait-il tomber sur des habitants! Le village était tout simplement désert: tous devaient probablement travailler dans les diverses exploitations, ou bien être en train de pêcher pour le repas du midi. Au loin, ils aperçurent ce qui semblait être une grande ferme, bâtie sur un sol plus meuble. Qui disait ferme disait fermiers, soit des gens à qui poser leurs questions!

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mer 10 Oct - 13:12

Garion, cuisine de la ferme
Il était toujours courbé au-dessus du soufflet lorsque l'on toqua à la porte. Intrigué, il se redressa, et avisa les deux femmes qui s'étaient elles aussi arrêtées dans leur besogne. Gristel avait encore les mains dans la pâte à pain qu'elle mélangeait, mais regardait la porte d'entrée, étonnée.Tante Pol essuyait ses doigts sur son tablier, l'air parfaitement calme, guère surprise. Pourtant il était rare que l'on frappe directement à la cuisine, d'ordinaire les visiteurs (quand il y en avait!) s'adressaient plutôt aux hommes. Il y en avait toujours un ou deux à traîner dans la cour. Sans le regarder, Tante Pol lui demanda:

"Mon chou, tu veux bien aller voir qui c'est ?"
Maugréant, Garion se leva donc, et alla à la porte. Celle-ci était imposante, en bois massif, et il eut toutes les peines du monde à l'ouvrir avec un seul bras. Il du placer son pied dans l'ouverture pour éviter qu'elle ne se referme, et leva enfin les yeux sur le visiteur.
Il s'agissait d'un jeune homme, de quelques années plus vieux que lui, au teint basané et aux cheveux d'un noir de jais. Ce qui attira tout d'abord l'attention de Garion, ce furent les yeux gris clairs de l'inconnu, qui tranchaient extraordinairement avec son allure sombre. Ce dernier portait une simple chemise qui n'était pas fermée jusqu'en haut, ainsi qu'un sac sur l'épaule, et une dague à la ceinture. Il n'était pas richement vêtu, toutefois cela représentait une mise plus seyante que celle qu'il portait. Probablement un fils issu d'une noble famille, ou d'un marchand, mais certainement pas de la région: personne n'était aussi bronzé dans les environs. Néanmoins, Garion n'était jamais sorti de son marais, aussi fut-il bien incapable d'émettre la moindre hypothèse. Son regard croisa celui de l'inconnu, qui affichait une expression sombre, guère avenante. Il s'apprêtait à lui demander ce qu'il voulait, lorsque sa tante lança à l'inconnu: "Ah oui! Entre, et installe-toi. Garion, mon chou, veux-tu refermer la porte s'il-te-plaît ? Ça fait des courants d'air.

- Est-ce que je dois aussi attiser les braises avant que le vent ne les éteigne tout à fait ?" lança-t-il à son tour d'un ton sarcastique. A sa grande surprise, la réponse fut négative: "Non, installez-vous sur le banc, nous attendons encore deux personnes."
Bouche bée, Garion fixa sa tante durant un instant, avant qu'elle ne lui demande une énième fois de fermer la porte. Obtempérant, il allai s'asseoir en face de l'inconnu, l'observant avec méfiance et suspicion. Gristel avait quitté la pièce, et le silence envahissait peu à peu celle-ci, seulement brisé par le chantonnement discret de Tante Pol. Au bout d'un certain temps, Garion lâcha:

"Qu'est-ce que tu viens faire ici ?" Ce n'était assurément pas très poli, il le savait, mais il passait une effroyable journée. L'inconnu daigna répondre:
"Rien de bien transcendant. Je me promène, je découvre la région... j'avais besoin d'eau, j'ai vu une ferme, je me suis arrêté.

- Il y a de l'eau dans le puits, dehors.

- Garion!" lâcha sa tante, ce qui était en quelque sorte un rappel à l'ordre. Soupirant à nouveau, l'adolescent reprit:
"Bon. C'est quoi ton nom ?

- Sambar, répondit simplement l'intéressé, guère troublé et parfaitement à l'aise.

- Drôle de nom.
Le jeune homme qui disait se nommer Sambar haussa un sourcil, afficha un sourire sarcastique et se contenta de le fixer droit dans les yeux. Garion sut immédiatement que cet inconnu lui serait supérieur en tout, et en n'importe quoi, ce qui l'exaspéra. Il avait atteint un âge où l'on appréciait d'être à la hauteur, voire "plus fort" que les autres. Or, Sambar ne lui offrait aucune opportunité: plus grand, plus musclé, plus charismatique, probablement plus cultivé... baissant les armes, Garion posa le front sur la table et rumina en silence. Une phrase de sa tante lui revint à l'esprit: deux autres personnes devraient arriver bientôt. Oui, mais qui ?
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 11 Oct - 18:30

Violine scrutait l'horizon, soucieuse de ne pas se détourner de son objectif. Si elle accompagnait volontiers Noatak pour le moment, cette situation ne saurait perdurer, il lui fallait retrouver ses parents. L'adolescente constata toutefois avec désarroi que le paysage environnant n'était constitué que de marais profonds, d'habitations isolées, d'arbres aux troncs fins et hauts, de falaises escarpées, du village précédemment passé et de la grande ferme. Aucun endroit, selon l'autochtone qu'ils avaient interrogé, où les Lisana seraient susceptible de vivre. Elle connaissait bien ses parents de toute manière: ils auraient sans doute choisi un endroit plus confortable, peut-être une ville. Il y avait également des chances qu'ils résident sur une autre île. Mieux valait ne pas se faire d'illusion, ses chances de les retrouver demeuraient minces. Noatak sentant une vague d'abattement subjuguer sa jeune comparse, ne se permit pas le moindre commentaire, ne la connaissant pas assez pour cela. Il décida néanmoins d'accélérer le pas, afin de passer à autre chose. Ils ne trouvèrent personne à l'extérieur, sans doute les fermiers prenaient-ils leur repas à cette heure-ci. Après avoir méticuleusement ôtés la boue de leurs chaussures, ils décidèrent d'entrer, à la recherche d'une âme quelconque.

-Eh, regarde!

L'adolescente venait d'apercevoir un jeune homme pénétrer à l'intérieur d'une salle au bout d'un long couloir. Le fait que la porte se referme derrière lui ne constituait pas nécessairement un bon présage quant à sa disponibilité, mais après être dors et déjà entré chez des inconnus sans permission, autant aller au bout des choses.

-On y va, murmura Noatak.

Tout sourire, il s'approcha à grand pas sur la pointe des pieds. Sa démarche évoquait celle d'un enfant qui aurait voulu faire une farce à un ami. Violine le retint en lui tirant l'oreille sans ménagement.

-Aïe! Eh, ça va pas?

-Tu comptais faire quoi, ouvrir la porte en grand et crier que tu cherches l'Emkuasa? Je vais te montrer comment on se sert des bonnes manières.

Violine prit soin de se recoiffer rapidement, arbora un sourire lumineux et frappa la porte à trois reprises, avant de l'ouvrir lentement. Dès qu'elle fut visible, elle croisa ses mains derrière son dos et se mit à rougir légèrement, mimant ainsi une certaine gène. Noatak fit tous les efforts du monde pour ne pas plaquer sa main sur son visage. Elle jouait la "petite fille modèle" pour faire passer l'intrusion en douceur. À l'intérieur de la pièce -une cuisine- se trouvaient deux femmes d'une trentaine d'année et deux garçons, dont le jeune homme qu'ils avaient vu entrer. L'autre, visiblement de l'âge de Violine, semblait quelque peu chétif. Ce fut tout naturellement aux adultes que l'adolescente s'adressa, l'air le plus innocent possible.

-Excusez nous, nous sommes vraiment navrés de nous introduire chez vous ainsi, mais je suis à la recherche de mes parents et nous ne connaissons pas du tout l'archipel, aussi sommes nous...complètement perdus.

-Sinon moi je cherche l'Emkuasa.

La jeune fille lui écrasa le pied sans ménagement.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Jeu 11 Oct - 19:43

[HRP: Sur "le papier" je n'aimais pas du tout Noatak, mais là je suis fan xD]

Un silence pesant s'était installé durablement dans la cuisine, tandis que les deux adolescents s'observaient du coin de l'oeil. Garion tapotait nerveusement sur la table du bout des doigts, attendant que quelque-chose se passe, n'importe quoi. L'attitude de Tante Pol le mettait tout bonnement hors de lui: il avait beau la harceler de questions à propos des prochains visiteur, elle se contentait de répéter "Un peu de patience, mon chou" sans même daigner le regarder. Fait étrange, l'inconnu qui venait d'arriver ne paraissait pas plus désarçonné qu'elle ne l'était, lui aussi semblait attendre quelque-chose, faisant preuve d'une patience exemplaire. Il observait la cuisine, nonchalamment accoudé à la table. Il donnait l'impression de ne s'être jamais trouvé dans une pièce si humble, mais Garion chassa bien vite cette idée de sa tête: la porte s'ouvrit brusquement.
Il ne vit tout d'abord qu'un joli visage encadré de mèches blondes, ainsi que deux yeux azurs, semblables aux siens. Puis, il remarqua le sourire de la jeune fille et ne put s'empêcher de s'empourprer sans raison. Les filles ne l'intéressaient guère, mais un sourire charmant pouvait tout de même lui faire quelque effet innocent. Néanmoins, Garion s'apprêtait à lever les bras au ciel: "Quoi, encore ? Mais c'est pas une auberge ici!" lorsque l'inconnue s'adressa volontairement à Tante Pol de la manière la plus polie qui soit. Petit discours brusquement interrompu par l'entrée en scène du jeune homme qui était resté jusque là derrière l'adolescente: Garion sentit un frisson sinuer le long de son échine. Le mot "Emkuasa" évoquait un écho en lui. Tout le monde connaissait la légende: les Emkuasas étaient comme des Dieux, ici bas. Mais les gens murmuraient que le cycle s'était rompu, que c'était pour ça que la nation de la terre pouvait librement envahir le monde entier petit à petit. Secrètement, Garion espérait que la rumeur était infondée, et qu'un jour un homme fort, héroïque, surgirait de l'ombre pour renverser le pouvoir de leurs ennemis. Garion rêvait de ne serait-ce qu'apercevoir ce héros légendaire, juste une fois. C'était en quelque-sorte un genre de rêve, qu'il préférait garder pour lui.
Aussi fut-il extrêmement intrigué lorsque l'étranger prononça ce mot, et se redressa-t-il aussitôt. Toutefois, Tante Pol ne lui laissa pas le temps de répondre, un curieux sourire plaqué sur le visage:

- Entrez, je vous en prie. Je me ferai un plaisir de te renseigner jeune fille, mais vous devez avoir soif après cette longue marche au soleil. Installez-vous."
Elle leur tourna le dos, s'affairant sur le plan de travail. Garion l'entendit verser du jus de fruit dans plusieurs choppes en terre.

De son côté, Belsambar dévisageait les nouveaux arrivés sans ménagement. La fille était plutôt mignonne, remarqua-t-il avec un sourire en coin. Mais bien trop jeune, aussi détourna-t-il son attention sur l'autre arrivé, car il possédait quelques principes sous sa carapace de dur à cuire. Le jeune homme n'avait pas vraiment le type "nation de l'eau", ce qui le surprit. Mais bon, après tout, les autochtones n'étaient peut-être pas tous blonds aux yeux bleus. Prenant un ton volontairement railleur, il répondit à l'inconnu:

- L'Emkuasa ? Tu risques de chercher longtemps. Il a disparu depuis des dizaines d'années déjà. Ce n'est plus qu'un vulgaire mythe, aujourd'hui.

- Tiens donc, j'ignorais que les habitants de l'Île des Vents avaient gardé si peu d'espoir, rétorqua Tante Pol sur le même ton.

- L'ïle des Vents ? s'exclama Garion, sans que personne ne l'entende.

- Ce n'est pas que nous avons perdu espoir, c'est plutôt que certains ont fini par opter pour une vision réaliste des choses, tandis que d'autres préfèrent se voiler la face. A vous de décider quelle position est la meilleure ma dame, ce n'est point mon travail.

- Tu viens de l'Îles des Vents ?

- Tenez asseyez-vous" lança Tante Pol en s'installant elle aussi, après avoir déposé cinq chopes pleines de délicieux jus frais devant les "invités" surprise. Elle poursuivit, repoussant sans y penser une mèche derrière son oreille: "Je suis loin de connaître tout le monde sur ce petit rocher jeune fille, mais dis-moi comment se nomment tes parents, sait-on jamais."
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Sam 13 Oct - 14:00

Les deux comparses furent agréablement surpris par la convivialité de cette femme. Tous les habitants des marais n'étaient donc pas d'odieux personnages! Après avoir remercié leur hôte en bonne et due forme, Violine s'installa auprès du jeune homme qu'ils avaient vu entrer dans la cuisine, tandis que Noatak alla s'asseoir près du blondinet tout en prêtant une attention toute particulière au débat en cours. S'il pouvait révéler ses intentions, hors de question de dévoiler les détails du plan pour autant. Le jour de l'attaque, leur principal allié serait l'effet de surprise, le gâcher stupidement aurait été une aberration. Ainsi, le garçon venait de la fédération. Il pourrait peut-être le renseigner à propos d'un maître du vent au cas où ils auraient à en chercher un. La discussion coupa visiblement court, et le soldat du admettre que la soif se faisait bel et bien ressentir. Il goûta à la boisson proposée par cette femme aux cheveux de jais, la trouva particulièrement goûteuse, d'une saveur presque exotique; impossible de deviner à partir de quel fruit un tel jus pouvait être obtenu.

-Mes parents se nomment Tano et Lia Lisana, répondit Violine pendant que les autres se désaltéraient. Ils devraient habiter la région depuis deux ans à peu près. Oh, excusa moi, j'en oublie de me présenter: Violine Lisana, de la tribu de l'eau du pôle Sud, et voici Noatak Yakone, un ami.

Le jeune homme hocha la tête, approbateur. Il s'agissait là de la meilleure manière de l'introduire. Annoncer qu'il s'agissait d'un soldat d'une troupe d'élite formée à Vohanna n'aurait pas été bien vu par les membres de cette contrée paisible. Du peu qu'il en savait, ses habitants faisaient tout pour éviter d'entendre parler de la guerre, ce qui était tout à fait compréhensible. Des marais aussi peu fertiles n'intéressaient guère le royaume de la terre, d'autant plus qu'il n'y avait aucun gouvernement à renverser ici, ni de guerriers à faire capituler. Pour le moment, les forces ennemies laissaient donc l'archipel de côté, mais cela ne saurait durer. Un jour où l'autre, lorsque toutes les autres nations auraient mis le genou à terre, ce serait au tour des pays occidentaux. Tandis que Violine engageait la conversation avec tante Pol, Noatak se tourna vers Belsambar.

-Il s'est peut-être réincarné dans le corps d'un enfant. En temps de guerre, personne n'aurait voulu crier haut et fort que son bébé était le pire ennemi du royaume de la terre! Mais aujourd'hui il est forcément en âge de maîtriser les quatre éléments, je suis sûr qu'il peut sauver le monde.


[HRP: Désolé de pas avoir répondu plus tôt, j'ai pas pu accéder au forum jusqu'en début d'après midi, un problème de forumactif je crois ._.]

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mer 17 Oct - 13:07

Garion observait la scène, ahuri. Ses questions restaient sans réponse, et le tableau qui se déroulait sous ses yeux était suffisamment étrange pour chasser un tant soit peu sa mauvaise humeur. Si les choses continuaient sur leur lancée, un dragon allait passer sa grosse tête par la fenêtre et demander qu'on lui passe le sel.
le jeune garçon observait le débat qui semblait s'amorcer entre le dernier arrivé, et l'étranger qui était entré peu avant lui. Ils semblaient ne pas concevoir le mythe de l'Emkuasa de la même manière, et Garion ne put s'empêcher d'approuver le point de vue du jeune homme qui était arrivé en compagnie de l'adolescente. Ainsi, il n'était pas le seul à espérer secrètement que l'Emkuasa renaîtrait de ses cendres pour tous les sauver, voilà qui était rassurant. A son plus grand désarroi, le dénommé Sambar poursuivit, l'air narquois:

- Sauver le monde ? Comment un homme, n'ayant bénéficié d'aucun apprentissage, d'aucun mentor pour l'épauler et lui enseigner ce qu'il doit savoir, pourrait ne serait-ce que se sauver lui même ? A supposer que l'Emkuasa existe, et qu'il possède bel et bien le pouvoir de renverser l'armée de Terre, je ne vois pas comment il pourrait passer à l'action. Les patrouilles ennemies sont partout, les murs ont des oreilles, les espions rapportent le moindre de nos faits et gestes au parti adverse. L'Emkuasa ne pourrait jamais se glisser entre les mailles du filet et abattre l'ennemi en une seule fois, c'est impossible. Il lui faudrait une armée pour ça, une diversion, un plan d'attaque. Pour lors, il est seul. De plus, il suffirait qu'une bribe de son existence parvienne aux oreilles de la Nation de Terre pour que la moitié de l'armée ennemie ne se jette à sa poursuite, ce qui l'empêcherait de passer à l'action. Les risques sont trop nombreux. Non, si l'Emkuasa existe, il doit se terrer quelque-part, loin des conflits. C'est ce que je ferrai, à sa place, et tout ce que je lui souhaite.

- Quelle bravoure", lâcha Garion en grinçant des dents. Sa remarque fut masquée par la réaction de Tante Pol qui, continuant à faire comme si elle la rencontre avec les inconnus était parfaitement normale, répondit au jeune homme:

- Pour un simple randonneur, tu sembles bien renseigné à propos des manoeuvres militaires." Ce à quoi l'intéressé répondit par un grognement inaudible. Reportant son attention sur l'autre jeune homme, Garion profita d'un moment de creux dans la discussion pour lancer avec conviction:

"J'y crois, moi. J'espère que vous le trouverez.

- C'est ça Garion, c'est ça", fit Tante Pol avec amusement, avant de l'enjoindre d'aller chercher une feuille de parchemin, un plumier et de l'encre, pour qu'elle puisse dessiner le plan menant à la famille de l'adolescente aux jolis cheveux blonds.

La naïveté des garçons présents faisait halluciner Belsambar: ainsi, il existait donc encore des fervents adorateurs de l'Emkuasa ? C'était vraiment n'importe quoi. Il espérait simplement que cette croyance futile était uniquement liée au fait que les habitants du coin étaient de simples péquenauds aux capacités intellectuelles limitées. Les pauvres, ils n'avaient pas du voir grand chose durant leur misérable existence.
Belsambar avait presque pitié de leur ignorance. Et puis, le blondinet sortit de la cuisine, et la jeune femme brune entreprit de converser avec la dernière arrivée. Tout ça prenait des allures de réunion familiale bien étranges. Mais comme le temps commençait à se gâter dehors, et qu'il était bien installé, le prince héritier décida de ne pas bouger, prenant simplement ses aises sur le banc pour écouter la conversation entre les deux représentantes de la gente féminine.

Lorsque Garion revint les bras chargés, Tante Pol commença à esquisser grossièrement les traits géographiques de la région. Il reconnut l'emplacement de la ferme, la côte aux marais salants, les champs de cultures, et puis le chemin menant au village en contrebas. "Tu as de la chance. Il m'est déjà arrivé de croiser tes parents au marché." Garion reconnut la grande place centrale, là où se déroulaient les festivités locales. Sa tante plaça une grande croix à un endroit qu'il ne connaissait pas. Curieux d'en savoir plus, il attrapa sa choppe et lapa avec délice le jus de baies, qui coula dans sa gorge en y laissant une traînée brûlante.

[HRP: ça ne fait rien, je suis pas rapide non plus! ^^ Par contre je ne me rappelais plus ce qu'on avait dit à propos des parents de Violine, donc si ce passage ne correspond pas, n'hésite pas à m'en faire part et je modifierai ça! Petite question: ensuite, on fait quoi ? xD]
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 21 Oct - 17:17

Suite aux vives explications de leur hôte, Violine prit le temps d'examiner la carte grossièrement dessinée. Si les motifs demeuraient simplistes, on pouvait en revanche parfaitement reconnaître la région, ou du moins ce que l'adolescente en connaissait pour le moment - soit presque rien. Quoiqu'il en soit, elle avait eu énormément de chance: la demeure des Lisana se situait à une heure de marche tout au plus. Tout bien réfléchi, il faudrait peut-être compter le double compte tenu de la nature du terrain, mais cela n'enlevait rien à son panache, d'autant qu'elle aurait pu se retrouver sur l'une des nombreuses autres îles de l'archipel. Désireuse de ramener ces retrouvailles au plus tôt possible, elle jeta un coup d'œil vers la fenêtre, constatant ainsi qu'une pluie torrentielle s'abattait à présent sur la région. Sa détermination s'en retrouva bien vite émoussée...

-C'est génial qu'ils soient si près! Merci beaucoup en tout cas. Oh, et...ça vous dérangerais si on restait le temps que la pluie s'estompe?

Aussi bonne fille de l'eau soit-elle, la disciple de maître Ukap ne parvenait pas encore à dévier les fines gouttelettes par temps couvert: l'eau s'avérait trop dispersée et rapide pour être canalisée. Son mentor, lui, y était déjà parvenu à maintes reprises. Encore un exemple concret convainquant Violine qu'elle était loin d'être prêtre à arpenter la voie seule. Quoique...elle ne s'était pas prêté à l'exercice depuis fort longtemps. En se concentrant, elle avait ses chances de rester au sec à l'extérieur. Il n’empêchait que cette ferme restait plus confortable que les vastes étendues boueuses, d'autant qu'une chaleur écrasante régnait dehors. Pour les autochtones locaux, une telle température n'avait rien d'inhabituel. Pour les deux voyageurs originaires du pôle Sud, il s'agissait en revanche d'une véritable fournaise. La bâtisse s'avérait quant à elle plus fraîche, plus respirable.

Noatak écoutait distraitement les politesses échangées par sa camarade et la femme aux cheveux sombres. Violine lui avait parlé, sur la navire, de sa formation à la prestigieuse académie de la tribu de l'eau, et sa manière de s'exprimer ne faisait que confirmer son statut social. N'importe qui pouvait aisément comprendre qu'il s'agissait là d'une fille de bonne famille. Une fille de bonne famille n'hésitant pas à pénétrer chez des inconnus, cela dit. Qu'importe, il ne devait pas se détourner de la raison de sa venue ici. Il envoya un sourire de remerciement au benjamin avant de se retourner vers l'autre convive. À bien des égards, le discours de son principal interlocuteur s'avérait emprunt d'une certaine exactitude: sans soutient, l'Emkuasa ne pourrait pas arrêter le royaume de la terre, aussi puissante sa maîtrise des éléments soit-elle. Si la moitié de l'armée adverse se mettait à sa poursuite, cela constituerait en revanche une magnifique aubaine pour les forces alliées. Une telle chose ne risquait toutefois pas d'arriver - de telles suppositions prouvaient d'ailleurs que si ce garçon était plein de bon sens, il n'avait pas pour autant de connaissances dans le domaine militaire. Lorsqu'on est en passe de mater les rebelles, on ne lance pas la moitié de nos troupes chercher un seul ennemi, surtout si l'existence de celui-ci n'est que supposée. Outre ces aspects purement pragmatiques, le discours de ce type agaçait le soldat, lequel ne concevait pas qu'un tel manque de foi puisse encore régner. Grande tête de mule, Noatak ne manqua pas de répliquer.

-Si jamais je le trouve, il ne sera plus seul, c'est déjà ça! Et s'il n'a aucune formation, eh bien je l'aiderais à trouver les meilleurs maîtres.

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 21 Oct - 19:53

La conversation allait bon train, cependant Belsambar n'appréciait pas les arguments du jeune homme qui lui faisait face. Il parlait d'un ton trop empli de foi, de naïveté, pour être entièrement crédible. Il vit que le blondinet alors encore intervenir pour faire part de sa débilité, alors il parla avant lui:

- Là encore, à supposer qu'il existe et que tu le trouves, comment feras-tu pour convaincre les maîtres de ...

- Si vous désirez attendre la fin de l'averse, mieux vaut patienter au chaud", l'interrompit Tante Pol. "Garion, mon chou, veux-tu bien aller chercher du bois pour le feu ?
L'adolescent jeta un oeil à travers la fenêtre, puis supplia:

- Maintenant ? Mais il pleut!

- Maintenant.

- Et je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais ranimer le feu, alors que ça fait des heures que j'essaie d'en obtenir que des braises."
Le regard que lui jeta sa tante suffit à le décider. Soupirant, le jeune homme enfila une veste qui traînait sur un dossier, rentra la tête dans ses épaules et, attrapant un panier, quitta la pièce. On put entendre distinctement le bruit de suçion que firent ses chausses en s'enfonçant dans la boue, sur le pas de la porte. Le silence revenu dans la cuisine, Tante Pol lissa le devant de sa robe, et se rassit en face de Violine, l'air soudainement grave. Belsambar, intrigué par le radical changement de comportement de la jeune femme, s'assit plus convenablement sur le banc. Il avait comme l'intuition que quelque-chose d'important allait être dit. Cette campagnarde avait beau lui avoir coupé la parole (cela ne lui était encore jamais arrivé jusqu'à présent. Surtout pas par une paysanne!), il pouvait lire dans ses yeux sombre un semblant d'intelligence.

"Veuillez excuser le mauvais comportement de mon neveu. Il lui arrive de se montrer un peu capricieux, mais c'est un bon garçon." Souriant, elle dirigea son attention sur la jeune fille: "Et toi, Violine ? Nous n'avons pas encore entendu ton avis sur la question. Selon toi, l'Emkuasa est-il réel ou non ?"

Ne pouvant s'empêcher de ricaner, Belsambar coupa la parole à l'intéressée: "Oh, allez. Vous n'allez tout de même pas me dire que tout le monde ici croit encore à ces âneries ? C'est un cas pathologique répandu dans la région, c'est ça ? Une maladie contagieuse ?" Pour appuyer ses dires, il fit semblant de se reculer de Noatak, mimant la répulsion.

"Non, je ne crois pas non plus à tout ça, fit tante Pol sans frémir. A quand bien même l'Emkuasa existerait, et bien, je lui souhaite bonne chance. Sa tâche ne sera pas des plus aisées. Selon moi, la personne qui porte le rang d'Emkuasa ne doit pas en mener bien large, à l'heure actuelle. Il doit encore faire ses preuves, montrer à tous qu'il est celui que tout le monde attend. Peut-être n'est-il même pas conscient de ses capacités. Toutefois, s'il venait quémander de l'aide à ma porte, je ne la lui refuserai pas. Il reste notre dernière chance.

- Mouais. En gros, vous y croyez.

- Je crois en l'espoir. Pas en l'Emkuasa lui même." Elle ajouta après un petit sourire: "Bien tristes sont ceux qui ne croient plus en rien."
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Dim 21 Oct - 20:48

Violine profita de l'intervention du garçon pour réfléchir à la question qu'on lui avait posé. Dans la tribu ou aux marais, les habitants de la nation de l'eau avaient plutôt tendance à garder espoir en l'Emkuasa et en l'Eldarion. Elle, plus particulièrement, ne portait pas de réelle intention à ce cycle soit-disant rompu; toutefois Ukap ne lui en avait certainement pas parlé de manière anodine. Enfin, Noatak en parlait avec tellement d'entrain qu'il était difficile de ne pas y croire. Si jamais ils découvraient son identité et qu'il avait besoin d'un professeur pour lui enseigner la maîtrise de l'eau, elle serait de la partie à coup sûr, qu'importe si cela lui coûtait son emploi. Qui s'en souciait vraiment de toute manière dans un cadre aussi instable? Bien décidée à ne pas être aussi froide que cet inconnu assis sur le banc, l'adolescente répondit donc avec une pointe d'humour:

-Je ne sais pas vraiment ce qu'il en est pour l'Eldarion, mais je pense que l'Emkuasa est encore en vie. Que son cycle se brise d'un coup, ça me parait gros. En tout cas, s'il existe bel et bien, je suis persuadée que Noatak le trouvera.

Ce dernier observait Belsambar d'un œil mauvais. L'insolence du jeune homme le dérangeait, d'autant que son opinion tranché s'avérait presque blasphématoire. Vivement qu'il s'arrête de pleuvoir, ils pourraient enfin se remettre en route et quitter ce personnage des plus désagréables. Où iraient-ils ensuite? Sans doute Noatak accompagnerait-il Violine jusqu'à la demeure de ses parents. S'il trouvait une piste en cours de route, tant mieux, l'idéal étant de tomber sur l'Emkuasa directement. Avec l'adolescente sous la main, ils n'auraient pas à retourner au pôle Sud pour trouver un maître de l'eau. Le soldat reporta son attention vers les dires de Tante Pol. Elle avait raison de se demander comment leur éventuel sauveur vivait avec une telle pression sur le dos: mieux valait le comprendre avant de l'aborder, cela n'en serait que bénéfique pour les deux partis. La pluie ne semblait pas vouloir s'arrêter de si tôt de toute manière, rien ne les empêchait donc de continuer cette conversation ayant le mérite d'être intéressante.

-L'important, c'est qu'il agisse de plein gré, avança Noatak. Il ne faudrait pas qu'il soit forcé d'utiliser ses pouvoirs pour un camp ou l'autre. Je suis loin d'être fin historien, mais l'Emkuasa a toujours été un être à part dans les conflits.

-On raconte qu'il a accès à la mémoire de ses prédécesseurs, intervint Violine. Ça doit leur faire une sorte de conscience collective. C'est étrange comme situation...Mais j'y pense, les autres Emkuasa n'avaient pas tous à arrêter des guerres, si?

-C'est vrai. La tâche du nouvel élu sera d'autant plus difficile. D'où la nécessite d'une aide extérieure. J'aimerais simplement qu'il maîtrise déjà la terre, parce que ce sera compliqué de trouver un maître. Et pour le feu aussi, si l'ennemi continue l'invasion de la république à cette vitesse...quelle galère.

En y repensant, il n'avait vraiment pas de temps à perdre, sans quoi la maîtrise du feu disparaîtrait intégralement avant que l'Emkuasa ne puisse en faire l'acquisition. Noatak abattit sa tête sur la table. Lui aussi avait une certaine pression sur les épaules!

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 22 Oct - 12:21

Écoutant la déclaration de la jeune fille, Belsambar perçut le mot "Eldarion". Sur l'Île des Vents, la Prophétie était très présente, surtout au niveaux religieux. De nombreux fidèles croyaient que les évènements prédits par la Prophétie se réaliseraient un jour. Pourtant, au palais, on n'y croyait pas trop, on jugeait ces dires de frivolités inutiles, à grand renfort de phrases ampoulées et de tournures complexes, le tout agrémenté de haussements de sourcils dédaigneux. Ayant grandi entouré d'incrédules, aux esprits carrés et à la logique imparable, Belsambar ne croyait en aucun cas à la Prophétie. Aussi ne put-il réprimer son envie de lever les yeux au ciel:

- Oh, l'Eldarion, à présent. Puisque nous sommes en si bonne voie, pourquoi ne pas carrément parler des Dragons ? Non mais, c'est vrai, si ça se trouve vous en avez un caché dans votre potager.

Insensible au sarcasme du jeune homme, Tante Pol sourit à Violine:

- Je suis soulagée de constater que tout le monde n'a pas perdu espoir.

- A supposer qu'il existe", renchérit Belsambar en se tournant vers Noatak, "Il reste à espérer que l'Emkuasa, si vous le trouvez, se ralliera à notre cause plutôt qu'à celle de l'ennemi. Je n'ose pas imaginer ce qu'il adviendrait de nous.

- Oh, je suis sûre qu'il n'a pas l'intention de rejoindre le camp adverse.

- Vraiment ma Dame ? Est-ce l'intuition féminine qui vous souffle cette vérité première ? ricana le prince héritier.

- Pas vraiment, non, répondit Tante Pol d'un ton égal. Mais si l'Emkuasa s'était allié à la Nation de la Terre, je pense que nous ne serions plus là pour en parler dans cette cuisine. Mais dites-moi Noatak, comment savez-vous que l'Emkuasa se trouve en ces contrées ?

Belsambar tiqua, coupant une nouvelle fois la parole au jeune homme:

- Vous avez dit "comment savez-vous que", et non pas "qu'est-ce qui vous faire dire que". L'Emkuasa se trouverait-il vraiment sur cette île austère ?"
Tante Pol prit la peine de le regarder en face, cette fois-ci, et il eut le loisir de sentir peser sur lui ses yeux glacials. Déglutissant avec difficulté, il s'efforça de ne pas détourner le regard. Au bout d'un certain temps, la cuisinière finit par lâcher: "Bien sûr que non. C'est ma langue qui a fourché."
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Lun 22 Oct - 15:53

Les yeux de Noatak et de Violine se croisèrent le temps d'une seconde. Cela fut suffisant pour que chacun perçoive l'agacement de l'autre vis à vis de Belsambar. Que le jeune homme ne croie aux mêmes choses qu'eux, soit. Qu'il se montre aussi agressif passait en revanche beaucoup moins bien. Observatrice passive de cette discorde, l'adolescente observa le paysage avoisinant à travers la fenêtre. Cela lui rappela qu'en entrant ici, ils n'avaient pas vu d'arbres ou autre réserve de bois quelconque à moins de plusieurs centaines de mètres. Si leur hôte ne disposait pas d'un stock personnel, le garçon aux cheveux blonds aurait sans doute un certain trajet à faire, tâche ingrate sous cette pluie torrentielle. Violine avait de toute manière déjà assez chaud comme ça, bien qu'elle ne se permette pas le moindre commentaire. Noatak, de son côté, attendit que la joute fusse terminée avant de reprendre la parole.

-Depuis toujours, le cycle de l'Emkuasa suit un ordre bien précis: terre, feu, air, eau. Le dernier Emkuasa était un fils de l'air, alors le nouveau est normalement l'un de nos compatriotes.

-Pourquoi ne pas avoir cherché au pôle Sud dans ce cas? Tiqua Violine, remarquant par la même occasion qu'elle n'avait pas encore posé cette question à son camarade depuis leur rencontre.

-Je pense que ce serait une perte de temps. Si la tribu avait trouvé l'Emkuasa, elle le crierait sur tous les toits, afin de redonner confiance au peuple et d'intimider les ennemis. Non, j'en suis convaincu, si le cycle n'est pas rompu, alors l'élu s'est réincarné ici, dans l'archipel. Après, il faut prendre en compte le fait qu'il ait éventuellement déménagé, ce qui serait désastreux à vrai dire.

Noatak marqua un temps de pause en fixant tante Pol. Il s'agissait là d'une femme bien étrange, les ayant accueillit comme des invités de marque quand bien même ils n'étaient que des inconnus. On pourrait penser qu'elle était une agricultrice lambda, mais elle participait à ce débat avec un entrain et un sérieux hors du commun. Nul doute que cela cachait quelque chose. Haussant le ton et durcissantson regard, le soldat reprit, à l'adresse de Belsambar:

-Quoiqu'il en soit, l'Emkuasa ne se ralliera pas au royaume de la terre. Il est toujours du côté de la justice, c'est bien connu. Or seul un fou pourrait affirmer que cette guerre et le génocide du peuple du feu est juste...

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 23 Oct - 15:45

Belsambar ne put résister à l'envie de répondre au jeune homme, d'un ton on-ne peut plus dédaigneux: "Des fous, il y en a partout, ce n'est pas une espère très rare. Comme tout le monde le sait, l'Emkuasa peut être n'importe qui, il s'agit au fond plus de pouvoirs exceptionnels que d'un être humain à part entière."
Néanmoins, il comprit que ses propos étaient mal perçus par ses interlocuteurs, aussi s'arrêta-t-il là et s'adossa à la table en croisant les bras. Il n'était pas venu ici pour se brouiller avec les autochtones. Il avait conscience de sa fâcheuse tendance à se montrer brutal, dédaigneux, sarcastique. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. D'une certaine manière, il détestait le monde dans lequel il vivait, ce qui ne l'encourageait guère à se montrer plus aimable. Toutefois, une inquiétude fondée naquit dans son esprit: Terre, feu, air, eau. Et si jamais l'Emkuasa de la nation de l'eau avait été assassiné, et que l'Emkuasa actuel appartenait à leurs ennemis ? L'hypothèse qu'il avait émit quelques instants plus tôt pouvait alors tenir debout. Chassant cette idée de sa tête, il fut interpellé par l'air soudainement grave de la femme qui les avait accueillis. Il sut à cet instant précis la raison pour laquelle il avait quitté le palais. Ce n'était pas pour lui, mais pour quelqu'un d'autre. Mais qui ? Jetant un coup d'oeil aux personnes présentes autour de la table, il soupira intérieurement. Si encore c'avait été une princesse à sauver, ou quelque-chose comportant un minimum d'importance... enfin, au moins, le blondinet n'était pas en cause. Quelle désillusion c'aurait été d'avoir fait tout ce trajet pour un gamin!

"Je veux que vous m'écoutiez attentivement", commença la jeune femme aux cheveux d'ébène, en observant un grain de beauté sur sa main blanche. "Ce que je vais vous dire risque de vous sembler surréaliste, car mes mots ne correspondront peut-être pas à l'idée que vous vous faisiez. Quoiqu'il en coûte, écoutez-moi jusqu'au bout." Elle dirigea alors son regard vers le jeune homme au visage grave: "Vous aviez raison, Noatak, l'Emkuasa est bel et bien ici, dans cette région reculée de la Nation de l'Eau. Il est ici, et bien plus près que vous ne sauriez l'imaginer. Vous avez tous entendu parler de la Prophétie, j'imagine ?" Un bref coup d'oeil sur la petite assemblée, puis elle poursuivit. "L'Eldarion et l'Emkuasa ne font qu'un. L'Evènement annoncé dans la Prophétie vient de se réaliser à l'instant même où toi, Belsambar, Prince du Vent, toi, Violine, Fille de l'Eau, et toi, Noatak, le Traqueur, avez passé le pas de cette porte. Deux d'entre vous sont deux des cinq Guides mentionnés dans la Prophétie. Votre tâche sera d'enseigner à l'Eldarion tout ce qu'il doit savoir. Votre venue était prédie depuis bien avant votre naissance." Elle laissa quelques secondes s'écouler, avant de poursuivre d'un ton plus amical: "Je sais que cela est difficile à avaler. Ce le fut pour moi aussi, il y a quatorze ans de cela. Mais vous vous y ferez. Vous n'avez pas le choix, de toute manière. Ne vous êtes-vous jamais demandé pour quelle raison vous avez éprouvé le besoin de partir de chez-vous pour cette terre peu accueillante ? Les Nécessités usent de nous comme de vulgaires marionnettes. Si vous avez besoin de temps, je comprendrai, mais nous ne l'avons guère. Je vous demanderai une seule chose dans l'immédiat: ne révélez pas à l'Emkuasa qu'il est également le héros annoncé par la Prophétie. Cela ferait beaucoup à digérer, et il l'apprendra en temps utile."

Un long silence suivit cette déclaration. Incapable d'articuler quoique ce soit, Belsambar était submergé par les questions, dont la première était: "Comment pouvait-on laisser une folle furieuse dans la nature ?" Toutefois, cette femme avait connaissance de son nom royal, alors qu'il ne l'avait jamais mentionné devant elle. De même, ce qu'elle disait trouvait un écho en lui: s'il était Guide, il ne pouvait être roi. Finalement, toute chose trouvait sa place. Sonné, le jeune homme cessa de fixer la jeune femme, et siffla, déstabilisé malgré lui. Le temps de se trouver une contenance, il ajouta: "Et qui c'est au juste, notre sauveur ? Où est-il que nous allions le remercier pour cette promotion inattendue ?" Pol lui rendit son regard, avec un véritable sourire moqueur, cette fois-ci, presque victorieux. Belsambar dû chercher la réponse brièvement, avant qu'une idée plutôt inquiétante ne s'impose à lui. Presque paniqué, il perdit son attitude fanfaronne une énième fois pour bafouiller: "Non... le gamin blondinet ?"
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 23 Oct - 18:46

Les deux compagnons de voyage ne firent point attention aux ruminations incessantes de Belsambar, préférant de loin écouter ce que leur mystérieuse hôte avait à leur dire. Cet air si sérieux subitement apparu sur son quémandait à lui seul une parfaite concentration. Tout au long du discours, chacun put comprendre petit à petit où Pol voulait en venir. Le bois pour le feu n'avait en réalité pas la moindre importance, seul comptait le fait que le blondinet ne puisse entendre les paroles échangées durant cette réunion imprévue. Si imprévue que cela? En y réfléchissant bien, il y avait trop de coïncidences pour que ce soit dû au hasard. Violine qui entendait parler de ses parents, Noatak décidant de se rendre dans les marais au risque de passer pour un lâche auprès de l'équipe qu'il avait toujours rêvé d'intégrer, eux deux se rencontrant par hasard et poursuivant le même chemin, le destin les guidant dans cette ferme, en même temps que ce jeune homme arrogant. Il s'agissait d'ailleurs d'un maître de l'air, qui plus est du prince de la fédération? Beaucoup d'informations à assimiler d'un seul coup. Selon la cuisinière, deux d'entre eux seraient de surcroît des guides mentionnés de la prophétie. Restait à déterminer qui ne faisait pas partie de cette catégorie. Noatak n'aurait su dire pourquoi, mais il était persuadé qu'il s'agissait de lui, ce qui aurait pu le vexer en d'autres circonstances. En cet instant, seule une satisfaction sans nom doublée de nombreuses interrogations demeuraient dans son esprit. L’idée de retrouver ses parents avant quand à elle totalement disparue de celui de Violine.

-C’est tout simplement fabuleux ! s’exclama le soldat. Si ce garçon, Garion, accepte de nous rejoindre, nous pourrons vaincre le
royaume de la terre !

Emportée par l’euphorie du moment, Noatak sentit qu’il devait jouer franc jeu, aussi décida-t-il de tout révéler de son identité. Si Pol leur confiait son enfant, mieux valait qu’elle sache à qui elle avait affaire. Lui, en tout cas, n’aurait pas accordé à n’importe qui le droit de veiller sur le sien. En tant que futur père il s’en faisait peut-être simplement un peu trop, il n’empêche qu’il se confia tout naturellement.

-Pour être tout à fait honnête, je suis un soldat de la tribu de l’eau. J’appartiens à une troupe d’élite chargée de saboter les défenses du royaume de la terre pour permettre aux fédérations de l’air de contre-attaquer. Si tu es bien Belsambar, le prince de l’air, ton père doit déjà être au courant de cette manœuvre. Avec l’Emkuasa de notre côté, nos chances lors de ce rush seront décuplées. Cela se déroulera d’ici deux mois, à peu de choses près.

Violine considéra de nouveau le plan, dont elle avait déjà eu vent. S’ils pouvaient débarquer sur les îles ennemies avec l’Emkuasa au moment où les troupes s’y attendaient le moins, ils pourraient effectivement faire de très gros dégâts ! Encore fallait-il prendre en compte la prophétie : à l’Eldarion correspondait un Eldarak. Il restait simplement à espérer que l’ennemi ne l’avait pas trouvé, toutefois le caractère divin de la prophétie laissait le doute planer à ce sujet. Le destin conduirait nécessairement Garion vers son rival à un moment où un autre. Tout à coup, l’adolescente se posa une question élémentaire. Certes simple, mais monstrueusement importante.

-Non pas que je ne vous fasse pas confiance, mais comment être sûrs qu’il s’agit bien de lui ? Est-ce qu’il maîtrise déjà plusieurs éléments ?

Noatak, qui n’avait nullement pensé à cela, intervint à son tour :

-C’est vrai que si le gamin n’a qu’un élément en sa possession, on pourra pas être fixé de si tôt…

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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 23 Oct - 19:24

Belsambar n'en croyait pas ses oreilles. Le blondinet, l'Eldarion ? C'était vraiment n'importe quoi. "Et ben, on dirait que la Prophétie n'a pas fait sa difficile pour choisir son héros.", songea-t-il amèrement. D'un côté, cela pouvait se révéler amusant. A la fédération, les occasions de se changer les idées étaient rares, ou encore fallait-il sortir de la cité. Participer à la mission qui ne manquerait pas de suivre lui permettrait de penser à autre chose qu'à son évidente obligation de succession.
Toutefois, s'il savait être l'un des deux Guides, il se demanda qui était l'autre. Probablement l'adolescente. Mais dans ce cas, quel rôle aurait à jouer Noatak ? La jeune femme l'avait nommé en tant que "Traqueur". Cela voulait-il dire que le rôle du jeune homme avait été de retrouver l'Eldarion, comme un chasseur traque sa proie ? Autre chose encore ?

A la question de Violine, et à l'inquiétude de Noatak, Pol fut obligée d'avouer:

- Garion ne possède aucun élément actuellement, bien qu'il ait déjà usé de celui de l'eau de manière inconsciente, et n'en garde aucun souvenir. A ta question "comment savoir si c'est bien lui ?" je puis t'assurer simplement que Garion est la bonne personne. Je ne peux pas t'assurer d'avantage qu'il est celui que nous attendions tous impatiemment." Son regard se fit triste lorsqu'elle ajouta: "Ce n'est encore qu'un enfant. Toutefois, le pouvoir de ses ancêtres coule non pas dans ses veines, mais dans son esprit. Il suffira d'une étincelle pour que la mémoire de ses prédécesseurs ne lui soit offerte, et qu'il apprenne d'eux ce que eux ont appris. C'est un garçon intelligent et brave, il servira bien les rebelles. Vous devrez néanmoins le conduire auprès de maîtres de feu et de terre, puisque Violine et Belsambar pourront lui enseigner les dons d'eau et de vent. Votre devoir sera, à vous trois, de veiller sur lui, comme je l'ai fait alors qu'il n'était encore qu'un nourrisson." Elle se tut une seconde, presque hésitante, avant de poursuivre dans un souffle: "Promettez-moi qu'il ne lui arrivera rien..."
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MessageSujet: Re: Les journées anonymes de la tribu de l'eau   Mar 23 Oct - 19:49

Fallait-il croire aveuglément une parfaite inconnue, si chaleureuse soit-elle, afin de mener à bien une mission qui pourrait s'avérer salvatrice pour une majeure partie de l'humanité? Une telle tâche ne méritait-elle pas enquête plus approfondie? Noatak, en tant que non-maître, avait théoriquement plus de mal à s'en remettre à l'Emkuasa que ses camarades, pourtant la force du destin lui semblait être la source évidente de cette bienheureuse rencontre. Rien ne servait à présent de se poser des questions vu le court laps de temps dont ils disposaient. Garion était l'être élu. Il faudrait faire avec et agir le mieux possible pour qu'il devienne vite une figure de légende à l'instar de ses prédécesseurs. Le soldat plongea ses yeux dans celui de la cuisinière et put y voir les traces d'un véritable déchirement. Elle avait conscience que son fils adoptif devait accomplir sa destinée, mais ne désirait pas le voir s'éloigner ainsi, peut-être pour très longtemps. Ce simple témoignage d'affection constitua pour le membre de la tribu du pôle Sud une preuve irréfutable de l'honnêteté de Pol.

-Il n'y a pas une seconde à perdre dans ce cas! Je vous jure que je veillerais sur Garion comme s'il était un membre de ma famille. Il faut vite que je nous établisse un itinéraire...mais avant cela il faudrait que l'Emkuasa nous rejoigne. Il vaudrait mieux le mettre au courant après tout.

Violine approuva tout en replongeant dans ses pensées. Ce soit-disant prince était peut-être un grand maître de l'air, mais son cas était différent. Malgré les louanges de ses professeurs, elle savait qu'elle avait encore énormément de choses à apprendre. Ukap lui même lui avait confié qu'il faudrait qu'elle avance sur sa propre voie avant d'atteindre les plus hautes sphères de la maîtrise. Comment une tutrice à peine confirmée pourrait enseigner à un personnage aussi important que l'Emkuasa? Et plus simplement, parviendrait-elle à se montrer assez autoritaire pour avoir toute l'attention d'un garçon d'à peu près son âge? S'il ne se dissiperait pas, peut-être qu'elle le ferait. Noatak leur proposait de partir à travers diverses contrées, elle qui était simplement venue retrouver ses parents. Non. Cette idée la remit sur le droit chemin. Elle n'avait jamais voulu revoir ses parents, se fichait éperdument de ce couple de lâche. Quelque chose de bien plus fort l'avait emmené dans ces marais. En un instant, ses doutes se dissipèrent. Elle apprendrait à Garion comment utiliser l'eau à sa guise!

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